CHAPITRE III
On s’était généralement attendu à ce qu’Ethi Premier, une fois la couronne de fer posée sur sa tête, attaque son cousin Kohr Varik. Nul ne s’illusionnait sur les sentiments que les deux hommes se portaient. Leur simple antipathie d’adolescents s’était muée en une haine farouche, que les alliances de circonstances n’avaient pu effacer. Kohr Varik avait ravi à Ethi de Xanta la femme que ce dernier convoitait ([2]). Il avait remporté des victoires là où les troupes à la Soie Rouge piétinaient. Son comté était un des plus prospères et des mieux gérés du royaume, et son armée, forte de près de cinq mille hommes, renforcée par un afflux de volontaires venus des contrées voisines, était la mieux équipée de tout Vonia.
Cette armée n’aurait pourtant pu, à elle, tenir tête à tous les grands du royaume, si ces derniers s’étaient rangés aux côtés du roi pour marcher contre le domaine au Lévrier Courant. Mais il apparut vite que ce ne serait pas le cas, et ce fut une fêlure dans le bel édifice de la conquête du pouvoir absolu par le duc à la Soie Rouge, lin effet, à ses convocations de plus en plus pressantes aux vassaux de la couronne, de nombreuses fins de non-recevoir furent opposées. Sous divers prétextes, certains pairs et barons se dérobèrent à l’appel royal – dont chacun devinait le but. Le premier d’entre eux fut le seigneur Len Tobhor, dont la loyauté envers la dynastie des Tawrun était bien connue. Vieux combattant, ancien compagnon d’armes du roi Tawrun dans la lutte contre Tehlan, Len Tobhor fit répondre à Ethi de Xanta que les temps étaient trop difficiles pour qu’il envisageât de quitter, fût-ce pour une courte période, ses domaines. Nul ne s’y trompa. C’était plus qu’un acte de défiance envers le nouveau roi. C’était de la rébellion ouverte. La plupart des nobles épièrent la réaction d’Ethi Premier.
Le souverain ne bougea pas. Il vitupéra beaucoup, flétrit la mauvaise volonté de ses vassaux mais n’ordonna pas à ses troupes de marcher sur le « rebelle », ni ne prit de mesures particulières de rétorsion. C’est qu’Ethi Premier se trouvait confronté à une menace bien plus grave que la fronde de ses barons. Des tribus barbares avaient envahi les territoires ralliés des marches de l’Est et razziaient villes et villages. Ce n’était pas la première fois, mais cette invasion-là était plus grave que les précédentes : sans aucun doute, les barbares voulaient mettre à profit l’affaiblissement, au moins passager, de Vonia, suite à la chute de la dynastie Tawrun, pour reprendre leurs lucratives opérations de pillage et de trafic de chair humaine. Leur armée, venue sur des embarcations de peau, était forte de près de mille hommes, scindés en trois groupes ; et, en quelques jours à peine, elle défit les garnisons des forteresses royales et s’empara d’un butin qu’on estima, par la suite, à plus de cinq mille marcs d’or.
Ce fut contre eux qu’Ethi dépêcha ses capitaines, lui-même restant en sa capitale, trop conscient que son absence pouvait faire basculer son pouvoir encore fragile.
Les premières escarmouches entre barbares et Voniens tournèrent à l’avantage de l’envahisseur. Les soldats d’Ethi Premier étaient en majorité de jeunes recrues, peu aguerries, mal armées, car la plupart des vétérans étaient morts à la bataille d’Amerande ([3]), et les officiers restants étaient trop peu nombreux pour encadrer la troupe. Mais ces succès même entraînèrent les pillards à commettre des fautes. De nature indisciplinée, s’opposant souvent entre eux par clans et tribus, ils se querellèrent et permirent ainsi aux Voniens de se reprendre. Une bataille rangée eut lieu, sur les bords de l’océan, et les sauvages furent défaits. L’armée vonienne, assurent les chroniques, en fit si grand massacre que les vagues n’étaient plus frangée d’écume blanche mais rouge, et que les flots vomirent durent des jours les cadavres de ceux qui avaient préféré la noyade aux glaives des troupes royales.
