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Ayant attendu ensemble un long moment pour s’assurer que les deux cavaliers n’étaient pas alentour, Andreas et Robin sortirent d’une ruelle sombre et se dirigèrent vers un relais de chevaux que l’Apothicaire avait repéré la veille, près de la porte Saint-Jacques.
Le réseau des relais, qui avait été si développé à l’époque romaine, était quelque peu tombé en désuétude en ce temps, mais il en subsistait encore un certain nombre sur la route des grands pèlerinages, en raison des nombreux soldats qui les parcouraient.
Andreas, les yeux encore rougis par les larmes qu’il avait versées, demanda un cheval sous le regard suspicieux du maître de relais : non seulement le pèlerinage, d’ordinaire, se faisait à pied, mais en outre le manteau d’Andreas était couvert de sang.
— Que vous est-il arrivé ? demanda l’homme avec méfiance.
— Nous avons été attaqués par des coquillards, répliqua l’Apothicaire avec dans la voix une irritation qui incita le maître de relais à ne pas en demander davantage.
— Vous faut-il une mule, un roncin ou un coursier ? demanda l’homme d’une voix peu aimable.
— Un coursier, répondit Andreas tout en jetant des coups d’œil autour d’eux, s’attendant à voir surgir à tout moment les deux terribles assassins.
— Voulez-vous l’acheter ou le louer ?
— Quels sont les prochains relais où nous pourrions le restituer ?
— Monnerville, Toury, Artenay et Orléans.
— Alors nous le louerons jusqu’en Artenay.
Le maître partit chercher un animal et le mena vers eux. C’était un beau et fort cheval islandais, plutôt petit, mais de cette race qui était alors réputée pour son endurance, son allure et sa capacité à supporter de grosses charges, et Andreas fut contraint de donner tout l’argent qui lui restait pour s’acquitter du prix exorbitant. Après cela, Robin et lui n’auraient plus de quoi se loger ou se nourrir, mais pour l’heure, le plus important était de fuir et il n’hésita pas un seul instant à faire cette dépense.
— Je vais chercher votre monnaie, annonça le maître de relais.
— Non, gardez tout, répliqua Andreas qui ne voulait pas perdre un seul instant.
Ainsi, avant peu, l’Apothicaire et son apprenti furent sortis de la ville par la porte Saint-Jacques puis, montés tous deux sur le même cheval, comme on raconte que faisaient jadis les Templiers en signe de pauvreté, ils contournèrent Étampes par l’est pour rejoindre, au sud, la route d’Artenay, sur laquelle ils galopèrent aussi longtemps et aussi vite que le permit leur monture et, tout au long de cette chevauchée, l’un et l’autre pleurèrent beaucoup plus qu’ils n’eussent voulu le reconnaître.
Dans l’intimité de son cœur, alors, Andreas fit la promesse de revenir un jour à Étampes pour donner à Magdala la sépulture qu’elle méritait.