Georges Brassens

Les paroles de 201 chansons


A l'ombre des maris

<p>A l'ombre des maris</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1972 "Mourir pour des idées"

Les dragons de vertu n'en prennent pas ombrage Si j'avais eu l'honneur de commander à bord A bord du Titanic quand il a fait naufrage J'aurais crié: "Les femmes adultères d'abord!" Ne jetez pas la pierre à la femme adultère Je suis derrière… Car, pour combler les vœux, calmer la fièvre ardente Du pauvre solitaire et qui n'est pas de bois Nulle n'est comparable à l'épouse inconstante. Femmes de chefs de gare, c'est vous la fleur des bois. Ne jetez pas la pierre à la femme adultère Je suis derrière… Quant à vous, messeigneurs, aimez à votre guise En ce qui me concerne, ayant un jour compris Qu'une femme adultère est plus qu'une autre exquise Je cherche mon bonheur à l'ombre des maris. Ne jetez pas la pierre à la femme adultère Je suis derrière… A l'ombre des maris mais, cela va sans dire Pas n'importe lesquels, je les trie, les choisis. Si madame Dupont, d'aventure, m'attire Il faut que, par surcroît, Dupont me plaise aussi! Ne jetez pas la pierre à la femme adultère Je suis derrière… Il convient que le bougre ait une bonne poire Sinon, me ravisant, je détale à grands pas Car je suis difficile et me refuse à boire Dans le verre d'un monsieur qui ne me revient pas. Ne jetez pas la pierre à la femme adultère Je suis derrière… Ils sont loin mes débuts où, manquant de pratique Sur des femmes de flics je mis mon dévolu. Je n'étais pas encore ouvert à l'esthétique. Cette faute de goût, je ne la commets plus. Ne jetez pas la pierre à la femme adultère Je suis derrière… Oui, je suis tatillon, pointilleux, mais j'estime Que le mari doit être un gentleman complet Car on finit tous deux par devenir intimes A force, à force de se passer le relais Ne jetez pas la pierre à la femme adultère Je suis derrière… Mais si l'on tombe, hélas, sur des maris infâmes Certains sont si courtois, si bons, si chaleureux Que même après avoir cessé d'aimer leur femme On fait encore semblant uniquement pour eux. Ne jetez pas la pierre à la femme adultère Je suis derrière… C'est mon cas ces temps-ci, je suis triste, malade Quand je dois faire honneur à certaine pécore. Mais, son mari et moi, c'est Oreste et Pylade Et, pour garder l'ami, je la cajole encore. Ne jetez pas la pierre à la femme adultère Je suis derrière… Non contente de me déplaire, elle me trompe Et les jours où, furieux, voulant tout mettre à bas Je crie: "La coupe est pleine, il est temps que je rompe!" Le mari me supplie: "Non ne me quittez pas!" Ne jetez pas la pierre à la femme adultère Je suis derrière… Et je reste, et, tous deux, ensemble on se flagorne. Moi, je lui dis: "C'est vous mon cocu préféré." Il me réplique alors: "Entre toutes mes cornes Celles que je vous dois, mon cher, me sont sacrées." Ne jetez pas la pierre à la femme adultère Je suis derrière… Et je reste et, parfois, lorsque cette pimbèche S'attarde en compagnie de son nouvel amant Que la nurse est sortie, le mari à la pêche C'est moi, pauvre de moi, qui garde les enfants. Ne jetez pas la pierre à la femme adultère.

A l'ombre du coeur de ma mie

<p>A l'ombre du coeur de ma mie</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1958

A l'ombre du cœur de ma mie Un oiseau s'était endormi Un jour qu'elle faisait semblant D'être la Belle au bois dormant Et moi, me mettant à genoux Bonnes fées, sauvegardez-nous Sur ce cœur j'ai voulu poser Une manière de baiser Alors cet oiseau de malheur Se mit à crier "Au voleur!" "Au voleur et à l'assassin!" Comme si j'en voulais à son sein Aux appels de cet étourneau Grand branle-bas dans Landerneau Tout le monde et son père accourt Aussitôt lui porter secours Tant de rumeurs, de grondements Ont fait peur aux enchantements Et la belle désabusée Ferma son cœur à mon baiser Et c'est depuis ce temps, ma sœur Que je suis devenu chasseur Que mon arbalète à la main Je cours les bois et les chemins

A la Goutte d'Or

<p>A la Goutte d'Or</p>

Paroles: Aristide Bruant. Musique: Aristide Bruant 1890

autres interprètes: Buffalo (1898), Charlus (1903), François Béranger (1970), Mistigri (1973), Marc Ogeret (1978), Jean-Luc Jauny (1979), Georges Brassens, François Hadji-Lazaro (1993)

note: Ce sont les paroles originales, le texte n'est pas tout à fait le même selon les chanteurs.

En ce temps-là dans chaque famille On blanchissait de mère en fille Maintenant on blanchit encor A la Goutt' d'Or Elle était encor' demoiselle, Grand-Maman, la belle Isabelle Quand elle épousa l'grand Nestor, A la Goutt' d'Or Et maman Pauline était sage Le jour qu'elle se mit en ménage Avec papa le p'tit Victor A la Goutt' d'Or A cette époque-là toutes les fillettes Les goss'lines, les gigolettes S'mariaient avec leur trésor A la Goutt' d'Or A's s'contentaient l'jour de leur noce D'un' petit' toilett' pas féroce Et d'un' jeannette en similor A la Goutt' d'Or Leur fallait pas un mari pâle Mais un garçon d'lavoir… un mâle… Bien râblé… même un peu butor A la Goutt' d'Or Aujourd'hui faut à ces d'moiselles Des machins avec des dentelles Et des vrais bijoux en vrai or A la Goutt' d'Or Leur faut des jeunes hommes en casquettes Des rouquins qu'ont des rouflaquettes Collés sur un' tête d'hareng saur A la Goutt' d'Or Et v'là pourquoi toutes les fillettes Les goss'lines, les gigolettes S'marient pus avec leur trésor A la Goutt' d'Or

A la Varenne

<p>A la Varenne</p>

Paroles: Marc Hély. Musique: J.Jekyll 1930

autres interprètes: Perchicot (1930), Georges Brassens (1980)

Les bourgeois rupins Ceux qu'ont les moyens S'en vont l'été s'faire plumer à Deauville Quand on n'a pas l'sou On va n'importe où Où ça coûte pas des prix fous Car à mon avis, C'est pas pour bibi Les endroits où l'on fait des chichis Moi, j'ai mon golf et mon bateau, Ma plage et mon casino A la Varenne Moi, je n'vais pas avec les gros A Dinard à Saint-Malo Faire des fredaines Moi, dans un bar à gigolos, Payer vingt balles un sirop, Ça m'frait d'la peine Moi, j'préfère un p'tit caboulot Où qu'on boit du picolo Au bord de l'eau On n'a pas d'négros Comme à Monaco Qui font du jazz à mille francs la séance Au son d'un phono Ou d'un vieux piano C'est quat' sous pour un tango Et comme on peut pas Se payer tout ça Y a des boîtes à deux ronds la java Moi, j'ai mon golf et mon bateau, Ma plage et mon casino A la Varenne Moi, j'y connais des dactylos Qui sont plus chouettes en maillot Qu'bien des mondaines Moi, dans un bar à gigolos, Payer vingt balles un sirop, Ça m'frait d'la peine Moi, j'préfère un p'tit caboulot Où qu'on boit du picolo Au bord de l'eau

A Mireille

<p>A Mireille</p>

Paroles: Paul Fort. Musique: Georges Brassens

Ne tremblez pas, mais je dois le dire elle fut assassinée au couteau par un fichu mauvais garçon, dans sa chambre, là-bas derrière le Panthéon, rue Descartes, où mourut Paul Verlaine. O! oui, je l'ai bien aimée ma petite "Petit Verglas" à moi si bonne et si douce et si triste. Pourquoi sa tristesse? Je ne l'avais pas deviné, je ne pouvais pas le deviner. Non, je l'ai su après tu me l'avais caché que ton père était mort sur l'échafaud, Petit Verglas! J'aurais bien dû le comprendre à tes sourires. J'aurais dû le deviner à tes petits yeux, battus de sang, à ton bleu regard indéfinissable, papillotant et plein de retenue. Et moi qui avais toujours l'air de te dire " Mademoiselle, voulez-vous partager ma statue? " Ah! J'aurais dû comprendre à tes sourires, tes yeux bleus battus et plein de retenue. Et je t'appelais comme ça, le Petit Verglas, que c'est bête un poète! O! petite chair transie! Moi, je l'ai su après que ton père était mort ainsi… Pardonne-moi, Petit Verglas. Volez, les anges!

A mon frère revenant d'Italie

<p>A mon frère revenant d'Italie</p>

Paroles: Alfred de Musset. Musique: Georges Brassens

Ainsi, mon cher, tu t'en reviens Du pays dont je me souviens Comme d'un rêve De ces beaux lieux où l'oranger Naquit pour nous dédommager Du péché d'Eve. Tu l'as vu, ce fantôme altier Qui jadis eut le monde entier Sous son empire. César dans sa pourpre est tombé Dans un petit manteau d'abbé Sa veuve expire. Tu t'es bercé sur ce flot pur Où Naples enchâsse dans l'azur Sa mosaïque, Oreiller des lazzaroni Où sont nés le macaroni Et la musique. Qu'il soit rusé, simple ou moqueur N'est-ce pas qu'il nous laisse au cœur Un charme étrange, Ce peuple ami de la gaieté Qui donnerait gloire et beauté Pour une orange? Ischia! c'est là qu'on a des yeux C'est là qu'un corsage amoureux Serre la hanche. Sur un bas rouge bien tiré Brille, sous le jupon doré La mule blanche. Pauvre Ischia! Bien des gens n'ont vu Tes jeunes filles que pieds nus Dans la poussière. On les endimanche à prix d'or Mais ton pur soleil brille encor Sur leur misère. Quoi qu'il en soit, il est certain Que l'on ne parle pas latin Dans les Abruzzes Et que jamais un postillon N'y sera l'enfant d'Apollon Ni des neuf Muses. Toits superbes! froids monuments! Linceul d'or sur des ossements! Ci-gît Venise. Là mon pauvre cœur est resté. S'il doit m'en être rapporté Dieu le conduise! Mais de quoi vais-je ici parler? Que ferait l'homme désolé Quand toi, cher frère Ces lieux où j'ai failli mourir Tu t'en viens de les parcourir Pour te distraire? Frère, ne t'en va plus si loin. D'un peu d'aide j'ai grand besoin Quoi qu'il m'advienne. Je ne sais où va mon chemin Mais je marche mieux quand ta main Serre la mienne.

Au bois de mon coeur

<p>Au bois de mon coeur</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1957

Au bois d'Clamart y a des petit's fleurs Y a des petit's fleurs Y a des copains au, au bois d'mon cœur Au, au bois d'mon cœur Au fond de ma cour j'suis renommé J'suis renommé Pour avoir le cœur mal famé Le cœur mal famé Au bois d'Vincenn's y a des petit's fleurs Y a des petit's fleurs Y a des copains au, au bois d'mon cœur Au, au bois d'mon cœur Quand y a plus d'vin dans mon tonneau Dans mon tonneau Ils n'ont pas peur de boir' mon eau De boire mon eau Au bois d'Meudon y a des petit's fleurs Y a des petit's fleurs Y a des copains au, au bois d'mon cœur Au, au bois d'mon cœur Ils m'accompagn'nt à la mairie A la mairie Chaque fois que je me marie Que je me marie Au bois d'Saint-Cloud y a des petit's fleurs Y a des petit's fleurs Y a des copains au, au bois d'mon cœur Au, au bois d'mon cœur Chaqu' fois qu'je meurs fidèlement Fidèlement Ils suivent mon enterrement Mon enterrement …des petites fleurs… Au, au bois d'mon cœur…

Auprès de mon arbre

<p>Auprès de mon arbre</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1955

J'ai plaqué mon chêne Comme un saligaud Mon copain le chêne Mon alter ego On était du même bois Un peu rustique un peu brut Dont on fait n'importe quoi Sauf naturell'ment les flûtes J'ai maint'nant des frênes Des arbres de Judée Tous de bonne graine De haute futaie Mais toi, tu manques à l'appel Ma vieille branche de campagne Mon seul arbre de Noël Mon mât de cocagne

{Refrain}

Auprès de mon arbre Je vivais heureux J'aurais jamais dû M'éloigner de mon arbre Auprès de mon arbre Je vivais heureux J'aurais jamais dû Le quitter des yeux Je suis un pauvre type J'aurai plus de joie J'ai jeté ma pipe Ma vieille pipe en bois Qu'avait fumé sans s'fâcher Sans jamais m'brûler la lippe L'tabac d'la vache enragée Dans sa bonne vieille tête de pipe J'ai des pipes d'écume Ornées de fleurons De ces pipes qu'on fume En levant le front Mais j'retrouv'rai plus ma foi Dans mon cœur ni sur ma lippe Le goût d'ma vieille pipe en bois Sacré nom d'une pipe

{Au refrain}

Le surnom d'infâme Me va comme un gant D'avecques ma femme J'ai foutu le camp Parce que depuis tant d'années C'était pas une sinécure De lui voir tout l'temps le nez Au milieu de la figure Je bats la campagne Pour dénicher la Nouvelle compagne Valant celle-là Qui, bien sûr, laissait beaucoup Trop de pierres dans les lentilles Mais se pendait à mon cou Quand j'perdais mes billes

{Au refrain}

J'avais une mansarde Pour tout logement Avec des lézardes Sur le firmament Je l'savais par cœur depuis Et pour un baiser la course J'emmenais mes belles de nuits Faire un tour sur la Grande Ourse J'habite plus d'mansarde Il peut désormais Tomber des hallebardes Je m'en bats l'œil mais Mais si quelqu'un monte aux cieux Moins que moi j'y paie des prunes Y a cent sept ans – qui dit mieux? Qu'j'ai pas vu la lune

{Au refrain}


Avoir un bon copain

<p>Avoir un bon copain</p>

Paroles: Jean Boyer. Musique: Werner-Richard Heymann 1930

Titre origina "Ein Freund, ein guter Freund"

autres interprètes: Georges Guétary (1955), André Dassary (1971), Georgette Plana (1973), Christian Borel (1979), Georges Brassens (1980), Francis Lemarque (1989)

note: du film "Le chemin du Paradis"

C'est le printemps On a vingt ans Le cœur et le moteur Battent gaiement Droit devant nous Sans savoir où Nous filons comme des fous Car aujourd'hui Tout nous sourit Dans une auto On est bien entre amis Aussi chantons Sur tous les tons Notre plaisir d'être garçon!

