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La vieille femme se pencha vers Andy Sherwood et le contempla avec un petit sourire sardonique. Brusquement elle lança ses deux mains en avant et serra le cou de son prisonnier. Ce dernier se tortilla en tous sens pour tenter d'échapper à l'étreinte des doigts crochus qui lui bloquaient la gorge mais, saucissonné comme il l'était, sa marge de manœuvre était plus que limitée. — Tout doux, mon garçon, tout doux ! ricana la sorcière en lâchant soudainement prise. Tu crois donc que, bravant les autorités de Ktan, j'aurais pris le risque de te kidnapper pour le simple plaisir de te faire passer de vie à trépas ? Tu me crois donc assez sotte pour tuer la poule aux œufs d'or ? Car, tu es mon otage, Andy Sherwood... Un otage qui va me rapporter des centaines de milliers d'oro-crédits... — Galaxie noire ! rugit l'aventurier. Qui vous paie pour ce contrat ? En guise de réponse, sa geôlière ramassa ses jupes et, se redressant, elle lança moqueuse : — Les explications, monsieur l'aventurier, ce sera pour plus tard... Mais peut-être qu'alors pour toi, ce sera aussi... trop tard !
Un silence de plomb régnait à l'intérieur du vaisseau-amiral de l'Ordre cosmique. Touché de plein fouet par une mystérieuse colonne de lumière blanche, le Nerkal venait en effet de subir une attaque d'une violence inouïe qui avait gravement endommagé toute son infrastructure électromagnétique. Certes, grâce au sang-froid des techniciens et de l'équipage, les dégâts matériels avaient pu être rapidement circonscrits. Mais, dans l'immensité galactique, le cosmonef planait à présent comme une sorte de grand cercueil futuriste, car une menace d'une tout autre ampleur subsistait. Une menace qui mettant en péril l'avenir de l'Ordre lui-même et la rumeur de cette catastrophe s'était répandue comme une traînée de poudre dans toute la communauté des Chevaliers de Lumière. Michel Merkavim, le Grand-Maître, l'homme qui, depuis plusieurs décennies, avait su conduire l'Ordre cosmique vers ses plus hautes destinées, était entre la vie et la mort.
Le gros Airbus A 320 reliant Lyon-Satolas à Strasbourg-Entzheim était bondé. À quatre jours de Noël, nombreux, parmi les passagers, étaient ceux qui allaient passer les fêtes en famille et la carlingue résonnait de piaillements et de cris d'enfants surexcités. — Regarde, maman, on dirait des chevaliers dans le ciel ! Amusé par la réflexion du gamin assis contre le hublot Gérard David sourit et regarda sa montre. Il était 19 h 25. La fin du voyage approchait. Homme d'affaires, lui, il n'était pas fâché de quitter bientôt cette ambiance de cour de récréation. A trois mille pieds au-dessus du ballon d'Alsace, l'appareil devait survoler le mont Sainte-Odile à présent. Machinalement, il jeta un coup d'œil par-dessus les cheveux de l'enfant et sursauta : une troupe de cavaliers, créatures fantomatiques et presque diaphanes, galopaient dans les airs à quelques mètres du fuselage. À leur tête caracolait une silhouette spectrale auréolée d'une luminescence blanchâtre : un chapeau à larges bords lui couvrait le chef et, sur ses épaules, un long manteau flottait dans l'azur de la nuit... 19 h 28, le vol AF54679 disparut de tous les écrans de contrôle.
D'après nos investigations, trois internautes se sont volatilisés en jouant sur la version internet du jeu des Chevaliers de Lumière. Oui, volatilisés, répéta le commissaire Lebret devant les yeux effarés de son vieil ami, le journaliste Gilles Novak. Pire : pendant une partie — Mais quel lien avec le jeu ? s'écria le journaliste abasourdi. — Je pense que tu devrais te connecter sur le site. Tu vas comprendre tout de suite ce qui se passe. Dix minutes plus tard, Gilles Novak horrifié déchiffrait le parchemin énonçant la mission de la partie interactive du jour : « Vous êtes tombé amoureux d'une jeune sataniste. Pour la séduire, vous devez à sa demande blesser, torturer et tuer un maximum d'ennemis... » Les paramètres de gain qui suivaient étaient à l'avenant : « meurtre : 10 points ; scalp : 3 points... » Cette fois, nul doute n'était plus possible, à travers cette vision parodique des Chevaliers de Lumière que proposait le jeu, c'était bien l'Ordre lui-même qui était visé.
