CHAPITRE XV

Luke nageait dans un océan de…, non, ce n’était pas de la douleur, mais un mélange d’exaltation et de confusion totale. Appuyé contre un tas de décombres, il avait une femme et une jeune fille près de lui.

Il ne se souvenait pas de leurs noms, ni du sien.

Un liquide rouge coulait sur son épaule. Tendant le cou, il vit un corps couché en haut du monticule, un humain à qui il manquait le bras droit. Du sang gouttait de la plaie béante.

Luke. C’était son nom. Et Mara et Tahiri… Les Yuuzhan Vong et Lord Nyax.

Luke se leva. Avisant son sabre laser à quelques mètres de là, il le fit voler vers lui. L’arme heurta sa main avec un impact plus violent que prévu, et il la laissa retomber.

Puis il vit Nyax, qui contemplait le trou, dans le mur noir. Cette ouverture, où restait accrochée une des griffes de démolition de la gigantesque machine, béait vingt mètres plus haut. Le géant se mit à danser comme un enfant.

Une manifestation de joie.

Mara se leva aussi. Luke la savait indemne.

— L’énergie de la Force, souffla-t-elle.

L’ancien temple Jedi avait dû être construit sur une sorte de « source ». Les Jedi l’avaient scellée, préservant la planète de ses effets.

Nyax avait cessé de danser et regarda les trois compagnons. A son expression de bonheur extatique, il semblait impossible qu’il songe de nouveau à leur faire mal.

D’ailleurs, il ne les attaqua pas. Il leva simplement une main.

Au-dessus de lui, une partie du plafond d’environ dix mètres de circonférence s’éjecta vers l’extérieur. Des débris tombèrent, frôlant Nyax sans le toucher.

Tahiti rangea un objet dans son sac à dos et rejoignit Luke et Mara.

— Nous avons des ennuis, dit-elle.

 

Un des rares avantages, quand on courait dans des cités en ruine – à plusieurs niveaux sous la surface – était de trouver des équipements un peu partout…

Par exemple des airtaxis. Face en avait vu une trentaine depuis qu’il avait quitté les Jedi, dont quatre intacts. Et il venait de découvrir le premier, encore apte à démarrer au quart de tour.

Sur l’engin, Face traversa les canyons de Coruscant en suivant un signal et en veillant à voler plus bas que la ligne des toits.

Une précaution indispensable ! Des coraux skippers sillonnaient le ciel, tous allant dans la même direction : l’endroit que Face venait de fuir.

La source du signal approchait. L’endroit où il était le plus fort se trouvait en face d’un immeuble en partie écroulé. Face y distingua une tige argentée brillante – une antenne installée si récemment que rien n’avait pu pousser dessus, la poussière et la suie n’ayant pas eu le temps de s’y déposer.

— Face à Kell, dit-il. Je vois ton antenne.

— Descends de dix étages et vole jusqu’au prochain bâtiment. Entre par la première grande fenêtre. L’accès au vaisseau est dans la pièce principale de cet appartement.

— J’arrive.

Face laissa son engin perdre de l’altitude avant de bifurquer. Par la verrière cassée, il aperçut un ancien appartement de luxe et l’escalier qui descendait du plafond. Accélérant à fond, il défonça l’encadrement de la fenêtre, puis coupa l’alimentation. Son airtaxi atterrit en douceur sur la moquette du salon.

Quelques secondes plus tard, il entra dans le vaisseau baptisé Triste Vérité.

Installé sur le siège du pilote, Kell ne se retourna pas.

— As-tu senti quelque chose de particulier il y a deux ou trois minutes ? demanda le technicien.

— Non.

— Très bien. Dans ce cas, moi non plus.

A travers la verrière du cockpit, Face étudia le bouchon de débris qui les séparait de l’extérieur.

— As-tu vraiment assez d’explosifs pour faire sauter tout ça ?

— A peu près, mais nous ne procéderons pas de cette manière.

— Ah bon ?

— La détonation pourrait endommager le vaisseau. Le mur, de ce côté-là, n’est pas maître. La charpente métallique du bâtiment assure le soutien. J’ai donc placé des charges pour éliminer ce mur.

— Et ensuite ?

— Ensuite, j’active les répulseurs supérieurs. Nous basculons en avant et j’allume la propulsion. Puis nous faisons quelques tours sur nous-mêmes pendant que tout le monde crie et vomit… jusqu’à ce que je contrôle de nouveau l’appareil.

