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Le troisième travail d’Héraclès

Lorsqu’ils traversèrent la couche de nuages, au haut du mont Olympe, l’Académie se profila devant eux. C’était une vue majestueuse, qu’Athéna ne se lassait jamais de voir. Entièrement construite en marbre blanc poli, l’AMO faisait cinq étages de haut et était entourée de toutes parts de dizaines de colonnes ioniques. Juste sous la toiture pointue, on observait des frises en bas-reliefs sculptés d’une main experte qui illustraient les savants exploits réputés des dieux et des déesses.

— Renversant, n’est-ce pas ? dit Héraclès.

— Oui, en effet, dit Athéna en hochant la tête.

Ils allaient bientôt rentrer, et elle n’aurait plus la chance de savoir quel serait son prochain travail. Elle décida d’essayer de nouveau.

— Tu dois me dire quelle est ta nouvelle tâche ! poursuivit-elle. Je te promets que je ne me fâcherai pas, peu importe de quoi il s’agit.

— Bon, d’accord, dit Héraclès en cédant enfin, non sans avoir hésité pendant de longues secondes. Je dois capturer l’un des cerfs d’Artémis et aller le montrer à Eurysthée.

— Pardieu ! s’exclama Athéna.

Artémis chérissait ses cerfs blancs tout autant que ses trois chiens. Elle les avait depuis qu’elle était en deuxième année du primaire. Zeus avait permis que les quatre cerfs aux bois dorés demeurent dans l’enceinte de l’Académie, et ils tiraient parfois le char d’Artémis.

— Tu ne dois capturer qu’un seul cerf, c’est ça ? demanda Athéna après avoir réfléchi longuement.

Héraclès hocha la tête.

— Et tu pourrais faire ça sans lui faire de mal et le ramener ici une fois qu’Eurysthée l’aura vu ?

— Quelle idée géniale ! dit Héraclès en comprenant tout à coup où elle voulait en venir.

Athéna ne fut pas certaine de vouloir savoir quelle partie de son énoncé il trouvait géniale — celle où il ramenait l’animal, ou celle où il ne lui faisait pas de mal. Car il semblait aimer un peu trop son gourdin à son goût.

— D’accord, dit Athéna. Je crois que nous pourrions nous occuper de ce travail sans problème. Quel est le travail numéro quatre ?

— Nous ? dit Héraclès en lui jetant un regard interrogateur.

— Les cerfs me connaissent, dit-elle en hochant la tête. On va gagner du temps si tu me laisses t’aider.

— Logique, dit Héraclès en fouillant sous sa pelisse pour prendre sa liste.

Il la déroula rapidement et la consulta. Capturer le sanglier d’Érymanthe, lut-il à haute voix.

— Ton cousin manque un peu d’imagination, n’est-ce pas ? dit Athéna en soupirant. Toutes ces tâches se ressemblent. C’est d’un ennui mortel !

— On ne choisit pas sa famille, dit Héraclès en haussant les épaules.

— Exact, dit Athéna.

Une pensée déloyale envers sa mère la mouche lui traversa l’esprit. Mais elle la repoussa.

— Commençons par le commencement, poursuivit-elle. Les cerfs sont habituellement en train de brouter l’herbe de la pelouse qui se trouve derrière l’Académie, à cette heure de la journée. Nous allons demander à Artémis la permission d’emprunter sa petite biche. Si elle accepte, cela nous laissera peut-être le temps d’aller la montrer à Eurysthée avant la tombée de la nuit.

— Tu crois qu’elle sera d’accord ? demanda Héraclès en haussant un sourcil.

— Je vais la convaincre, dit Athéna en essayant d’avoir l’air plus confiante qu’en réalité.

Car, après tout, Artémis pouvait très bien refuser.

— Attends-moi ici, dit Athéna une fois qu’ils eurent atteint les marches de granite qui menaient aux portes de bronze de l’Académie. Je vais courir voir si Artémis est dans sa chambre.

À cause des problèmes qu’elle avait eus avec Orion, Artémis était encore un peu méfiante à l’égard d’Héraclès. Athéna croyait qu’elle avait de meilleures chances d’obtenir sa permission si elle le lui demandait sans lui.

— Bonne idée, dit Héraclès. Madame Hydre m’a dit que les garçons n’étaient pas admis à l’étage des filles.

