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D’Agosta, visiblement embarrasse, se tenait dans l’entree du petit trois pieces qu’il occupait avec Laura Hayward. L’appartement etait celui de la jeune femme, mais il avait reussi depuis quelque temps a partager le loyer avec elle, une victoire obtenue de haute lutte au terme de mois d’efforts. Restait a esperer que la nouvelle qu’il lui apportait ne vienne pas remettre en cause le fragile equilibre etabli entre eux.
Il glissa un oeil dans la chambre. Assise dans le lit, Hayward etait plus belle que jamais, bien qu’il l’ait tiree d’un profond sommeil un quart d’heure plus tot. La pendule posee sur la commode indiquait 5 h 50, D’Agosta avait du mal a croire que tout ait pu basculer aussi vite.
Elle posa les yeux sur lui, une expression impenetrable sur le visage.
— Alors c’est comme ca ? Pendergast debarque de je ne sais ou avec une fable incroyable et hop ! tu te laisses embarquer a l’autre bout du monde.
— Laura, il vient de se rendre compte que sa femme a ete assassinee, et je suis le seul a pouvoir l’aider.
— L’aider ! Tu ferais mieux de t’aider toi-meme, oui ! Je te rappelle que tu viens tout juste de sortir du petrin dans lequel tu t’es retrouve a la suite de l’affaire de Diogene[2]. Un petrin dans lequel Pendergast a largement contribue a te plonger, je te le rappelle.
— C’est mon meilleur ami, repliqua D’Agosta, conscient de la faiblesse de l’argument.
— Tu es incroyable ! s’ecria Hayward en faisant voler ses longs cheveux noirs d’un mouvement de tete. Je me couche au moment ou tu pars sur une scene de meurtre tout ce qu’il y a de plus banal, et je te vois en train de preparer ta valise en me reveillant, sans que tu sois capable de me dire quand tu comptes revenir.
— Le plus vite possible, ma cherie. Je tiens a retrouver mon boulot, tu sais.
— Et moi, alors ? Je compte pour du beurre ? Je te signale qu’il n’y a pas que ton boulot que tu laisses en plan.
D’Agosta franchit le seuil de la chambre et s’assit sur le bord du lit.
— Laura, je t’ai promis de ne plus jamais te mentir, et je t’ai raconte tout ce que je savais. Tu es la personne qui compte le plus au monde pour moi.
Il prit sa respiration.
— Si tu me demandes de rester, je reste.
Elle le fusilla du regard pendant pres d’une minute, puis ses traits se radoucirent et elle secoua la tete.
— Tu sais tres bien que je ne ferais jamais ca. Je m’en voudrais de t’empecher de remplir cette… cette mission.
Il lui saisit la main.
— Je te promets de revenir le plus vite possible et de te telephoner tous les jours.
D’un doigt, elle se glissa une meche rebelle derriere l’oreille.
— Tu as prevenu Glen ?
— Non, j’arrive directement de chez Pendergast.
— Je te conseille de l’appeler tout de suite pour lui annoncer que tu prends un conge sans solde. Que comptes-tu faire s’il refuse ?
— Je n’ai pas le choix.
La jeune femme rejeta les couvertures et posa le pied par terre. En decouvrant ses jambes, D’Agosta sentit une bouffee de desir monter en lui. Comment pouvait-il abandonner sa compagne ne fut-ce qu’un jour ? Sans meme parler d’une semaine, d’un mois, d’une annee ?
— Je vais t’aider a boucler ta valise, proposa-t-elle.
Il s’eclaircit la gorge.
— Laura…
Elle lui mit un doigt sur la bouche.
— Pas un mot de plus, c’est mieux comme ca.
Il acquiesca.
Elle se pencha vers lui et posa un baiser delicat sur sa bouche.
— Je veux que tu me fasses une promesse.
— Tout ce que tu veux.
— Promets-moi d’etre prudent. Je me fiche que Pendergast se fasse tuer dans cette histoire, mais je t’en voudrais terriblement s’il t’arrivait malheur. Et tu sais comment je suis quand je ne suis pas contente.