— Parfois, Kell, je te hais vraiment…

— Certes, mais je suis le meilleur pilote que tu aies connu.

— Où est le reste du groupe ?

— En chemin. J’ai transmis le message.

— Comment ? Il y a des kilomètres de décombres entre nous ! Une communication est impossible.

Exaspéré, Kell finit par se retourner pour regarder son chef dans les yeux.

— Te souviens-tu, même vaguement, du relais que nous avons installé sur un toit, puis du câble tiré jusqu’à la salle afin que Danni et Baljos puissent recevoir en permanence les transmissions par capteurs ?

— Ah oui, en effet !

— J’ai émis mon signal vers…

— D’accord, d’accord, je vois… Je vais les accueillir.

 

Au-dessus de la tête de Nyax, l’ouverture s’élargissait. Les chutes de gravats étaient remplacées par des rayons de soleil, mince faisceau qui se transformait peu à peu en un beau flot de lumière bleuâtre.

Enthousiaste, le géant leva les mains pour la capturer…

Luke sentit le choc qu’avait subi Tahiri. Il avait encaissé le même.

— A-t-il foré un trou jusqu’à la surface ? demanda-t-elle.

— On dirait, répondit Luke.

Il se concentra sur les survivants, toujours dans la tête du droïd de construction. Ils étaient confus et perturbés. Son but atteint, Nyax les avait libérés. Récupérant leur libre arbitre, ils prenaient conscience de leur épuisement et frémissaient d’horreur devant la manière dont on les avait exploités.

— Je dois aller là-haut, dit Luke. Pour les persuader de sortir cet engin de la salle avant que l’immeuble s’écroule dessus.

— Non, tu ne dois pas faire ça, dit Mara.

Luke fut surpris par cette remarque d’une cruauté inutile. Puis il sentit l’amusement de sa femme, consciente qu’il l’avait mal comprise.

— Il suffit que tu leur dises d’ici !

Luke projeta ses pensées vers les travailleurs. Il y trouva des dizaines d’esprits, tous ouverts à la Force. Dans le sillage de la vague d’énergie qui s’était échappée de la fissure, il pouvait les toucher tous.

Il demanda le silence et le calme. Ensuite, il transmit l’image du bâtiment qui s’effondrait, le droïd de construction reculant pour ne pas être enterré.

En retour, il capta leur réaction : d’abord choqués, ils ne tardèrent pas à le croire. Quelques instants plus tard, les moteurs de la machine vrombirent de nouveau. Luke sentit que les travailleurs avaient l’intention de sortir du bâtiment.

D’une pression du pouce, le Maître Jedi alluma son labre laser et avança vers la créature qui arborait le visage d’Irek Ismaren.

Il faut en finir.

Mais Nyax s’éleva dans les airs et traversa le trou que ses pouvoirs lui avaient permis de forer.

Avant que Luke n’ait vraiment compris ce qui se passait, le géant eut disparu.

 

Danni, Elassar et Bhindi venaient d’embarquer dans le Triste Vérité.

— Prenez les sièges avant, ordonna Face. Ceux de l’arrière, on les réserve aux Jedi. Comme ça, pas besoin d’acrobaties pour que tout le monde s’installe. J’annexe le fauteuil du copilote. Où est Baljos ?

— Il reste ici, répondit Bhindi. A ma place.

Face soupira. Ayant compris que des cellules de résistance ne seraient pas d’une grande utilité sur cette planète, il avait demandé à Bhindi de se préparer à retourner sur Borleias. Mais il n’avait pas prévu que Baljos refuserait d’abandonner ses recherches. Sa décision pouvait un jour se révéler une bénédiction… ou une manière de se suicider dépourvue de sens.

Mais Baljos avait décidé en toute connaissance de cause.

Face ferma l’écoutille et gagna sa place.

— On y va dès que tu es prêt.

— Boum ! lança Kell en appuyant sur une touche de la télécommande.

Le Triste Vérité bascula au moment où le mur, sous sa quille, disparaissait.

Kell n’attendit pas pour évaluer la taille de l’ouverture. Il poussa les gaz, et le vaisseau bondit en avant.

Face sentit son estomac remonter dans sa gorge pendant que l’appareil penchait dans le vide au-dessus de l’avenue, puis dégringolait tête la première vers le sol.

