CHAPITRE XVIII

Sans voir l’aile X, Charat Kraal recevait, par son capuchon cognitif, l’équivalent d’une lueur indiquant la position de l’ennemie.

Jaina Solo était très douée, il le savait, mais aujourd’hui, elle volait avec plus de… courage nonchalant… que jamais. Elle conduisait les coraux skippers dans les profondeurs de la mine de basals dovin, espérant sans doute leur échapper grâce à un pilotage à haut risque.

Un doute s’immisça dans l’esprit de Charat Kraal. Pourquoi avoir quitté la relative sécurité de son escadron pour attirer elle-même les Yuuzhan Vong ici ?

Une seule réponse s’imposait : elle voulait essayer de les tuer tous sans avoir à partager la gloire avec ses compagnons.

Etait-elle si présomptueuse ? Si folle ?

Et cette confiance était-elle justifiée ?

L’ailier bâbord de Charat Kraal ouvrit le feu, faisant cracher à son canon un flot de plasma, qui fila vers la cible lointaine.

Charat Kraal jura tout bas. Il enviait aux pilotes infidèles la possibilité de se parler directement. Le yammosk dirigeait les vols, mais il ne pouvait pas empêcher un guerrier d’attaquer un ennemi qu’on voulait capturer vivant.

Charat Kraal ralentit et se laissa glisser derrière le Vong indiscipliné.

Il distingua les symboles du Domaine Hul sur la coque en corail yorik.

Sans chercher à dissimuler son intention, il visa la poupe du corail skipper et tira un seul coup de canon à plasma. Comme il s’y attendait, une singularité apparut sur la trajectoire du projectile et l’avala.

Le pilote choisit d’ignorer la mise en garde. Faisant toujours feu sur l’appareil de Jaina Solo, il vira à tribord pour s’éloigner de Charat Kraal. Cela indiquait qu’il comptait agir selon son honneur de guerrier, sans se soucier des ordres.

Agacé, Charat Kraal le suivit et l’arrosa d’un flot continu de plasma. Ce n’était plus un avertissement, mais une attaque pour tuer.

Pendant que ses mini trous noirs interceptaient les projectiles, le pilote Hul vira sur l’aile et manœuvra pour venir se placer derrière Charat Kraal.

L’officier sourit. Bientôt, il y aurait un nom de plus sur la liste de ses victimes, et ce serait celui d’un pilote mutin appartenant à un autre Domaine. Cet exploit renforcerait sa réputation. Un chef qui imposait sans pitié l’ordre et la discipline dans son unité !

Les autres coraux skippers de la formation maintinrent le cap initial, réduisant la distance qui les séparait de Jaina Solo.

 

Exaspéré, Czulkang Lah suivait l’escarmouche de Charat Kraal contre son pilote, rejouée par les scarabées-éclairs dans la niche noire prévue à cet effet. Il ne blâmait pas Charat Kraal de sa distraction momentanée. Mais le manque de discipline de l’autre guerrier provoquait son courroux.

Il fallait espérer que le pilote indiscipliné mourrait vite – dans la douleur et dans la honte. Ce spectacle découragerait les autres pilotes susceptibles de succomber à la désobéissance pour étancher leur soif de gloire.

— Que se passe-t-il ? demanda Harrar. Il s’agit bien de la poursuite de Jaina Solo ?

— En effet, répondit le commandant suprême.

Il doutait que le prêtre, peu habitué à la complexité des visualisations de batailles, soit capable de comprendre ce qu’il voyait.

— Les poursuivants n’agissent pas en harmonie, expliqua Czulkang Lah. Il semble que ce pilote désire tuer Jaina Solo. Si nous avons de la chance, aucun autre guerrier ne se laissera contaminer par cette idée.

— Cela ne doit pas être ! Il faut la capturer et la forcer à dire la vérité. Elle doit nous avouer qu’elle n’a rien à voir avec nos dieux. (Harrar se tourna vers un autre officier :) Préparez mon vaisseau au départ. J’entrerai dans le gisement pour me joindre à la poursuite.

