50

 

CLAUDIE ressemblait à la Chose.

Le colosse de pierre des Quatre Fantastiques.

Chauve, carré, taciturne, il fumait une cigarette dans la cour de la morgue, vêtu d’une blouse blanche. Janusz et Shampooing s’approchèrent avec prudence, à bout de souffle. Ils venaient de traverser le campus de l’hôpital de La Timone puis de monter un escalier pour accéder à la terrasse où était installé l’institut médico-légal. Le soleil était de retour : ils suaient comme du beurre sous leurs pelures.

Contre toute attente, le lieu rappelait un décor japonais. Le bâtiment plat, sans étage, était doté d’un portail aux angles retroussés, façon pagode. Ses murs étaient cernés par des arbres feuillus qui ressemblaient à des bambous. Des oiseaux pépiaient quelque part, invisibles, comme dans un jardin zen.

— Salut, Claudie !

— Qu’est-ce que tu fous là ? cracha l’autre sans enthousiasme.

— Je te présente Jeannot. Il a des questions à te poser.

Claudie examina Janusz. Il mesurait plus de 1,90 mètre. La cigarette dans sa main ressemblait à un pétard planté dans un rocher. La fumée lui sortait des narines comme d’un cratère de volcan.

— Des questions à quel sujet ?

Janusz fit un pas en avant :

— Demande-moi plutôt combien je suis prêt à payer.

La gueule de pierre sourit. Ses lèvres épaisses avaient un petit côté boudeur :

— Tout dépend de ce que j’ai à vendre.

— Ce que tu sais sur le cadavre de l’homme-oiseau, découvert dans la calanque de Sormiou.

Claudie considéra l’extrémité de sa cigarette. L’air boudeur, puissance dix.

— Trop cher pour toi, mon gars.

— 100 euros.

— 200.

— 150.

Janusz fouilla dans sa poche et plaça les biffetons dans la main géante. Il n’avait pas le temps pour un marchandage à rallonge. Shampooing ouvrait des yeux ronds face aux billets. La Chose empocha la thune.

— Le cadavre a été découvert au milieu du mois de décembre, dans la calanque de Sormiou.

— Quel jour exactement ?

— Si tu veux des dates précises, demande aux flics.

— Comment s’appelait la victime ?

— Un nom de l’Est. Tzevan quelque chose. Un zonard d’une vingtaine d’années, qui frayait à Marseille depuis plusieurs mois. Les flics l’ont identifié grâce à ses empreintes. Il avait déjà eu des emmerdes avec les condés.

Janusz s’arrêta sur le détail des sillons digitaux :

— Le cadavre était brûlé, non ?

— Pas assez pour qu’on puisse pas relever ses empreintes.

— Où le corps a-t-il été découvert exactement ?

— À la pointe de la calanque. Juste en face de l’île Casereigne.

— Qu’est-ce que tu sais sur les circonstances de sa découverte ?

— Deux randonneurs sont tombés dessus. Il était nu, cramé, avec des ailes dans le dos. Dans la presse, on a dit que le mec s’était noyé et que le ressac l’avait ramené sur les côtes. Des conneries. Le gamin n’avait pas une goutte d’eau dans les poumons.

— Tu as assisté à l’autopsie ?

— C’est pas mon boulot mais j’ai entendu le légiste causer avec les keufs.

— De quoi le type est-il mort ?

— J’ai pas tout entendu. Ils ont parlé d’overdose.

Un nouveau lien avec le meurtre de Bordeaux. La signature du tueur. Icare. Le Minotaure. Existait-il d’autres meurtres mythologiques ailleurs en France ?

— Pourquoi le corps était-il brûlé ?

— T’auras qu’à demander au tueur quand tu le croiseras.

— Parle-moi des ailes.

Claudie alluma une nouvelle clope avec le mégot de la première. Des tatouages maoris lui remontaient le long de la nuque comme des serpents fiers et solennels.

— Elles sont parties à l’IJ direct. J’les ai même pas vues.

— Shampooing m’a parlé d’ailes de deltaplane.

— Exact. Une structure de plus de trois mètres d’envergure. De la pure folie. Elles étaient cousues à même la chair du gars. Ils ont coupé les fils sur la scène de crime.

Janusz imaginait le cadavre nu, noir, avec ses ailes greffées et brûlées. Les randonneurs avaient dû faire un bond de trois mètres en arrière.

— C’est pas tout, reprit la Chose. D’après c’que j’ai entendu dire, y avait des traces de cire et de plumes sur la voilure. Pour sa mise en scène, le tueur s’était vraiment cassé le cul.

Un point supplémentaire pour le mythe d’Icare. Peut-être plus connu encore que celui du Minotaure. Icare et son père, Dédale, emprisonnés par Minos, roi de Crète, se confectionnent des ailes de cire et de plumes. Durant leur évasion, Icare, jeune et irraisonné, vole trop haut. La chaleur du soleil fait fondre ses ailes. Il chute dans la mer et se noie.