— Je vous présente mes respects, Général 1ern beugla Drank-Holmn, avant de se tourner vers le fond de la pièce où se trouvait Andy Shervvood encadré par Blade et Baker. Voici les prisionniers dont nous vous avons annoncé la capture. A peine Ronny Blade eut-il fait trois pas en avant qu'il sursauta. Parmi les personnages présents dans la salle, il y avait une silhouette que, bien qu'elle leur tournât le dos, il aurait reconnue entre mille. Xhyvor ! Le jeune N'Gharien était assis sur un mauvais tabouret face au bureau derrière lequel se tenait le chef militaire entouré de deux membres de son état-major. — Eh bien, mousaillonn te v'là enfin ! s'écria Andy Sherwood, toujours prompt à réagir. Dire qu'on se faisait un sang d'encre à ton sujet et qu'on te retrouve là, tranquille, à discuter le bout de gras, et avec les huiles encore... Sans mot dire, Xhyvor pivota lentement vers ses amis. Alors, à la lueur chiche des torches qui éclairaient la salle, les prisonniers aperçurent avec effroi le visage tuméfié du jeune homme.
— Il faut passer en force ! cria Gilles Novak en plongeant dans la masse compacte des gardes qui barrait le passage. Il allait crier victoire en se redressant derrière les lignes ennemies quand quatre hommes surgirent en combinaison ignifugée. Le journaliste identifia immédiatement les engins de mort qu'ils braquaient devant eux : des lances-flammes. Avant qu'il ait pu réagir, les bouches noires crachèrent leurs langues de feu. A travers les lunettes à infrarouge de son casque, Gilles eut le temps de voir les silhouettes de ses Chevaliers de Lumière qui commençaient à se tordre malgré leur champ protecteur censé les isoler, puis tout s'effaça autour de lui. Trente secondes plus tard, rematérialisé dans la soute de l'aviso du commando Alpha, il entendit la voix nouée de Shorung-N'Taal : — Les autres se sont fait piéger, articulait-il. Je n'ai pas eu le temps de les translater à bord. Les autres ? Le coeur de Gilles fit un bond clans sa poitrine. Se pouvait-il que trois de ses vieux compagnons et Régine, la femme qui partageait sa vie depuis tant d'années, aient trouvé la mort au cours de cette simple mission d'observation au pays du Père Noël ?
Ainsi donc, mes amis, conclut Zébulon Krasbaueur, grâce à ce « mémovibreur », j'ai non seulement réussi à me connecter à la zone mémorielle du cerveau de Xhyvor, mais, comme vous avez pu le constater sur cet écran, il n'y a aucune distorsion entre le souvenir du sujet et la réalité. Autrement dit, Xhyvor n'est que le support neutre de ces événements que sa mémoire a enregistré comme une photographie. Vous imaginez, j'en suis sûr, les applications inouïes d'un tel dispositif : la constitution d'une mémothèque où serait consignée toute l'Histoire de l'humanité ! A cet instant, une succession d'images se mit à défiler à une allure folle sur l'écran tandis que Xhyvor était pris de convulsions. Ça alors ! s'exclame Krasbaueur : Vous avez vu, Blade ? On dirait... Mais, oui, c'est comme si un programme résiduel venait de se déclencher, une sorte d'anti-virus... Je... Il n'eut pas le temps d'achever : dans un ultime flash lumineux l'écran explosa, projetant alentour une pluie de débris qui hachaient l'air de leur arêtes tranchantes avant de converger vers le malheureux Xhyvor comme autant de dards venimeux. Professeur, faites quelque chose ! hurla Baker. Vite ! Un silence de mort lui répondit.
