CHAPITRE QUARANTE ET UN

Le HMS Hexapuma se glissa en orbite de Kornati avec le professionnalisme accompli qu'on pouvait attendre d'une des premières flottes de la Galaxie. Aivars Terekhov observa avec une profonde satisfaction la manœuvre, du centre de sa passerelle qui vibrait légèrement. L'Hexapuma avait quitté Montana depuis dix-sept jours — un passage rapide s'il en était. Durant cet intervalle, Ansten FitzGerald et lui l'avaient changé en un instrument de précision.

Aussi satisfait qu'il en fût, toutefois, Terekhov ne se faisait pas d'illusions : ses devoirs en Faille ne seraient pas aisés. Le service d'Amal Nagchaudhuri suivait les chaînes d'actualités de Kornati depuis que le vaisseau avait retrouvé l'espace normal : lors des dernières semaines, il n'y avait pas eu d'incident grave, juste une poignée de petits attentats — de simples piqûres d'épingle ayant sûrement davantage pour but de rappeler au public que les rumeurs de la mort de Nordbrandt avaient été très exagérées que de provoquer de véritables dégâts. Et elles y parvenaient. Même si les commentaires des journalistes ne l'avaient pas exprimé, la ferveur avec laquelle le poste de contrôle de Kornati avait accueilli l'Hexapuma aurait dit clairement l'immense espoir qu'investissait la population locale dans les compétences du vaisseau et de son équipage.

Le problème des attentes exacerbées, se disait Terekhov, c'est qu'elles mènent à une déception exacerbée si elles sont déçues. Or, aussi douée que soit mon équipe, nos chances de trouver la balle d'argent de Van Dort ne sont pas vraiment écrasantes.

Le vaisseau s'inséra précisément à l'endroit qui lui avait été assigné et le major Clary coupa les réacteurs principaux, avant de reconfigurer en maintien de position automatique. Terekhov hocha la tête, approbateur, puis se tourna vers les communications alors que résonnait un carillon.

Le capitaine Nagchaudhuri tendit un instant l'oreille puis leva les yeux. « Pacha, j'ai une certaine mademoiselle Darinka Djerdja en ligne. C'est l'assistante personnelle du vice-président Rajkovic; elle demande s'il vous conviendrait de vous entretenir avec son patron. »

Terekhov sentit ses sourcils se hausser, surpris. Les autochtones paraissaient plus pressés de lui parler qu'il ne s'y attendait.

« Avons-nous un visuel ?

Oui, commandant.

En ce cas, informez mademoiselle Djerdja que je serais honoré de parler au vice-président. Quand il arrivera en ligne, transmettez-le sur mon écran, s'il vous plaît.

À vos ordres. »

Cela demanda moins de quatre minutes, au bout desquelles un homme brun trapu apparut sur l'écran de Terekhov. Le vice-président Vuk Rajkovic avait les yeux gris calmes, le menton fort, et ses oreilles auraient pu servir d'éventails. Proéminentes, elles l'auraient rendu ridicule sans la concentration qui brillait dans son regard perçant.

« Capitaine Terekhov, je suis Vuk Rajkovic, dit-il d'une voix de baryton profonde, aussi veloutée que le whisky.

C'est un honneur, monsieur le président », répondit le Manticorien.

Rajkovic renifla. « Nous sommes dans un cas de figure où la cavalerie arrive à la rescousse, commandant. Du moins, j'espère que c'est le cas – que nous n'avons pas trop attendu avant d'appeler à l'aide.

Je vous assure que nous ferons tout notre possible, dit Terekhov, songeant autant au briefing de Van Dort sur la situation politique locale qu'à ses instructions délivrées par la baronne de Méduse. Toutefois, j'espère que personne, en Faille, n'entretient des espoirs irréalistes quant à ce que nous pouvons faire.