{Refrain:}

Avoir un bon copain Voilà c'qui y a d'meilleur au monde Oui, car, un bon copain C'est plus fidèle qu'une blonde Unis main dans la main A chaque seconde On rit de ses chagrins Quand on possède un bon copain Les aveux Des amoureux Avouons-le maintenant C'est vieux jeu C'est plus charmant Qu'des longs serments Qui n'sont que des boniments Loin des baisers Pour se griser Sur une route Il suffit de gazer Le grand amour Ça dure un jour L'amitié dure toujours.

{Refrain}

… On rit de ses chagrins Quand on possède un bon copain

Ballade à la lune

<p>Ballade à la lune</p>

Paroles: Alfred de Musset. Musique: Georges Brassens

C'était, dans la nuit brune, Sur un clocher jauni, La lune, Comme un point sur un "i". Lune, quel esprit sombre Promène au bout d'un fil, Dans l'ombre, Ta face et ton profil? Es-tu l'œil du ciel borgne? Quel chérubin cafard Nous lorgne Sous ton masque blafard? Est-ce un ver qui te ronge Quand ton disque noirci S'allonge En croissant rétréci? Es-tu, je t'en soupçonne, Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer? Sur ton front qui voyage, Ce soir ont-ils compté Quel âge A leur éternité? Qui t'avait éborgnée L'autre nuit? T'étais-tu Cognée Contre un arbre pointu? Car tu vins, pâle et morne, Coller sur mes carreaux Ta corne, A travers les barreaux. Lune, en notre mémoire, De tes belles amours L'histoire T'embellira toujours. Et toujours rajeunie, Tu seras du passant Bénie, Pleine lune ou croissant. Et qu'il vente ou qu'il neige, Moi-même, chaque soir, Que fais-je, Venant ici m'asseoir? Je viens voir à la brune, Sur le clocher jauni La lune Comme un point sur un "i". Je viens voir à la brune, Sur le clocher jauni, La lune, Comme un point sur un "i".

Ballade des dames du temps jadis

<p>Ballade des dames du temps jadis</p>

Paroles: D'après François Villon

Dites moy ou, n'en quel pays Est Flora la belle Romaine, Archipiades, né Thaïs Qui fut sa cousine germaine, Echo parlant quand bruyt on maine Dessus rivière ou sus estan Qui beaulté ot trop plus qu'humaine. Mais ou sont les neiges d'antan? Qui beaulté ot trop plus qu'humaine. Mais ou sont les neiges d'antan? Ou est très sage Hélloïs, Pour qui chastré fut et puis moyne Pierre Esbaillart a Saint Denis? Pour son amour ot ceste essoyne. Semblablement, ou est royne Qui commanda que buridan Fut geté en ung sac en Saine? Mais ou sont les neiges d'antan? Fut geté en ung sac en Saine? Mais ou sont les neiges d'antan? La royne blanche comme lis Qui chantoit a voix de seraine, Berte au grand pié, Bietris, Alis Haremburgis qui tient le Maine, Et Jehanne la bonne Lorraine Qu'Englois brûlèrent a Rouen; Où sont ils, ou Vierge souveraine? Mais où sont les neiges d'antan? Où sont ils ou Vierge souveraine? Mais où sont les neiges d'antan? Prince, n'enquérez de sepmaine Ou elles sont, ne de cest an, Qu'a ce refrain ne vous remaine: Mais ou sont les neiges d'antan? Qu'a ce refrain en vous remaine; Mais ou sont les neiges d'antan?

Bécassine

<p>Bécassine</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1969

Un champ de blé prenait racine Sous la coiffe de Bécassine, Ceux qui cherchaient la toison d'or Ailleurs avaient bigrement tort. Tous les seigneurs du voisinage, Les gros bonnets, grands personnages, Rêvaient de joindre à leur blason Une boucle de sa toison. Un champ de blé prenait racine Sous la coiffe de Bécassine. C'est une espèce de robin, N'ayant pas l'ombre d'un lopin, Qu'elle laissa pendre, vainqueur, Au bout de ses accroche-cœurs. C'est une sorte de manant, Un amoureux du tout-venant Qui pourra chanter la chanson Des blés d'or en toute saison Et jusqu'à l'heure du trépas, Si le diable s'en mêle pas. Au fond des yeux de Bécassine Deux pervenches prenaient racine, Si belles que Sémiramis Ne s'en est jamais bien remis'. Et les grands noms à majuscules, Les Cupidons à particules Auraient cédé tous leurs acquêts En échange de ce bouquet. Au fond des yeux de Bécassine Deux pervenches prenaient racine. C'est une espèce de gredin, N'ayant pas l'ombre d'un jardin, Un soupirant de rien du tout Qui lui fit faire les yeux doux. C'est une sorte de manant, Un amoureux du tout-venant Qui pourra chanter la chanson Des fleurs bleu's en toute saison Et jusqu'à l'heure du trépas, Si le diable s'en mêle pas. A sa bouche, deux belles guignes, Deux cerises tout à fait dignes, Tout à fait dignes du panier De madame de Sévigné. Les hobereaux, les gentillâtres, Tombés tous fous d'elle, idolâtres, Auraient bien mis leur bourse à plat Pour s'offrir ces deux guignes-là, Tout à fait dignes du panier De madame de Sévigné. C'est une espèce d'étranger, N'ayant pas l'ombre d'un verger, Qui fit s'ouvrir, qui étrenna Ses joli's lèvres incarnat. C'est une sorte de manant, Un amoureux du tout-venant Qui pourra chanter la chanson Du temps des ceris's en tout' saison Et jusqu'à l'heure du trépas, Si le diable s'en mêle pas. C'est une sorte de manant, Un amoureux du tout-venant Qui pourra chanter la chanson Du temps des ceris's en tout' saison Et jusqu'à l'heure du trépas, Si le diable s'en mêle pas.

Belleville-Ménilmontant

<p>Belleville-Ménilmontant</p>

Paroles et Musique: Aristide Bruant 1885

autres interprètes: Yvette Guilbert (1893), Charlus (1903), Stello (1931), Germaine Montéro (1954), Anny Gould, Patachou, Marc Ogeret, Monique Morelli, Mistigri, Georges Brassens (1980)

note: Mise en page et ponctuation d'origine

Papa c'était un lapin Qui s'app'lait J.-B. Chopin Et qu'avait son domicile, A Bell'ville; L' soir, avec sa p'tit famille, I' s' baladait, en chantant, Des hauteurs de la Courtille, A Ménilmontant. I' buvait si peu qu'un soir On l'a r'trouvé su'l' trottoir, Il' tait crevé bien tranquille, A Bell'ville; On l'a mis dans d' la terr' glaise, Pour un prix exorbitant, Tout en haut du Pèr'- Lachaise, A énilmontant. Depuis c'est moi qu'est l' souteneur Naturel à ma p'tit' sœur, Qu'est l'ami' d' la p'tit' Cécile, A Bell'ville; Qu'est sout'nu' par son grand frère, Qui s'appelle Eloi Constant, Qui n'a jamais connu son père A Ménilmontant. Ma sœur est avec Eloi, Dont la sœur est avec moi, L'soir, su'l' boul'vard, ej' la r'file, A Bell'ville; Comm' ça j' gagn' pas mal de braise, Mon beau-frère en gagne autant, Pisqu'i r'fil' ma sœur Thérèse, A Ménilmontant. L' Dimanche, au lieu d'travailler, J'mont' les môm' au poulailler, Voir jouer l'drame ou l'vaud'ville, A Belle'ville; Le soir, on fait ses épates, On étal' son culbutant Minc' des g'noux et larg' des pattes, A Ménilmontant. C'est comm' ça qu' c'est l' vrai moyen D'dev'nir un bon citoyen: On grandit, sans s' fair' de bile, A Bell'ville; On cri': Viv' l'Indépendance! On a l' cœur bath et content, Et l'on nag', dans l'abondance, A Ménilmontant.

Bonhomme

<p>Bonhomme</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1958

Malgré la bise qui mord La pauvre vieille de somme Va ramasser du bois mort Pour chauffer Bonhomme Bonhomme qui va mourir De mort naturelle Mélancolique, elle va A travers la forêt blême Où jadis elle rêva De celui qu'elle aime Qu'elle aime et qui va mourir De mort naturelle Rien n'arrêtera le cours De la vieille qui moissonne Le bois mort de ses doigts gourds Ni rien ni personne Car Bonhomme va mourir De mort naturelle Non, rien ne l'arrêtera Ni cette voix de malheur Qui dit: " Quand tu rentreras Chez toi, tout à l'heure Bonhomm' sera déjà mort De mort naturelle " Ni cette autre et sombre voix Montant du plus profond d'elle Lui rappeler que, parfois Il fut infidèle Car Bonhomme, il va mourir De mort naturelle

Boulevard du temps qui passe

<p>Boulevard du temps qui passe</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1976

A peine sortis du berceau Nous sommes allés faire un saut Au boulevard du temps qui passe En scandant notre "Ça ira" Contre les vieux, les mous, les gras Confinés dans leurs idées basses. On nous a vus, c'était hier Qui descendions, jeunes et fiers Dans une folle sarabande En allumant des feux de joie En alarmant les gros bourgeois En piétinant leurs plates-bandes. Jurant de tout remettre à neuf De refaire quatre-vingt-neuf De reprendre un peu la Bastille Nous avons embrassé, goulus Leurs femmes qu'ils ne touchaient plus Nous avons fécondé leurs filles. Dans la mare de leurs canards Nous avons lancé, goguenards Force pavés, quelle tempête Nous n'avons rien laissé debout Flanquant leurs credos, leurs tabous Et leurs dieux, cul par-dessus tête. Quand sonna le cessez-le-feu L'un de nous perdait ses cheveux Et l'autre avait les tempes grises. Nous avons constaté soudain Que l'été de la Saint-Martin N'est pas loin du temps des cerises. Alors, ralentissant le pas On fit la route à la papa Car, braillant contre les ancêtres La troupe fraîche des cadets Au carrefour nous attendait Pour nous envoyer à Bicêtre. Tous ces gâteux, ces avachis Ces pauvres sépulcres blanchis Chancelant dans leur carapace On les a vus, c'était hier Qui descendaient jeunes et fiers Le boulevard du temps qui passe.

Brave Margot

<p>Brave Margot</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1952

Margoton la jeune bergère Trouvant dans l'herbe un petit chat Qui venait de perdre sa mère L'adopta Elle entrouvre sa collerette Et le couche contre son sein C'était tout c'quelle avait pauvrette Comme coussin Le chat la prenant pour sa mère Se mit à têter tout de go Emue, Margot le laissa faire Brave Margot Un croquant passant à la ronde Trouvant le tableau peu commun S'en alla le dire à tout l'monde Et le lendemain Quand Margot dégrafait son corsage Pour donner la gougoutte à son chat Tous les gars, tous les gars du village Etaient là, la la la la la la Etaient là, la la la la la Et Margot qu'était simple et très sage Présumait qu'c'était pour voir son chat Qu'tous les gars, tous les gars du village Etaient là, la la la la la la Etaient là, la la la la la L'maître d'école et ses potaches Le maire, le bedeau, le bougnat Négligeaient carrément leur tâche Pour voir ça Le facteur d'ordinaire si preste Pour voir ça, n'distribuait plus Les lettres que personne au reste N'aurait lues Pour voir ça, Dieu le leur pardonne Les enfants de cœur au milieu Du Saint Sacrifice abandonnent Le saint lieu Les gendarmes, même mes gendarmes Qui sont par nature si ballots Se laissaient toucher par les charmes Du joli tableau Quand Margot dégrafait son corsage Pour donner la gougoutte à son chat Tous les gars, tous les gars du village Etaient là, la la la la la la Etaient là, la la la la la Et Margot qu'était simple et très sage Présumait qu'c'était pour voir son chat Qu'tous les gars, tous les gars du village Etaient là, la la la la la la Etaient là, la la la la la Mais les autres femmes de la commune Privées d'leurs époux, d'leurs galants Accumulèrent la rancune Patiemment Puis un jour ivres de colère Elles s'armèrent de bâtons Et farouches elles immolèrent Le chaton La bergère après bien des larmes Pour s'consoler prit un mari Et ne dévoila plus ses charmes Que pour lui Le temps passa sur les mémoires On oublia l'évènement Seuls des vieux racontent encore A leurs p'tits enfants Quand Margot dégrafait son corsage Pour donner la gougoutte à son chat Tous les gars, tous les gars du village Etaient là, la la la la la la Etaient là, la la la la la Et Margot qu'était simple et très sage Présumait qu'c'était pour voir son chat Qu'tous les gars, tous les gars du village Etaient là, la la la la la la Etaient là, la la la la la

C'était un peu leste

<p>C'était un peu leste</p>

Paroles: Georges Brassens

Et quand elle eut fini de coudre le linceul Et de faire la sieste, La veuve a décidé de ne pas rester seule C'était un peu leste. Et quand elle eut fini de couver ce dessein Elle mit sa veste, Et vint frapper chez moi, son plus proche voisin, C'était un peu leste. Et quand elle eut fini la dernière bouchée D'un repas modeste, Ell' dit: "Il se fait tard, c'est l'heur' de se coucher", C'était un peu leste. Et quand elle eut fini de bassiner le lit, Alea jacta est(e), Dans ses bras accueillants, j'étais enseveli, C'était un peu leste. Et quand elle eut fini d' me presser sur son cœur, De leurs voix célestes Les anges d'alentour soupiraient tous en chœur, C'était un peu leste. Et quand elle eut fini d' reprendre ses esprits, Elle manifeste La fâcheuse intention de m'avoir pour mari, C'était un peu leste. Et quand elle eut fini de tenir ces propos, Tonnerre de Brest(e)! Je la flanquai dehors avec ses oripeaux, C'était un peu leste. Et quand elle eut fini de dévaler l' perron Et dit: "J' te déteste", Elle se pendit au cou d'un troisième larron, C'était un peu leste. Et quand elle fut sortie de mon champ visuel, Parfumés d'un zeste, Je bus cinq à six coups, l'antidote usuel, C'était un peu leste. Et quand j'eus bien cuvé mon vin, je me suis dit, Regrettant mon geste, Que j'avais peut-être pas été des plus gentils, C'était un peu leste. Et quand ell' m'entendit fair' mon mea culpa, La petite peste, Me fit alors savoir qu'ell' ne m'en voulait pas, C'était un peu leste. Et quand à l'avenir ell' tomb'ra veuve encor, Son penchant funeste, Qu'elle vienne frapper chez moi dès la levée du corps Sans d'mander son reste!

