26

Je me retourne dans le lit de la chambre d’amis jusqu’à ce que je ne puisse plus supporter le silence de la chambre. Je finis par me lever et je retourne dans le couloir à pas de loup pour regagner la salle de séjour. Je m’assois sur la banquette, les genoux serrés contre ma poitrine, en contemplant les nuages nocturnes. Je me rappelle combien je me suis bêtement inquiétée pour Charlie alors qu’il était bien au chaud dans un taxi. Pour je ne sais quelle raison, cela me met autant en colère que tout ce qui s’est passé pendant notre mariage.

Je somnole sur la banquette et me réveille deux heures plus tard. Après une heure supplémentaire sans réussir à trouver le sommeil, je renonce et enfile les habits de Keller. La chemise de coton écossais a conservé une vague odeur de lessive et, encore plus faible, l’odeur de la peau de Keller… je tiens la manche sous mon nez. La porte de sa chambre est entrouverte comme une invite. Je rôde devant et quand je suis sur le point de frapper, il murmure : « Lena ? »

La pendule indique 5 heures et la pièce est chaude de sommeil. Il me regarde, les yeux mi-clos.

« Hé ! »

Il pose une main sur mon bras, m’attire vers le lit, mais j’échappe à sa prise.

« Je veux aller voir la scène du crime du dernier bébé. »

Je lui dis que je veux voir si les nouvelles empreintes se trouvent également dans la maison des Abernathy : je dois les voir de mes propres yeux.

Il attend ; je ne sais pas vraiment s’il est assez réveillé pour m’entendre. Mais finalement il s’étire et bâille.

« Entendu, je viens avec toi. »

L’une des dernières MSN – Nourrisson – Fille : Abernathy – a eu lieu dans une maison située à l’angle nord-ouest du carrefour entre les rues Windsor et Euclid, si proche de chez Keller qu’on pourrait presque s’y rendre à pied, mais pas par ce temps. Un quartier de médecins et de professeurs. Joe et Tina Abernathy, les parents, sont anesthésistes et exercent à l’hôpital du Nord, un bâtiment monolithique accolé au laboratoire. Les habitations sont trapues, des constructions victoriennes assez larges avec coupoles, tourelles et vérandas rehaussées de balcons en bois. Le tout est couvert de glace, un quartier de conte de fées vieux de plus d’un siècle.

Keller se gare près du trottoir et regarde par la fenêtre.

« Les rêves perdus des architectes et des urbanistes. »

Le cordon jaune de la police ceint le périmètre de la maison ; il luit dans la grisaille du point du jour. Des conditions parfaites – la maison drapée dans le silence et les ténèbres – pour déchiffrer son âme. Sans avoir à parler, à répondre, ni à affronter des journalistes.

Je descends de voiture, puis je m’arrête. Les ondulations du chagrin me parviennent en ton mineur. Je préférerais ne rien savoir de cette maison. Keller contourne la voiture pour me rejoindre.

« Il t’arrive de penser que tu ne veux plus faire ce métier ? » je lui demande, en pensant à Sylvie.

Le vent m’envoie des mèches de cheveux dans les yeux ; je secoue la tête, mais ne parviens pas à les écarter.

Il m’observe un moment, puis écarte les cheveux de mon visage.

« Tout le temps, affirme-t-il. Mais il n’y a rien de mieux. (Il se penche et m’embrasse dans le cou, puis il se recule comme si c’était moi qui venais de l’embrasser.) Excuse-moi », marmonne-t-il.