Il s’assit sur l’une des marches pour attendre Athéna, qui grimpa l’escalier extérieur quatre à quatre, franchit les portes de l’entrée, puis dévala l’escalier menant au dortoir des filles au quatrième étage. Mais lorsqu’elle frappa à la porte d’Artémis, il n’y eut pas de réponse. Et elle n’entendit pas japper ses chiens non plus, donc elle était visiblement sortie. Athéna essaya la chambre d’Aphrodite, la porte d’à côté.

— Salut, dit-elle lorsqu’Aphrodite ouvrit. Tu sais où se trouve Artémis ?

Jetant un coup d’œil dans la chambre d’Aphrodite, Athéna aperçut son lit fait à la perfection. Il était recouvert d’une moelleuse douillette de velours rouge à motif de petits cœurs blancs, et des coussins en forme de cœur étaient disposés harmonieusement à la tête du lit.

Aphrodite repoussa une mèche rebelle de ses adorables cheveux dorés derrière une oreille à la forme plus que parfaite.

— Je ne l’ai pas vue depuis le dîner, dit-elle. Mais où étais-tu, en passant ? Tu nous as manqué, poursuivit-elle en observant Athéna attentivement.

— Je t’expliquerai plus tard. Je suis un peu pressée, maintenant. Héraclès m’attend.

— Intéressant, dit Aphrodite en haussant un sourcil.

— Ça n’a rien à voir avec ces histoires de filles et de garçons, protesta Athéna avec véhémence.

— Bien sûr que non, dit Aphrodite d’un air entendu.

Athéna soupira. Le cousin d’Héraclès n’était pas le seul à n’avoir qu’une seule idée en tête. Mais alors qu’il faisait une fixation sur la capture de créatures, Aphrodite, elle, faisait une fixation sur le romantisme !

— À plus tard, dit-elle en se retournant pour partir.

— Reviens me voir dans ma chambre plus tard, lui lança Aphrodite. Je peux peut-être te donner quelques trucs.

— Peut-être, dit Athéna, mais je n’en ai vraiment pas besoin, honnêtement.

Elle courut dans le couloir et dévala l’escalier en trombe jusqu’au rez-de-chaussée. Elle jeta un œil dans la cafétéria, au cas où Artémis y serait encore, mais il n’y avait personne. Son estomac gargouilla, et elle prit conscience qu’elle était affamée. Et Héraclès aussi, sans doute, puisqu’ils avaient tous les deux sauté le dîner. Elle attrapa quelques pommes dans un bol que la préposée de la cafétéria aux huit bras de pieuvre remplissait chaque soir en guise de collation. Les fourrant dans les poches de son chiton, elle se dirigea vers la sortie.

Athéna n’avait été absente que 10 à 15 minutes, mais lorsqu’elle ressortit, Héraclès n’était plus assis sur la marche où elle l’avait laissé plus tôt. Elle regarda partout autour d’elle dans la cour, mais il n’était nulle part en vue. Où avait-il bien pu passer ?

Au moment même où elle se demandait où aller le chercher, elle entendit braire de manière désespérée, et elle vit le plus petit des quatre cerfs d’Artémis qui arrivait en bondissant de l’autre côté du bâtiment principal. Quelques secondes plus tard, Héraclès apparut à son tour. Brandissant son gourdin au-dessus de sa tête, il pourchassait la petite biche.

— Arrête ! lui cria Athéna, alarmée.

En la voyant, la biche effarouchée brama de nouveau et courut directement vers elle. Athéna jeta ses bras autour de son cou pour la protéger alors qu’Héraclès dérapait en tentant de s’arrêter devant eux.

— Beau travail, dit-il en souriant et en baissant son gourdin. Tu l’as attrapée !

— Je ne veux pas imaginer ce qui se serait passé si je ne l’avais pas fait, dit Athéna en le fusillant du regard.

— Désolé, répondit-il en agitant sa massue. Je ne l’aurais pas vraiment utilisée. Je voulais juste lui faire un peu peur. Juste assez pour l’éloigner des autres cerfs.

— N’est-elle pas adorable ? dit Athéna en flattant son dos blanc. Elle s’appelle Delta. Elle serait probablement venue tout droit vers toi si tu lui avais offert un morceau de sucre ou une poignée de mélilot.

— Bonne idée ! dit Héraclès, ses yeux noirs se mettant à briller. Je n’y avais pas pensé.

Athéna leva les yeux au ciel. Il devenait de plus en plus évident pour elle qu’Héraclès avait vraiment besoin de ses conseils.