Carcassonne

<p>Carcassonne</p>

Paroles: Gustave Nadaud

"Je me fais vieux, j'ai soixante ans, J'ai travaillé toute ma vie Sans avoir, durant tout ce temps, Pu satisfaire mon envie. Je vois bien qu'il n'est ici-bas De bonheur complet pour personne. Mon vœu ne s'accomplira pas: Je n'ai jamais vu Carcassonne!" "On voit la ville de la-haut, Derrière les montagnes bleues; Mais, pour y parvenir, il faut, Il faut faire cinq grandes lieues, En faire autant pour revenir! Ah! si la vendange était bonne! Le raisin ne veut pas jaunir Je ne verrai pas Carcassonne!" "On dit qu'on y voit tous les jours, Ni plus ni moins que les dimanches, Des gens s'en aller sur le cours, En habits neufs, en robes blanches. On dit qu'on y voit des châteaux Grands comme ceux de Babylone, Un évêque et deux généraux! Je ne connais pas Carcassonne!" "Le vicaire a cent fois raison: C'est des imprudents que nous sommes. Il disait dans son oraison Que l'ambition perd les hommes. Si je pouvais trouver pourtant Deux jours sur la fin de l'automne… Mon Dieu! que je mourrais content Après avoir vu Carcassonne!" "Mon Dieu! mon Dieu! pardonnez-moi Si ma prière vous offense; On voit toujours plus haut que soi, En vieillesse comme en enfance. Ma femme, avec mon fils Aignan, A voyagé jusqu'à Narbonne; Mon filleul a vu Perpignan, Et je n'ai pas vu Carcassonne!" Ainsi chantait, près de Limoux, Un paysan courbé par l'âge. Je lui dis: "Ami, levez-vous; Nous allons faire le voyage." Nous partîmes le lendemain; Mais (que le bon Dieu lui pardonne!) Il mourut à moitié chemin: Il n'a jamais vu Carcassonne!

Celui qui a mal tourné

<p>Celui qui a mal tourné</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1957

Il y avait des temps et des temps Qu'je n'm'étais pas servi d'mes dents Qu'je n'mettais pas d'vin dans mon eau Ni de charbon dans mon fourneau Tous les croqu'-morts, silencieux Me dévoraient déjà des yeux Ma dernière heure allait sonner C'est alors que j'ai mal tourné N'y allant pas par quatre chemins J'estourbis en un tournemain En un coup de bûche excessif Un noctambule en or massif Les chats fourrés, quand ils l'ont su M'ont posé la patte dessus Pour m'envoyer à la Santé Me refaire une honnêteté Machin, Chose, Un tel, Une telle Tous ceux du commun des mortels Furent d'avis que j'aurais dû En bonn' justice être pendu A la lanterne et sur-le-champ Y s'voyaient déjà partageant Ma corde, en tout bien tout honneur En guise de porte-bonheur Au bout d'un siècle, on m'a jeté A la porte de la Santé Comme je suis sentimental Je retourne au quartier natal Baissant le nez, rasant les murs Mal à l'aise sur mes fémurs M'attendant à voir les humains Se détourner de mon chemin Y'en a un qui m'a dit: " Salut! Te revoir, on n'y comptait plus" Y'en a un qui m'a demandé Des nouvelles de ma santé Lors, j'ai vu qu'il restait encor Du monde et du beau mond' sur terre Et j'ai pleuré, le cul par terre Toutes les larmes de mon corps

Chanson pour l'Auvergnat

<p>Chanson pour l'Auvergnat</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1954

Elle est à toi cette chanson Toi l'Auvergnat qui sans façon M'as donné quatre bouts de bois Quand dans ma vie il faisait froid Toi qui m'as donné du feu quand Les croquantes et les croquants Tous les gens bien intentionnés M'avaient fermé la porte au nez Ce n'était rien qu'un feu de bois Mais il m'avait chauffé le corps Et dans mon âme il brûle encore A la manièr' d'un feu de joie Toi l'Auvergnat quand tu mourras Quand le croqu'mort t'emportera Qu'il te conduise à travers ciel Au père éternel Elle est à toi cette chanson Toi l'hôtesse qui sans façon M'as donné quatre bouts de pain Quand dans ma vie il faisait faim Toi qui m'ouvris ta huche quand Les croquantes et les croquants Tous les gens bien intentionnés S'amusaient à me voir jeûner Ce n'était rien qu'un peu de pain Mais il m'avait chauffé le corps Et dans mon âme il brûle encore A la manièr' d'un grand festin Toi l'hôtesse quand tu mourras Quand le croqu'mort t'emportera Qu'il te conduise à travers ciel Au père éternel Elle est à toi cette chanson Toi l'étranger qui sans façon D'un air malheureux m'as souri Lorsque les gendarmes m'ont pris Toi qui n'as pas applaudi quand Les croquantes et les croquants Tous les gens bien intentionnés Riaient de me voir emmener Ce n'était rien qu'un peu de miel Mais il m'avait chauffé le corps Et dans mon âme il brûle encore A la manièr' d'un grand soleil Toi l'étranger quand tu mourras Quand le croqu'mort t'emportera Qu'il te conduise à travers ciel Au père éternel

Chansonnette à celle qui reste pucelle

<p>Chansonnette à celle qui reste pucelle</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1985

Jadis la mineure Perdait son honneur Au moindre faux pas Ces mœurs n'ont plus cours de Nos jours c'est la gourde Qui ne le fait pas. Toute ton école, Petite, rigole Qu'encore à seize ans Tu sois vierge et sage, Fidèle à l'usage Caduc à présent. Malgré les exemples De gosses, plus ample Informé que toi, Et qu'on dépucelle Avec leur crécelle Au bout de leurs doigts. Chacun te brocarde De ce que tu gardes Ta fleur d'oranger, Pour la bonne cause, Et chacune glose Sur tes préjugés. Et tu sers de cible Mais reste insensible Aux propos moqueurs, Aux traits à la gomme. Comporte-toi comme Te le dit ton cœur. Quoi que l'on raconte, Y a pas plus de honte A se refuser, Ni plus de mérite D'ailleurs, ma petite, Qu'à se faire baiser. Facultatifs Certes, si te presse La soif de caresses, Cours, saute avec les Vénus de Panurge. Va, mais si rien n'urge, Faut pas t'emballer. Mais si tu succombes, Sache surtout qu'on peut Être passée par Onze mille verges, Et demeurer vierge, Paradoxe à part.

Charlotte ou Sarah

<p>Charlotte ou Sarah</p>

Paroles: Pierre Louki. Musique: Georges Brassens

N'ayant pas connu l'amour depuis plus de vingt ans J'avais, disons, le cœur en veilleuse. Pourtant j'ai du sex-appeal et je suis bien portant, Mais pas de Juliette pour autant. Et voilà que dans ma vie tombent en même temps Deux créatures ensorceleuses. Mais deux à la fois c'est beaucoup pour un débutant, Pardonnez si je suis hésitant. Je n'sais pas Si je dois baiser Charlotte Ou embras- Ser Sarah. Charlotte a De délicieuses culottes, Sarah a de beaux bras. Je n'sais pas Si Charlotte sans culotte Est mieux qu'Sa- Rah sans bras. Si c'est la Culotte qui me pilote Voyez mon embarras. Je n' peux pas dire que je n'aime pas Sarah à cause des culottes qu'elle n'a pas. Mais j' peux pas soutenir de même que Charlotte ne me plaît pas à cause des bras de Sarah. Dans mon cas Comment faire saperlotte? Si je choi- Sis Sarah, Dans ses bras La culotte de Charlotte Pour sûr me manquera. Plus je rêve de cueillir ces fruits d'amour charmants Et plus j'appréhende la cueillette. Me faudra-t-il les honorer simultanément Et comment m'en sortir autrement? Si je peux offrir mon cœur à chacune en donnant Un ventricule et une oreillette, Il est d'autres attributs que je ne puis vraiment Détailler inconsidérément. Je n'sais pas Si je dois chasser Charlotte Ou rembar- Rer Sarah. Que fera La culotte de Charlotte Si Sarah baisse les bras? Et si Sa- Rah veut porter la culotte, Qu'est-c' que Char- Lotte dira? Car si Char- Lotte a beaucoup de culottes, Sarah n'a que deux bras. Bien sûr Charlotte m'asticote, pour un cœur tant et tant de culottes, tentation! Oui mais Sarah est polyglotte, une polyglotte sans culotte c'est bien pour la conversation. Me faudra- T-il me donner à Charlotte Et Sarah A la fois? Gare à moi, Si deux souris me pelotent, Je suis fait comme un rat. Je n' sais pas Si je dois baiser Charlotte Ou embras- Ser Sarah. Charlotte a De délicieuses culottes, Sarah a de beaux bras.

Colombine

<p>Colombine</p>

Paroles: Paul Verlaine. Musique: Georges Brassens

Léandre le sot, Pierrot qui d'un saut De puce Franchit le buisson, Cassandre sous son Capuce, Arlequin aussi, Cet aigrefin si Fantasque, Aux costumes fous, Les yeux luisant sous Son masque, Do, mi, sol, mi, fa, Tout ce monde va, Rit, chante Et danse devant Une frêle enfant Méchante Dont les yeux pervers Comme les yeux verts Des chattes Gardent ses appas Et disent: "A bas Les pattes!" L'implacable enfant, Preste et relevant Ses jupes, La rose au chapeau, Conduit son troupeau De dupes!

Comme hier

<p>Comme hier</p>

Musique: Georges Brassens

Hé! donn' moi ta bouche, hé! ma jolie fraise! L'aube a mis des frais's plein notre horizon Garde tes dindons, moi mes porcs, Thérèse Ne r'pousse pas du pied mes p'tits cochons Va, comme hier! comme hier! comme hier! Si tu ne m'aimes point, c'est moi qui t'aim'rons L'un tient le couteau, l'autre la cuiller La vie, c'est toujours les mêmes chansons Pour sauter l'gros sourceau de pierre en pierre Comme tous les jours mes bras t'enlèv'ront Nos dindes, nos truies nous suivront légères Ne r'pousse pas du pied mes p'tits cochons Va, comme hier! comme hier! comme hier! Si tu ne m'aimes point, c'est moi qui t'aim'rons La vie, c'est toujours amour et misère La vie, c'est toujours les mêmes chansons J'ai tant de respect pour ton cœur, Thérèse Et pour tes dindons, quand nous nous aimons Quand nous nous fâchons, hé! ma jolie fraise Ne r'pousse pas du pied mes p'tits cochons Va, comme hier! comme hier! comme hier! Si tu ne m'aimes point, c'est moi qui t'aim'rons L'un tient le couteau, l'autre la cuiller La vie, c'est toujours la même chansons

Comme une soeur

<p>Comme une soeur</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1958

Comme une sœur, tête coupée, tête coupée Ell' ressemblait à sa poupée, à sa poupée, Dans la rivière, elle est venue Tremper un peu son pied menu, son pied menu. Par une ruse à ma façon, à ma façon, Je fais semblant d'être un poisson, d'être un poisson. Je me déguise en cachalot Et je me couche au fond de l'eau, au fond de l'eau. J'ai le bonheur, grâce à ce biais, grâce à ce biais, De lui croquer un bout de pied, un bout de pied. Jamais requin n'a, j'en réponds, Jamais rien goûté d'aussi bon, rien d'aussi bon. Ell' m'a puni de ce culot, de ce culot, En me tenant le bec dans l'eau, le bec dans l'eau. Et j'ai dû, pour l'apitoyer, Faire mine de me noyer, de me noyer. Convaincu' de m'avoir occis, m'avoir occis, La voilà qui se radoucit, se radoucit, Et qui m'embrasse et qui me mord Pour me ressusciter des morts, citer des morts. Si c'est le sort qu'il faut subir, qu'il faut subir, A l'heure du dernier soupir, dernier soupir, Si, des noyés, tel est le lot, Je retourne me fiche à l'eau, me fiche à l'eau. Chez ses parents, le lendemain, le lendemain, J'ai couru demander sa main, d'mander sa main, Mais comme je n'avais rien dans La mienne, on m'a crié: "Va-t'en!", crié: "Va-t'en!" On l'a livrée aux appétits, aux appétits D'une espèce de mercanti, de mercanti, Un vrai maroufle, un gros sac d'or, Plus vieux qu'Hérode et que Nestor, et que Nestor. Et depuis leurs noces j'attends, noces j'attends, Le cœur sur des charbons ardents, charbons ardents, Que la Faucheuse vienne cou- – per l'herbe aux pieds de ce grigou, de ce grigou. Quand ell' sera veuve éploré', veuve éploré', Après l'avoir bien enterré, bien enterré, J'ai l'espérance qu'elle viendra Faire sa niche entre mes bras, entre mes bras.

Concurrence déloyale

<p>Concurrence déloyale</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1966

Il y a péril en la demeure, Depuis que les femmes de bonnes mœurs, Ces trouble-fête, Jalouses de Manon Lescaut, Viennent débiter leurs gigots A la sauvette. Ell's ôt'nt le bonhomm' de dessus La brave horizontal' déçue, Ell's prenn'nt sa place. De la bouche au pauvre tapin Ell's retir'nt le morceau de pain, C'est dégueulasse. En vérité, je vous le dis, Il y en a plus qu'en Normandie Il y a de pommes. Sainte-Mad'lein', protégez-nous, Le métier de femme ne nou- rrit plus son homme. Y a ces gamines de malheur, Ces goss's qui, tout en suçant leur Pouc' de fillette, Se livrent au détournement De majeur et, vénalement, Trouss'nt leur layette. Y a ces rombièr's de qualité, Ces punais's de salon de thé Qui se prosternent, Qui, pour redorer leur blason, Viennent accrocher leur vison A la lanterne. Y a ces p'tit's bourgeoises faux culs Qui, d'accord avec leur cocu, Clerc de notaire, Au prix de gros vendent leur corps, Leurs charmes qui fleurent encor La pomm' de terre. Lors, délaissant la fill' de joie, Le client peut faire son choix Tout à sa guise, Et se payer beaucoup moins cher Des collégienn's, des ménagèr's, Et des marquises. Ajoutez à ça qu'aujourd'hui La manie de l'acte gratuit Se développe, Que des créatur's se font cul- buter à l'œil et sans calcul. Ah! les salopes! Ell's ôt'nt le bonhomm' de dessus La brave horizontal' déçue, Ell' prenn'nt sa place. De la bouche au pauvre tapin Ell's retir'nt le morceau de pain, C'est dégueulasse.