Après un signe affirmatif de Czulkang Lah, le guerrier exécuta l’ordre du prêtre.

L’image générée par les scarabées-éclairs changea, et le commandant se demanda s’il interprétait également mal ce qu’il voyait. Deux coraux skippers, les plus proches de Jaina Solo, mais hors de portée de ses lasers, avaient disparu. Même avec sa faible acuité visuelle, Czulkang vit les insectes éteints voler vers l’arrière du schéma pour attendre qu’un nouveau contact les réactive.

Que s’était-il passé ?

 

Avec l’entraînement, Sharr Latt maîtrisait de mieux en mieux la méthode de calcul de l’attraction qu’une mine de basals dovin exerçait sur le passage de la « déesse ». Ainsi, il appréciait mieux les interactions entre les deux pesanteurs.

Composé essentiellement de circuits électroniques, le missile n’était pas entravé par les contraintes physiques qui limitaient un pilote vivant. En conséquence, il résistait à des virages plus serrés et à des accélérations plus fortes que les coraux skippers.

Les deux poursuivants, éloignés seulement de quelques secondes, venaient d’être happés par la gravité de la mine. Ils avaient explosé, victimes de leur audace.

Des coulées de plasma pleuvaient devant la verrière de l’aile B. Fasciné par son jouet mortel, Sharr n’y prêta aucune attention. Il avait toute confiance en Beelyath pour les garder en vie.

 

Les escadrons de protection du Lusankya s’intégrèrent dans les différentes unités qui ralliaient la zone de combat. Toujours déguisé en Soleils Jumeaux Neuf, Jaina garda le silence quand Kyp Durron lança le vol à la rencontre des coraux skippers.

Lorsqu’ils furent à la distance maximale de portée des lasers, elle chercha Kyp dans la Force, et l’y trouva. Elle sentit aussi Jag, reconnaissant l’intensité de sa concentration. Toute interaction avec son amoureux lui était impossible, et la moindre distraction pouvant être fatale, Jaina coupa ce contact.

Kyp fit feu et la main de la jeune femme déclencha automatiquement ses lasers. Comme à l’exercice, son tir et celui de Kyp furent interceptés par les singularités défensives. Avec une fraction de seconde de retard, la salve de Jag s’enfonça dans le nez du corail skipper, détruisant son basal dovin. Victime des rayons laser des ailes X des deux Jedi, le skip explosa.

— Vol Un, ici Soleils Jumeaux Cinq. (C’était Piggy.) Je suggère que vous empruntiez la trajectoire zéro-un-zéro écliptique pour y rester dix secondes et tirer sur ce qui se présente.

— Soleils Jumeaux Deux, bien compris.

Kyp guida Jag et Jaina dans la direction indiquée.

Devant, la jeune femme vit que Beelyath et Tilath pourchassaient deux skips, les orientant vers eux.

Elle estima la tactique de tir de Beelyath et Tilath, détermina la séquence chronologique et sentit Kyp faire de même…

Au moment où les vaisseaux ennemis croisaient leur trajectoire, Kyp, Jaina et Jag les canardèrent. Puisque les singularités s’occupaient du tir fractionné de Tilath, leurs coups déchiquetèrent le corail yorik. Les deux skips explosèrent.

Entre-temps, le coéquipier de leur première victime était revenu. Jaina n’écouta pas les félicitations transmises par le comlink, mais suivit Kyp dans une boucle serrée vers tribord pour échapper au plasma mortel du Vong.

Jag vira sur un plus petit rayon, obligeant l’ennemi à répartir son attention entre sa griffe et les deux ailes X. Cependant, leurs manœuvres ne réussirent pas à blesser le vaisseau vivant.

Jaina sentit comme un haussement d’épaules mental chez Kyp.

— Dévisse ! lança-t-elle à voix haute dans la Force.

Son aile X partit à bâbord, celle de Kyp à tribord.