— Ainsi donc noble étranger, tu es un Chevalier de Lumière du peuple d'« en-haut »... murmura la souveraine. Sache l'ami que je me nomme Mélishand, la reine serpent, celle que, dans ta dimension terrienne, on doit encore appeler la fée Mélusine ! Une malédiction nous a rejetés ici, dans cet univers que nous partageons avec les Burgondes. Ils sont le peuple du Cerf comme nous sommes celui du Serpent. Longtemps nous avons vécu dans une sorte de neutralité intelligente : nous possédions l'Œuf du Serpent ; ils détiennent la Toison d'Or, deux objets de pouvoir de sagesse, mais qui sont aussi deux armes redoutables... ajouta-t-elle en soupirant. Mais cet équilibre s'est brutalement rompu lorsque les Bendans ont débarqué chez nous. Ils avaient la peau écailleuse du serpent, ils chevauchaient des reptiles, ils maîtrisaient de redoutables dragons et nous les avons accueillis comme les frères qu'ils prétendaient être. Pourtant, peu à peu, ils nous ont soumis à leur pouvoir et n'ont eu de cesse que de nous amener à déclarer la guerre au peuple-cerf car ils veulent s'approprier la Toison d'Or. Alors... Un bruit de galopade retentit derrière la porte qui s'ouvrit. — Fuyez, ma reine ! haleta un garde. Les Bendans, ils attaquent !
Amanda Delback, je suppose ? fit Ronny Blade en serrant la main de la journaliste, une toute jeune fille au visage rond auréolé d'une tignasse rousse ébouriffée. Nous sommes très heureux mes associés et moi-même de pouvoir vous accorder cet interview ; j'ai également convié Xhyvor, notre plus jeune collaborateur à y participer. Vous verrez, ce garçon a un tas de qualités et notamment des pouvoirs télépathiques très surprenants. Tout en parlant, le businessman avait entraîné son invitée jusqu'à la terrasse de la villa où il l'invita à s'asseoir sur l'un des transats disposés autour d'une table. Alors, tandis que, s'apprêtant à s'installer, la journaliste passait devant lui, Xhyvor fut soudain saisi par une sensation aussi brutale que terrifiante. — Non, mademoiselle Amanda, s'écria-t-il d'une voix blanche. Ne faites pas ça ! La jeune femme réagit en un quart de seconde : portant la main à sa ceinture où était suspendu l'étui de sa caméra numérique, un modèle high-tech miniaturisé, elle se redressa et, les doigts crispés sur la crosse de la pseudo vidéo, se mit à tournoyer en lâchant autour d'elle une série de salves meurtrières.
— Y a quelqu'un... J'en suis sûre. Marjorie avait presque crié. Eric s'écarta de la jeune fille qui s'était blottie dans ses bras et scruta la forêt. Le clair de lune dispensait sur les lieux une lumière spectrale, animant les fourrés d'ombres étranges. Lui aussi, il avait entendu un bruit, un frôlement tout proche et, malgré l'assurance de ses dix-huit ans, il se prit à regretter cette escapade nocturne où il avait entraîné Marjorie, sous prétexte d'aller écouter le brame des cerfs... Soudain, une forme fantômatique traversa leur champ de vision. Une forme qui semblait flotter au-dessus du sol et dont la tête était couronnée de grand bois de cerfs. Au même instant, les premières notes d'une mélodie s'élevèrent, sinistres, glaçantes. — Allons-nous-en, je t'en prie ! s'étrangla Marjorie. — Arrête, c'est ridicule, voyons ! tenta de la raisonner Eric. Mais Marjorie lui échappa et s'enfuit à toutes jambes. La brume l'engloutit aussitôt et le bruit feutré de sa course s'éteignit rapidement, avalé par la triste litanie dont les ondes s'effilochaient dans le sous-bois comme autant de lambeaux sonores. Eric ne devait jamais la revoir vivante.