Corne d'Aurochs

<p>Corne d'Aurochs</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1955

Il avait nom corne d'Aurochs, au gué, au gué Tout l'mond' peut pas s'app'ler Durand, au gué, au gué En le regardant avec un œil de poète On aurait pu croire à son frontal de prophète Qu'il avait les grand's eaux de Versailles dans la tête Corne d'Aurochs Mais que le bon dieu lui pardonne, au gué, au gué C'étaient celles du robinet, au gué, au gué On aurait pu croire en l'voyant penché sur l'onde Qu'il se plongeait dans des méditations profondes Sur l'aspect fugitif des choses de se monde Corne d'Aurochs C'étaient hélas pour s'assurer, au gué, au gué Qu' le vent n'l'avait pas décoiffé, au gué, au gué Il proclamait à son de trompe à tous les carrefours "Il n'y a qu'les imbéciles qui sachent bien faire l'amour La virtuosité c'est une affaire de balourds!" Corne d'Aurochs Il potassait à la chandelle, au gué, au gué Des traités de maintien sexuel, au gué, au gué Et sur les femm's nues des musées, au gué, au gué Faisait l'brouillon de ses baisers, au gué, au gué Et bientôt petit à petit, au gué, au gué On a tout su, tout su de lui, au gué, au gué On a su qu'il était enfant de la Patrie Qu'il était incapable de risquer sa vie Pour cueillir un myosotis à une fille Corne d'Aurochs Qu'il avait un p'tit cousin, au gué, au gué Haut placé chez les argousins, au gué, au gué Et que les jours de pénurie, au gué, au gué Il prenait ses repas chez lui, au gué, au gué C'est même en revenant d'chez cet antipathique Qu'il tomba victime d'une indigestion critique Et refusa l'secours de la thérapeutique Corne d'Aurochs Parce que c'était un All'mand, au gué, au gué Qu'on devait le médicament, au gué, au gué Il rendit comme il put son âme machinale Et sa vie n'ayant pas été originale L'Etat lui fit des funérailles nationales Corne d'Aurochs Alors sa veuve en gémissant, au gué, au gué Coucha avec son remplaçant, au gué, au gué

Cupidon s'en fout

<p>Cupidon s'en fout</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1976

Pour changer en amour notre amourette Il s'en serait pas fallu de beaucoup Mais, ce jour-là, Vénus était distraite Il est des jours où Cupidon s'en fout Des jours où il joue les mouches du coche Où elles sont émoussées dans le bout Les flèches courtoises qu'il nous décoche Il est des jours où Cupidon s'en fout Se consacrant à d'autres imbéciles Il n'eu pas l'heur de s'occuper de nous Avec son arc et tous ses ustensiles Il est des jours où Cupidon s'en fout On a tenté sans lui d'ouvrir la fête Sur l'herbe tendre, on s'est roulés, mais vous Avez perdu la vertu, pas la tête Il est des jours où Cupidon s'en fout Si vous m'avez donné toute licence Le cœur, hélas, n'était pas dans le coup Le feu sacré brillait par son absence Il est des jours où Cupidon s'en fout On effeuilla vingt fois la marguerite Elle tomba vingt fois sur "pas du tout" Et notre pauvre idylle a fait faillite Il est des jours où Cupidon s'en fout Quand vous irez au bois conter fleurette Jeunes galants, le ciel soit avec vous Je n'eus pas cette chance et le regrette Il est des jours où Cupidon s'en fout

Dans l'eau de la claire fontaine

<p>Dans l'eau de la claire fontaine</p> Dans l'eau de la claire fontaine Elle se baignait toute nue Une saute de vent soudaine Jeta ses habits dans les nues En détresse, elle me fit signe Pour la vêtir, d'aller chercher Des monceaux de feuilles de vigne Fleurs de lis ou fleurs d'oranger Avec des pétales de roses Un bout de corsage lui fis La belle n'était pas bien grosse Une seule rose a suffi Avec le pampre de la vigne Un bout de cotillon lui fis Mais la belle était si petite Qu'une seule feuille a suffi Elle me tendit ses bras, ses lèvres Comme pour me remercier Je les pris avec tant de fièvre Qu'ell' fut toute déshabillée Le jeu dut plaire à l'ingénue Car, à la fontaine souvent Ell' s'alla baigner toute nue En priant Dieu qu'il fit du vent Qu'il fit du vent…

Discours des fleurs

<p>Discours des fleurs</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Eric Zimmermann 1957

Sachant bien que même si Je suis amoureux transi, Jamais ma main ne les cueille De bon cœur les fleurs m'accueillent. Et m'esquivant des salons, Où l'on déblatère, où l'on Tient des propos byzantins, J'vais faire un tour au jardin. Car je préfère, ma foi, En voyant ce que parfois, Ceux des hommes peuvent faire, Les discours des primevères. Des bourdes, des inepties, Les fleurs en disent aussi, Mais jamais personne en meurt Et ça plaît à mon humeur. Le premier Mai c'est pas gai, Je trime a dit le muguet, Dix fois plus que d'habitude, Regrettable servitude. Muguet, sois pas chicaneur, Car tu donnes du bonheur, Pas cher à tout un chacun. Brin d' muguet, tu es quelqu'un. Mon nom savant me désol', Appelez-moi tournesol, Ronchonnait l'héliotrope, Ou je deviens misanthrope. Tournesol c'est entendu, Mais en échange veux-tu Nous donner un gros paquet De graines de perroquet? L'églantine en rougissant Dit: ça me tourne les sangs, Que gratte-cul l'on me nomme, Cré nom d'un petit bonhomme! Eglantine on te promet De ne plus le faire, mais Toi tu ne piqueras plus. Adjugé, marché conclu. Les "je t'aime un peu beaucoup", Ne sont guère de mon goût, Les serments d'amour m'irritent, Se plaignait la marguerite. Car c'est là mon infortune, Aussitôt que débute une Affaire sentimentale, J'y laisse tous mes pétal's. Un myosotis clamait: Non je n'oublierai jamais, Quand je vivrais cent ans d'âge, Mille ans et même davantage. Plein de souvenance allons, Cent ans c'est long, c'est bien long, Même vingt et même dix, Pour un seul myosotis. Mais minuit sonnait déjà, Lors en pensant que mes chats, Privés de leur mou peuchère, Devaient dire: "il exagère". Et saluant mes amies Les fleurs je leur ai promis Que je reviendrais bientôt. Et vivent les végétaux. Car je préfère ma foi, En voyant ce que parfois, Ceux des hommes peuvent faire, Les discours des primevères. Des bourdesdes inepties, Les fleurs en disent aussi, Mais jamais personne en meurt, Et ça plaît à mon humeur.

Don Juan

<p>Don Juan</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1976

Gloire à qui freine à mort, de peur d'ecrabouiller Le hérisson perdu, le crapaud fourvoyé Et gloire à don Juan, d'avoir un jour souri A celle à qui les autres n'attachaient aucun prix Cette fille est trop vilaine, il me la faut Gloire au flic qui barrait le passage aux autos Pour laisser traverser les chats de Léautaud Et gloire à don Juan d'avoir pris rendez-vous Avec la délaissée, que l'amour désavoue Cette fille est trop vilaine, il me la faut Gloire au premier venu qui passe et qui se tait Quand la canaille crie haro sur le baudet Et gloire à don Juan pour ses galants discours A celle à qui les autres faisaient jamais la cour Cette fille est trop vilaine, il me la faut Et gloire à ce curé sauvant son ennemi Lors du massacre de la Saint-Barthélémy Et gloire à don Juan qui couvrit de baisers La fille que les autres refusaient d'embrasser Cette fille est trop vilaine, il me la faut Et gloire à ce soldat qui jeta son fusil Plutôt que d'achever l'otage à sa merci Et gloire à don Juan d'avoir osé trousser Celle dont le jupon restait toujours baissé Cette fille est trop vilaine, il me la faut Gloire à la bonne sœur qui, par temps pas très chaud Dégela dans sa main le pénis du manchot Et gloire à don Juan qui fit reluire un soir Ce cul déshérité ne sachant que s'asseoir Cette fille est trop vilaine, il me la faut Gloire à qui n'ayant pas d'idéal sacro-saint Se borne à ne pas trop emmerder ses voisins Et gloire à don Juan qui rendit femme celle Qui, sans lui, quelle horreur, serait morte pucelle Cette fille est trop vilaine, il me la faut

Elégie à un rat de cave

<p>Elégie à un rat de cave</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1979

Personne n'aurait cru ce cave Prophétisant que par malheur Mon pauvre petit rat de cave Tu débarquerais avant l'heure Tu n'étais pas du genre qui vire De bord et tous on le savait Du genre à quitter le navire Et tu es la premièr' qui l'aies fait Maintenant m'amie qu'on te séquestre Au sein des cieux Que je m'déguise en chanteur d'orchestre Pour tes beaux yeux En partant m'amie je te l'assure Tu as fichu le noir au fond de nous Quoiqu'on n'ait pas mis de crêpe sur Nos putains de binious On n'm'a jamais vu, faut que tu l'notes C'est une primeur Faire un bœuf avec des croque-notes C'est en ton honneur Sache aussi qu'en écoutant Bechet Foll' gamberge, on voit la nuit tombée Ton fantôme qui sautille en cachette Rue du Vieux Colombier Ton fantôme qui sautille en cachette Rue du Vieux Colombier Sans aucun "au revoir mes frères" Mais on n't'en veut pas pour autant Mine de rien tu est allée faire Ton trou dans les neiges d'antan Désormais, c'est pas des salades Parmi Flora, Jeanne, Thaïs J'inclus ton nom à la ballade Des belles dam's du temps jadis Maintenant m'amie qu'ta place est faite Chez les gentils Qu'tu as r'trouvé pour l'éternelle fête Papa Zutty Chauff' la place à tous les vieux potaches Machin, Chose, et Luter et Longnon Et ce gras du bide de Moustache Tes fidèl's compagnons S'il est brave, pourquoi que Dieu le père Là-haut ferait Quelque différence entre Saint-Pierre Et Saint-Germain-des-Prés De tout cœur on espère que dans ce Paradis miséricordieux Brill'nt pour toi des lendemains qui dansent Où y a pas de bon Dieu Brill'nt pour toi des lendemains qui dansent Où y a pas de bon Dieu

Embrasse-les tous

<p>Embrasse-les tous</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1960

Tu n'es pas de cell's qui meur'nt où ell's s'attachent, Tu frottes ta joue à toutes les moustaches, Faut s' lever de bon matin pour voir un ingénu Qui n' t'ait pas connu', Entré' libre à n'importe qui dans ta ronde, Cœur d'artichaut, tu donne' un' feuille à tout l' monde, Jamais, de mémoire d'homm', moulin n'avait été Autant fréquenté. De Pierre à Paul, en passant par Jule' et Félicien, Embrasse-les tous, {2x} Dieu reconnaîtra le sien! Passe-les tous par tes armes, Passe-les tous par tes charmes, Jusqu'à c' que l'un d'eux, les bras en croix, Tourne de l'œil dans tes bras, Des grands aux p'tits en allant jusqu'aux Lilliputiens, Embrasse-les tous, {2x} Dieu reconnaîtra le sien Jusqu'à ce qu'amour s'ensuive, Qu'à son cœur une plai' vive, Le plus touché d'entre nous Demande grâce à genoux. En attendant le baiser qui fera mouche, Le baiser qu'on garde pour la bonne bouche, En attendant de trouver, parmi tous ces galants, Le vrai merle blanc, En attendant qu' le p'tit bonheur ne t'apporte Celui derrière qui tu condamneras ta porte En marquant dessus "Fermé jusqu'à la fin des jours Pour cause d'amour "… De Pierre à Paul, en passant par Jule' et Félicien, Embrasse-les tous, {2x} Dieu reconnaîtra le sien! Passe-les tous par tes armes, Passe-les tous par tes charmes, Jusqu'à c'que l'un d'eux, les bras en croix, Tourne de l'œil dans tes bras, Des grands aux p'tits en allant jusqu'aux Lilliputiens, Embrasse-les tous, {2x} Dieu reconnaîtra le sien! Alors toutes tes fredaines, Guilledous et prétentaines, Tes écarts, tes grands écarts, Te seront pardonnés, car Les fill's quand ça dit "je t'aime", C'est comme un second baptême, Ça leur donne un cœur tout neuf, Comme au sortir de son œuf.

Fernande

<p>Fernande</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1972

Une manie de vieux garçon Moi j'ai pris l'habitude D'agrémenter ma solitude Aux accents de cette chanson

{Refrain:}

Quand je pense à Fernande Je bande, je bande Quand j'pense à Félicie Je bande aussi Quand j'pense à Léonor Mon dieu je bande encore Mais quand j'pense à Lulu Là je ne bande plus La bandaison papa Ça n'se commande pas. C'est cette mâle ritournelle Cette antienne virile Qui retentit dans la guérite De la vaillante sentinelle.

{au Refrain}

Afin de tromper son cafard De voir la vie moins terne Tout en veillant sur sa lanterne Chante ainsi le gardien de phare

{au Refrain}

Après la prière du soir Comme il est un peu triste Chante ainsi le séminariste A genoux sur son reposoir.

{au Refrain}

A l'Etoile où j'étais venu Pour ranimer la flamme J'entendis ému jusqu'aux larmes La voix du soldat inconnu.

{au Refrain}

Et je vais mettre un point final A ce chant salutaire En suggérant au solitaire D'en faire un hymme national.

{au Refrain}


Gastibelza (l'homme à la carabine)

<p>Gastibelza (l'homme à la carabine)</p>

Paroles: Victor Hugo. Musique: Georges Brassens 1954

autres interprètes: Renaud Séchan (1996)

note: Poème de 1837 («Guitare» pièce XXII du recueil «Les rayons et les ombres») légèrement transformé par Georges Brassens.