Il n’empêche que l’alerte, pour Ethi Premier, avait été chaude, et que le jeune roi dut laisser une forte armée sur sa frontière est. Une armée qui lui aurait fait grandement défaut s’il avait voulu attaquer Kohr Varik.
Une autre raison pour laquelle Ethi n’attaqua pas Kohr fut la venue à Varik d’une importante délégation aurienne, menée par le sire de Sandrithar en personne.
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Nul n’avait oublié le rôle de Kohr Varik dans les événements d’Aurias, quelques années plus tôt. La reine Elka de Tehlan, faussement informée par Aliès Mussidor, avait alors décidé de châtier ce pays nouvellement rallié à la couronne qui était accusé d’avoir fomenté l’assassinat d’un de ses vassaux. Les Auriens étaient innocents de ce crime, et Kohr, après une première bataille, s’était employé de toutes ses forces à arrêter la guerre. Il y était parvenu, y gagnant, outre la reconnaissance des Auriens, une seconde épouse, la belle Gamlla de Sandrithar, farouche guerrière, morte depuis sous le couteau d’un fanatique arasien. Une perte dont son mari ne se consolerait jamais, quel que fût l’amour qu’il éprouvait pour dame Lynn, sa première et désormais unique femme.
Aussi, quand Molem de Sandrithar pénétra à la tête de la délégation aurienne dans la grande salle du château de Varik, tous les regards se tournèrent vers le seigneur des lieux. Kohr se leva de son trône comtal et fit deux pas vers celui qui avait été son beau-père. Il était manifestement ému, très pâle, et Lynn, derrière lui, l’était tout autant.
Molem de Sandrithar et Kohr se dévisagèrent un instant. Le père de Gamlla était un guerrier rude, vêtu de fourrure et de métal, la grande hache aurienne pendant à son flanc. Son casque était orné de motifs représentant des têtes de mort. Il l’ôta en signe de paix et s’inclina devant son vis-à-vis. Kohr lui tendit les mains, puis les deux hommes s’étreignirent brièvement. Il n’avait pas existé à proprement parler d’affection entre eux. Kohr avait gagné Gamlla selon l’antique tradition des vainqueurs ([4]), Molem la lui concédant sans dot et sans se déplacer pour les épousailles. Il ne s’était pas non plus déplacé pour les funérailles de sa fille. Pourtant, quand il parla, ce fut pour prononcer des paroles de paix :
— Seigneur Kohr Varik, dit-il, le peuple aurien et particulièrement la tribu de Sandrithar sont vos amis. Notre ambassade est venue vous l’affirmer.
Un peu surpris par ce préambule, Kohr répondit par des mots de bienvenue. Molem de Sandrithar salua Lynn avec déférence, mais le regard aigu et insistant. Puis il présenta la délégation qui l’accompagnait. Elle se composait d’une vingtaine de guerriers, représentant chacun une des principales tribus auriennes, et de quelques femmes qui, toutes, portaient l’arme au côté. Kohr ne s’en étonna pas. Les femmes d’Aurias étaient des combattantes à l’égal des hommes. Gamlla avait d’ailleurs été chef de guerre. Et c’était sous son influence que Lynn, et par la suite nombre de femmes de Varik, avaient renoué avec la tradition barbare et pris l’habitude de combattre aux côtés de leurs époux. Leur soutien n’avait pas été négligeable lors de la guerre du Parement.
Kohr salua chacun des délégués, y compris les guerrières. L’une d’elle portait une cotte de mailles et un casque à long nasal, qu’elle ôta quand il s’inclina devant elle. Le comte sentit son coeur cogner dans sa poitrine. Ces cheveux noirs, ces yeux perçants, cette bouche volontaire...
— Ma fille cadette, Sania, expliqua Molem de Sandrithar. Elle vient d’accéder au rang de chef de mes archers.
Kohr salua la jeune fille, la gorge serrée et, vite, passa au délégué suivant. Il put voir que Lynn dévisageait l’Aurienne, les lèvres serrées, le front barré de rides...