Luttant contre les effets de l’accélération, Jaina se repositionna derrière le skip au moment où une autre aile X arrivait à angle droit. Du coup, les projectiles de plasma qui la visaient s’enfoncèrent dans la coque du vaisseau vong.

Il s’éloigna, ayant de toute évidence perdu son ardeur au combat.

Le rire mécanique de Piggy résonna dans le comlink.

Jaina sourit.

— Jolie fuite, Piggy.

 

L’aile X de Wedge atteignit l’orbite basse de Borleias, l’Ammuud Swooper traînant à ses basques. Evidemment, il se « traînait » comparé à un chasseur. En fait, le cargo était presque aussi rapide et maniable que le Faucon Millenium.

Wedge ralentit pour permettre à son comlink d’établir le contact avec l’autre vaisseau.

— Lune Noire Onze à Swooper, avez-vous un itinéraire de sortie ?

— Oui, Onze. Pouvons-nous le transmettre ?

— J’ai branché mon comlink et mon databloc sur ce qui reste de l’ordinateur de bord. Envoyez-moi les grandes lignes, et je vous escorterai.

— C’est comme si c’était fait. Merci, Onze.

Quand les chiffres arrivèrent sur son écran, Wedge se cala sur le cap de l’Ammuud Swooper. Selon ce qu’il se souvenait de la position orbitale de Borleias par rapport à Pyria, cette trajectoire conduirait le cargo vers les mondes du Noyau.

Soudain, un voyant du tableau de bord de l’aile X clignota, annonçant un nouveau contact. Le général jura. Un escadron de coraux skippers fonçait sur eux. L’interception se produirait largement avant le point où ils auraient échappé à l’attraction de la planète.

 

Charat Kraal arrosa son adversaire de plasma. Les singularités de l’autre corail skipper ne pouvant pas tout bloquer, les premières blessures profondes apparurent dans la coque.

Comme il l’avait supposé, seul un novice pouvait être assez cinglé pour chercher la gloire personnelle en négligeant son devoir. Le pilote sortait de l’entraînement. Malgré ses réflexes rapides, il n’avait pas l’expérience et la volonté nécessaires pour vaincre un vétéran.

Le rebelle fit osciller son appareil de droite à gauche : le signal indiquant qu’on voulait quitter un exercice. La seule manière de communiquer sa reddition. Il déplaça également ses singularités de la poupe à la proue, offrant symboliquement le ventre de son skip en sacrifice.

Mais Charat Kraal ne cessa pas de tirer. Le cockpit se fissura, puis explosa sous la pression. Un projectile se ficha dans le torse du pilote.

Le corail skipper fou continua sa course…

— Désobéir, c’est mourir, dit Charat Kraal à haute voix comme si son adversaire pouvait l’entendre. A moins de gagner. Et on ne peut pas gagner en se rendant.

Il vira sur l’aile pour rejoindre la partie du gisement où son unité donnait la chasse à Jaina Solo.

Etrange… Son capuchon cognitif lui montrait les positions de tous ses combattants, mais il manquait quatre coraux skippers, sans compter celui qu’il venait lui-même de détruire.

Jaina Solo réduisait le nombre de ses poursuivants.

Charat Kraal accéléra.

 

L’aile X de Luke traversa un nuage de flammes et de vapeurs craché par un destroyer vong agonisant. Il se préparait à l’impact éventuel de débris solides, mais rien ne heurta son appareil.

Dès sa sortie du brouillard, Luke tira une salve de lasers. Manquant de peu l’aile E de Mara, les rayons frappèrent de plein fouet le nez du corail skipper qui était à ses trousses. Sans parvenir à anéantir le basal dovin, certains s’enfoncèrent dans le corail yorik avant que les singularités ne puissent les en empêcher.

Le pilote ennemi, sans doute effrayé par cette apparition surnaturelle au milieu des flammes, abandonna la poursuite. Luke vira et se positionna derrière sa femme.

— Ah, c’est que tu étais…

— Tu avais peur que je file en douce ?

— Tu connais mon caractère jaloux et possessif !