 

L’ascenseur intérieur du droïd de construction ouvrit ses portes. Les Jedi en sortirent pour entrer dans la salle de contrôle située en haut de l’engin.

La foule qui se pressait dans la pièce ne remarqua pas leur présence, son attention concentrée sur la verrière avant : des pans entiers se détachaient du bâtiment. Au-delà planait un nuage de coraux skippers.

Dès que l’immense machine apparut à l’air libre, les vaisseaux vong ouvrirent le feu. La façade de la salle de contrôle reçut un flot de plasma, tout l’engin étant secoué par les impacts qu’encaissaient les étages inférieurs.

Les travailleurs dépenaillés qui, deux minutes plus tôt, étaient des esclaves privés d’âme et d’esprit, hurlèrent de terreur, de nouveau dotés de suffisamment de sens de l’analyse pour voir approcher leur fin.

— Nous devons les sortir d’ici, dit Tahiri. L’armement…

— Les systèmes de défense de ce droïd ne seront d’aucune utilité contre des coraux skippers, répondit Luke. Il faut nous servir d’autres armes.

— Lesquelles ?

— Nous, intervint Mara.

Luke éleva la voix, puisant dans la Force :

— Que tout le monde parte ! Filez par les escaliers de secours. Ne prenez pas l’ascenseur, il est maléfique.

Il étaya cet argument en projetant l’image mentale de l’ascenseur ouvrant et fermant la bouche tel un féroce carnivore.

Toujours hystériques, les survivants de Coruscant dévalèrent les deux escaliers de secours, libérant l’espace. Les Jedi obtinrent ainsi une vision plus claire de la formation de l’ennemi et de ses tirs de plasma.

— Lord Nyax a puisé ses pouvoirs dans cette source de Force, expliqua Luke. Il s’agit d’une puissance pure… et nous sommes capables de nous en servir aussi.

Pour en apporter la preuve, il fit un geste négligent de chef d’orchestre, et un tas de gravats accumulés devant un immeuble situé à une centaine de mètres s’éleva dans les airs. Serrant le poing, Luke poussa ce matériel vers le droïd de construction.

Les coraux skippers volant à l’arrière de la formation n’avaient aucune chance. Des blocs de permabéton, de ferrobéton et des pierres leur tombaient dessus. Les singularités créées par les basals dovin avalèrent quelques-uns des missiles improvisés, mais cela ne suffit pas. Ils s’enfoncèrent dans le corail yorik, détruisant les vaisseaux.

Tahiri imita la tactique du Maître Jedi. Elle se servit des vestiges d’un bâtiment situé sur sa gauche, donc sur la droite de la formation ennemie. Des morceaux de façade fondirent sur les coraux skippers pour les écraser sous leur masse.

Mara ajouta sa voix et sa présence dans la Force aux ordres de Luke, pressant les travailleurs de fuir plus vite. Mais elle concentra l’essentiel de son attention sur les commandes de la salle et ses divers équipements. Elle finit par trouver ce qu’elle cherchait : une trappe dont elle ouvrit le loquet. La lumière du soleil inonda la pièce et une échelle descendit de l’ouverture. Mara l’emprunta pour monter sur le toit du droïd de construction.

Certains coraux skippers quittèrent la formation pour fuir la volée de projectiles primitifs. Mais en prenant de l’altitude, ils rencontrèrent un autre « flot » qui coulait à une vitesse encore plus grande.

Les débris érodèrent le corail yorik jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien.

Luke crut d’abord que Mara avait lancé cette attaque, mais ses impressions dans la Force ne confirmèrent pas cette idée. D’un bond, il rejoignit sa femme au sommet de l’immense machine.

Tahiri le suivit.

Ils virent mieux le ciel noir de vaisseaux vong et la ziggourat. C’était de là que partait une colonne de débris semblable à un jet d’eau. Aux points de chute des blocs, les immeubles s’écroulaient, et les coraux skippers disparaissaient.

Nyax flottait au-dessus de l’épicentre du phénomène.

— Pour un nouveau diplômé de l’Académie Jedi, souffla Tahiri, il soulève des rochers vraiment géants.

— Très drôle, répliqua Luke.

Il estima la distance qui les séparait de la surface solide la plus proche de la ziggourat et conclut qu’ils y arriveraient.

— Allons-y !