Il y eut un banquet, point trop abondant car les temps étaient durs, à Varik comme partout, mais suffisamment arrosé et avec les rituelles danseuses, les jongleurs et les bardes récitant des vers. A la demande générale, Lynn chanta une de ses compositions, gaillarde comme toujours ; mais Kohr, qui ne perdait aucune des subtilités dans les intonations de son épouse, devina que le coeur n’y était pas. Au reste, depuis quelque temps, Lynn ne semblait plus avoir le coeur à grand-chose.
Etouffant un soupir, Kohr se tourna vers Molem de Sandrithar pour lui faire la conversation. Son visiteur le surprenait. Les Auriens n’étaient pas réputés pour leur finesse ou la délicatesse de leurs moeurs. Ils avaient la réputation de s’enivrer facilement, de brailler des chants obscènes, de trousser les servantes et, finalement, de se battre entre eux avant de se réconcilier sur un tonneau mis en perce. Or Molem de Sandrithar buvait modérément, parlait avec mesure et n’avait pas une seule fois mis la main aux fesses des filles qui se penchaient sur lui pour lui passer les plats. Kohr le devinait tendu, préoccupé.
Il en eut la confirmation un peu plus tard quand son hôte lui dit, assez bas :
— Il faudra que nous parlions, demain, en tête à tête.
Le jeune comte acquiesça. Il s’était bien douté que Molem de Sandrithar n’était pas venu le visiter uniquement pour échanger des politesses...
Kohr et son ancien beau-père se retrouvèrent donc le lendemain, tôt le matin, dans le petit jardin retiré à l’ombre du donjon. Celui-là même que Kohr affectionnait tant et où, sorti de l’adolescence, il avait courtisé Lynn... Heureux souvenir.
Molem de Sandrithar ne s’embarrassa pas de préambule :
— Kohr, commença-t-il, tout ce que je vais vous dire doit rester secret. Si vous trahissiez ce secret, vous seriez un homme sans honneur et mon ennemi, et je n’aurais de cesse de vous avoir abattu. Me comprenez-vous bien ?
Un peu étonné, son interlocuteur acquiesça.
— Je vous entends, assura-t-il. Qu’avez-vous à me dire ?
Le regardant bien en face, Molem répondit :
— Aurias va se séparer de la couronne de fer. Dans quelques semaines, le Conseil des Tribus proclamera abrogé le traité qui nous lie à Vonia.
Kohr s’attendait si peu à cette révélation qu’il en demeura sans voix. Molem continua, le ton sec :
— Nous redeviendrons un peuple libre de ses alliances. Nous ne serons plus des sujets Voniens. Les terres concédées aux colons leur seront reprises et les avantages commerciaux supprimés, à moins que les résidents Voniens acceptent de se proclamer citoyens d’Aurias et de renoncer à leur ancienne nationalité.
— Mais... pourquoi cette révolte ? demanda Kohr. N’avions-nous pas signé un traité de paix ratifié par votre roi et par Elka de Tehlan ?
— Précisément... C’était Elka de Tehlan qui l’avait signé... Pas Ethi de Xanta.
Kohr resta silencieux. Son hôte se pencha vers lui, reprit, plus bas :
— Kohr... Je vais vous révéler quelque chose de si important que je demande que le ciel me foudroie si vous en faites mauvais usage... La reine Elka n’est pas morte. Elle s’est réfugiée à Tehlan. Elle a pris secrètement contact avec nous pour nous demander de lutter avec elle contre l’usurpateur.
Kohr dut se retenir pour ne pas pouffer. Se penchant à son tour vers Molem de Sandrithar, il rétorqua, sur le même ton de conspirateur :
— Secret pour secret, seigneur, si la reine Elka est en vie, c’est que je l’ai hébergée sous mon toit et l’ai aidée à gagner le royaume de son père.
Molem de Sandrithar en béa de stupéfaction. Son compagnon lui tapota la main.
— Je vous remercie de la confiance que vous me faites, poursuivit-il. Bien évidemment, je ne trahirai pas votre secret... Mais pourquoi êtes-vous venu me le confier ?
— Parce que vous n’avez jamais été l’ennemi d’Aurias... Parce que vous êtes tout autant en péril que nous ... Et parce que vous aimiez Gamlla.
