SCÈNE X

 

Anna Petrovna et Lvov entrent par la porte de droite.

 

ANNA PETROVNA – Ça ne fait rien, ils seront contents de nous voir… Il n’y a personne. Sans doute sont-ils au jardin.

 

LVOV – Je me demande pourquoi vous m’avez amené chez ces vautours. Ce n’est un endroit ni pour vous ni pour moi. Les gens honnêtes ne se commettent pas dans une telle atmosphère.

 

ANNA PETROVNA – Écoutez, monsieur l’homme honnête ; quand on accompagne une dame, on ne lui parle pas indéfiniment de son honnêteté. Ce n’est guère aimable ! C’est même assez ennuyeux ! Ne parlez jamais aux femmes de vos vertus. Elles se chargeront bien de les découvrir. Au temps où mon Nicolaï sortait avec des femmes, il chantait des chansons et racontait des blagues, et pourtant, elles savaient toutes à quoi s’en tenir sur son compte.

 

LVOV – Ne me parlez pas de votre Nicolaï, je l’ai parfaitement compris.

 

ANNA PETROVNA – Vous êtes un brave garçon, mais vous ne comprenez rien du tout. Allons au jardin. Jamais il ne disait : « Je suis honnête, j’étouffe dans cette atmosphère ! Des vautours ! Un nid de chouettes ! Crocodiles ! » Il laissait en repos la ménagerie ; et quand il s’indignait, les seules paroles que je lui entendais prononcer étaient : « Que j’ai été injuste aujourd’hui, Aniouta ! » ou bien : « Aniouta, j’ai pitié de cet homme ! » Voilà. Alors que vous…

 

Ils sortent.