Dans le lointain, Viqi entendit un grand bruit, comme si on avait ouvert les vannes d’un barrage, des millions de tonnes d’eau s’en déversant. Le sol vibra sous ses pieds.

Elle ignora ces phénomènes, comme ses douleurs aux poignets, dues aux tentatives de se débarrasser de ses liens – infructueuses jusqu’à ce qu’elle trouve une barre de métal tranchante. Depuis, elle était libre.

L’appartement des Terson atteint, elle tremblait d’épuisement et faillit trébucher sur le seuil du salon. Là, elle se pétrifia, son dernier espoir évanoui.

L’escalier secret était descendu. Comble de l’absurde, un airtaxi était garé au centre de la pièce.

Elle monta les marches quatre à quatre et contempla, accablée, l’ouverture par laquelle le Triste Vérité s’était envolé. Tout ce travail pour rien ! Viqi allait devoir recommencer à zéro, se cacher, chercher, lutter à chaque instant pour sa survie… jusqu’à ce qu’elle retrouve et répare un autre navire.

L’airtaxi devait être en état de marche. C’était un début. Elle alla voir de plus près.

Sur le siège avant, elle découvrit une pile de rations alimentaires et un mot :

« Sénatrice Shesh,

Nous avons pensé que vous en auriez plus besoin que nous. Ne mangez pas tout d’un coup.

Amitiés

Les Spectres. »

Viqi s’écroula sur la moquette. Et éclata en sanglots.

 

Puisque la ziggourat était une sorte d’escalier aux marches hautes et larges, les Jedi les gravirent une à une – sauter, courir jusqu’au bout, sauter à nouveau… – jusqu’au sommet.

Là, ils virent que le trou dans le toit s’élargissait. Sans interruption, des blocs et des morceaux de pierre et de roche en jaillissaient et se déversaient partout. Certains étaient encore dérivés pour anéantir quelques coraux skippers. Autour de Nyax, d’énormes blocs de pierre exécutaient une ronde spectaculaire.

Luke conduisit ses compagnes vers un endroit que cette farandole minérale frôlait. Le prochain bloc serait à eux : ils bondirent et atterrirent sur une surface irrégulière en permabéton.

Le Maître Jedi sentit le moment où Nyax les détecta. Le géant pivota pour leur faire face, et son sourire de plaisir devint une grimace haineuse.

— Ce sera dur, annonça Luke.

Mara acquiesça. Sous l’effet du vent violent, ses cheveux roux ressemblaient à une flamme qui vacille dans un courant d’air.

— Tu as une idée ?

— Moi, j’en ai une, fit Tahiri.

Elle s’était agenouillée pour améliorer son équilibre. A un point donné, la ronde de blocs de pierre exécutait un virage serré pour approcher de la position de Nyax avant de s’en éloigner de nouveau.

— J’interviendrai un peu au-delà de ce point. Distrayez-le. Je le vaincrai.

— Tu le vaincras ? demanda Luke, dubitatif. Et comment ?

Une lueur étrange, dans les yeux de Tahiri, fit frissonner le Maître Jedi.

— Il peut combattre les Jedi parce qu’il les sent dans la Force, expliqua la jeune fille. Mais il ne capte pas les Vong. Et moi, je suis les deux…

Tahiri se leva, bondit sur le bloc de pierre volant suivant et remonta la ronde en sens inverse. Luke et Mara la suivirent des yeux pendant qu’elle s’éloignait à toute vitesse.

— Qu’en dis-tu : on la prend au mot ? demanda Mara.

— Je suis trop fatigué pour me disputer…

Leur « véhicule » arriva en bout de course et vira, plus brusquement que les précédents. Les deux Jedi identifièrent une intervention de Nyax dans la Force. Ils s’accrochèrent pour rester debout sans bouger.

Luke avança la main, « s’empara » d’une partie du flot de débris et le dévia vers Nyax.

Le géant réagit sans s’affoler, reprit le contrôle de la ronde minérale et renvoya les pierres à l’expéditeur après avoir accéléré leur course.

Luke se pencha en arrière, faisant ainsi pivoter leur bloc de pierre. Les projectiles heurtèrent sa surface inférieure.

La tête en bas, mais recourant à la Force pour ne pas tomber, Mara alluma son sabre laser et le lança. Il zigzagua pour traverser le flot de rochers. A quelques mètres de Nyax, il monta en flèche et le visa.