Gastibelza, l'homme à la carabine .. Chantait ainsi: "Quelqu'un a-t-il connu doña Sabine? .. Quelqu'un d'ici? Chantez, dansez, villageois! La nuit gagne .. Le mont Falù… Le vent qui vient à travers la montagne .. Me rendra fou." "Quelqu'un de vous a-t-il connu Sabine .. Ma señora? Sa mère était la vieille maugrabine .. D'Antequera Qui chaque nuit criait dans la Tour Magne .. Comme un hibou… Le vent qui vient à travers la montagne .. Me rendra fou." "Vraiment, la reine eût, près d'elle, été laide .. Quand, vers le soir Elle passait sur le pont de Tolède .. En corset noir. Un chapelet du temps de Charlemagne .. Ornait son cou… Le vent qui vient à travers la montagne .. Me rendra fou." Le roi disait, en la voyant si belle .. A son neveu: "Pour un baiser, pour un sourire d'elle .. Pour un cheveu Infant don Ruy, je donnerais l'Espagne .. Et le Pérou! Le vent qui vient à travers la montagne .. Me rendra fou." "Je ne sais pas si j'aimais cette dame .. Mais je sais bien Que, pour avoir un regard de son âme Moi, pauvre chien J'aurais gaîment passé dix ans au bagne .. Sous les verrous… Le vent qui vient à travers la montagne .. Me rendra fou." "Quand je voyais cette enfant, moi le pâtre .. De ce canton Je croyais voir la belle Cléopâtre .. Qui, nous dit-on Menait César, empereur d'Allemagne .. Par le licou… Le vent qui vient à travers la montagne .. Me rendra fou." "Dansez, chantez, villageois, la nuit tombe .. Sabine, un jour A tout vendu, sa beauté de colombe .. Tout son amour Pour l'anneau d'or du comte de Saldagne .. Pour un bijou… Le vent qui vient à travers la montagne .. M'a rendu fou."

Germaine Tourangelle

<p>Germaine Tourangelle</p>

Paroles: Paul Fort. Musique: Georges Brassens

Cette gerbe est pour vous Manon des jours heureux, Pour vous cette autre, eh! oui, Jeanne des soirs troublants. Plus souple vers l'azur et déchiré des Sylphes, Voilà tout un bouquet de roses pour Thérèse. Où donc est-il son fin petit nez qui renifle? Au paradis? eh! non, cendre au Père-Lachaise. Plus haut, cet arbre d'eau qui rechute pleureur, En saule d'Orphélie, est pour vous, Amélie. Et pour vous ma douceur, ma douleur, ma folie! Germaine Tourangelle, ô vous la plus jolie. Le fluide arc-en-ciel s'égrenant sur mon cœur.

Grand-père

<p>Grand-père</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1957

Grand-pèr' suivait en chantant La route qui mène à cent ans La mort lui fit, au coin d'un bois L'coup du pèr' François L'avait donné de son vivant Tant de bonheur à ses enfants Qu'on fit, pour lui en savoir gré Tout pour l'enterrer Et l'on courut à toutes jam- Bes quérir une bière, mais Comme on était légers d'argent Le marchand nous reçut à bras fermés " Chez l'épicier, pas d'argent, pas d'épices Chez la belle Suzon, pas d'argent, pas de cuisse Les morts de basse condition C'est pas de ma juridiction " Or, j'avais hérité d'grand-père Un' pair' de bott's pointues S'il y a des coups d'pied que'que part qui s'perdent Çui-là toucha son but C'est depuis ce temps-là que le bon apôtre, Ah! c'est pas joli… Ah! c'est pas poli… A un' fess' qui dit merde à l'autre Bon papa Ne t'en fais pas Nous en viendrons A bout de tous ces empêcheurs d'enterrer en rond Le mieux à faire et le plus court Pour qu'l'enterr'ment suivît son cours Fut de borner nos prétentions A un' bièr' d'occasion Contre un pot de miel on acquit Les quatre planches d'un mort qui Rêvait d'offrir quelques douceurs A une âme sœur Et l'on courut à toutes jam- Bes quérir un corbillard, mais Comme on était légers d'argent Le marchand nous reçut à bras fermés " Chez l'épicier, pas d'argent, pas d'épices Chez la belle Suzon, pas d'argent, pas de cuisse Les morts de basse condition C'est pas de ma juridiction " Ma bott' partit, mais je m'refuse De dir' vers quel endroit Ça rendrait les dames confuses Et je n'en ai pas le droit C'est depuis ce temps-là que le bon apôtre Ah! c'est pas joli… Ah! c'est pas poli… A un' fess' qui dit merde à l'autre Bon papa Ne t'en fais pas Nous en viendrons A bout de tous ces empêcheurs d'enterrer en rond Le mieux à faire et le plus court Pour qu'l'enterr'ment suivît son cours Fut de porter sur notre dos L'funèbre fardeau. S'il eût pu revivre un instant Grand-père aurait été content D'aller à sa dernièr' demeur' Comme un empereur Et l'on courut à toutes jam- Bes quérir un goupillon, mais Comme on était légers d'argent Le vicaire nous reçut à bras fermés " Chez l'épicier, pas d'argent, pas d'épices Chez la belle Suzon, pas d'argent, pas de cuisse Les morts de basse condition C'est pas de ma bénédiction " Avant même que le vicaire Ait pu lâcher un cri J'lui bottai l'cul au nom du Pèr' Du Fils et du Saint-Esprit C'est depuis ce temps-là que le bon apôtre Ah! c'est pas joli… Ah! c'est pas poli… A un' fess' qui dit merde à l'autre Bon papa Ne t'en fais pas Nous en viendrons A bout de tous ces empêcheurs d'enterrer en rond

Hécatombe

<p>Hécatombe</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1955

Au marché de Briv'-la-Gaillarde A propos de bottes d'oignons Quelques douzaines de gaillardes Se crêpaient un jour le chignon A pied, à cheval, en voiture Les gendarmes mal inspirés Vinrent pour tenter l'aventure D'interrompre l'échauffourée Or, sous tous les cieux sans vergogne C'est un usag' bien établi Dès qu'il s'agit d'rosser les cognes Tout le monde se réconcilie Ces furies perdant tout' mesure Se ruèrent sur les guignols Et donnèrent je vous l'assure Un spectacle assez croquignol En voyant ces braves pandores Etre à deux doigts de succomber Moi, j'bichais car je les adore Sous la forme de macchabées De la mansarde où je réside J'exitais les farouches bras Des mégères gendarmicides En criant: "Hip, hip, hip, hourra!" Frénétiqu' l'un' d'elles attache Le vieux maréchal des logis Et lui fait crier: "Mort aux vaches, Mort aux lois, vive l'anarchie!" Une autre fourre avec rudesse Le crâne d'un de ses lourdauds Entre ses gigantesques fesses Qu'elle serre comme un étau La plus grasse de ses femelles Ouvrant son corsage dilaté Matraque à grand coup de mamelles Ceux qui passent à sa portée Ils tombent, tombent, tombent, tombent Et s'lon les avis compétents Il paraît que cette hécatombe Fut la plus bell' de tous les temps Jugeant enfin que leurs victimes Avaient eu leur content de gnons Ces furies comme outrage ultime En retournant à leurs oignons Ces furies à peine si j'ose Le dire tellement c'est bas Leur auraient mêm' coupé les choses Par bonheur ils n'en avait pas Leur auraient mêm' coupé les choses Par bonheur ils n'en avait pas

Heureux qui comme Ulysse

<p>Heureux qui comme Ulysse</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1969

note: du film "Heureux qui comme Ulysse"

Heureux qui comme Ulysse A fait un beau voyage Heureux qui comme Ulysse A vu cent paysages Et puis a retrouvé après Maintes traversées Le pays des vertes allées Par un petit matin d'été Quand le soleil vous chante au cœur Qu'elle est belle la liberté La liberté Quand on est mieux ici qu'ailleurs Quand un ami fait le bonheur Qu'elle est belle la liberté La liberté Avec le soleil et le vent Avec la pluie et le beau temps On vivait bien contents Mon cheval, ma Provence et moi Mon cheval, ma Provence et moi Heureux qui comme Ulysse A fait un beau voyage Heureux qui comme Ulysse A vu cent paysages Et puis a retrouvé après Maintes traversées Le pays des vertes allées Par un joli matin d'été Quand le soleil vous chante au cœur Qu'elle est belle la liberté La liberté Quand c'en est fini des malheurs Quand un ami sèche vos pleurs Qu'elle est belle la liberté La liberté Battus de soleil et de vent Perdus au milieu des étangs On vivra bien contents Mon cheval, ma Camargue et moi Mon cheval, ma Camargue et moi

Histoire de faussaires

<p>Histoire de faussaires</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1976

Se découpant sur champ d'azur La ferme était fausse bien sûr, Et le chaume servant de toit Synthétique comme il se doit. Au bout d'une allée de faux buis, On apercevait un faux puits Du fond duquel la vérité N'avait jamais dû remonter. Et la maîtresse de céans Dans un habit, ma foi, seyant De fermière de comédie A ma rencontre descendit, Et mon petit bouquet, soudain, Parut terne dans ce jardin Près des massifs de fausses fleurs Offrant les plus vives couleurs. Ayant foulé le faux gazon, Je la suivis dans la maison Où brillait sans se consumer Un genre de feu sans fumée. Face au faux buffet Henri deux, Alignés sur les rayons de La bibliothèque en faux bois, Faux bouquins achetés au poids. Faux Aubusson, fausses armures, Faux tableaux de maîtres au mur, Fausses perles et faux bijoux Faux grains de beauté sur les joues, Faux ongles au bout des menottes, Piano jouant des fausses notes Avec des touches ne devant Pas leur ivoire aux éléphants. Aux lueurs des fausses chandelles Enlevant ses fausses dentelles, Elle a dit, mais ce n'était pas Sûr, tu es mon premier faux pas. Fausse vierge, fausse pudeur, Fausse fièvre, simulateurs, Ces anges artificiels Venus d'un faux septième ciel. La seule chose un peu sincère Dans cette histoire de faussaire Et contre laquelle il ne faut Peut-être pas s'inscrire en faux, C'est mon penchant pour elle et mon Gros point du côté du poumon Quand amoureuse elle tomba D'un vrai marquis de Carabas. En l'occurrence Cupidon Se conduisit en faux-jeton, En véritable faux témoin, Et Vénus aussi, néanmoins Ce serait sans doute mentir Par omission de ne pas dire Que je leur dois quand même une heure Authentique de vrai bonheur.

Honte à qui peut chanter

<p>Honte à qui peut chanter</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1985


{Refrain:}

Honte à cet effronté qui peut chanter pendant Que Rome brûle, ell' brûl' tout l' temps… Honte à qui malgré tout fredonne des chansons A Gavroche, à Mimi Pinson. En mil neuf cent trent'-sept que faisiez-vous mon cher? J'avais la fleur de l'âge et la tête légère, Et l'Espagne flambait dans un grand feu grégeois. Je chantais, et j'étais pas le seu "Y a d' la joie". Et dans l'année quarante mon cher que faisiez-vous? Les Teutons forçaient la frontière, et comme un fou, Et comm' tout un chacun, vers le sud, je fonçais, En chantant: "Tout ça, ça fait d'excellents Français".

{Refrain}

A l'heure de Pétain, à l'heure de Laval, Que faisiez-vous mon cher en plein dans la rafale? Je chantais, et les autres ne s'en privaient pas: "Bel ami", "Seul ce soir", "J'ai pleuré sur tes pas ". Mon cher, un peu plus tard, que faisait votre glotte Quand en Asie ça tombait comme à Gravelotte? Je chantais, il me semble, ainsi que tout un tas De gens: "Le déserteur", "Les croix", "Quand un soldat".

{Refrain}

Que faisiez-vous mon cher au temps de l'Algérie, Quand Brel était vivant qu'il habitait Paris? Je chantais, quoique désolé par ces combats: "La valse à mille temps" et "Ne me quitte pas". Le feu de la ville éternelle est éternel. Si Dieu veut l'incendie, il veut les ritournelles. A qui fera-t-on croir' que le bon populo, Quand il chante quand même, est un parfait salaud?

{Refrain}


Il existe encore des bergères

<p>Il existe encore des bergères</p>

Paroles: J.Tranchant. Musique: Georges Brassens

Il existe encor des bergères Qui promènent leurs blancs moutons Elles ont la taille légère Et un vieux bâton. Malgré le règne des machines Dans certains villages cachés Un vieil ânon courbe l'échine En grimpant les sentiers perchés. Et dans les prés sur l'herbe verte Le voyageur fait tout à coup La plus heureuse découverte: Une bergèr' aux yeux très doux. Il existe encor des bergères Qui surveillent leurs blancs moutons Elles ont la taille légère Et un vieux bâton. Celle que je vis aux semailles Avait robe court' et corset Coiffée d'un grand chapeau de paille Elle était faite., Dieu le sait Surveillant le troupeau qui bêle Un barré gris fort inquiétant M'empêchait d'approcher la belle En découvrant toutes ses dents. Il existe encor des bergères Qui surveillent leurs blancs moutons Elles ont la taille légère Et un vieux bâton. Mais je devins ami quand même De la bergèr' et de son chien D'la bergèr' en disant: "Je t'aime" Du chien en ne lui disant rien. Il suivait, l'oreille en bataille, Le croc blanc, les moutons frisés Dévorant le chapeau de paille Victime de nos doux baisers. Il existe encor des bergères Il existe encor des moutons Et des aventures légères Dans tous les cantons.

Il n'y a pas d'amour heureux

<p>Il n'y a pas d'amour heureux</p>

Paroles: Louis Aragon. Musique: Georges Brassens 1965

autres interprètes: Michèle Arnaud, Françoise Hardy, 8 femmes (2001)

note: Danielle Darrieux interprète cette chanson dans le film " 8 femmes", de François Ozon.