Nous passons sous le cordon de police et nous approchons du mur nord de la maison. Ils ont protégé l’entrée, nous enfilons une combinaison, dont une pile se trouve près de la porte. Un jeune agent en faction est interloqué de voir des enquêteurs aussi matinaux ; il ne semble pas vraiment croire que nous sommes habilités à être là, même après avoir vérifié nos papiers d’identité et relevé nos noms. Je sens son regard qui nous suit pendant que nous entrons dans la maison en mettant un masque et des gants. Je résiste à l’envie de lui retourner son regard, et me concentre plutôt sur le couloir devant nous. La lumière provenant de la lampe de l’agent atteint à peine le couloir, pour se dissoudre dans l’obscurité ; les chambres au fond font penser à des grottes sous-marines, pleines d’une nuit scintillante. La maison est excessivement meublée : il y a une banquette, un miroir encadré, des crochets et des étagères, un portemanteau, des appliques en verre et un pied de lampe en fer forgé, le tout à moins de trois mètres de l’entrée latérale. J’aperçois des buffets et des banquettes dans l’autre pièce. Keller cherche l’interrupteur, mais je lui demande d’attendre. Je tiens ma torche braquée sur le sol pour vérifier où je mets les pieds. Puis je l’éteins.

Miranda Abernathy, la petite fille, est morte très tôt le matin. Le médecin légiste n’a pas encore établi l’heure exacte, mais nous savons que c’est arrivé avant que la mère se réveille, en raison d’un silence « trop profond » à 5 heures, comme l’indique le rapport de police. J’essaie de m’imaginer, réveillée par le silence, le contact glacé du sol sous mes pieds pendant que je traverse le couloir pour aller voir mon bébé.

Keller se glisse derrière moi, et le rayon de sa torche contourne mes pieds. Il observe ma façon de m’y prendre, mais ça ne me dérange pas. En fait, c’est agréable de savoir que cet homme est à quelques mètres, avec la chaleur de son baiser qui subsiste sous mon oreille.

Devant la porte de la chambre d’enfant, je fais signe à Keller d’attendre. Je ferme les yeux un instant, en attendant que ma vision nocturne s’affine. Le berceau est toujours dans la chambre ; des fiches numérotées sont plantées à côté du pied du berceau et à l’intérieur des barreaux sur une couverture froissée. Il y a des étagères encastrées dans le mur et encombrées de jouets – des poupées avec des yeux en boutons de culotte, un lapin bleu, un ours blanc en peluche, tous un peu démodés et ressemblant aux jouets de la génération précédente. La pièce n’est pas telle qu’elle l’était au moment de la mort du bébé, quelqu’un l’a remise en ordre. Le berceau a une apparence soignée, étrange : les barreaux et les pieds sont faits d’une sorte de fer et les côtés sont en partie vitrés pour que le bébé soit visible de toutes parts. On dirait un vaisseau spatial. Le bébé flottait ici, piégé dans son sommeil. Quelque chose de fantomatique bouge au-dessus du lit et je recule. Puis je me rends compte que c’est un mobile, des clowns en bois au visage éthéré, maintenus par des ressorts et fixés pour tourner au-dessus de la tête du bébé.

Miranda – son image sur la photo encadrée me revient. Pas même 3 semaines. Un instant, je crois la voir ici, ses yeux bleu opaque, son visage et ses mains encore rougeauds après la naissance. Ce bébé dormait – je le vois clairement – sur le dos, les mains posées juste au-dessus de la couverture, repliées par-dessus. Sa petite frimousse tournée sur le côté, rose pâle, inclinée vers les couvertures. Les pieds retroussés et ronds.

Keller se tient à côté de moi.

« Lena, tu vas bien ? De quoi s’agit-il ?

— Attention les yeux, dis-je, et j’actionne le commutateur près du berceau.

— Tu as vu quelque chose ? »

Il tripote son masque chirurgical.

« C’est ce lit, il est tellement bizarre. »

Il le contourne.

« Étrange. C’est un lit d’hôpital, non ? Comme aux soins intensifs.

— Pourquoi ils mettaient leur petite fille dans un lit d’hôpital ? Elle était malade ? »

Keller feuillette le dossier.