L’expression du Jedi trahit sa surprise. Aucune de ses lames n’étant activée, il s’écarta de la trajectoire de l’arme. Puis il pivota vers Mara pour la regarder diriger son sabre, qui décrivit une boucle et revint à l’assaut.

Entre-temps, le bloc de pierre avait terminé sa rotation, et les deux Jedi étaient de nouveau en position normale.

Nyax attendait le coup de Luke.

Le Jedi invoqua la Force pour pousser le géant en arrière, à la rencontre du sabre laser que Mara « téléguidait ». L’attaque réussit. Mais Nyax, bien que bousculé, parvint à activer ses lames et se débarrassa du sabre de Mara avec une facilité dérisoire.

 

La puissance coulait en Nyax avec une intensité qu’aucun être vivant n’avait jamais connue. Il pouvait entrer dans les profondeurs de ce monde, traverser la première croûte artificielle, puis la couche de pierre naturelle, au-dessous, et arriver bien plus loin, dans des strates où la roche se transformait en un fluide visqueux, des métaux surchauffés coulant comme des rivières. Il pouvait briser la planète en deux et forcer ces créatures insignifiantes à l’emmener sur une autre, qu’il briserait aussi.

Il était las de ces créatures. Infiniment plus faibles que lui, elles étaient obstinées, et même inventives.

Nyax leva les mains. Il casserait la pierre qu’elles chevauchaient et les enverrait s’écraser dans les ruines.

Mais quelque chose s’enfonça dans son dos, juste sous l’endroit où son armure interne le protégeait. Il n’avait rien senti venir…

Nyax se servit de sa puissance pour surmonter la douleur.

Une deuxième arme le frappa. Dans le bas de son dos, des os se fracturèrent. L’engourdissement gagna ses jambes. Il devait retrouver un meilleur contrôle pour récupérer des sensations dans les extrémités…

Nyax se retourna. Sa troisième adversaire, la petite femelle aux cheveux jaunes, s’agrippait d’une main à un autre bloc de pierre sur lequel elle était couchée. Elle le fixait avec un regard implacable et… étranger.

Pour Nyax, elle était à peine un faible écho. Elle avait dû se couper de la Force pour l’empêcher de la détecter et d’anticiper ses actions.

Quelque chose n’allait pas. Nyax maîtrisait la douleur. Il débordait de puissance. Donc, il aurait dû pouvoir tout contrôler en permanence.

Nyax ne comprit pas ce qui se passait. N’ayant pas été formé à l’usage de la Force, il ne possédait pas les connaissances fondamentales. Il ignorait que la défaillance des fonctions de son corps limitait ses possibilités. Tout ce qu’il comprenait, c’était que son contrôle sur les blocs de pierre et les débris faiblissait.

La femelle aux cheveux jaunes brandit un troisième missile – et celui-là avait des pattes !

Nyax n’en crut pas ses yeux. C’était une des créatures venues d’ailleurs, d’habitude lancées par les guerriers qu’il ne parvenait pas à sentir. Cette femelle appartenait à une espèce qui n’était pas censée se servir de ces armes. Seuls, les nez plats les utilisaient…

Ce n’était pas juste. Elle avait triché.

Avant que Tahiri ne puisse frapper, Nyax sentit ses jambes se dérober. Avec un cri perçant, il tomba dans le gouffre qu’il avait créé.

 

D’un coup, tous les blocs de pierre s’abattirent sur le toit de la ziggourat, la plupart la traversant. Luke et Mara se dégagèrent et atterrirent en douceur grâce à leurs pouvoirs augmentés.

Dans la pluie de débris, ils cherchèrent une tête blonde.

— Là ! s’écria Mara.

Elle partit en courant. A quelques dizaines de mètres, Tahiri était couchée sur un petit dôme. Un rocher fondait droit sur elle.

Pendant que Luke regardait, la jeune fille se leva d’un bond.

Le rocher disparut après avoir brisé le dôme.

— Face appelle Mara, Face appelle Mara, tu m’entends ?

Luke sortit son comlink.

— Mara est occupée, Face.

De justesse, il évita un bloc de ferrobéton de la taille d’une aile Y qui s’écrasa sur le toit, à côté de lui.

— Pour ne pas te cacher la vérité, moi aussi. Qu’y a-t-il ?

— Dis-moi que c’est toi qui as provoqué ce cafouillage, avec la grande ronde de rochers.