— Commandement des chasseurs stellaires à l’Escadron Lune Noire et aux As Jaunes. (C’était Tycho.) Nous voyons que les défenses du vaisseau-monde se renforcent. Abandonnez la tactique précédente et placez-vous en escorte. Nous avons aussi besoin de notre guetteur.

— Leader Lune Noire, bien reçu.

Luke consulta ses écrans. Réduit de moitié, l’escadron n’était pas bien brillant. Heureusement, c’était surtout dû au retrait des chasseurs endommagés. Il vit aussi que le mystérieux Lune Noire Onze s’était éloigné de Borleias et semblait aux prises avec une unité complète de coraux skippers.

Mais Luke devait ignorer ce problème pour l’instant.

— Je suis votre guetteur, dit-il. Deux prend le commandement de l’escadron.

— Négatif, répliqua Mara. Je suis ton ailier.

Le Maître Jedi soupira, mais il savait que toute polémique serait vaine.

— Correction, Lune Noire Dix prend le commandement de l’escadron.

— Dix, bien compris.

— Leader est parti.

Luke poussa ses propulseurs à fond et fonça vers le vaisseau-monde, s’éloignant des renforts et de tous les autres – sauf de Mara.

 

Charat Kraal traquait Jaina Solo. Ses aptitudes exceptionnelles lui avaient permis de laisser les autres guerriers loin derrière.

Il approcha de sa proie et, enfin, constata qu’il pilotait mieux qu’elle.

A présent, il lui suffisait d’arriver à sa portée, de mettre son vaisseau-abomination hors de combat et d’attendre l’arrivée d’un navire de capture.

La petite lueur transmise à son esprit par le capuchon cognitif – qui l’informait sur la position de Jaina Solo – avait atteint une taille qui aurait dû lui permettre de distinguer quelques détails de l’aile X. Mais il n’en était rien : Charat Kraal voyait seulement la signature d’un moteur. Impossible que l’appareil vole aussi vite en utilisant un quart de sa puissance !

Les capteurs gravifiques du skip créèrent l’illusion d’une ondulation de l’espace devant la Jumelle – la représentation d’une mine de basals dovin.

Le Yuuzhan Vong sourit. L’intention de l’infidèle était claire : passer près du gisement et se servir de sa force d’attraction pour le contourner et accélérer au-delà de la vitesse dont Charat Kraal disposait.

Mais ça ne marcherait pas. La mine détecterait sa signature spécifique, reconnaîtrait celle de l’ennemi des Vong le plus recherché et arracherait ses boucliers, anéantissant peut-être aussi les moteurs.

Il la tenait. Il avait gagné !

L’appareil contourna la mine de basals dovin pour revenir vers Charat Kraal.

Aucun être vivant ne pouvait résister à un virage aussi abrupt… Cet exploit laissa le Vong ébahi un long moment, possiblement fatal.

Sa surprise se communiqua au corail skipper qui attendait des instructions. Fallait-il esquiver ? Se défendre en générant des singularités ? Ouvrir le feu ?

Quand Charat Kraal vit finalement sa cible et l’identifia – un missile plus rapide que n’importe quel vaisseau stellaire – il restait deux dixièmes de seconde avant l’impact.

 

Le pilote se tourna vers Harrar :

— Jaina Solo est détruite. Il semble que Charat Kraal l’ait percutée.

— Vous devez faire erreur…

— Non ! J’ai vu les deux images se fondre en une seule. Il y a eu un afflux d’énergie. Puis les deux images ont disparu.

Le pilote remit son capuchon cognitif – et sursauta.

— Quoi ?

— Vous aviez raison. Jaina Solo n’est pas là où je la croyais. Elle ne vole pas dans le gisement de basals dovin, mais près du vaisseau-monde.

— Et Charat Kraal ?

— Il est toujours mort…

 

Seul devant la console de commande du Lusankya, Eldo Davip transpirait à grosses gouttes malgré les efforts du système de climatisation pour lui assurer des conditions confortables.