Rien n'est jamais acquis à l'homme. Ni sa force Ni sa faiblesse ni son cœur. Et quand il croit Ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix Et quand il croit serrer son bonheur il le broie Sa vie est un étrange et douloureux divorce Il n'y a pas d'amour heureux Sa vie elle ressemble à ces soldats sans armes Qu'on avait habillés pour un autre destin A quoi peut leur servir de ce lever matin Eux qu'on retrouve au soir désarmés incertains Dites ces mots ma vie et retenez vos larmes Il n'y a pas d'amour heureux Mon bel amour mon cher amour ma déchirure Je te porte dans moi comme un oiseau blessé Et ceux-là sans savoir nous regardent passer Répétant après moi les mots que j'ai tressés Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent Il n'y a pas d'amour heureux Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard Que pleurent dans la nuit nos cœurs à l'unisson Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare Il n'y a pas d'amour heureux Il n'y a pas d'amour qui ne soit à douleur Il n'y a pas d'amour dont on ne soit meurtri Il n'y a pas d'amour dont on ne soit flétri Et pas plus que de toi l'amour de la patrie Il n'y a pas d'amour qui ne vive de pleurs Il n'y a pas d'amour heureux Mais c'est notre amour à tous deux

Il suffit de passer le pont

<p>Il suffit de passer le pont</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1953

Il suffit de passer le pont C'est tout de suite l'aventure Laisse-moi tenir ton jupon J't'emmèn' visiter la nature L'herbe est douce à Pâques fleuries Jetons mes sabots, tes galoches Et, légers comme des cabris Courons après les sons de cloches Ding din don! les matines sonnent En l'honneur de notre bonheur Ding din dong! faut l'dire à personne J'ai graissé la patte au sonneur Laisse-moi tenir ton jupon Courons, guilleret, guillerette Il suffit de passer le pont Et c'est le royaum' des fleurettes Entre tout's les bell's que voici Je devin' cell' que tu préfères C'est pas l'coqu'licot, Dieu merci Ni l'coucou, mais la primevère J'en vois un' blottie sous les feuilles Elle est en velours comm' tes joues Fais le guet pendant qu'je la cueille " Je n'ai jamais aimé que vous " Il suffit de trois petits bonds C'est tout de suit' la tarantelle Laisse-moi tenir ton jupon J'saurai ménager tes dentelles J'ai graissé la patte au berger Pour lui fair' jouer une aubade Lors, ma mie, sans croire au danger Faisons mille et une gambades Ton pied frappe et frappe la mousse Si l'chardon s'y pique dedans Ne pleure pas, ma mie qui souffre Je te l'enlève avec les dents On n'a plus rien à se cacher On peut s'aimer comm' bon nous semble Et tant mieux si c'est un péché Nous irons en enfer ensemble Il suffit de passer le pont Laisse-moi tenir ton jupon

J'ai rendez-vous avec vous

<p>J'ai rendez-vous avec vous</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1952

Monseigneur l'astre solaire Comm' je n'l'admir' pas beaucoup M'enlèv' son feu, oui mais, d'son feu, moi j'm'en fous J'ai rendez-vous avec vous La lumièr' que je préfère C'est cell' de vos yeux jaloux Tout le restant m'indiffère J'ai rendez-vous avec vous! Monsieur mon propriétaire Comm' je lui dévaste tout M'chass' de son toit, oui mais, d'son toit, moi j'm'en fous J'ai rendez-vous avec vous La demeur' que je préfère C'est votre robe à froufrous Tout le restant m'indiffère J'ai rendez-vous avec vous! Madame ma gargotière Comm' je lui dois trop de sous M'chass' de sa tabl', oui mais, d'sa tabl', moi j'm'en fous J'ai rendez-vous avec vous Le menu que je préfère C'est la chair de votre cou Tout le restant m'indiffère J'ai rendez-vous avec vous! Sa Majesté financière Comm' je n'fais rien à son goût Garde son or, or, de son or, moi j'm'en fous J'ai rendez-vous avec vous La fortun' que je préfère C'est votre cœur d'amadou Tout le restant m'indiffère J'ai rendez-vous avec vous!

Je bivouaque au pays de Cocagne

<p>Je bivouaque au pays de Cocagne</p>

Paroles: Georges Brassens

Une rue sans joie où les sbires Tout seuls ne s'aventurent pas, Un coupe-gorge et même pire, La venelle où traînaient mes pas! Mais j'avais mangé du poète, Je marchais un peu sur la tête, Et cett' rue je l'ai traversée Comm' l'avenue des Champs-Élysées.

{Refrain:}

Je bivouaque au Pays de Co – cagne depuis Que j'ai bouté La vérité Au fond du puits. Beauté du diable et qui n'inspire Pas l'envie d'aller en sabbat, Epouvantail et même pire, La fille m'offrant ses appas! Mais j'avais mangé du poète, Je marchais un peu sur la tête, Et j'ai changé cette petite En une Vénus Aphrodite.

{Refrain}

Quatre anges déchus qui soupirent Si peu qu'on ne les entend pas, Jamais étreinte ne fut pire, Jamais amour vola si bas! Mais j'avais mangé du poète, Je marchais un peu sur la tête, Et quittant doucement la terre Je fus à bon port à Cythère.

{Refrain}


Je me suis fait tout petit

<p>Je me suis fait tout petit</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1955

Je n'avais jamais ôté mon chapeau Devant personne Maintenant je rampe et je fait le beau Quand ell' me sonne J'étais chien méchant, ell' me fait manger Dans sa menotte J'avais des dents d'loup, je les ai changées Pour des quenottes Je m'suis fait tout p'tit devant un' poupée Qui ferm' les yeux quand on la couche Je m'suis fait tout p'tit devant un' poupée Qui fait Maman quand on la touche J'était dur à cuire, ell' m'a converti La fine bouche Et je suis tombé tout chaud, tout rôti Contre sa bouche Qui a des dents de lait quand elle sourit Quand elle chante Et des dents de loup quand elle est furie Qu'elle est méchante Je m'suis fait tout p'tit devant un' poupée Qui ferm' les yeux quand on la couche Je m'suis fait tout p'tit devant un' poupée Qui fait Maman quand on la touche Je subis sa loi, je file tout doux Sous son empire Bien qu'ell' soit jalouse au-delà de tout Et même pire Un' jolie pervenche qui m'avait paru Plus jolie qu'elle Un' jolie pervenche un jour en mourut A coup d'ombrelle Je m'suis fait tout p'tit devant un' poupée Qui ferm' les yeux quand on la couche Je m'suis fait tout p'tit devant un' poupée Qui fait Maman quand on la touche Tous les somnambules, tous les mages m'ont Dit sans malice Qu'en ses bras en croix, je subirais mon Dernier supplice Il en est de pir's il en est d'meilleures Mais à tout prendre Qu'on se pende ici, qu'on se pende ailleurs S'il faut se pendre Je m'suis fait tout p'tit devant un' poupée Qui ferm' les yeux quand on la couche Je m'suis fait tout p'tit devant un' poupée Qui fait Maman quand on la touche

Je rejoindrai ma belle

<p>Je rejoindrai ma belle</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1961

A l'heure du berger Au mépris du danger J'prendrai la passerelle Pour rejoindre ma belle A l'heure du berger Au mépris du danger Et nul n'y pourra rien changer Tombant du haut des nues La bourrasque est venue Souffler dessus la passerelle Tombant du haut des nues La bourrasque est venue Des passerell's, il y en a plus Si les vents ont cru bon De me couper les ponts J'prendrai la balancelle Pour rejoindre ma belle Si les vents ont cru bon De me couper les ponts J'embarquerai dans l'entrepont Tombant du haut des nues Les marins sont venus Lever l'ancre à la balancelle Tombant du haut des nues Les marins sont venus Des balancell's, il y en a plus Si les forbans des eaux Ont volé mes vaisseaux Y me pouss'ra des ailes Pour rejoindre ma belle Si les forbans des eaux Ont volé mes vaisseaux J'prendrai le chemin des oiseaux Les chasseurs à l'affût Te tireront dessus Adieu la plume! adieu les ailes! Les chasseurs à l'affût Te tireront dessus De tes amours, y en aura plus Si c'est mon triste lot De faire un trou dans l'eau Racontez à la belle Que je suis mort fidèle Et qu'ell' daigne à son tour Attendre quelques jours Pour filer de nouvell's amours

Je suis un voyou

<p>Je suis un voyou</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1954

autres interprètes: Renaud

Ci-gît au fond de mon cœur une histoire ancienne Un fantôme, un souvenir d'une que j'aimais Le temps, à grands coups de faux, peut faire des siennes Mon bel amour dure encore, et c'est à jamais J'ai perdu la tramontane En trouvant Margot Princesse vêtue de laine Déesse en sabots Si les fleurs, le long des routes S'mettaient à marcher C'est à la Margot, sans doute Qu'ell's feraient songer J'lui ai dit: "De la Madone Tu es le portrait!" Le Bon Dieu me le pardonne C'était un peu vrai Qu'il me pardonne ou non D'ailleurs, je m'en fous J'ai déjà mon âme en peine Je suis un voyou La mignonne allait aux vêpres Se mettre à genoux Alors j'ai mordu ses lèvres Pour savoir leur goût Ell' m'a dit, d'un ton sévère "Qu'est-ce que tu fais là?" Mais elle m'a laissé faire Les fill's, c'est comm' ça J'lui ai dit: " Par la Madone Reste auprès de moi! " Le Bon Dieu me le pardonne Mais chacun pour soi Qu'il me pardonne ou non D'ailleurs, je m'en fous J'ai déjà mon âme en peine Je suis un voyou C'était une fille sage A " bouch', que veux-tu?" J'ai croqué dans son corsage Les fruits défendus Ell' m'a dit d'un ton sévère " Qu'est-ce que tu fais là? " Mais elle m'a laissé faire Les fill's, c'est comm' ça Puis, j'ai déchiré sa robe Sans l'avoir voulu Le Bon Dieu me le pardonne Je n'y tenais plus! Qu'il me pardonne ou non D'ailleurs, je m'en fous J'ai déjà mon âme en peine Je suis un voyou J'ai perdu la tramontane En perdant Margot Qui épousa, contre son âme Un triste bigot Elle doit avoir à l'heure A l'heure qu'il est Deux ou trois marmots qui pleurent Pour avoir leur lait Et, moi, j'ai tété leur mère Longtemps avant eux Le Bon Dieu me le pardonne J'étais amoureux! Qu'il me pardonne ou non D'ailleurs, je m'en fous J'ai déjà mon âme en peine Je suis un voyou

Jean rentre au village

<p>Jean rentre au village</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1957

Jean rentre au village Son père chercher, Le cherche trois heures, Où s'est-il caché? Mais un brave cœur lui dit: Ton papa, pauvre petit, Il est en hospice, Le bon Dieu n'est pas gentil. Jean va-t-en hospice Son père chercher. Le cherche trois heures, Où s'est-il caché? Mais un brave cœur lui dit Ton papa pauvre petit L'est déjà-t-en morgue, Le bon Dieu n'est pas gentil. Jean s'en va-t-en morgue Son père chercher, Le cherche trois heures, Où s'est-il caché? Mais un brave cœur lui dit Ton papa, pauvre petit, L'est déjà-t-en bière, Le bon Dieu n'est pas gentil. Jean s'en va-t-en bière Son père chercher, Le cherche trois heures, Où s'est-il caché? Mais un brave cœur lui dit Ton papa, pauvre petit, L'est déjà-t-en route, Le bon Dieu n'est pas gentil. Jean s'en va-t-en route Son père chercher, Le cherche trois heures, Où s'est-il caché? Mais un brave cœur lui dit Ton papa, pauvre petit, L'est déjà-t-en terre, Le bon Dieu n'est pas gentil. Jean s'en va-t-en terre Son père chercher, Le cherche trois heures, Où s'est-il caché? Mais un brave cœur lui dit Ton papa, pauvre petit, L'est déjà-t-en cendres, Le bon Dieu n'est pas gentil.

Jeanne

<p>Jeanne</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1962

Chez Jeanne, la Jeanne Son auberge est ouverte aux gens sans feu ni lieu On pourrait l'appeler l'auberge de Bon Dieu S'il n'en existait déjà une La dernière où l'on peut entrer Sans frapper, sans montrer patte blanche Chez Jeanne, la Jeanne On est n'importe qui, on vient n'importe quand Et, comme par miracle, par enchantement On fait partie de la famille Dans son cœur, en s'poussant un peu Reste encore une petite place La Jeanne, la Jeanne Elle est pauvre et sa table est souvent mal servie Mais le peu qu'on y trouve assouvit pour la vie Par la façon qu'elle le donne Son pain ressemble à du gâteau Et son eau à du vin comme deux gouttes d'eau La Jeanne, la Jeanne On la paie quand on peut des prix mirobolants Un baiser sur son front ou sur ses cheveux blancs Un semblant d'accord de guitare L'adresse d'un chat échaudé Ou d'un chien tout crotté comm' pourboire La Jeanne, la Jeanne Dans ses ros's et ses choux n'a pas trouvé d'enfant Qu'on aime et qu'on défend contre les quatre vents Et qu'on accroche à son corsage Et qu'on arrose avec son lait D'autres qu'elle en seraient tout's chagrines Mais Jeanne, la Jeanne Ne s'en soucie pas plus que de colin-tampon Etre mère de trois poulpiquets, à quoi bon Quand elle est mère universelle Quand tous les enfants de la terre De la mer et du ciel sont à elle

Jeanne Martin

<p>Jeanne Martin</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1985

La petite presqu'île Où jadis, bien tranquille, Moi je suis né natif, Soit dit sans couillonnade Avait le nom d'un ad- jectif démonstratif. Moi, personnellement Que je meur' si je mens Ça m'était bien égal; J'étais pas chatouillé, J'étais pas humilié Dans mon honneur local. Mais voyant d' l'infamie Dans cette homonymie, Des bougres s'en sont plaints Tellement que bientôt On a changé l'ortho- graph' du nom du pat'lin. Et j'eus ma première tristesse d'Olympio, Déférence gardée envers le père Hugo. Si faire se peut Attendez un peu, Messieurs les édiles, Que l'on soit passé Pour débaptiser Nos petites villes. La chère vieille rue Où mon père avait cru On ne peut plus propice D'aller construire sa Petite maison s'a- ppelait rue de l'Hospice. Se mettre en quête d'un Nom d' rue plus opportun Ne se concevait pas. On n' pouvait trouver mieux Vu qu'un asile de vieux Florissait dans le bas. Les anciens combattants, Tous comme un seul, sortant De leurs vieux trous d'obus, Firent tant qu'à la fin La rue d' l'Hospic' devint La rue Henri Barbusse. Et j'eus ma deuxième tristesse d'Olympio, Déférence gardée envers le père Hugo. Si faire se peut Attendez un peu, Héros incongrus, Que l'on soit passé Pour débaptiser Nos petites rues. Moi, la première à qui Mon cœur fut tout acquis S'app'lait Jeanne Martin, Patronyme qui fait Pas tellement d'effet Dans le bottin mondain. Mais moi j'aimais comme un Fou ce nom si commun, N'en déplaise aux minus. D'ailleurs, de parti pris, Celle que je chéris, S'appell' toujours Vénus. Hélas un béotien A la place du sien Lui proposa son blase Fameux dans l'épicerie Et cette renchérie Refusa pas, hélas! Et j'eus ma troisième tristesse d'Olympio, Déférence gardée envers le père Hugo. Si faire se peut Attendez un peu Cinq minutes, non? Gentes fiancées, Que l'on soit passé Pour changer de nom.

