63.

Après avoir joué avec l’inspecteur Barrott à celui qui crierait le plus fort, je montai à l’appartement où m’attendaient des messages inquiets émanant de Nick et d’Elliott. « Où êtes-vous, Carolyn ? Je vous en prie, téléphonez-moi. Je suis horriblement inquiet. » C’était Nick. Il avait laissé son dernier message à minuit. « Carolyn, votre portable n’est pas ouvert. Quand vous rentrerez chez vous, appelez-moi, quelle que soit l’heure. »

Elliott avait laissé trois messages, le dernier à onze heures et demie du soir. « Carolyn, ton téléphone portable est fermé. Appelle-moi, je t’en prie. Je m’inquiète pour toi. J’ai vu ta mère cet après-midi, je pense qu’elle va beaucoup mieux sur le plan émotionnel, mais j’ai peur de t’avoir négligée à force de me consacrer à elle. Tu sais à quel point tu m’es chère. Rappelle-moi dès que tu auras ce message. »

Ces appels, l’angoisse qui perçait dans leurs voix me réconfortèrent, comme si j’entrais en chancelant dans une pièce douillette après une tempête de neige. Je les aimais tous les deux, mais je n’allais quand même pas les appeler à trois heures du matin passées.

J’avais quitté précipitamment le restaurant de Martha’s Vineyard sans avoir rien avalé et je mourais de faim. J’allai à la cuisine et me préparai un sandwich au beurre de cacahuètes accompagné d’un verre de lait. Je n’avais pas mangé de beurre de cacahuètes depuis des années et c’était ce dont j’avais envie en ce moment. Puis je me déshabillai et me mis au lit. J’étais si tendue que je craignais de ne pas pouvoir m’endormir mais, à peine la tête sur l’oreiller, je sombrai dans un profond sommeil.

Je me perdais dans un labyrinthe de silhouettes endeuillées, d’ombres en pleurs auxquelles se mêlait autre chose. Quoi ? Quel était ce visage que je tâchais de distinguer mais qui me fuyait, me narguait ? Ce n’était pas celui de Mack. Quand je rêvais de lui, je voyais un garçon de dix ans, avec sa mèche de cheveux blonds en épi et ses yeux bleus. Le fils de Mack. Mon neveu. Je me réveillai vers huit heures, enfilai une robe de chambre et, encore à moitié endormie, allai à la cuisine.

Dans la lumière matinale, la pièce avait un aspect familier et rassurant. Chaque fois que maman partait en voyage, elle donnait en partie congé à notre fidèle femme de ménage. Sue ne venait alors qu’une fois par semaine pour maintenir l’appartement en ordre. Certains signes me prouvèrent qu’elle était passée la veille pendant que j’étais à Martha’s Vineyard. Il y avait du lait frais dans le réfrigérateur, le courrier que j’avais négligemment jeté sur le comptoir avait été rangé en pile. Je lui fus reconnaissante d’être venue en mon absence. Je n’aurais pas supporté de l’entendre s’apitoyer sur Mack.

Je n’avais absolument pas faim. Mais mes idées étaient tout à fait claires et j’avais des décisions à prendre. Trois tasses de café m’aideraient à réfléchir.

L’inspecteur Barrott. J’étais à peu près certaine de l’avoir convaincu que je ne protégeais pas Mack, mais je ne lui avais pas parlé de ce qui pouvait avoir vraiment été à l’origine de sa disparition…

Barbara Galbraith m’avait dit que c’était la conduite de Mack envers elle qui était la cause de l’hostilité de Bruce. Mais peut-être y avait-il davantage. Bruce avait toujours été amoureux de Barbara. Elle l’avait visiblement épousé en dictant ses conditions : « Tu seras le père de mon enfant. Je pourrai m’inscrire à la fac de médecine. » Avait-il obligé Mack à s’enfuir ? L’avait-il menacé ? Et si oui, de quoi ?

Tout cela n’avait aucun sens pour moi.

L’enfant de Mack. Je devais le protéger. Barbara ignorait que je l’avais vu. Il avait grandi dans cette famille, fils d’une pédiatre et d’un riche promoteur immobilier. Il avait deux petites sœurs. Il m’était impossible de bouleverser son univers. C’était pourtant ce qui arriverait si je semais le doute sur le rôle de Galbraith, si Barrott s’intéressait à la relation entre sa femme et Mack avant sa disparition.