Kohr baissa la tête, la bouche subitement sèche.
— Ethi de Xanta vous hait, reprit Molem de Sandrithar. Ce n’est un secret pour personne, et moins encore pour moi. J’ai su... que ma fille, votre épouse, était sa maîtresse... Je l’ai jugée sévèrement et vous ai jugé, vous, encore plus sévèrement, d’autant que votre attitude, à l’époque, était plus celle d’un lâche que d’un seigneur...
Kohr ne répliqua pas mais sentit ses joues se mettre à le cuire. Son interlocuteur avait raison. Il n’avait été que l’ombre de lui-même en ces jours difficiles où, au nom d’une amitié supposée, il avait failli laisser Ethi lui voler Gamlla ([5]).
— Mais vous vous êtes repris, continua Molem, le passé est oublié. Je ne veux penser qu’à l’avenir. Seul, Aurias ne peut lutter contre Ethi de Xanta. Vous non plus. Alors que si nous nous unissons, si nous allions nos forces, nous pourrons nous opposer à notre ennemi commun... Puisque vous avez aidé Elka de Tehlan à fuir en son pays, aidez-la à revenir à Vonia. Il faut rendre son trône au souverain légitime, le prince Alithan, fils d’Illert !
Kohr ne dit rien. Les derniers mots de Molem de Sandrithar le bouleversaient. Son ancien beau-père pouvait-il soupçonner que le véritable père d’Alithan, c’était lui, Kohr Varik, et qu’entaché de bâtardise, le jeune prince n’avait pas plus de droits à la couronne qu’Ethi l’usurpateur ? Mais cela était encore plus secret que les projets de sécession d’Aurias, et nul ne l’apprendrait jamais.
— Ne trouvez-vous pas, seigneur Molem, que les dieux ont d’étranges caprices ? Elka voulait nous envahir, nous vaincre, vous et moi, et vous me proposez de nous unir pour l’aider à reconquérir son trône...
L’Aurien parut se raidir.
— Refusez-vous ? demanda-t-il assez sèchement.
Kohr le considéra longuement.
— J’ai soif de paix, déclara-t-il enfin. Le fracas des épées me donne la nausée, et songer aux innombrables cadavres qui ont jalonné ma route me révulse... Cependant, vous avez raison. Je sais qu’Ethi de Xanta se tournera contre moi tôt ou tard. Pour l’instant, il est occupé à guerroyer contre les barbares, mais cela ne durera pas. Je me prépare à cette nouvelle lutte... J’accepte votre alliance... et j’ai déjà assuré Elka de Tehlan que je l’aiderais à remonter sur le trône... Pour Alithan... Vous pouvez compter sur moi, Molem de Sandrithar !
Le seigneur aurien se permit un sourire, le premier depuis qu’il conférait avec le jeune comte.
— J’en suis heureux, dit-il. Pour prix de notre aide, la reine Elka nous a promis l’autonomie au sein de l’empire vonien. Associer nos deux peuples sur un plan d’égalité sera le meilleur garant de paix.
Kohr hocha la tête. Elka pouvait promettre ce qu’elle ne possédait pas le pouvoir d’accorder... Si elle regagnait son trône, il la connaissait assez pour se douter qu’il y aurait bien des discussions avant que les Auriens soient autonomes. Mais c’était de bonne guerre. Il s’étonnait seulement un peu que la reine ait choisi de renouer des alliances avec les Auriens sans l’avoir contacté, lui, avant.
Comme s’il l’avait deviné, Molem de Sandrithar reprit :
— Ma démarche auprès de vous n’est pas ignorée d’Elka de Tehlan. En fait, c’est la reine qui me l’a suggérée. Elle n’a pas voulu vous contacter directement, car elle pense qu’Ethi de Xanta a placé des espions auprès de vous. Toutefois, à son heure, elle se dévoilera, alors, tous, nous prendrons les armes.
— Je comprends, acquiesça Kohr.
Molem de Sandrithar se leva alors du banc de pierre sur lequel les deux hommes s’étaient assis.