Jehan l'advenu

<p>Jehan l'advenu</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1972

Puis il revint comme il était parti: Bon pied, bon œil, personne d'averti. Aux dents, toujours la vive marguerite, Aux yeux, toujours la flamme qui crépite. Mit sur ta lèvre, Aline, un long baiser Mit sur la table un peu d'or étranger Chanta, chanta deux chansons de marine S'alla dormir dans la chambre enfantine. Puis il revint comme il était parti: Bon pied, bon œil, personne d'averti. Aux dents, toujours la vive marguerite, Aux yeux, toujours la flamme qui crépite. Rêva tout haut d'écume et de cavale, S'entortilla dans d'étranges rafales. Puis au réveil, quand l'aube se devine, Chanta, chanta deux chansons de marine. Puis il revint comme il était parti: Bon pied, bon œil, personne d'averti. Aux dents, toujours la vive marguerite, Aux yeux, toujours la flamme qui crépite. Fit au pays son adieu saugrenu Et s'en alla comme il était venu. Fit au pays son adieu saugrenu Et s'en alla comme il était venu.

L'amandier

<p>L'amandier</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1957

J'avais l'plus bel amandier Du quartier Et, pour la bouche gourmande Des filles du monde entier J'faisais pousser des amandes Le beau, le joli métier! Un écureuil en jupon Dans un bond Vint me dir': " Je suis gourmande Et mes lèvres sentent bon Et, si tu m'donn's une amande J'te donne un baiser fripon!" " Grimpe aussi haut que tu veux Que tu peux Et tu croqu's, et tu picores Puis tu grignot's, et puis tu Redescends plus vite encore Me donner le baiser dû! " Quand la belle eut tout rongé Tout mangé " Je te paierai, me dit-elle A pleine bouche quand les Nigauds seront pourvus d'ailes Et que tu sauras voler! " " Mont' m'embrasser si tu veux Si tu peux Mais dis-toi que, si tu tombes J'n'aurais pas la larme à l'œil Dis-toi que, si tu succombes Je n'porterai pas le deuil! " Les avait, bien entendu Toutes mordues Tout's grignotées, mes amandes Ma récolte était perdue Mais sa jolie bouch' gourmande En baisers m'a tout rendu! Et la fête dura tant Qu'le beau temps Mais vint l'automne, et la foudre Et la pluie, et les autans Ont change mon arbre en poudre Et mon amour en mêm' temps!

L'ancêtre

<p>L'ancêtre</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1969

Notre voisin l'ancêtre était un fier galant Qui n'emmerdait personne avec sa barbe blanche, Et quand le bruit courut qu' ses jours étaient comptés, On s'en fut à l'hospice afin de l'assister. On avait apporté les guitar's avec nous Car, devant la musique, il tombait à genoux, Excepté toutefois les marches militaires Qu'il écoutait en se tapant le cul par terre. {2x} Émules de Django, disciples de Crolla, Toute la fine fleur des cordes était là Pour offrir à l'ancêtre, en signe d'affection, En guis' de viatique, une ultime audition. {2x} Hélas! les carabins ne les ont pas reçus, Les guitar's sont resté's à la porte cochère, Et le dernier concert de l'ancêtre déçu Ce fut un pot-pourri de cantiques, peuchère! Quand nous serons ancêtres, Du côté de Bicêtre, Pas de musique d'orgue, oh! non, Pas de chants liturgiques Pour qui aval' sa chique, Mais des guitar's, cré nom de nom! {2x} On avait apporté quelques litres aussi, Car le bonhomme avait la fièvre de Bercy Et les soirs de nouba, parol' de tavernier, A rouler sous la table il était le dernier. {2x} Saumur, Entre-deux-mers, Beaujolais, Marsala, Toute la fine fleur de la vigne était là Pour offrir à l'ancêtre, en signe d'affection, En guis' de viatique, une ultime libation. {2x} Hélas! les carabins ne les ont pas reçus, Les litres sont restés à la porte cochère, Et l' coup de l'étrier de l'ancêtre déçu Ce fut un grand verre d'eau bénite, peuchère! Quand nous serons ancêtres, Du côté de Bicêtre, Ne nous faites pas boire, oh! non, De ces eaux minéral's, bénites ou lustrales, Mais du bon vin, cré nom de nom! {2x} On avait emmené les belles du quartier, Car l'ancêtre courait la gueuse volontiers. De sa main toujours leste et digne cependant Il troussait les jupons par n'importe quel temps. {2x} Depuis Manon Lescaut jusques à Dalila Toute la fine fleur du beau sexe était là Pour offrir à l'ancêtre, en signe d'affection, En guis' de viatique, une ultime érection. {2x} Hélas! les carabins ne les ont pas reçu's, Les belles sont restées à la porte cochère, Et le dernier froufrou de l'ancêtre déçu Ce fut celui d'une robe de sœur, peuchère! Quand nous serons ancêtres, Du côté de Bicêtre, Pas d'enfants de Marie, oh! non, Remplacez-nous les nonnes Par des belles mignonnes Et qui fument, cré nom de nom! {2x}

L'antéchrist

<p>L'antéchrist</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1985

Je ne suis pas du tout l'Antéchrist de service, J'ai même pour Jésus et pour son sacrifice Un brin d'admiration, soit dit sans ironie. Car ce n'est sûrement pas une sinécure, Non, que de se laisser cracher à la figure Par la canaille et la racaille réunies. Bien sûr, il est normal que la foule révère Ce héros qui jadis partit pour aller faire L'alpiniste avant l'heure en haut du Golgotha, En portant sur l'épaule une croix accablante, En méprisant l'insulte et le remonte-pente, Et sans aucun bravo qui le réconfortât! Bien sûr, autour du front, la couronne d'épines, L'éponge trempée dans Dieu sait quelle bibine, Et les clous enfoncés dans les pieds et les mains, C'est très inconfortable et ça vous tarabuste, Même si l'on est brave et si l'on est robuste, Et si le paradis est au bout du chemin. Bien sûr, mais il devait défendre son prestige, Car il était le fils du ciel, l'enfant prodige, Il était le Messie et ne l'ignorait pas. Entre son père et lui, c'était l'accord tacite: Tu montes sur la croix et je te ressuscite! On meurt de confiance avec un tel papa. Il a donné sa vie sans doute mais son zèle Avait une portée quasi universelle Qui rendait le supplice un peu moins douloureux. Il savait que, dans chaque église, il serait tête D'affiche et qu'il aurait son portrait en vedette, Entouré des élus, des saints, des bienheureux. En se sacrifiant, il sauvait tous les hommes. Du moins le croyait-il! Au point où nous en sommes, On peut considérer qu'il s'est fichu dedans. Le jeu, si j'ose dire, en valait la chandelle. Bon nombre de chrétiens et même d'infidèles, Pour un but aussi noble, en feraient tout autant. Cela dit je ne suis pas l'Antéchrist de service.

L'arc-en-ciel d'un quart d'heure

<p>L'arc-en-ciel d'un quart d'heure</p>

Paroles: Georges Brassens

Cet arc-en-ciel qui nous étonne, Quand il se lève après la pluie, S'il insiste, il fait monotone Et l'on se détourne de lui. L'adage a raison: la meilleure Chose en traînant se dévalue. L'arc-en-ciel qui dure un quart d'heure Personne ne l'admire plus. L'arc-en-ciel qui dure un quart d'heure Est superflu. Celui que l'aura populaire Avait mis au gouvernail quand Il fallait sauver la galère En détresse dans l'ouragan, Passé péril en la demeure, Ne fut même pas réélu. L'arc-en-ciel qui dure un quart d'heure Personne ne l'admire plus. L'arc-en-ciel qui dure un quart d'heure Est superflu. Cette adorable créature Me répétait: "je t'aime tant Qu'à ta mort, sur ta sépulture, Je me brûle vive à l'instant!" A mon décès, l'ordonnateur(e) Des pompes funèbres lui plut. L'arc-en-ciel qui dure un quart d'heure Personne ne l'admire plus. L'arc-en-ciel qui dure un quart d'heure Est superflu. Ce cabotin naguère illustre, Et que la foule applaudissait A tout rompre durant trois lustres, Nul à présent ne sait qui c'est; Aucune lueur ne demeure De son étoile révolue. L'arc-en-ciel qui dure un quart d'heure Personne ne l'admire plus. L'arc-en-ciel qui dure un quart d'heure Est superflu.

L'assassinat

<p>L'assassinat</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1962

C'est pas seulement à Paris Que le crime fleurit Nous, au village, aussi, l'on a De beaux assassinats Il avait la tête chenue Et le cœur ingénu Il eut un retour de printemps Pour une de vingt ans Mais la chair fraîch', la tendre chair Mon vieux, ça coûte cher Au bout de cinq à six baisers Son or fut épuisé Quand sa menotte elle a tendue Triste, il a répondu Qu'il était pauvre comme Job Elle a remis sa rob' Elle alla quérir son coquin Qu'avait l'appât du gain Sont revenus chez le grigou Faire un bien mauvais coup Et pendant qu'il le lui tenait Elle l'assassinait On dit que, quand il expira La langue ell' lui montra Mirent tout sens dessus dessous Trouvèrent pas un sou Mais des lettres de créanciers Mais des saisies d'huissiers Alors, prise d'un vrai remords Elle eut chagrin du mort Et, sur lui, tombant à genoux, Ell' dit: " Pardonne-nous! " Quand les gendarm's sont arrivés En pleurs ils l'ont trouvée C'est une larme au fond des yeux Qui lui valut les cieux Et le matin qu'on la pendit Ell' fut en paradis Certains dévots, depuis ce temps Sont un peu mécontents C'est pas seulement à Paris Que le crime fleurit Nous, au village, aussi, l'on a De beaux assassinats

L'enterrement de Paul Fort

<p>L'enterrement de Paul Fort</p>

Paroles: Georges Brassens

Tous les oiseaux étaient dehors Et toutes les plantes aussi. Le petit cheval n'est pas mort Dans le mauvais temps, Dieu merci. Le bon soleil criait si fort: Il fait beau, qu'on était ravis. Moi, l'enterrement de Paul Fort, Fut le plus beau jour de ma vie. On comptait bien quelques pécores, Quelques dindes à Montlhéry, Quelques méchants, que sais-je encore: Des moches, des mauvais esprits, Mais qu'importe? Après tout; les morts Sont à tout le monde. Tant pis, Moi, l'enterrement de Paul Fort, Fut le plus beau jours de ma vie. Le curé allait un peu fort De Requiem à mon avis. Longuement penché sur le corps, Il tirait l'âme à son profit, Comme s'il fallait un passeport Aux poètes pour le paradis. S'il fallait à Dieu du renfort Pour reconnaître ses amis. Tous derrière en gardes du corps Et lui devant, on a suivi. Le petit cheval n'est pas mort Comme un chien je le certifie. Tous les oiseaux étaient dehors Et toutes les plantes aussi. Moi, l'enterrement de Paul Fort, Fut le plus beau jour de ma vie.

L'enterrement de Verlaine

<p>L'enterrement de Verlaine</p>

Paroles: Georges Brassens

Le revois-tu mon âme, ce Boul' Mich' d'autrefois Et dont le plus beau jour fut un jour de beau froid: Dieu: s'ouvrit-il jamais une voie aussi pure Au convoi d'un grand mort suivi de miniatures? Tous les grognards – petits – de Verlaine étaient là, Toussotant, Frissonnant, Glissant sur le verglas, Mais qui suivaient ce mort et la désespérance, Morte enfin, du Premier Rossignol de la France. Ou plutôt du second (François de Montcorbier, Voici belle lurette en fut le vrai premier) N'importe! Lélian, je vous suivrai toujours! Premier? Second? vous seul. En ce plus froid des jours. N'importe! Je suivrai toujours, l'âme enivrée Ah! Folle d'une espérance désespérée Montesquiou-Fezensac et Bibi-la-Purée Vos deux gardes du corps, – entre tous moi dernier.