J’avais besoin de parler à quelqu’un, à quelqu’un en qui j’avais pleinement confiance. Nick ? Non. L’avocat Thurston Carver ? Non plus. La réponse m’apparut, si évidente que je m’étonnai de ne pas y avoir pensé plus tôt : Lucas Reeves ! Il avait participé à l’enquête depuis le début. Il avait interrogé les Galbraith et les Kramer. J’appelai son bureau. Il était à peine huit heures trente, mais il était déjà là. Il me proposa de le rejoindre dès que possible. Son équipe et lui avaient tout laissé tomber pour se consacrer à la recherche du ravisseur de Leesey.

« Même s’il s’agit de Mack ? demandai-je.

– Naturellement, même s’il s’agit de Mack, mais je ne crois pas une seconde qu’il soit la réponse à nos interrogations. »

J’allumai la télévision et regardai les informations tout en enfilant un jean et un pull de coton. La police avait informé les médias du deuxième appel de Leesey. « Le contenu de cette communication n’a pas été dévoilé, mais une source policière a confirmé qu’il était fortement probable que la jeune fille soit morte à l’heure où nous parlons », annonça le présentateur de CNN.

Dieu merci, en ne révélant pas la teneur du message, le journaliste n’avait pas évoqué le nom de Mack.

Je porte volontiers des boucles d’oreilles et quelque chose autour du cou. Aujourd’hui, je choisis une mince chaînette en or avec une perle que papa m’avait donnée, puis je fouillai dans le tiroir de la commode à la recherche des boucles d’oreilles que Mack m’avait offertes pour mes seize ans. Elles représentaient un soleil percé d’un petit diamant en son centre. J’avais l’impression qu’en mettant ces bijoux j’étais proche à la fois de mon père et de mon frère.

Le bureau de Reeves était à quinze cents mètres de Sutton Place mais je décidai d’y aller à pied. Après avoir passé des heures entières au volant ces derniers jours, j’avais besoin d’exercice. Le seul problème était d’éviter les journalistes. J’y parvins en descendant au garage et en patientant jusqu’à ce qu’apparaisse un des résidents de l’immeuble à qui je demandai de m’emmener. C’était un homme d’un certain âge à l’air distingué. Je ne le connaissais pas. « Me permettez-vous de me cacher à l’arrière de votre voiture jusqu’à ce que nous soyons suffisamment loin ? » implorai-je.

Il me regarda avec bienveillance. « Mademoiselle MacKenzie, je comprends pourquoi vous désirez échapper aux journalistes, mais je crains de ne pouvoir vous aider. Je suis juge fédéral. »

Je retins un rire incrédule. Mais le juge fit signe à un homme qui sortait de l’ascenseur. « Hello, David, cette jeune femme a besoin d’un service, et je sais que vous le lui rendrez volontiers. » Sentant mes joues s’empourprer, je les remerciai tous les deux.

Le dénommé David me déposa à l’angle de Park Avenue et de la 57e Rue. Je fis le reste du trajet à pied, mes pensées tourbillonnant comme les bouts de papier que la brise soulevait et poussait au bord du trottoir. Mai touchait à sa fin. Ô Marie, reine des Anges, reine de Mai, nous te couronnons de fleurs… C’était ce que nous chantions à l’Academy of the Sacred Heart ; une année, à l’âge de sept ans, j’avais eu l’honneur de couronner la statue de la Vierge.

Des années plus tard – me voilà agenouillée sur le plancher de la voiture pour échapper aux micros et aux caméras !

Lorsque j’arrivai au bureau de Lucas Reeves, la vue de ce petit homme aux traits accusés et à la voix profonde m’aida à me reprendre. Il me serra la main avec chaleur, comme s’il sentait que j’avais besoin d’un contact humain. « Suivez-moi, Carolyn, dit-il. J’ai organisé une véritable exposition. » Il me conduisit dans une vaste salle de conférences dont les murs étaient tapissés de photos de visages qui avaient été agrandies. « Nous avons commencé par celles qui correspondent à la disparition de la première jeune femme il y a dix ans, expliqua Reeves. Ces clichés proviennent de coupures de presse, de clips télévisés, de vidéos des caméras de surveillance. Pris aux environs et à l’intérieur des boîtes de nuit que fréquentaient les quatre jeunes femmes. J’ai demandé aux inspecteurs du bureau du procureur qu’ils viennent les analyser, au cas où un visage passé inaperçu jusqu’alors leur suggérerait un rapprochement. Voulez-vous jeter un coup d’œil ? »

Je fis le tour de la salle, m’arrêtant devant les visages de Nick et de Mack et de quelques-uns de leurs amis dans le premier club. Ils paraissaient si jeunes. Puis je longeai lentement les quatre murs, allant d’une photo à une autre, cherchant désespérément. À un moment je m’arrêtai. On dirait…, faillis-je dire, puis je retins un rire. J’étais stupide. Je ne voyais même pas le visage de l’homme en entier, juste ses yeux et son front.