« D’après le rapport de police, les Abernathy étaient… des parents très vigilants. Il semble que pour eux, s’occuper de leur enfant était, disons, une sorte de mission sacrée. Les deux parents étaient proches de la cinquantaine… n’espéraient plus avoir de rejetons. Et bing, le miracle de la science moderne.

— Sa première grossesse ? »

Keller hoche la tête tout en parcourant le document sous ses yeux.

« Elle avait 48 ans. Elle n’allait pas prendre de risques avec son bébé. »

J’ajuste le masque derrière ma tête.

« Est-ce que ça dit quelque chose sur le père ? »

Keller hoche distraitement la tête en lisant. « C’est lui qui a choisi les affaires pour la chambre, le berceau, les jouets, acheté la vidéo-surveillance pour le bébé. »

J’ouvre ma trousse, reste accroupie au-dessus un instant en réfléchissant.

« Y a-t-il une bande ou quelque chose ? Y a-t-il un enregistrement de ce qui s’est passé au moment de la mort du bébé ? »

Keller regarde de nouveau ses notes.

« Les parents disent que la caméra a arrêté de fonctionner… c’était censé être un programmateur automatique qui déclenche l’enregistrement chaque nuit, mais il s’est interrompu après quelques minutes. (Il tourne la page.) Ils avaient l’intention de l’échanger contre un modèle différent. Ils n’en ont pas eu le temps. »

Je me mets à quatre pattes pour examiner de près les barreaux métalliques. Il émane du berceau une odeur de brûlé : j’ai le même mouvement de révulsion. J’avale une bouffée d’air ; pendant un instant, je crois que je vais devoir partir. Keller se tient tellement près que je pourrais effleurer ses chaussures.

Je respire par la bouche ; je vais relever ces empreintes, si elles existent. Personne n’a encore opéré ici. Frank, semble-t-il, me réservait cette tâche.

Je passe le bout de mon pinceau dans une boîte de poudre vert foncé, qui marche bien sur le métal. Je commence à le faire danser à une extrémité de la barre du dessus en avançant vers la suivante. Une série de taches, marques et caractéristiques de crêtes commencent à apparaître sous le dépôt de poudre. Il y a plusieurs empreintes partielles : la partie charnue d’une paume, le côté d’un doigt. Mais, à mi-parcours de la rampe, parfaitement préservée, trois empreintes simultanées émergent en bas-relief, l’index, le majeur et l’annulaire. Exactement comme le jeu que Frank m’a montré. Elles ressortent, étrangement complètes, comme si quelqu’un les avait mises là exprès. Un message personnel destiné à celui qui prélève les empreintes. Je les regarde fixement : je sais qu’elles vont correspondre aux précédentes. On croirait qu’elles ont été laissées là pour me narguer. Par quelqu’un d’assez culotté pour étaler son identité.

Le ciel est d’un gris délavé quand j’ai fini de prélever les empreintes. L’agent de service est venu dans la chambre deux ou trois fois ; je sens son regard sur ma nuque. Keller murmure quelque chose. Je ne prends même pas la peine de me retourner, trop acharnée à vouloir en finir avant que les autres enquêteurs ne débarquent.

J’applique l’adhésif sur chaque empreinte, puis je prélève soigneusement les empreintes latentes complexes sur le berceau. Je travaille en silence, montant chaque transfert sur un transparent, que je colle sur une carte de relevés d’empreintes. Je place chacune de ces cartes dans un sac qui sera mis sous scellés. Le soleil levant dans la chambre me rend anxieuse. Des bribes de son traversent la pièce. Un souffle, le soupir profond des planchers d’une vieille maison.

Nous jetons un œil dans la chambre des parents. Elle est meublée de manière minimaliste, moderne, un lit large, bas, un ventilateur de plafond en bois et deux commodes. Je remarque un amas de fils et de matériel électronique juché sur un meuble de rangement dans un coin.

« On dirait un moniteur », remarque Keller.