— De toute manière, dit-elle, je croyais que tu avais accepté d’attendre que nous ayons la permission d’Artémis avant d’attraper un de ses cerfs.

— Je sais, dit-il. Mais j’ai pensé que nous pourrions gagner du temps si je l’attrapais pendant que tu étais partie. Elle a dit oui, n’est-ce pas ? demanda-t-il après avoir fait une petite pause.

— Je n’ai pas pu lui demander, dit Athéna. Elle n’était pas dans sa chambre.

Héraclès tendit la main pour toucher la biche, mais Delta fit un pas en arrière. L’air déçu, il laissa retomber sa main.

— Elle est magnifique, dit-il doucement.

Athéna hocha la tête. Puis, se rappelant qu’elle avait apporté de la nourriture, elle vida ses poches.

— Tiens, dit-elle en tendant deux des pommes à Héraclès.

— Merci, dit-il en croquant la première avec appétit.

Athéna détacha une bouchée d’une troisième pomme et la tendit à la biche. Après l’avoir reniflée avec précaution, Delta prit délicatement le morceau de pomme qu’Athéna lui tendait.

— Pourquoi ne pourrait-on pas aller la montrer à mon cousin maintenant pendant que nous l’avons ? dit Héraclès. Nous pourrions être revenus avant même qu’Artémis s’aperçoive de son absence.

— Je ne suis pas certaine que ce soit une bonne idée, dit Athéna.

Puis elle y réfléchit. Premièrement, elle n’avait aucune idée de l’endroit où se trouvait Artémis. Et ils pourraient mettre bien du temps à la trouver. Deuxièmement, il ferait bientôt nuit. Déjà, on commençait à allumer les torches autour de la cour. Et Héraclès avait encore neuf autres travaux à accomplir.

— Est-ce que ton cousin habite loin ? lui demanda-t-elle en flattant le museau de la biche.

— Non, pas trop loin, dit Héraclès en s’égayant. Tu sais où se trouve ce gros centre commercial à mi-chemin de la Terre ?

— Le marché des immortels ?

Athéna et ses amies allaient souvent y faire des achats.

Il habite juste un peu plus bas, dit Héraclès en hochant la tête. Alors, qu’en penses-tu ?

— D’accord, on va y aller, dit Athéna après un moment de réflexion.

Elle se sentait coupable de ne pas attendre Artémis pour lui demander sa permission, mais s’ils pouvaient réaliser cette tâche tout de suite, ils pourraient alors s’occuper du sanglier dès le lendemain. On va y arriver plus vite en portant des sandales ailées, dit-elle. Elles se trouvent dans une corbeille à l’intérieur près de la porte principale.

— Je m’en occupe, dit Héraclès.

Il grimpa les marches à toute vitesse et revint rapidement avec deux paires de sandales. Il en tendit une à Athéna, et ils les enfilèrent.

— Whoa ! cria Héraclès.

Il vacilla de surprise comme les courroies s’enroulaient autour de ses chevilles, mais il reprit rapidement son équilibre. Puis, avant même que la biche puisse raire, il retira sa cape de lion et en enveloppa Delta de sorte que seule sa tête dépasse. Il attacha vivement le paquet à son gourdin et glissa ce baluchon sur son épaule comme s’il ne pesait pas plus lourd qu’une boîte de nectar.

La biche avait les yeux agrandis par la peur, mais elle ne se débattait pas. Athéna espérait qu’elle ne serait pas trop perturbée par ce petit voyage. Les ailes d’argent commençaient déjà à s’agiter aux talons des sandales d’Athéna. Elle se mit à voleter à quelques centimètres du sol.

— Puisque tu es un mortel, il faudra que tu me tiennes la main pour que les sandales fonctionnent, lui dit-elle.

— Vraiment ? dit Héraclès en la regardant avec des yeux aussi grands que ceux de Delta.

— Tu… euh… Ça ne te dérange pas ?

Athéna réfléchit à sa question. Est-ce que ça la dérangeait ? Ce n’était pas comme si c’était un truc romantique. Alors, il n’y avait aucune raison que l’un ou l’autre se sente nerveux de tenir la main de l’autre.

— Ne sois pas idiot, dit-elle en tendant une main vers sa main libre.

Il essuya sa paume sur sa tunique avant de la lui tendre.

— Désolé, marmonna-t-il. Main moite.