« Vous avez repéré quelque chose ? demanda Lucas.

–Non. Seulement les photos de Mack et de Nick dans la première boîte de nuit.

– Très bien. Allons dans mon bureau. »

Nous nous installâmes. Suivit le rituel du café, et je racontai à Lucas Reeves ce que j’avais appris à Martha’s Vineyard. Il écouta, l’air de plus en plus grave. « Nous savons maintenant que Mack avait de bonnes raisons de disparaître. Une femme dont il n’était pas amoureux portait son enfant. Il n’avait pas envie de l’épouser. Il ne voulait pas faire des études de droit. Plutôt que de décevoir vos parents, en particulier votre père, il s’est donc enfui. Les crimes sont en majorité dictés par l’amour ou l’argent. Quant à Mack, il semble qu’il ait disparu parce qu’il n’aimait pas Barbara. »

Reeves se cala dans son fauteuil. « Des gens se sont enfuis pour moins que ça. Si – je dis bien si – Mack était impliqué dans la mort de la première jeune fille, ce serait une explication du vol des cassettes chez son ancien professeur. Mme Klein a été incapable de donner la moindre explication de sa disparition, elle a simplement dit qu’il aurait été un comédien exceptionnellement doué. Peut-être se confiait-il trop à elle ? Peut-être a-t-il voulu récupérer ces enregistrements d’une façon ou d’une autre ? J’ai compulsé les archives. Elle n’est pas morte à la suite d’un coup porté à la tête, mais de sa chute sur le trottoir. C’est une hémorragie cérébrale qui l’a emportée. »

Il se leva et alla à la fenêtre. « Beaucoup de questions sont restées sans réponse, Carolyn. Même si votre frère est impliqué dans cette histoire, je ne pense pas qu’il soit la clé de tout. » Il s’interrompit avant d’ajouter : « Quand j’ai interrogé le commissaire Ahearn, il ne m’a pas révélé l’intégralité du message de Leesey, il m’a simplement dit qu’elle avait cité le nom de Mack.

– L’inspecteur Barrott m’a rapporté ses paroles. »…

Ma gorge se serra en citant les paroles désespérées de Leesey. Puis je lui racontai la violence de ma réaction.

« Vous avez raison. On a pu la forcer à prononcer le nom de Mack.

– Je reviens toujours au ressentiment de Bruce Galbraith envers mon frère, dis-je. Il a dû naître à l’époque où Mack sortait avec Barbara. Supposons que Mack ait simplement pris le large, dis-je, me laissant guider par mon imagination. Supposons que Bruce redoute encore de le voir réapparaître et que Barbara se précipite dans ses bras. Elle prétend le haïr, mais je me demande si c’est vrai. Mack était un être exceptionnel. Il reprochait à Bruce de n’avoir aucun charisme. La semaine dernière, Bruce s’est montré franchement hostile à mon égard et nous n’avons pas pu avoir une vraie conversation. C’est un homme banal d’apparence et, bien qu’il ait brillamment réussi, j’imagine qu’il est toujours aussi terne et ennuyeux dans la vie de tous les jours. “The Lone Stranger”, c’est ainsi qu’on l’appelait à l’université, d’après Nick, et il était effectivement présent dans la boîte de nuit quand la première fille a disparu. »

Reeves réfléchit. « Je me demande si on l’a interrogé sérieusement, il y a dix ans, dit-il. Je vais vérifier. »

Je me levai. « Je ne veux pas vous retenir plus longtemps, Lucas. Mais je suis heureuse de vous avoir de mon côté. » Je me repris. « Du côté de Mack, surtout.

– Oui. » Il me raccompagna jusqu’à la porte. « Si je peux vous donner un conseil personnel, Carolyn, vous vivez dans un état de stress qui aurait raison du plus solide des durs à cuire. N’y a-t-il pas un endroit où vous pourriez partir vous reposer, seule ou avec une amie ? » Il me regardait d’un air inquiet.

« Je vais y songer, dis-je. Mais je dois d’abord aller voir ma mère, qu’elle le désire ou non. Comme vous le savez, elle séjourne dans une maison de repos du Connecticut où l’a conduite Elliott.

– Je suis au courant. » À la porte, Reeves me prit à nouveau la main. « Carolyn, toute la brigade des inspecteurs du procureur va patrouiller dans les rues cet après-midi. Dans la foule des passants, ils repéreront peut-être un visage qui nous mettra sur une piste. »

Je rentrai à pied à la maison. Cette fois, je ne tentai pas d’entrer subrepticement dans l’immeuble. Les journalistes se ruèrent hors de leurs voitures à ma vue et se précipitèrent vers moi au moment où j’atteignais l’entrée.