Il n’était pas sur le pont du superdestroyer. Cette salle, jadis si propre, si étincelante et assez grande pour qu’un chasseur puisse y atterrir, avait été détruite. Il avait vu, sur une image d’holocaméra, un corail skipper agonisant se crasher dans les verrières avant, les traverser et tout détruire…

Personne n’y était, aucun officier ni droïd. L’éclairage « de fête » avait servi de leurre.

Toutes les commandes du vaisseau partaient du pont auxiliaire dissimulé dans les profondeurs de la poupe, prévu en cas d’une grosse avarie ou d’une capture du navire. Davip restait le seul être vivant à bord, l’ensemble des fonctions assumées par des systèmes informatiques.

Très régulièrement, une nouvelle secousse ébranlait le destroyer et faisait trembler les lumières. Les écrans de diagnostic affichaient uniquement des signaux rouges, indiquant que les systèmes surveillés avaient cessé de fonctionner.

Le terminal de Davip contrôlait encore quelques équipements : les propulseurs principaux, les capteurs gravifiques, l’environnement de ce pont et une alimentation très localisée.

Le capitaine jeta un coup d’œil sur la porte située à l’arrière de la pièce. La plaque métallique grossière récemment installée s’écarterait – une fois – et lui donnerait accès au chasseur dissimulé derrière. Sa proue pointait déjà vers la galerie qui menait à une écoutille de poupe du Lusankya. C’était son échappatoire… à condition que la galerie ne s’effondre pas et que l’appareil reste intact. Sinon, il était perdu.

Quoi qu’il en soit, mort ou vif, Davip achèverait ce combat en beauté ! Il se reconcentra sur les instruments, où un signal lumineux représentait le vaisseau-monde, devant lui.

 

Wedge accéléra pour s’éloigner de l'Ammuud Swooper et affronter l’escadron de coraux skippers. Ses instruments lui signalèrent deux pilotes désireux d’en découdre qui se séparaient des autres pour être les premiers à entrer dans la danse.

Le général s’attendait à voir le cargo rebrousser chemin pour trouver un vecteur de sortie plus sûr. Mais il suivait imperturbablement l’aile X. La raison devint vite évidente : des coraux skippers qui s’étaient posés à proximité du complexe de biotique redécollaient déjà pour venir soutenir leurs camarades.

Il n’y avait aucun moyen de filer.

Les vaisseaux de tête arrivèrent vite à portée. Ils se séparèrent et commencèrent à attaquer Wedge – dans une configuration qui semblait une invitation à passer au milieu pour les forcer à se tirer dessus l’un l’autre.

Un novice aurait peut-être essayé ce coup-là, mais il y aurait perdu ses boucliers, avalés par les singularités des Vong.

Wedge ne tomba pas dans le piège. Il vira à tribord, passa devant le vaisseau qui planait de ce côté et le cribla de rayons laser jusqu’à ce qu’il ne puisse pas s’empêcher de retourner le feu. Les boucliers de l’aile X brillèrent sous un impact. Heureusement, l’écran de diagnostic ne signala pas de dommages.

Quand Wedge eut dépassé les deux skips, ils firent demi-tour pour suivre leur ennemi. Les dix autres se positionnèrent dans la même direction, mais sans rattraper leur avant-garde.

L’Ammuud Swooper maintint son cap d’origine, aucun vaisseau yuuzhan vong ne se mettant en travers de son chemin.

Pourquoi ?

Wedge fit une boucle à tribord – plus large –, les deux coraux skippers toujours à ses trousses, alors que les dix autres suivaient une trajectoire parallèle à la sienne sans l’intercepter.

Puis il comprit. Un des appareils de tête devait être piloté par le chef de l’escadron, qui voulait livrer un duel. Et ses gars entendaient regarder. Une fois que leur commandant en aurait fini avec l’aile X, ils rattraperaient sans problème le cargo avant qu’il se libère de l’attraction de Borleias.

Eh bien, leurs plans n’aboutiraient pas !