— Amanda Delblak, je suppose ? fit Ronny Blade en serrant la main de la journaliste, une toute jeune fille au visage rond auréolé d'une tignasse rousse ébouriffée. Nous sommes très heureux mes associés et moi-même de pouvoir vous accorder cet interview ; j'ai également convié Xhyvor, notre plus jeune collaborateur à y participer. Vous verrez, ce garçon a un tas de qualités et notamment des pouvoirs télépathiques très surprenants. Tout en parlant, le businessman avait entraîné son invitée jusqu'à la terrasse de leur villa où il l'invita à s'asseoir sur l'un des transats disposés autour d'une table. Alors, tandis que, s'apprêtant à s'installer, la journaliste passait devant lui, Xhyvor fut soudain saisi par une sensation aussi brutale que terrifiante. — Non, Mademoiselle Amanda, s'écria-t-il d'une voix blanche. Ne faites pas ça ! La jeune femme réagit en un quart de seconde : portant la main à sa ceinture où était suspendu l'étui de sa caméra numérique, un modèle high-tech miniaturisé, elle se redressa et. les doigts crispés sur la crosse de la pseudo vidéo, se mit à tournover en lâchant autour d'elle une série de salves meurtrières.
— Un jeu... Pour moi ce n'était rien d'autre. Un jeu qui avait mal tourné, certes, puisque, lors d'un exercice précédent, il y avait déjà eu mort d'hommes mais, à la vérité, quand je me suis lancé dans cette enquête sur le paintball — ce nouveau « sport » qui nous vient d'outre-Atlantique et où deux équipes doivent s'affronter, armées de fusils qui tirent des billes de peinture pour éliminer l'adversaire — , rien ne laissait présager autre chose qu'un simple fait divers. Or, très vite, après notre intervention, nous nous sommes trouvés face à une agression dont je ne crains pas de dire qu'elle est d'une ampleur considérable et très probablement d'origine... extraterrestre ! La conclusion de Gilles Novak fit l'effet d'un coup de tonnerre dans la salle du Conseil suprême où se tenait cette cellule de crise. Si le chef du commando Alpha disait vrai, c'est toute la Confédération galactique qui était menacée d'anéantissement et, derrière elle, l'Ordre cosmique des Chevaliers de Lumière...
Par les maître du Franc lourd ! Xavier Petit Ferrone, financier, homme de confiance chargé par Blade et Baker de surveiller les intérêts de la B & B Co, faillit tomber de sa chaise, foudroyé par la nouvelle qui venait de s'inscrire sur l'écran de son unité centrale : « On apprend, de source sûre, qu'un coup d'état vient d'avoir lieu sur Kündest. Les maîtres de la jante ont fait savoir qu'ils gelaient les avoirs des sociétés implantées sur leur territoire et, plus grave, qu'ils fermaient les puits d'extraction des mines de diamants-alpha, dont chacun sait que la quasi-totalité provient des gisements de cette neuvième planète du système Thêta. Il semblerait... » Mais Petit-Ferrone n'écoutait plus. La tête dans les mains, il mesurait déjà les implications d'une telle catastrophe : au-delà de la ruine de la B & B Co. Dont les investissements sur place étaient considérables, c'est toute l'économie de l'Hyperconfédération qui allait s'effondrer : Le diamant-alpha était l'un des composant nécessaire à la propulsion supraluminique des énormes astrocargos assurant l'intégralité des échanges intergalactique...