« Mademoiselle MacKenzie… Que pensez-vous ? »

« Mademoiselle MacKenzie, accepteriez-vous de lancer un appel à votre frère en lui demandant de se rendre ? »

Je me retournai face aux micros. « Je lancerai un appel à tous ceux qui m’écoutent en leur demandant de croire que mon frère est innocent. Rappelez-vous qu’il n’existe pas la moindre preuve contre lui. Uniquement des suppositions et des insinuations. Et laissez-moi vous rappeler aussi que la diffamation est punie par la loi. »

J’entrai en hâte dans l’immeuble sans leur laisser le temps de réagir. Je montai à l’appartement et entrepris de répondre aux messages téléphoniques que j’avais négligés. Le premier était de Nick. Son soulagement en entendant le son de ma voix paraissait si spontané que je le gardai précieusement dans un coin de ma mémoire.

« Carolyn, ne me faites plus un coup pareil. J’ai cru mourir d’inquiétude. J’ai même demandé au commissaire Ahearn s’il savait quelque chose. Il m’a répondu qu’il n’avait aucune nouvelle de vous.

– Il n’avait peut-être aucune nouvelle, mais il savait où j’étais. Il m’a fait suivre. »

Je racontai à Nick que j’étais allée voir Barbara à Martha’s Vineyard, mais que je n’avais pas tiré grand-chose de ma visite. Je choisis avec précaution les informations que je voulais lui communiquer. « Vous avez raison. Elle a probablement épousé Bruce pour pouvoir entrer à la fac de médecine, mais il semble qu’elle se soit montrée honnête dans cet arrangement. » Je ne pus résister pourtant à l’envie d’ajouter : « Elle m’a raconté qu’elle se passionnait pour son métier, qu’elle était une pédiatre entièrement dévouée aux tout-petits, qu’il lui arrivait même d’aller consoler un bébé qui pleurait à la maternité de l’hôpital.

– Ça ne m’étonne pas d’elle ! lança Nick. Carolyn, est-ce que vous tenez le coup ?

– Difficilement. »

Je savais que la fatigue perçait dans ma voix.

« Tout comme moi. Les flics nous ont encore cuisinés, Benny et moi. Il y a quand même une bonne nouvelle, ajouta-t-il d’un ton plus joyeux. J’ai vendu mon appartement de Park Avenue.

– Celui qui a un décor de western ?

– Exactement. L’agent m’a dit que l’acquéreur a l’intention de le refaire de fond en comble. Je lui souhaite bonne chance.

– Où allez-vous habiter ?

– Dans mon loft. J’ai hâte de m’y installer, si tant est que j’aie hâte de quoi que ce soit en ce moment. Hier soir nous avons épinglé un garçon de dix-neuf ans qui avait un faux permis de conduire. Si nous lui avions servi à boire, nous risquions la fermeture. Je ne serais pas surpris que ce soit un coup des flics pour mettre la pression sur moi.

– Rien ne m’étonnerait par les temps qui courent.

– Si nous dînions ensemble ? J’ai envie de vous voir.

– Malheureusement, je ne peux pas. Je m’apprête à aller rendre visite à ma mère. Il faut que je me rende compte par moi-même de son état.

– Je vous emmène si vous voulez.

– Non, je dois y aller seule.

– Carolyn, laissez-moi vous poser une question. Il y a des années, Mack m’a dit que vous aviez un faible pour moi et il m’a demandé de ne pas vous encourager. » Il s’interrompit, s’efforçant visiblement de prendre un ton badin : « Ai-je une chance de faire renaître ce béguin ou suis-je condamné à l’éprouver tout seul ? »

Mon sourire dut se refléter dans ma voix. « Ce n’était pas gentil de sa part de vous dire ça.

– Pas très gentil, en effet. » Nick redevint sérieux. « Bien, Carolyn, je vais vous laisser maintenant. Mais nous sortirons de tout ce gâchis. J’en suis sûr. »

Je me mis à pleurer. Je ne voulais pas qu’il s’en aperçoive et raccrochai. Nick avait-il prononcé le mot « ensemble » ou l’avais-je imaginé parce que je voulais désespérément qu’il en soit ainsi ?

Puis je me souvins que mon téléphone portable et la ligne de l’appartement étaient sans doute sur écoute. Barrott était certain que j’étais en contact avec Mack. Il ne voulait pas risquer de manquer un de ses appels.

Me rappelant ma conversation avec Nick, je me dis que les policiers l’avaient sans doute entendu les accuser de vouloir le piéger en envoyant un mineur au Woodshed.

Je l’espérais.

 

Où es tu maintenant ?
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