Wedge vira en direction des dix skips. Une manœuvre si inattendue que ses poursuivants directs perdirent du temps à comprendre. Le général aussi en subit les effets, car son champ de vision rétrécit comme s’il entrait dans un tunnel.

Il secoua la tête, et tout redevint normal.

Il commença à tirer sur le groupe de dix, qui ne riposta pas immédiatement. Cela correspondait à ses attentes : le commandant leur avait sans doute ordonné de ne pas s’en mêler, puisqu’il voulait l’infidèle pour lui seul.

Wedge arrosa de rayons le flanc d’un skip. Puis, ayant évalué la vitesse d’interception des singularités, il passa à un feu plus soutenu. Un tir joliment placé se ficha dans la coque, entre les singularités, et la perça.

Le corail skipper explosa.

L’aile X le frôla de si près que le général put entendre les impacts des fragments de corail yorik. Puis il orienta brusquement son appareil dans la direction opposée à l’avancée de ses ennemis, qui durent ralentir. Les deux skips de pointe réengagèrent pourtant la poursuite, se glissant par l’ouverture, dans la formation, qu’il avait empruntée.

Ils gagnèrent du terrain. Après une autre boucle hardie, l’aile X vola parallèlement au groupe de neuf, qui, après avoir fait de nouveau demi-tour, approchait du nuage de gaz et de fragments de corail yorik.

Wedge arma et tira une torpille à photons. Ensuite, il expédia des rayons laser rouges au milieu de la formation vong. Les singularités les avalèrent sans difficulté.

La torpille heurta une cible. Pas un des vaisseaux fonctionnels, mais le plus gros fragment du corail skipper détruit, encore au centre du groupe de neuf.

Il explosa, se dispersa dans tous les sens et bombarda tous les vaisseaux. Leurs trous noirs ne purent absorber qu’une infime fraction de l’énergie ainsi libérée.

Wedge s’éloigna, attendant que ses capteurs lui en apprennent plus sur les événements.

Quand ils le firent, le général jubila. Cinq des neuf coraux skippers étaient détruits. Deux suivaient une trajectoire mortelle vers la surface de Borleias. Les deux derniers tentaient de rejoindre leur leader et son ailier, mais ils semblaient un peu plus mous que d’habitude.

Loin devant, l'Ammuud Swooper avançait tranquillement vers l’endroit où il pourrait sauter dans l’hyperespace.

 

Czulkang Lah étudiait les données et les variables. Les conclusions qu’il tira ne lui plaisaient guère. L’attention se focalisait trop sur le vaisseau-monde du Domaine Hul, trop de ressources des infidèles manquaient à l’appel, et le grand vaisseau, désormais distant de quelques minutes seulement, avait un comportement inexplicable.

— Préparons-nous à partir, ordonna le vieux guerrier. Calculez un cap vers la Bordure et attendez mes ordres.

Czulkang sentit peser sur sa nuque les regards noirs de ses officiers. Certains dissimulaient leur colère devant ce qu’ils interprétaient comme une lâcheté. Sachant à quel point sa vue était mauvaise, d’autres ne se donnaient pas la peine de cacher leur sentiment.

Le commandant suprême comprenait leur courroux. Il éprouvait la même chose. Mais il ne servirait pas la cause des Yuuzhan Vong en sacrifiant inutilement un vaisseau-monde en parfaite santé, alors qu’il pouvait abandonner le combat et frapper de nouveau quand les probabilités de victoire seraient meilleures. En conséquence, il ignora l’attitude de ses guerriers.

— Les grappes souterraines de basals dovin sont en cours de déplacement vers les positions adéquates, annonça un officier.

Kasdakh Bhul revint se camper aux côtés de son supérieur et fixa la lentille de la salle de commandement.

— Quelque chose ne va pas avec le grand vaisseau, dit-il.

— J’espère bien, compte tenu des dommages qu’il a subis !

— Il ne ressemble pas à ce que j’attendais… J’ai été forcé d’apprendre certains détails sur les vaisseaux infidèles, et celui-là n’agonise pas comme il devrait. La structure de son squelette n’est pas logique.