— En effet…

— Nous ne sommes pas loin, tout comme une paire de vaisseaux vong. Vous revenez à bord ?

— Oui.

— Nous arrivons dans deux minutes…

 

Du toit de la ziggourat, les trois Jedi sautèrent sur l’aile du Triste Vérité, puis se faufilèrent à l’intérieur. Avant qu’ils aient pu boucler leurs ceintures de sécurité, Kell exécuta un plongeon vers l’avenue qui retourna tous les estomacs. Luke vit le droïd de construction, devant eux, et fut certain qu’ils allaient le percuter. Mais ils reprirent l’horizontale et filèrent le long du boulevard.

— Alors, dit Face sur le ton de la conversation, la destruction massive de biens publics est une activité normale pour des Jedi ?

— Ça, lança Kell, c’est quand on est leur ami ! Attends de voir ce qui se passe quand on en épouse un.

— Nous devons y retourner, annonça Luke. Nyax n’est pas mort.

Face et Kell échangèrent un regard.

— On y va pour le sauver ou pour l’achever ?

— Pour se mettre en travers de son chemin…

Hochant la tête, Kell fit gagner de l’altitude au Triste Vérité.

Arrivé au niveau des toits, il vira sur l’aile pour revenir vers la ziggourat.

 

Au fond du puits, Nyax souffrait.

Il n’avait pas connu la douleur avant de rencontrer ces trois détenteurs de la puissance. Maintenant, il ne lui restait rien d’autre que la douleur.

Il les trouverait, et il les tuerait. Il fallait faire vite car il sentait sa force décliner. Quelle que soit la quantité d’énergie qu’il tirait de ce qui se tapissait derrière le mur, la défaillance était proche. Bientôt, il dormirait.

Nyax étendit ses perceptions pour localiser toutes les créatures vivantes que sa puissance détectait. Quand un esprit était assez fort et complexe pour l’entendre et pour obéir, le géant regardait à travers ses yeux.

D’abord, il ne vit que des images floues superposées. En les soustrayant ou les faisant se chevaucher, il parvint à rétablir une vision correcte en trois dimensions.

Les manipulateurs de puissance qui l’avaient blessé n’étaient pas perceptibles. Mais deux gros bouts de corail approchaient de directions opposées.

Ses ennemis devaient être à bord, cachés grâce à leur magie qui bloquait ses sens. Puisqu’ils n’abandonnaient jamais, ils devaient y être.

Il ne dormirait pas tant qu’ils ne seraient pas morts.

Nyax hurla sa douleur et projeta des tonnes de débris vers le ciel.

 

Kell atterrit sur un toit à environ quatre kilomètres de la ziggourat. Les deux mataloks, des équivalents de croiseurs, approchaient du nord et du sud.

Deux jets de débris montaient du puits, en direction de chacun des vaisseaux vong. Nyax ne visait plus aussi bien : les premières secondes de l’attaque, aucun des navires ne fut touché par une pierre.

En revanche, les deux Vong avaient ouvert le feu, faisant pleuvoir des projectiles sur la ziggourat.

Luke sursauta, comme sous l’effet d’une brûlure. Il regarda son bras, qui ne présentait aucune trace de blessure. Cette sensation était un écho de la douleur de Nyax, qu’il transmettait à tous les êtres vivants à proximité. Sur les visages de Mara, de Tahiri, de Danni, et même de Kell, se reflétait la même souffrance.

Puis le flot de débris s’abattit sur les mataloks. Il se déversa sur les vaisseaux, dont les singularités parvinrent à avaler quelques projectiles. Mais la majorité grignota le corail yorik comme s’il s’agissait d’une gourmandise. Les manœuvres désespérées des croiseurs ne leur apportèrent pas de solution. Les avalanches de pierre les suivirent.

Luke éprouva soudain un étrange soulagement : la disparition d’un poids dont il n’avait pas eu conscience jusqu’à présent.

— Il est mort.

— Lord Nyax ? demanda Face. Je ne crois pas. Regarde, de plus en plus de gravats sortent du trou.

— Luke a raison, confirma Mara. Nyax n’est plus. Mais il a imprégné de haine son environnement, lui transmettant une partie de ses dernières volontés…

Les mataloks volèrent au-dessus du flot destructeur et lâchèrent une salve de plasma avant de subir de nouveaux impacts. Plusieurs autres grands vaisseaux yuuzhan vong convergèrent vers le site de l’attaque.