L'œil rivé sur son rétroviseur, Gérard Simon poussa un juron et accéléra légèrement. De nuit, à près de 80 km/h sur cette route de montagne verglacée, impossible de rouler plus vite. Pourtant le double faisceau des phares de ses poursuivants ne le lâchait toujours pas. Ses poursuivants... Gérard ne put retenir un sanglot étouffé : comment aurait-il pu imaginer qu'un jour, après douze ans d'apostolat au sein de l'ordre de la lumière Dorée, ses anciens compagnons se transformeraient en une meute de tueurs lancés à ses trousses, acharnés à le liquider comme ils avaient liquidé les autres adeptes réunis au chalet pour une cérémonie rituelle ? Pourquoi avait-il une fois de plus cédé à cette convocation ? Comment avait-il pu se laisser abuser par la perspective de fumeuses révélations concernant les Arcana Arcanorum auxquelles lui et ses frères devaient soi — disant avoir enfin accès ? Gérard ricana intérieurement. Douze ans ! Douze ans d'anesthésie ! Perdu dans ses pensées, Gérard ne vit qu'au dernier moment la congère qui se dressait devant lui. Il donna un brusque coup de volant, les pneus arrière de son break chassèrent et la voiture partit en tête-à-queue dans un ballet de cristaux glacés.
Lorsque, à petites foulées, Zeb-Vhol déboula sur le terrain de skurf, un tonnerre d'applaudissements l'accueillit. Le champion s'immobilisa au milieu du stade, enivré par le sentiment de puissance absolue que lui procurait l'ovation de ces centaines de supporters en délire. Quelque part dans la foule pourtant, trois individus étaient loin de partager l'euphorie générale. Savourant enfin le goût d'une vengeance longtemps remâchée, l'un d'eux connecta son écran tactile, vérifia une dernière fois les différentes zones où avaient été placés les détonateurs, puis, d'un geste rageur, il lance le compte à rebours. Dans moins d'une minute maintenant, les milliards de spectateurs rivés à leur télévisionneur pourraient suivre en direct la série d'explosions qui allaient secouer la cérémonie d'ouverture des premiers Jeux Olympiques du Renouveau. Un échec retentissant pour les sponsors de l'événement, parmi lesquels la Mode & Baker Corporation... Et, derrière cet échec, le spectre d'un krach à l'échelle de toute la Galaxie.
— Jabatom est mort ! Notre Tsidak a été assassiné ! Le pilier de rectitude n'est plus. La plainte gonflait comme un vent sec rasant le sable de l'erg. Elle montait, comme propulsée par les vents ascendants s'engouffrant dans les failles des falaises. Elle se répercutait contre les collines déchiquetées pour repartir raser la plaine desséchée et se perdre au-dessus de l'immense étendue d'eau morte plantée au milieu des montagnes. Lointaine d'abord, comme un appel de l'inconscient, elle grandissait de minutes en minutes, comme un mirage que l'on se refuserait de croire vrai. La terrifiante rumeur enflait proportionnellement à la chute des ombres inquiétantes sur la petite communauté de Dahmas, plantée au sommet de son plateau et surplombant l'immense plaine et son lac éteint se perdant à perte de vue. La confrontation approchait. Il le sentait. La mort de Jabatom apparaissait comme une provocation, comme une déclaration de guerre. Mais les Nasriods n'étaient pas prêts à la guerre. Ils savaient tous.
— Qu'est-ce qui se passe ? demanda Andy Sherwood en voyant le visage de Ronny Blade s'allonger. — C'était Red Owens, lâcha ce dernier d'une voix blanche. Il me dit que le Maraudeur vient d'être attaqué par une bande de cinglés, monté sur des skurfs. Ils auraient utilisé des lasers et des électrocuteurs... Paraîtrait qu'il y a de sacrés dégâts ainsi que quelques blessés parmi l'équipage. Il faut y aller ! — On t'accompagne ! assura le baroudeur. — Pas question. Je préfère que Will vienne seul avec moi. Vous trois, commanda Ronny en s'adressant à Sherwood, Samantha Montgomery et le jeune Xhyvor, vous vous rendez à l'amphithéâtre Wagner, comme si rien n'était. N'oubliez pas que la vente aux enchères qui s'y déroule doit nous permettre d'acquérir un artefact que le peuple des Allawines prétend dater de la période de Jürans. Intérieurement, le businessman se dit que la vente commençait mal. L'attaque brutale contre leur astrocargo fétiche lui semblait de très mauvais augure. Quelque chose lui disait que ce cône, trouvé sur la planète Pa'Kang, allait leur donner beaucoup de fil à retordre. Mais les danger encourus en valaient sûrement la peine s'ils permettaient d'élucider une fois pour toute le secret de cet étrange créateur des mystérieux Veilleurs.