Athéna ne put s’empêcher de sourire. Il était de toute évidence encore plus nerveux qu’elle de lui prendre la main. Non qu’elle-même ait des raisons de l’être, bien entendu ! Après quelques hésitations, ils finirent par croiser leurs doigts, et ils se mirent en route, glissant le long du flanc de la montagne, leurs sandales touchant à peine le sol. Comme ils filaient en passant rochers et arbres, Héraclès laissa échapper un cri de joie.

— Ça, c’est la vraie manière de voyager ! hurla-t-il plus haut que le vent.

Pendant quelques secondes, de denses nuages les avalèrent, puis ils plongèrent sous la ligne des nuages.

— Par où, à partir d’ici ? demanda Athéna lorsque la haute toiture de cristal du marché des immortels apparut.

— Dirige-toi vers la colline de Mycènes, dit Héraclès en pointant plus bas vers la droite. C’est par là.

Athéna hocha la tête. En approchant, ils virent plusieurs maisons de pierres accrochées à la paroi de la colline. Leurs sandales ailées ralentirent, puis ils touchèrent doucement le sol sur une route étroite qui sinuait autour de la colline. Lui lâchant la main, Héraclès montra une maison au sommet de la colline, qui était plus grande que les autres.

— C’est là qu’habite Demi-portion, mon cousin.

Il déposa le paquet contenant la biche. Delta dodelina de la tête d’un côté et de l’autre pendant un moment comme si elle était étourdie, mais autrement, elle ne semblait pas trop mal en point. Athéna montra à Héraclès comment desserrer les courroies autour de ses chevilles et en entourer les ailes d’argent pour les retenir afin de pouvoir marcher normalement.

Héraclès remit la biche sur son épaule. Delta brama faiblement, mais elle sembla aimer regarder tout autour pendant qu’Athéna et lui grimpaient le chemin menant au haut de la colline. Lorsqu’ils atteignirent la maison d’Eurysthée, Héraclès frappa vivement à la porte. L’instant d’après, un serviteur vint ouvrir.

— Avertissez mon cousin que je veux le voir ! dit Héraclès d’une voix forte.

Comme le serviteur disparaissait dans le couloir, Athéna entendit le son d’un objet lourd que l’on tirait sur le sol dallé. Héraclès et elle suivirent le son jusque dans une grande cour intérieure entourée de colonnes de part et d’autre. Au centre du plancher de mosaïque de la cour, il y avait un énorme vase de bronze qui était plus haut qu’Athéna.

Héraclès leva les yeux au ciel, puis il s’approcha du vase et frappa dessus.

— Tu es là-dedans, Eurysthée, petit poltron ?

Un piaulement étouffé se fit entendre de l’intérieur du vase.

— C’est toi, Héraclès ?

— Non, c’est Zeus, dit Héraclès avec une exaspération non dissimulée. Qui d’autre que moi cela pourrait-il être ?

Athéna ne pouvait s’empêcher de rire du fait qu’Eurysthée ait eu si peur d’Héraclès qu’il se soit réellement caché.

— Mon serviteur m’a dit qu’il y avait quelqu’un avec toi, pleurnicha la voix.

— Il s’agit de moi, Athéna, dit-elle en s’approchant du vase.

— L’Athéna qui a inventé l’olive ? dit enfin Eurysthée après quelques moments de silence.

— Exact, dit Athéna. Pourquoi ne sors-tu pas de là pour que je puisse faire ta connaissance ?

— Non merci, dit Eurysthée. Et de toute manière, je n’aime pas les olives.

— Espèce de petit corniaud insolent ! rugit Héraclès dans l’ouverture du vase, le visage rouge de colère.

— Écoute, voyons ! répondit la voix dans le vase. Elles sont gluantes et foncées, et toutes petites comme des insectes.

— Fais preuve d’un peu de respect, l’invectiva Héraclès. Ne sais-tu pas que tu parles à une déesse ?

Athéna imagina Eurysthée qui se ratatinait au fond de sa potiche. Elle posa une main sur l’avant-bras d’Héraclès.

— Ça va, dit-elle. Ce n’est pas tout le monde qui aime les olives.

Eurysthée s’était montré grossier, mais elle était prête à passer l’éponge sur son comportement… du moins pour l’instant.

— Je suis venu te dire que j’ai terminé les deuxième et troisième travaux, dit Héraclès brusquement, semblant soudainement se rappeler le but de leur visite. L’hydre n’aura plus jamais l’occasion d’importuner les habitants de Lerne.