— Ça va continuer, expliqua Luke, aussi longtemps que des vestiges de sa personnalité resteront ici. Tant qu’une part de Nyax pourra imposer sa volonté au monde alentour. C’est la source de Force qui rend ça possible. Mais lui, il est parti. (Il respira à fond.) Rentrons chez nous !

— Pas tout de suite, dit Kell. Ecoutez ça.

Il avait augmenté le volume du transmetteur audio intégré au tableau de bord, et tous entendirent un bruit… des cris, des hoquets… des pleurs.

— Face a laissé un canal de communication ouvert dans l’appartement où nous avons trouvé cet appareil, au cas où il y aurait des traînards. Et il y a quelqu’un.

— Je crois même deviner qui, ajouta Face.

 

Appuyée contre l’airtaxi, Viqi finit par entendre le bourdonnement quand il dépassa en volume les fracas de son désespoir. Des répulseurs approchant de la verrière brisée ?

Elle se leva pour regarder.

Dehors, le Triste Vérité planait à quelques mètres de distance.

Un instant soulagée, Viqi Shesh comprit vite qu’il n’y avait pas de quoi. A travers l’écoutille d’accès, Mara Jade Skywalker la dévisageait. Sur son visage calme, ses yeux vert émeraude reflétaient une haine si froide qu’elle glaça les sangs de Viqi.

Puis-je implorer sa pitié ? se demanda-t-elle. Puis-je m’abaisser à ce point ?

La réponse était simple :

Bien sûr que je peux. Et une fois libre, je lui ferai payer cet affront.

L’ex-sénatrice commença à répéter mentalement les paroles qu’elle allait prononcer. Des supplications pour qu’on lui laisse la vie sauve.

— Viqi. Je savais que vous mentiez. Je savais que vous reviendriez ici.

Incrédule, elle se retourna.

Denua Ku, le front ouvert, s’appuyait à l’encadrement de la porte d’entrée. Il toussa douloureusement et du sang coula de sa bouche.

Le guerrier était en piteux état.

Mais Viqi ne pouvait rien contre lui, d’autant plus qu’il brandissait son bâton vong.

— Je vais vous tuer, Viqi, annonça-t-il en avançant d’un pas hésitant.

Il était presque à portée de sa victime. Dehors, l’écoutille latérale du Triste Vérité commençait à s’ouvrir.

Denua Ku empêcherait Viqi de l’atteindre. Tout espoir de survie était vain.

Une froide détermination s’empara de la princesse-marchande. Une dernière fois, elle pourrait provoquer de la souffrance à sa manière… inimitable.

— Non, tu ne le feras pas, dit-elle. Les Yuuzhan Vong ne peuvent pas me tuer. Les Noghris pas davantage. Et les Jedi non plus. Vous m’êtes tous inférieurs. Un seul être peut tuer Viqi Shesh.

Elle fit volte-face et se jeta à travers la verrière détruite.

 

Luke et Mara suivirent sa chute.

Le Maître Jedi sentit même le moment de sa mort, comme une chandelle qu’on aurait soufflée dans la Force.

— Que demander de plus ? dit Mara. Mon souhait est exaucé.

Le guerrier yuuzhan vong qui avait affronté Viqi leva la main pour lancer une poignée de scarabées tranchants sur le Triste Vérité. Mais avant de pouvoir frapper, il tomba raide mort.

Luke se recala dans son siège et attacha le harnais de sécurité.

— Maintenant, nous pouvons partir.

Tahiri le regarda, dubitative.

— Avant, tu parlais de « rentrer chez nous ». Je croyais, que c’est ici, à Coruscant, que tu étais « chez toi ».

— Non, dit Luke en prenant Tahiri et Mara dans ses bras. Je le croyais aussi, mais c’était une erreur. Quelle que soit la couleur du soleil et le style d’ameublement, chez moi, c’est là où est ma famille.

Tahiri blottit sa tête contre l’épaule du Maître Jedi.

Pour la première fois depuis leur atterrissage sur la cité-planète en ruine, elle sourit.

— Prêt à une course poursuite dans l’espace, maître des explosifs ? demanda Face.

— Je suis toujours prêt, idole des foules ! Accroche-toi à tes Oscars…

Kell fit monter l’appareil, se détourna de la ziggourat et accéléra à pleine vitesse atmosphérique.

Derrière les lignes ennemies 2 - La résistance rebelle
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