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— Je vais aller dimanche à la chasse et j’aurais aimé que tu m’y accompagnes.
Aalis écarquilla les yeux, incrédule. François Ardignac était à peine plus âgé qu’elle – il devait avoir seize ans – mais il se donnait déjà des allures d’homme, fort de sa grande taille et de ses larges épaules.
Cela faisait plusieurs semaines que le fils du prévôt de Béziers lui faisait une cour maladroite et elle ne savait plus comment lui faire comprendre qu’elle n’était pas intéressée. Le garçon avait fière allure, le cheveu aussi brun qu’il avait les yeux clairs, et plaisait certainement à bien d’autres filles de la ville, mais elle le trouvait sot, grossier et, de toute façon, rien ne lui faisait moins envie que de fréquenter qui que ce fût dans ce coin-là du pays.
— À la chasse ? Tu n’y penses pas !
— Pourquoi ? Je sais que c’est une chose d’hommes, mais tu connais bien la garrigue, et avec toute cette neige, je suis sûr que tu pourrais m’aider. Et puis… On s’amuserait bien, tous les deux, hein ?
— Mon pauvre François, je crois que tu n’as pas la moindre idée de ce qui m’amuse.
Le garçon s’approcha en souriant et glissa une main sur la hanche d’Aalis.
— Je suis certain du contraire, dit-il sur le ton de la grivoiserie.
La jeune fille repoussa aussitôt son bras, mais François, dont les yeux brillaient à la lumière de la lune, se montra insistant et vint se coller plus près de son interlocutrice.
— Bas les pattes ! s’exclama Aalis, et cette fois elle le repoussa aux épaules d’un geste brusque. Ce n’est pas parce que tu es le fils du prévôt que tu peux te permettre n’importe quoi.
Le jeune homme fit une moue blessée.
— Pourquoi tu fais ta difficile, Aalis ?
— Si tu veux une fille facile, il y en a plein les rues de Béziers.
— Elles ne me plaisent pas.
— Et moi, c’est toi qui ne me plais pas.
— Qu’en sais-tu, tu ne m’as pas encore goûté, répliqua-t-il en attrapant la jeune fille par les deux fesses pour la coller contre lui.
Aalis sentit son sang bouillir et gifla le garçon, perplexe.
— Petite peste ! cracha-t-il entre ses dents serrées. Tu crois que je ne sais pas ce que tu fais quand tu sors de la ville ?
Le visage d’Aalis s’empourpra.
— Qu’est-ce que tu racontes ?
Voyant qu’il avait fait mouche, François esquissa un sourire narquois.
— Que tu le veuilles ou non, tu viendras dimanche avec moi.
— Plutôt mourir ! répliqua la jeune fille avant de faire volte-face et de rentrer en courant dans la maison de ses parents.