SCÈNE II

 

LES MÊMES, LVOV

 

LÉBÉDEV – Nos humbles respects à l’Esculapus… (Il tend la main à Lvov tout en chantant :) « Venez, petit père docteur, devant la mort je meurs de peur… »

 

LVOV – Nicolaï Alexeïévitch n’est toujours pas rentré ?

 

LÉBÉDEV – Mais non, je l’attends depuis plus d’une heure.

 

Lvov arpente impatiemment la scène.

 

LÉBÉDEV – Eh bien, mon cher, comment va Anna Petrovna ?

 

LVOV – Mal.

 

LÉBÉDEV, après un soupir. – Est-il permis de lui présenter mes respects ?

 

LVOV – Non, je vous en prie, n’y allez pas, je crois qu’elle dort…

 

Pause.

 

LÉBÉDEV – Brave… sympathique… (Il soupire.) Le jour de l’anniversaire de Sachenka, lorsqu’elle a perdu connaissance, chez nous, je l’ai regardée et j’ai compris que la pauvre n’en avait plus pour longtemps. Je me demande pourquoi elle s’est trouvée mal tout d’un coup ? J’accours et je la vois étendue par terre, toute pâle, et a côté Nicolacha à genoux, pâle lui aussi, et Sachenka tout en larmes. Après cet accident, Sachenka et moi nous n’avons pas repris nos esprits de la semaine.

 

CHABELSKI, à Lvov. – Dites-moi, honorable serviteur de la science, quel est donc le savant qui a découvert que dans les maladies pulmonaires les fréquentes visites d’un jeune médecin sont indiquées pour une dame ? C’est une découverte capitale, grandiose ! Est-ce de l’allopathie ou de l’homéopathie ?

 

Lvov veut répondre mais il a un geste méprisant et il sort.

 

CHABELSKI – Quel regard exterminateur !

 

LÉBÉDEV – Et quelle mouche te pique aussi ? Pourquoi le provoques-tu ?

 

CHABELSKI, avec irritation. – Et lui, pourquoi dit-il des âneries ? Phtisie, pas d’espoir, elle va mourir… Il ment ! Ça me dégoûte !

 

LÉBÉDEV – Pourquoi dis-tu qu’il ment ?

 

CHABELSKI, il se lève et marche. – Je ne puis admettre l’idée qu’un être vivant meure soudain et sans aucune raison. Laissons cette conversation.