Je ne m'attends pas à des miracles, le rassura Rajkovic. Je crains toutefois que ce ne soit le cas de certains membres de mon gouvernement et du parlement. Et je sais que c'est celui des imbéciles qui rédigent les informations. À titre personnel, je me rends compte que vous disposez d'un unique vaisseau, d'un personnel limité, et que vous ne savez pas plus que nous où se trouvent ces fous furieux. En fait, j'ai deux espoirs majeurs. D'abord, je serais enchanté si vous réussissiez tout de même à démolir l'ALK en une seule opération magnifiquement conçue et exécutée. Si vous n'y parvenez pas – ce qui me paraît très probable –, je me réjouirais même d'un ou deux succès relativement mineurs. S'il nous est possible de remporter quelques petites victoires grâce à votre assistance, l'idée que le Royaume stellaire est prêt à mettre ses ressources à notre disposition devrait remonter le moral de nos concitoyens.

Je vois. »

Terekhov observa le visage de son interlocuteur. Ce dernier voulait visiblement lui faire comprendre qu'il n'était que trop conscient du fait que l'Hexapuma avait peu de chances d'abattre le dragon ALK d'un seul coup d'épée. En outre, les attentes qui s'attachaient à son second espoir étaient aussi pragmatiques que réalistes.

« Nous ne manquerons pas d'exercer tous nos efforts en la matière, monsieur le vice-président, assura-t-il.

Nul ne peut vous en demander plus, capitaine. Vous serait-il possible, ainsi qu'à monsieur Van Dort, de me rencontrer au palais présidentiel cet après-midi ?

Il va falloir un petit moment pour installer entièrement Hexapuma, monsieur. Toutefois, j'estime que monsieur Van Dort et moi pourrions nous libérer d'ici quatre-vingt-dix minutes. Franchement, je préférerais disposer de deux heures.

Deux heures, ce sera plus que satisfaisant, capitaine. Mon agenda de cet après-midi a été nettoyé. Avertissez par com mademoiselle Djerdja quand vous serez prêts à nous rejoindre, je vous prie. J'aimerais que soient également présents Mavro Kanjer, mon ministre de la Justice, ainsi que le colonel Basaricek et le général Suka. Je devrais pouvoir les faire venir entre le moment où vous quitterez votre vaisseau et celui où vous atteindrez le spatioport. Nous vous fournirons un moyen de transport jusqu'au palais présidentiel.

Parfait, monsieur le vice-président.

À tout à l'heure, capitaine », conclut Rajkovic avec un sourire chaleureux, avant de disparaître de l'écran.

Terekhov releva les yeux. Hélène Zilwicki occupait le poste tactique en compagnie de Naomi Kaplan, tandis que Ragnhilde Pavletic assistait Nagchaudhuri aux communications. Il tendit le doigt vers la première.

Mademoiselle Zilwicki, vous êtes excusée. Allez informer monsieur Van Dort que nous quitterons le vaisseau d'ici deux heures pour rencontrer le vice-président Rajkovic ainsi que ses commandants de l'armée et de la police, je vous prie. Ensuite, préparez-vous à nous accompagner.

Bien, commandant. » Hélène se leva et fit face à Kaplan. Je demande à être excusée, capitaine.

Vous êtes excusée, mademoiselle Zilwicki », répondit gravement sa supérieure. La jeune femme se mit brièvement au garde-à-vous puis se dirigea vers l'ascenseur.

Déjà, Terekhov désignait Ragnhilde du même doigt.

Mademoiselle Pavletic, excusée également. Présentez-vous au hangar d'appontement numéro un et assemblez l'équipage de la première pinasse. Vous nous transporterez, monsieur Van Dort et moi, jusqu'au spatioport de Karlovac, et vous nous y attendrez pour nous ramener au vaisseau après notre entretien avec le vice-président Rajkovic. Informez-vous des procédures de contrôle de vol locales et veillez à ce que notre trajet soit dûment autorisé. En outre, contactez l'officier commandant de la PNK au spatioport – je suis sûr que le poste de contrôle de Karlovac pourra vous mettre en contact avec lui – et demandez-lui d'appeler par com le major Kaczmarczyk afin de mettre en place une garde de sécurité pour la pinasse.

À vos ordres, commandant ! » Comme l'intéressée se levait et se tournait vers Nagchaudhuri pour demander à être excusée, Terekhov tapa une combinaison sur son propre com.

Major Kaczmarczyk, dit l'instant d'après la voix du rude fusilier, tandis que son image apparaissait sur l'écran.