— En effet, ajouta Athéna. Elle est prisonnière de sa tanière.

— Et la biche d’Artémis ? demanda la voix après avoir émis un grogne-ment de satisfaction à cette première nouvelle.

Héraclès souleva son baluchon de sorte qu’Eurysthée puisse voir la biche blanche aux bois d’or. De surprise, Delta brama.

— Au secours ! glapit Eurysthée. Éloigne cette chose de moi !

Héraclès jeta à Athéna un regard qui voulait clairement dire « Tu vois ce que je dois endurer ? » Puis, il replaça le baluchon sur son dos.

— ’revoir, Eurysthée, dit-il. Pas la peine de nous raccompagner, on connaît le chemin.

Une fois hors de la maison, Héraclès et Athéna déroulèrent les ailes d’argent afin que les rubans puissent se nouer autour de leurs chevilles. Se tenant la main de nouveau, ils filèrent dans l’obscurité par le même chemin qui les avait amenés. La petite biche se recroque-villa à l’intérieur du baluchon et s’installa pour le voyage, comme un bébé repu sur le dos de sa mère.

— Héraclès ? Athéna ? entendirent-ils une voix lorsqu’ils eurent traversé la couche de nuages.

Alors que leurs sandales ralentissaient pour s’arrêter, Athéna déglutit. Au milieu du sentier devant eux se tenaient Artémis et son frère Apollon. Ils avaient tous les deux à la main leur arc et leurs flèches et revenaient visiblement de leur entraînement de tir. Voilà pourquoi Artémis n’était pas dans sa chambre !

Les trois chiens d’Artémis entourèrent immédiatement Héraclès. Ils se relevaient sur leurs pattes de derrière, en reniflant le baluchon qui pendait sur son dos.

— Qu’est-ce qu’il y a là-dedans ? demanda Artémis avec curiosité.

Et avant même qu’Athéna puisse lui répondre, Delta sortit la tête. Heureuse de voir Artémis, elle brama de joie.

Le regard d’Artémis, stupéfaite, passait de sa biche à Athéna.

— Je… c’est-à-dire, nous pouvons tout expliquer, dit Athéna à la hâte comme Héraclès défaisait le paquet pour libérer la biche.

Delta courut vers Artémis, qui entoura son cou de ses bras en jetant un regard noir à Artémis et à Héraclès.

— Je l’espère bien !

Rapidement, Athéna lui parla des travaux d’Héraclès et du peu de temps qu’il lui restait pour les terminer.

— Nous avons voulu te demander la permission, mais nous ne savions pas où tu étais, dit-elle en baissant la tête. Je sais que nous avons eu tort, et je suis vraiment désolée.

L’expression d’Artémis s’adoucissait à mesure qu’Athéna parlait.

— Eh bien, j’imagine que ça va. J’accepte tes excuses. Et toi ? dit-elle, le regard plus dur en se tournant vers Héraclès. N’as-tu pas quelque chose à me dire ?

— Euh… je… bégaya Héraclès. Y’a pas eu de mal, j’imagine. N’est-ce pas ? poursuivit-il en donnant des petits coups de son gourdin sur le sol.

Athéna aurait voulu qu’il se rende compte par lui-même que c’était la mauvaise chose à dire. Artémis se raidit, et même Apollon, qui aimait bien Héraclès, fronça les sourcils.

— Peut-être devrais-tu mieux choisir tes amis, dit Artémis en ignorant Héraclès et en fixant Athéna.

— Ho, hé ! Un instant, dit Héraclès. Si tu dois te fâcher après quelqu’un, c’est après moi.

— Je suis fâchée après toi, espèce d’idiot ! s’exclama Artémis en ouvrant grand les bras.

— Wow ! dit Héraclès en cillant. Je pige, maintenant. Désolé d’être si obtus. Tu as tout à fait raison. Tout ça, c’est de ma faute. Si je n’avais pas entraîné Athéna…

— Oh, peu importe, marmonna Artémis en l’interrompant. Pourvu que vous me promettiez que cela n’arrivera plus, poursuivit-elle.

Sa colère semblait se dissiper à mesure que Delta lui caressait la joue avec son museau.

— Promis, dirent Athéna et Héraclès en même temps.

La bonne entente étant revenue, ils firent tous les quatre ensemble le chemin du retour vers l’AMO, Delta trottinant à côté d’Artémis.