— Tu sais s’ils ont retrouvé d’autres empreintes sur la scène de crime ?

— J’sais rien de plus, mec. Et à mon avis, t’en as eu pour ton fric.

— Combien pour une copie complète du rapport d’autopsie ?

Claudie gloussa, exhalant des panaches de fumée dans le vent.

— J’risque mon job sur un coup pareil.

— COMBIEN ?

— 500 euros et on en parle plus.

Janusz sortit une liasse de billets de 50 euros. Il en compta une dizaine et en donna cinq à Claudie.

— Le reste à la remise. J’attends ici.

Le colosse fourra l’argent dans sa poche sans un mot. Il regrettait déjà de ne pas avoir demandé plus. Il balança sa clope et tourna les talons.

— Putain…, fit Shampooing stupéfait. Mais où t’as trouvé tout ce fric ?

Janusz ne répondit pas. Maintenant que Shampooing connaissait son secret, il était en danger. En une journée, il avait eu le temps de découvrir les habitudes du trottoir. Au premier signe de faiblesse, Shampooing lui ferait la peau.

Claudie réapparut, jetant des regards méfiants de droite à gauche. Le parking était toujours désert. Le vent bruissait dans les feuillages, accompagnant les oiseaux qui s’égosillaient. Il avait roulé le dossier sous sa blouse. Janusz donna le reste de la somme et saisit le document – une liasse agrafée.

— On s’est jamais vus, mec.

— Attends.

Il parcourut les feuillets photocopiés, maculés de traces noirâtres. Tout était là. Le numéro du dossier d’instruction : K09 544 32 26. Le nom complet de la victime : Tzevan Sokow. Le nom du juge instructeur : Pascale Andreu. Le nom du chef du groupe d’enquête : Jean-Luc Crosnier. Puis la description détaillée du corps et de ses blessures.

— Planque ça, siffla Claudie. Tu vas nous cramer.

Janusz glissa le dossier sous son manteau.

— Ravi de t’avoir connu.

— T’as encore des thunes, mec ?

— Pourquoi ? T’as encore quelque chose à vendre ?

Claudie sourit. Pendant qu’il faisait ses photocopies, il avait cherché dans sa mémoire un nouvel objet de négociation. Visiblement, il avait trouvé.

— À l’époque, les flics cherchaient un témoin, qu’avait soi-disant tout vu. Un marginal.

— Tout vu quoi ?

— Le meurtre. Le tueur. J’sais pas au juste. Mais ils voulaient l’interroger.

Claudie prit le temps d’allumer une nouvelle clope, un petit sourire au bout des lèvres. Il tenait Janusz à son hameçon.

— Le truc important, c’est que le mec a raconté son histoire avant qu’on découvre le corps. Il est allé au commissariat, j’sais plus lequel, pour raconter son baratin. Personne l’a cru. Quelques lignes dans la main courante et basta. Quand le macchab’ est apparu, les flics du poste ont fait le rapprochement. Ils ont appelé Crosnier, le chef de groupe. L’autopsie venait de finir. J’ai tout entendu.

Claudie ne s’était pas trompé sur la valeur de son souvenir.

— Combien pour le nom du gars ?

— 500 de mieux.

Un réflexe poussa cette fois Janusz à négocier. Une sourde pulsion primitive. Ne pas se faire avoir à chaque fois sans résister. La tractation ne dura que quelques secondes. Claudie sentait que Janusz avait atteint son point limite.

— 200 et on en parle plus.

Janusz sortit les billets. Les doigts de pierre se refermèrent sur la liasse.

— Le mec s’appelle Fer-Blanc.

— Fer-Blanc ? répéta Shampooing. Tu t’es fait avoir, Jeannot. C’est un cinglé !

Claudie fusilla du regard Shampooing, qui ne se laissa pas impressionner. Tout ce fric l’avait mis en rogne :

— Il a reçu un éclat de métal dans le crâne quand il travaillait aux terrassements de Marseille. Le morceau est toujours dans son cerveau et j’peux te dire que ça s’voit. Le témoignage d’un branque pareil, ça vaut pas une thune. Tu t’es fait avoir, je répète.

Le pousseur de cadavres hocha la tête, l’air roublard.

— C’est pas ce que disaient les flics. Y z’ont comparé la main courante et la scène de crime. Le corps brûlé, les ailes, tout concordait. Une journée avant que les randonneurs découvrent le cadavre.

— Le gars, les flics l’ont retrouvé ?

— Aucune idée.

Janusz salua la Chose et reprit la route de l’escalier. Shampooing était déjà sur ses talons. Maintenant qu’il avait vu les billets, il ne le lâcherait plus. Tant mieux. Il avait besoin d’un homme comme lui pour trouver Fer-Blanc.

Mais avant de se lancer à la poursuite du sans-abri, Janusz voulait réviser ses classiques. Le Minotaure, Icare et la mythologie grecque.

Le passager
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