Monsieur Van Dort et moi partons rencontrer le vice-président kornatien et ses principaux flics, Tadislaw. Je veux que vous soyez présent à cet entretien. En outre, j'estime qu'il est grand temps d'organiser une petite démonstration de force. Nordbrandt a fait la preuve de son ambition. Si elle pense avoir la moindre chance de démolir les gros bonnets manticoriens envoyés pour la traquer, je m'attends à ce qu'elle la saisisse. Même si ce n'est pas le cas, exhiber nos compétences ne pourra faire aucun mal.

Je comprends, commandant, acquiesça Kaczmarczyk quand Terekhov marqua une pause.

Mademoiselle Pavletic pilotera la première pinasse. Je lui ai ordonné de contacter le poste de contrôle de Karlovac pour obtenir une autorisation et un plan de vol, ainsi que de demander au commandant des forces de police du spatioport de vous contacter. Vous devriez avoir de ses nouvelles d'ici dix à quinze minutes. Quand vous discuterez des arrangements avec lui, faites-lui bien comprendre que vous voulez assurer la sécurité de notre groupe entre le spatioport et le palais présidentiel. S'il doit en référer à ses supérieurs, il devrait en avoir le temps avant que nous n'arrivions à terre.

Très bien, commandant. Je m'en occupe tout de suite.

Parfait. Terekhov, terminé. »

Quand il coupa la communication et releva les yeux, Ragnhilde avait déjà disparu dans le sillage d'Hélène. Il s'intéressa au répétiteur tactique, sur lequel apparaissaient plus d'installations orbitales et de circulation que ne lui en avait fait attendre la description par Bernardus de l'économie et des bases techniques de Faille, quoique l'écran parût tout de même très désert par rapport à ce qu'il aurait montré autour de Manticore, Sphinx ou Griffon.

« Canonnier.

Oui, commandant, répondit Naomi Kaplan.

Je veux savoir de quelles ressources orbitales disposent exactement les Kornatiens. Je pense qu'ils seront tout prêts à nous informer de leurs compétences, mais il y a parfois un hiatus entre ce que les gens disent pouvoir faire et les capacités réelles de leur matériel. Lancez quelques capteurs pour nous fournir une vue de l'autre face de la planète puis entamez une analyse de tout vaisseau ou satellite présent. J'aimerais que l'enseigne Hearns et vous-même me donniez un aperçu complet de vos résultats demain, juste après le petit-déjeuner.

À vos ordres, monsieur, on y sera », répondit Kaplan avant de commencer à lancer des instructions aux matelots.

Terekhov examina une dernière fois le répétiteur, jeta un coup d'œil à l'affichage principal où apparaissait le colossal globe bleu et blanc de Kornati puis se leva. S'il devait rendre visite au chef de l'État local, provisoire ou non, il lui appartenait de faire la meilleure impression possible, et l'intendante en chef Agnelli ne lui pardonnerait jamais de ne pas lui laisser le temps de le rendre présentable selon ses critères.

« Ils sont là. »

La voix ne s'identifia pas. Elle n'y était pas obligée : d'abord parce que son interlocutrice la reconnaissait, ensuite parce qu'elle s'exprimait à travers un des coms militaires sécurisés débarqués la veille au soir. Seules quatre personnes, dont Nordbrandt, en avaient pour l'instant été équipées.

« Tu en es sûr ? demanda-t-elle.

Ils ont demandé aux dos gris l'autorisation de poser leur petit appareil au spatioport, répondit Drazen Divkovic. Je ne suis pas sûr de leur heure d'arrivée, mais Rajkovic voudra les voir aussi vite que possible.

Je suis d'accord. »

Agnès Nordbrandt fit la moue en contemplant la peinture terne de la cuisine de son soleil unique. Elle savait pourquoi Drazen l'avait contactée directement et elle l'approuvait en partie. Il était toutefois trop tôt. Les Mamies seraient sur leurs gardes et les armes civiles que ses groupes d'action avaient utilisées contre des adversaires kornatiens seraient grossièrement inadaptées face à du matériel manticorien. Elle devait laisser le temps à ses partisans d'apprendre à manipuler correctement leur nouvel équipement avant de croiser le fer avec les Manties.