Czulkang Lah ordonna qu’on agrandisse l’image créée par les scarabées-éclairs jusqu’à ce que le navire ennemi remplisse toute la niche.

Il avait subi des dégâts incroyables. L’extension supérieure, où ses commandants étaient censés se trouver, avait été presque rasée. Aucune lumière ne brillait sur ses flancs – toutes ses armes étaient mortes. Le nez détruit, le premier quart du navire avait disparu sous les attaques des Yuuzhan Vong.

Mais quelque chose dépassait de la proue. Une sorte d’aiguillon géant.

— Voilà de quoi je parlais, dit Kasdakh Bhul. Ce dard. Mais leurs bâtiments n’ont pas de « dards », seulement des antennes…

Devant cette nouvelle menace, Czulkang Lah sentit monter son appréhension.

— Sommes-nous prêts à battre en retraite ? demanda-t-il avec un calme étrange.

— Pas encore, répondit un officier.

 

Des coraux skippers isolés se détachèrent de l’orbite du vaisseau-monde pour intercepter Luke et Mara. Les deux Jedi ne ralentirent pas pour engager le combat. Ils zigzaguèrent afin d’éviter le feu des canons à plasma, ripostant avec leurs lasers, mais ne quittèrent pas le cap qui devait les conduire à leur objectif.

Plongeant vers la surface du vaisseau-monde, ils entrèrent dans son orbite. Volant le long de son « équateur », les Jedi se dirigèrent vers la face la plus éloignée de l’étoile Pyria.

Les instruments leur annoncèrent un escadron entier, droit devant, plus des coraux skippers arrivant de partout. Heureusement, la distance actuelle leur laissait encore quelques instants de répit.

— C’est le moment ou jamais, dit Mara.

— Je n’oserais pas te contredire…

Luke activa le dispositif intégré à son comlink, comme à ceux des autres pilotes des escadrons protégeant le Lusankya, juste avant le lancement de cette mission.

— Emission de la position, déclara-t-il. Je vais rester sur le droit chemin aussi longtemps que je pourrai le supporter.

— Tu sais, c’est moi qui disais ça jadis, fit Mara, moqueuse.

— Très drôle !

Le bouclier avant de Luke encaissa un impact qui le rendit incandescent – ça ne pouvait pas être du plasma, car il l’aurait vu venir. Sans doute un scarabée creuseur… Serrant les dents, il se cala sur son siège comme si ça pouvait aider son aile X à résister au feu. Tant que sa tâche n’était pas accomplie, il serait une cible facile.

Mara tournait autour de lui pour attirer les tirs, mais sans s’éloigner au point de ne plus lui offrir la protection de ses bouchers.

Luke la sentit approcher de lui dans la Force. Elle ne cherchait pas vraiment de soutien ; il voyait sa femme confiante, concentrée sur son travail.

Il lui fallait un petit moment avant de comprendre. Mara voulait être avec lui au cas où l’un d’eux cesserait soudain d’exister. Le cœur du Jedi se serra.

Son tableau de bord bipa au moment où une masse impressionnante se matérialisait derrière lui, à moins de deux cents mètres de distance.

Ayant quitté l’hyperespace, l’Interdicteur Mon Mothma se positionna à tribord de Luke.

Il lâcha un nuage de petits vaisseaux – sa cargaison de chasseurs qui, escadron après escadron, sortaient des baies de décollage pour protéger le grand navire ou pour voler à la rencontre des coraux skippers.

Le capteur gravifique, un composant de la nouvelle instrumentation de l’aile X, s’alluma : le Mon Mothma avait activé ses générateurs de pesanteur. Si tout allait bien, il avait également dû activer le brouillage du yammosk.

— Le dernier acte commence, Mara.

— Reprenons notre souffle avant de rejoindre les autres, garçon de ferme.

— D’accord.

Derrière les lignes ennemies 2 - La résistance rebelle
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