— Je dois maintenant vous entretenir du but officiel de ma venue... Car bien entendu, si je me suis déplacé d’Aurias à Varik, c’est officiellement pour une bonne raison.
— Je vous écoute...
L’Aurien se concentra quelques instants. Puis, faisant face à Kohr et le fixant droit dans les yeux, il déclara :
— Il convient de marquer notre attachement mutuel. Et pour cela, il existe un moyen... Kohr Varik, vous devez épouser Sania, ma fille cadette !
Kohr resta un instant suffoqué par la stupeur. Il se demandait s’il avait bien entendu.
— E... épouser votre... fille cadette ? balbutia-t-il.
— Oui... Je devine combien la chose peut vous surprendre, Kohr Varik, mais en y réfléchissant, vous devrez bien admettre qu’une telle union est logique. Elle cimentera notre alliance, et qui pourra s’en étonner ? Vous étiez le mari de ma fille aînée, qui portait un enfant lorsqu’elle fut assassinée. Votre épouse, dame Lynn, vous a donné une fille qui n’a pas vécu... Vous ne pouvez demeurer sans fils. Vous devez donc prendre à nouveau une seconde femme. Et qui conviendrait mieux que la jeune soeur de Gamlla ? Nul ne pourra s’étonner que vous la choisissiez. Elle est belle, courageuse et ressemble à Gamlla...
— Je vous en prie... N’ajoutez rien !
Molem de Sandrithar se tut. Kohr se leva. Il avait le coeur à tel point en tumulte qu’il arrivait à peine à raisonner.
— Seigneur, dit-il avec un peu de difficulté, votre... votre offre me... me prend de court. Je... je suis flatté. Mais... je n’envisage pas, pour l’instant, de prendre une seconde femme.
Son interlocuteur demeura impassible. Pourtant, Kohr put voir son regard flamber sauvagement. Cela lui rendit sa lucidité. Les Auriens n’étaient pas gens que l’on pouvait heurter de front par un refus.
— Je mesure tout l’intérêt qu’il y aurait pour nous... à ce que j’épouse votre fille cadette. Mais... songez à dame Lynn. Il y a eu une guerre parce qu’elle a voulu le Parement... Et, vous l’avez dit, elle a perdu sa fille... Si j’épousais aujourd’hui... quelque noble dame que ce soit, ce serait pour elle un affront dont... dont elle ne se remettrait pas. Je ne veux pas le lui infliger... D’autant moins que je l’aime et qu’elle est bien trop jeune pour que l’on désespère qu’elle n’ait jamais un fils.
— Elle est jeune, certes, mais les temps se bousculent et il convient d’aller vite en besogne ! Je comprends que vous aimiez dame Lynn, cependant vous l’aimiez aussi à l’époque où vous avez aimé Gamlla. Avez-vous donc tant changé que vous vous soyez attaché à une monogamie absurde ? Les seigneurs se doivent d’honorer plusieurs épouses. L’amour n‘a rien à voir là-dedans ! C’est de la simple politique.
— Mais dame Sania accepterait-elle que je l’épouse uniquement par intérêt politique ?
Molem de Sandrithar eut un sourire cynique, qui fit comprendre à Kohr que son ex – et peut-être futur – beau-père se préoccupait peu des sentiments de sa fille.
— Sania sait parfaitement pourquoi elle est ici, répliqua-t-il. Avant notre départ, je lui ai dit qu’elle serait votre femme. Le croirez-vous, elle a bondi de joie !
Kohr retint un mouvement d’humeur.
— Vous semblez bien sûr de mon accord, dit-il sèchement.
Son compagnon haussa les épaules.
— Ne me donnez pas de réponse aujourd’hui. Réfléchissez... Vous vous rendrez compte que ce mariage est capital pour votre survie comme pour la nôtre... Toutes vos bonnes raisons sentimentales pour le refuser n’y feront rien. Et j’ajoute que si, à la fin, vous persistez dans votre refus, vous m’aurez, et tout Aurias avec moi, comme ennemi mortel. On ne refuse pas la fille d’un sire aurien, sachez-le !
Kohr serra les dents. Mais déjà, Molem de Sandrithar s’était détourné et quittait le jardin.