« Pas d'action pour le moment », dit-elle.

Elle visualisa l'expression frustrée que ses paroles firent naître sur le visage de Divkovic, lequel était fiévreux et impatient même avant la mort de son frère. Cependant il était aussi discipliné.

« Bien reçu. Terminé », dit-il simplement, et la communication fut coupée.

Nordbrandt rangea le com, de la taille d'un poing, dans sa cachette : la boîte de farine. Elle s'arrêta près du four afin de surveiller la cuisson du pain dont le riche arôme emplissait la cuisine, puis elle se rassit pour réfléchir aux implications.

L'arrivée des Manties n'était pas une surprise. Tonkovic ignorait qu'un de ses propres assistants à sa précieuse Assemblée constituante était un sympathisant de l'ALK, qui avait informé Nordbrandt presque aussi vite que la présidente avait informé Rajkovic. Il n'avait néanmoins pu préciser la date de cette arrivée, date qui se révélait... malcommode.

La terroriste avait pris des dispositions pour que le deuxième chargement d'armes fût débarqué la nuit même. L'opération s'était si bien déroulée la première fois qu'elle avait décidé de transporter une pleine navette – plus de mille tonnes – en un seul vol. Ayant déposé le premier chargement bien à l'abri dans ses douze cachettes séparées, afin de subvenir à ses besoins dans la capitale et aux alentours, elle avait choisi de faire débarquer le second à Charlie Un, son camp d'entraînement camouflé avec soin, aussi connu sous le nom de « camp Liberté ».

Charlie Un, conçu pour une sécurité maximale, était localisé de manière extrêmement pratique pour soutenir des opérations à l'intérieur ou autour de Karlovac. Ou de n'importe quelle autre grande ville de Kornati. Voire de certaines villes de moyenne importance. Son isolement même rendait raisonnablement sûr d'y déposer l'essentiel des nouvelles armes et pièces d'équipement pendant au moins une courte période –le temps de les disperser avec soin dans des cachettes éparpillées.

Tout cela reposait néanmoins sur une liberté de mouvement relative et ne prenait certes pas en compte l'intrusion d'un vaisseau de guerre manticorien. Elle soupçonnait que les livreurs du Brandon ne seraient pas franchement ravis de cette péripétie-là.

« Vous déconnez ?

J'aimerais bien ! renvoya Annette de Chabrol.

Un putain de croiseur manticorien ? » Duan Binyan la regardait avec de grands yeux, s'efforçant encore de débarrasser son cerveau des derniers lambeaux de sommeil.

« Classe Saganami, pas moins ! grimaça de Chabrol. À l'heure où je vous parle, ce fils de pute est en orbite de garage à moins de mille kilomètres de nous !

Très bien, très bien, calmez-vous. » La voyant le regarder sur le com de sa cabine comme si elle le prenait pour un imbécile, Duan haussa les épaules. « Bon, il y a un croiseur manti sur la même orbite que nous, reprit-il avec un calme un peu forcé. Et alors ? Nous sommes un vaisseau marchand légitime, certifié par les inspecteurs des douanes locaux et venu déposer une demi-douzaine de petits chargements ainsi qu'une douzaine de passagers. Tout est arrangé depuis des mois avec le poste de contrôle – ainsi qu'avec les douanes et la PNK. Les Mamies n'ont pas plus de raison de se méfier de nous que les Kornatiens. »

De Chabrol le fixa durant trois secondes puis se secoua.

« Tout cela est bel et bon, Binyan, dit-elle d'une voix un peu plus posée, mais ça laisse de côté un petit détail. Les capteurs des Kornatiens sont merdiques; ceux des Manticoriens non. :e croiseur a beaucoup plus de chances de nous repérer si on lait quoi que ce soit qui sort de l'ordinaire. Par exemple... je le sais pas, moi... disons livrer mille tonnes d'armes militaires prohibées à un groupe de terroristes meurtriers. »

Son ton était cinglant. Duan fut contraint d'admettre qu'elle n'avait pas tort.