En fouillant dans la pile, je trouve la caméra. J’essaie le bouton « Éjecter », qui ronronne et frémit comme si quelque chose était coincé à l’intérieur. Keller déniche une lame droite dans ma trousse et en glisse le bout sous le volet de la cassette. Il se débloque et nous laisse voir une bande.

« Essayons de regarder », dis-je.

Nous présentons les cartes sous scellés au planton, qui est assis sur le banc, à l’entrée, en train de lire le Post-Standard en dégustant tranquillement un grand café noir dans une tasse en polystyrène. La vapeur sort en spirale de sa bouche ; un sac de boulanger est ouvert à côté de lui.

Il prend nos sachets en plastique en grognant sans nous quitter des yeux.

« Tout ça doit aller chez Frank Viso au laboratoire pour analyse », dis-je, pas très sûre de la compétence du type.

Je tripote les liens de mon masque et je l’enlève. Le flic hausse les épaules.

« Vous pouvez les mettre là-bas.

— Bon sang. (Je me débats avec la fermeture Éclair de ma combinaison.) Ils doivent être manipulés correctement. (Je tire sur la languette.)

— Attends. (Je sens la main de Keller sur ma nuque. Il remonte la fermeture d’un coup, puis la redescend jusqu’à ma taille.) Sois cool. »

Le jeune flic me regarde en plissant les yeux.

« Vous croyez que c’est des terroristes ?

— Quoi ?

— Tuer des bébés américains. Vous ne croyez pas que ce sont ces tarés d’intégristes religieux ?

— Super théorie, mon vieux, intervient Keller. Je crois que vous tenez quelque chose. »

Je m’extirpe du vêtement.

« Il y aurait un moyen pour qu’on regarde ça ici ? » je demande en levant la bande.

Là, le gars descend de son tabouret.

« Bien sûr, oui. »

Nous sommes debout tous les trois dans le séjour sombre à regarder pendant que l’image plonge et ressort dans un océan de parasites. La bande est logée dans un lecteur relié à la télévision. Au début il y a seulement une image qui clignote. La mention de la date et de l’heure apparaît à deux reprises : 11 décembre, 20 h 03, 12 décembre, 20 h 05. Il y a des moments, entrecoupés de striures parasites blanches, montrant les images d’un bébé endormi, deux mains (petites et soignées, une alliance) qui installent le bébé sur le dos. Aucun signe de la présence d’une couverture ou d’un jouet dans le berceau. Puis l’écran est vide. L’agent se tord le cou d’un côté à l’autre en faisant craquer ses vertèbres. Nous fixons l’écran un moment.

« Bon, ça y est, quoi », fait l’agent, et il repart à son poste.

J’entends l’appareil qui continue à tourner et, quand Keller se penche pour l’arrêter, je l’en empêche. J’attends, les yeux fixés sur l’espace vide. J’ai appris à ne rien attendre, à laisser les indices venir à moi. Plusieurs minutes s’écoulent de cette manière, à regarder le vide. Distrait, Keller s’éloigne vers l’entrée. Et là, il y a un autre déluge d’images parasites, puis une image en noir et blanc plus nette du bébé endormi. Keller se retourne brusquement.

« La caméra s’est remise en route ? »

Quelque chose, sur le côté de l’écran, s’avance par saccades, irréel. Deux mains. Elles sont longues, avec de grosses jointures… difficile de voir clairement sur la vidéo qui a du grain. Elles replient la couverture sur le nez et la bouche du bébé.

« Un des parents ? » demande Keller.

Comme les mains s’avancent, quelque chose se balance dans le cadre puis en ressort.

« C’était quoi, ça ? je demande à Keller. On peut revenir en arrière ? »

Il rembobine la bande et nous voyons l’objet se balancer, encore et encore, jusqu’à ce que Keller parvienne enfin à immobiliser l’image au moment où la chose reste en suspens : une dent sur un fil.

 

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