L'eau se perdait sous les roseaux noirs et denses. Des arbres faméliques s'arrachaient à une onde opaque. Des arbres morts pour une mer guère plus vaillante. Jamais l'abbaye de Mortemer, le lieu de fronce réputé le plus hanté, n'était apparue à l'enseignante sous un jour aussi sinistre. Tous les sons paraissaient étouffés, comme si la brume ouatée asphyxiait les sens. Même le moteur du tracteur et les babillages des enfants paraissaient étrangement lointains et irréels. Pas un bruit d'oiseaux. Pas un son. Les moines avaient bien choisi leur coin pour être tranquilles. Un hurlement terrifiant l'arracha soudain à ses pensées. La prof sursauta et bondit à terre. A une vingtaine de mètres, trois garçons et une fillette fixaient un bras d'eau. Là, entre les roseaux vairs, flottait le cadavre blanchâtre d'une femme nue, mutilée. Les moines rouges, murmura le guide. Taisez-vous, lui ordonna la maîtresse.
— La situation n'est pas désespérée, mais elle est très déplaisante, fit Ronny Blade, sourcils froncés. En dépit de tous nos efforts, nous n'avons toujours aucune explication concernant les raisons des dysfonctionnements qui perturbent le bon fonctionnement de notre vaisseau. Et ce, malgré la batterie de tests faits avec l'aide du « génial » professeur Krasbaueur, glissa William Baker d'une voix amère. C'est incompréhensible. — Bah, il y a quand même un motif de se réjouir, tempéra Andy Sherwood. Les problèmes que connaît l'Ecumeur ne sont pas de nature à l'empêcher de naviguer. En effet, l'hypergénérateur n'a été l'objet d'aucune autre panne depuis plusieurs heures. Avec un peu de chance, nous pourrons atteindre la planète Zodiann pour procéder aux réparations nécessaires. — Touchons du bois, grogna Baker, d'une voix lugubre. Pour ma part, j'ai un mauvais pressentiment. Le pessimisme proverbial du businessman devait se révéler exact. Car non seulement les incidents techniques allaient se poursuivre, mais ils étaient sur le point d'être aggravés par la soudaine attaque de l'Athanor-Général de Zodiann. Un dictateur au petit pied qui, profitant des incidents dont était victime le vaisseau de la B & B, s'était mis en tête de le capturer, à l'aide d'une flotte importante. Et, pour couronner le tout, les nouvelles provenant de l'infirmerie où avait été admis en urgence le jeune Xhyvor étaient de plus en plus pessimistes. Le virus la « Ronciale » qui l'avait plongé dans le coma semblait sur le point de le tuer. Décidément, les vacances de Ronny Blade et de ses amis débutaient on ne peut plus mal.
— Guillaume, je t'en prie... Attends. L'homme fit mine de ne rien entendre et poursuivit sa route. Dans une vague pénombre, il aperçut devant lui les grilles de l'entrée d'Union Park se découpant sur un fond de lueur du village. Des lueurs sur la gauche attirèrent son regard... Le cimetière ! Le vieux cimetière de la Digue avec ses tombes ancestrales et ses atmosphères indicibles, pour ne pas dire oppressantes. Des luminescences verdâtres — probablement dues aux reflets de mousse sur les pierres — irisaient tout le sanctuaire. Il y avait même des feux follets, mais Mengot n'entendait pas s'attarder dans la contemplation de ce phénomène. Quand il vit une silhouette glaçante figée au milieu des stèles et qui regardait dans sa direction sous le repli de son grand chapeau. Vieil homme ou vieille femme ? Il n'en avait cure. La grille se rapprochait. Mengot entendit la fille hurler : — Guillaume ! Alors il sentit une ombre fondre sur lui et des griffes lui lacérer la joue.
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