« Je n'ai pas plus envie que vous d'enfoncer mes organes reproducteurs dans une prise de courant, dit-il, mais on n'a pas trop le choix, malheureusement : Nordbrandt a déjà pris ses dispositions pour la livraison de cette nuit, et on n'a aucun moyen de la prévenir qu'on n'y sera pas. On pourrait simplement annuler l'opération sans le lui dire, bien sûr, mais il n'y a aucun moyen de prévoir sa réaction si on ne se montre pas. — Hein? Vous vous attendez à ce qu'elle appelle les autorités ? "Salut, ici votre gentille organisation terroriste locale. Ces salauds du Marianne étaient censés nous livrer mille tonnes d'armes et d'explosifs pour qu'on puisse tuer encore plus de gens, et ils ne l'ont pas fait. Alors, on vous les donne. Allez donc les arrêter."

Non, répondit-il avec une considérable retenue. Ce que je crains, c'est que, si on ne procède pas à la livraison, quelqu'un qui se trouve de leur côté du pipe-line pose une question de trop, reste au mauvais endroit trop longtemps, ou bien panique et tente de contacter ses chefs – bref n'importe quoi qui risque d'attirer l'attention des flics. Or, si ça arrive, s'ils se font choper, si les autochtones remontent la chaîne de livraison et nous trouvent au bout, je ne doute pas un instant que monsieur Croiseur classe Saganami ne se fasse un plaisir de nous aborder ou de nous éparpiller en mille morceaux sur simple demande.

Alors pourquoi est-ce qu'on ne se casse pas, tout bêtement? Qu'ils coincent les terroristes ! Ça ne nous fera aucun mal.

Oh que si ! Le contact de Nordbrandt pour cette livraison, c'est l'agent de Jessyk sur Kornati. Si on se tire et que les gars de l'ALK se font choper, ils diront aux autorités très exactement qui était censé leur livrer leurs armes... et ne l'a pas fait. Au cas où ça vous aurait échappé, notre agent ne bénéficie pas de l'immunité diplomatique : les locaux l'arrêteront en un clin d'œil et, une fois qu'ils l'auront, ils le remettront aux Manties. Or, le truc qu'on ne peut vraiment pas se permettre, c'est que les Manties commencent à se demander pourquoi Jessyk & Co. – une société transtellaire mesane – envoie des armes à des terroristes de l'amas de Talbot. Croyez-moi... (il la regarda droit dans les yeux) l'opération ne se limite pas à une livraison de matériel à une bande de dingues. Si vous et moi faisons quoi que ce soit pour la compromettre, nous aurons de la chance si nous réussissons à nous suicider avant que les équipes à sale boulot de Bardasano ne nous rattrapent. »

De Chabrol avait ouvert la bouche pour lancer une nouvelle protestation. Elle la referma.

« Oui, dit sèchement Duan. C'est aussi mon avis.

Alors on procède à la livraison comme prévu ?

Seulement à la prochaine phase, déjà organisée. Entre ce qu'on a déjà déposé et le prochain chargement, ils auront presque un tiers du tout. C'est largement plus que ce qu'ils avaient avant, et on va leur expliquer que l'arrivée du croiseur mantie nous oblige à tourner bride. Je suis presque sûr que Nordbrandt le comprendra. Même sinon, même si on finit par se faire moucharder, Bardasano ne nous en voudra pas. Sans doute pas, en tout cas. Elle vient elle-même des opérations secrètes et on la dit assez expérimentée pour savoir ce qu'une équipe de terrain peut ou ne peut pas faire quand Murphy pointe le bout de son nez. Si on réussit à terminer cette partie de la livraison et à s'en sortir sans accroc, je pense qu'elle admettra que c'était ce qu'on pouvait faire de mieux compte tenu des circonstances.

J'espère que vous avez raison. Et qu'on s'en sortira bel et bien sans accroc.

Moi aussi. Mais la vérité c'est que, si on fait capoter cette opération, Bardasano a plus de chances de nous faire descendre que les Mannes, même s'ils nous chopent à cause de la clause de l'équipement.

Quelle charmante motivation », marmonna de Chabrol, et Duan eut un petit rire sardonique approbateur.