L'épave

<p>L'épave</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1966

J'en appelle à Bacchus! A Bacchus j'en appelle! Le tavernier du coin vient d'me la bailler belle. De son établiss'ment j'étais l'meilleur pilier. Quand j'eus bu tous mes sous, il me mit à la porte En disant: " Les poivrots, le diable les emporte! " Ça n'fait rien, il y a des bistrots bien singuliers… Un certain va-nu-pieds qui passe et me trouve ivre Mort, croyant tout de bon que j'ai cessé de vivre (Vous auriez fait pareil), s'en prit à mes souliers. Pauvre homme! vu l'état piteux de mes godasses, Je dout' qu'il trouve avec son chemin de Damas-se. Ça n'fait rien, il y a des passants bien singuliers… Un étudiant miteux s'en prit à ma liquette Qui, à la faveur d'la nuit lui avait paru coquette, Mais en plein jour ses yeux ont dû se dessiller. Je l'plains de tout mon cœur, pauvre enfant, s'il l'a mise, Vu que, d'un homme heureux, c'était loin d'êtr' la ch'mise. Ça n'fait rien, y a des étudiants bien singuliers… La femm' d'un ouvrier s'en prit à ma culotte. " Pas ça, madam', pas ça, mille et un coups de bottes Ont tant usé le fond que, si vous essayiez D'la mettre à votr' mari, bientôt, je vous en fiche Mon billet, il aurait du verglas sur les miches. " Ça n'fait rien, il y a des ménages bien singuliers… Et j'étais là, tout nu, sur le bord du trottoir-e Exhibant, malgré moi, mes humbles génitoires. Une petit' vertu rentrant de travailler, Elle qui, chaque soir, en voyait un' douzaine, Courut dire aux agents: " J'ai vu que'qu' chos' d'obscène! " Ça n'fait rien, il y a des tapins bien singuliers… Le r'présentant d'la loi vint, d'un pas débonnaire. Sitôt qu'il m'aperçut il s'écria: " Tonnerre! On est en plein hiver et si vous vous geliez! " Et de peur que j'n'attrape une fluxion d'poitrine, Le bougre, il me couvrit avec sa pèlerine. Ça n'fait rien, il y a des flics bien singuliers… Et depuis ce jour-là, moi, le fier, le bravache, Moi, dont le cri de guerr' fut toujours " Mort aux vaches! " Plus une seule fois je n'ai pu le brailler. J'essaye bien encor, mais ma langue honteuse Retombe lourdement dans ma bouche pâteuse. Ça n'fait rien, nous vivons un temps bien singulier…

L'inestimable sceau

<p>L'inestimable sceau</p>

Paroles: Georges Brassens

M'amie, en ce temps-là, chaque année au mois d'août, Se campait sur la grève, et ça m'était très doux D'ainsi la voir en place. Dans cette position, pour se désennuyer, Sans jamais une erreur, ell' comptait les noyés En suçant de la glace. Ses aimables rondeurs avaient fait à la fin Un joli petit trou parmi le sable fin, Une niche idéale. Quand je voulais partir, elle entrait en courroux, En disant: "C'est trop tôt, j'ai pas fini mon trou; C'est pas le trou des Halles." Près d'elle, un jour, passa superbe un ange blond, Un bellâtre, un belître au torse d'Apollon, Une espèce d'athlète. Comme mue d'un ressort, dressée sur son séant, Elle partit avec cet homme de néant, Costaud de la Villette. La volage, en volant vers ce nouveau bonheur, Me fit un pied de nez doublé d'un bras d'honneur, Adorable pimbêche! J'hésite à simuler ce geste: il est trop bas. On vous l'a souvent fait, d'ailleurs je ne peux pas La guitare m'empêche! J'eus beau la supplier: "De grâce, ma Nini, Rassieds-toi, rassieds-toi: ton trou n'est pas fini." D'une voix sans réplique, "Je m'en fous" cria-t-elle "Et puisqu'il te plaît tant, C'est l'instant ou jamais de t'enfouir dedans: T'as bien fait " La Supplique "!" Et je retournai voir, morfondu de chagrin, La trace laissée par la chute de ses reins, Par ses parties dodues. J'ai cherché, recherché, fébrile jusqu'au soir, L'endroit où elle avait coutume de s'asseoir, Ce fut peine perdue. La vague indifférente hélas avait roulé, Avait fait plage rase, avait annihilé L'empreinte de ses sphères. Si j'avais retrouvé l'inestimable sceau, Je l'aurais emporté, grain par grain, seau par seau, Mais m'eût-on laissé faire?

L'orage

<p>L'orage</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1960

Parlez-moi de la pluie et non pas du beau temps Le beau temps me dégoute et m'fait grincer les dents Le bel azur me met en rage Car le plus grand amour qui m'fut donné sur terr' Je l'dois au mauvais temps, je l'dois à Jupiter Il me tomba d'un ciel d'orage Par un soir de novembre, à cheval sur les toits Un vrai tonnerr' de Brest, avec des cris d'putois Allumait ses feux d'artifice Bondissant de sa couche en costume de nuit Ma voisine affolée vint cogner à mon huis En réclamant mes bons offices " Je suis seule et j'ai peur, ouvrez-moi, par pitié Mon époux vient d'partir faire son dur métier Pauvre malheureux mercenaire Contraint d'coucher dehors quand il fait mauvais temps Pour la bonne raison qu'il est représentant D'un' maison de paratonnerres " En bénissant le nom de Benjamin Franklin Je l'ai mise en lieu sûr entre mes bras câlins Et puis l'amour a fait le reste Toi qui sèmes des paratonnerr's à foison Que n'en as-tu planté sur ta propre maison Erreur on ne peut plus funeste Quand Jupiter alla se faire entendre ailleurs La belle, ayant enfin conjuré sa frayeur Et recouvré tout son courage Rentra dans ses foyers fair' sécher son mari En m'donnant rendez-vous les jours d'intempérie Rendez-vous au prochain orage A partir de ce jour j'n'ai plus baissé les yeux J'ai consacré mon temps à contempler les cieux A regarder passer les nues A guetter les stratus, à lorgner les nimbus A faire les yeux doux aux moindres cumulus Mais elle n'est pas revenue Son bonhomm' de mari avait tant fait d'affair's Tant vendu ce soir-là de petits bouts de fer Qu'il était dev'nu millionnaire Et l'avait emmenée vers des cieux toujours bleus Des pays imbécil's où jamais il ne pleut Où l'on ne sait rien du tonnerre Dieu fass' que ma complainte aille, tambour battant Lui parler de la pluie, lui parler du gros temps Auxquels on a t'nu tête ensemble Lui conter qu'un certain coup de foudre assassin Dans le mill' de mon cœur a laissé le dessin D'un' petit' fleur qui lui ressemble

L'orphelin

<p>L'orphelin</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1985

Sauf dans le cas fréquent, hélas! Où ce sont de vrais dégueulasses, On ne devrait perdre jamais Ses père et mère, bien sûr, mais A moins d'être un petit malin Qui meurt avant d'être orphelin, Ou un infortuné bâtard, Ça nous pend au nez tôt ou tard. Quand se drapant dans un linceul Ses parents le laissent tout seul, Le petit orphelin, ma foi, Est bien à plaindre. Toutefois, Sans aller jusqu'à décréter Qu'il devient un enfant gâté, Disons que dans son affliction Il trouve des compensations. D'abord au dessert aussitôt La meilleure part du gâteau, Et puis plus d'école, pardi La semaine aux quatre-jeudis. On le traite comme un pacha, A sa place on fouette le chat, Et le trouvant très chic en deuil, Les filles lui font des clins d'œil. Il serait par trop saugrenu D'énumérer par le menu Les faveurs et les passe-droits Qu'en l'occurrence on lui octroie. Tirant même un tel bénéfice En perdant leurs parents, des fils Dénaturés regrettent de N'en avoir à perdre que deux. Hier j'ai dit à un animal De flic qui me voulait du ma Je suis orphelin, savez-vous? Il me répondit: je m'en fous. J'aurais eu quarante ans de moins Je suis sûr que par les témoins La brute aurait été mouchée. Mais ces lâches n'ont pas bougé. Aussi mon enfant si tu dois Etre orphelin, dépêche-toi. Tant qu'à perdre tes chers parents, Petit, n'attends pas d'être grand: L'orphelin d'âge canonique Personne ne le plaint: bernique! Et pour tout le monde il demeure Orphelin de la onzième heure. Celui qui a fait cette chanson A voulu dire à sa façon, Que la perte des vieux est par- Fois perte sèche, blague à part. Avec l'âge c'est bien normal, Les plaies du cœur guérissent mal. Souventes fois même, salut! Elles ne se referment plus.

La ballade des cimetières

<p>La ballade des cimetières</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1961

J'ai des tombeaux en abondance Des sépultur's à discrétion Dans tout cim'tièr' d'quelque importance J'ai ma petite concession De l'humble tertre au mausolée Avec toujours quelqu'un dedans J'ai des p'tit's boss's plein les allées Et je suis triste, cependant… Car je n'en ai pas, et ça m'agace Et ça défrise mon blason Au cimetièr' du Montparnasse A quatre pas de ma maison J'en possède au Père-Lachaise A Bagneux, à Thiais, à Pantin Et jusque, ne vous en déplaise Au fond du cimetièr' marin A la vill' comme à la campagne Partout où l'on peut faire un trou J'ai mêm' des tombeaux en Espagne Qu'on me jalouse peu ou prou… Mais j'n'en ai pas la moindre trace Le plus humble petit soupçon Au cimetièr' du Montparnasse A quatre pas de ma maison Le jour des morts, je cours, je vole Je vais infatigablement De nécropole en nécropole De pierr' tombale en monument On m'entrevoit sous un' couronne D'immortelles à Champerret Un peu plus tard, c'est à Charonne Qu'on m'aperçoit sous un cyprès… Mais, seul, un fourbe aura l'audace De dir': "J'l'ai vu à l'horizon Du cimetièr' du Montparnasse A quatre pas de sa maison" Devant l'château d'ma grand-tante La marquise de Carabas Ma saint' famille languit d'attente "Mourra-t-ell', mourra-t-elle pas?" L'un veut son or, l'autre veut ses meubles Qui ses bijoux, qui ses bib'lots Qui ses forêts, qui ses immeubles Qui ses tapis, qui ses tableaux… Moi je n'implore qu'une grâce C'est qu'ell' pass' la morte-saison Au cimetièr' du Montparnasse A quatre pas de ma maison Ainsi chantait, la mort dans l'âme Un jeune homm' de bonne tenue En train de ranimer la flamme Du soldat qui lui était connu Or, il advint qu'le ciel eut marr' de L'entendre parler d'ses caveaux Et Dieu fit signe à la camarde De l'expédier rue Froidevaux… Mais les croqu'-morts, qui étaient de Chartres Funeste erreur de livraison Menèr'nt sa dépouille à Montmartre De l'autr' côté de sa maison

La ballade des gens qui sont nés quelque part

<p>La ballade des gens qui sont nés quelque part</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1972

C'est vrai qu'ils sont plaisants tous ces petits villages Tous ces bourgs, ces hameaux, ces lieux-dits, ces cités Avec leurs châteaux forts, leurs églises, leurs plages Ils n'ont qu'un seul point faible et c'est être habités Et c'est être habités par des gens qui regardent Le reste avec mépris du haut de leurs remparts La race des chauvins, des porteurs de cocardes Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part Maudits soient ces enfants de leur mère patrie Empalés une fois pour toutes sur leur clocher Qui vous montrent leurs tours leurs musées leur mairie Vous font voir du pays natal jusqu'à loucher Qu'ils sortent de Paris ou de Rome ou de Sète Ou du diable vauvert ou bien de Zanzibar Ou même de Montcuq il s'en flattent mazette Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part Le sable dans lequel douillettes leurs autruches Enfouissent la tête on trouve pas plus fin Quand à l'air qu'ils emploient pour gonfler leurs baudruches Leurs bulles de savon c'est du souffle divin Et petit à petit les voilà qui se montent Le cou jusqu'à penser que le crottin fait par Leurs chevaux même en bois rend jaloux tout le monde Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part C'est pas un lieu commun celui de leur connaissance Ils plaignent de tout cœur les petits malchanceux Les petits maladroits qui n'eurent pas la présence La présence d'esprit de voir le jour chez eux Quand sonne le tocsin sur leur bonheur précaire Contre les étrangers tous plus ou moins barbares Ils sortent de leur trou pour mourir à la guerre Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part Mon dieu qu'il ferait bon sur la terre des hommes Si on y rencontrait cette race incongrue Cette race importune et qui partout foisonne La race des gens du terroir des gens du cru Que la vie serait belle en toutes circonstances Si vous n'aviez tiré du néant tous ces jobards Preuve peut-être bien de votre inexistence Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

La cane de Jeanne

<p>La cane de Jeanne</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1953

La cane De Jeanne Est morte au gui l'an neuf L'avait fait la veille Merveille Un œuf La cane De Jeanne Est morte d'avoir fait Du moins on le présume Un rhume Mauvais La cane De Jeanne Est morte sur son œuf Et dans son beau costume De plumes Tout neuf La cane De Jeanne Ne laissant pas de veuf C'est nous autres qui eûmes Les plumes Et l'œuf Tous, toutes Sans doute Garderons longtemps le Souvenir de la cane De Jeanne Morbleu

La chanson du hérisson

<p>La chanson du hérisson</p>

Paroles et Musique: Philippe Chatel 1979 " Emilie Jolie"

autres interprètes: Emilie Jolie (1979), Philippe Chatel


{Refrain:}

Oh, qu'est-ce qu'y pique, ce hérisson! Oh, qu'elle est triste sa chanson! Oh, qu'est-ce qu'y pique, ce hérisson! Oh, qu'elle est triste sa chanson! C'est un hérisson qui piquait, qui piquait Et qui voulait qu'on l'caresse, resse, resse On l'caressait pas, pas, pas, pas, pas Non pas parce qu'il piquait pas, mais mais parce qu'il piquait

{au Refrain}

Le hérisson: Quelle est la fée dans ce livre Qui me donn'ra l'envie d'vivre? Quelle est la petite fille aux yeux bleus Qui va m'rendre heureux?

Emilie:

Moi, je ne vois que moi Il n'y a que moi Dans ce livre là La la la… Le conteur: Emilie est allée caresser le hérisson!

Emilie:

Elle n'est plus triste, cette chanson J'ai caressé le hérisson

Chœurs:

Il n'est plus triste, le hérisson Elle a caressé la chanson!

Le conteur:

Mais non, le hérisson!

Chœurs:

Mais non, le hérisson!

La chasse aux papillons

<p>La chasse aux papillons</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1955

Un bon petit diable à la fleur de l'âge La jambe légère et l'œil polisson Et la bouche pleine de joyeux ramages Allait à la chasse aux papillons Comme il atteignait l'orée du village Filant sa quenouille, il vit Cendrillon Il lui dit: "Bonjour, que Dieu te ménage J't'emmène à la chasse aux papillons" Cendrillon ravie de quitter sa cage Met sa robe neuve et ses botillons Et bras d'ssus bras d'ssous vers les frais bocages Ils vont à la chasse aux papillons Il ne savait pas que sous les ombrages Se cachait l'amour et son aiguillon Et qu'il transperçait les cœurs de leur âge Les cœurs des chasseurs de papillons Quand il se fit tendre, elle lui dit: "J'présage Qu'c'est pas dans les plis de mon cotillon Ni dans l'échancrure de mon corsage Qu'on va à la chasse aux papillons" Sur sa bouche en feu qui criait: "Sois sage!" Il posa sa bouche en guise de bâillon Et c'fut l'plus charmant des remue-ménage Qu'on ait vu d'mémoir' de papillon Un volcan dans l'âme, ils r'vinrent au village En se promettant d'aller des millions Des milliards de fois, et mêm' davantage Ensemble à la chasse aux papillons Mais tant qu'ils s'aim'ront, tant que les nuages Porteurs de chagrins, les épargneront Il f'ra bon voler dans les frais bocages Ils f'ront pas la chasse aux papillons

La complainte des filles de joie

<p>La complainte des filles de joie</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1962

autres interprètes: Barbara, Juliette (2001), Agnès Bihl

Bien que ces vaches de bourgeois {x2} Les appell'nt des filles de joie {x2} C'est pas tous les jours qu'ell's rigolent Parole, parole C'est pas tous les jours qu'elles rigolent Car, même avec des pieds de grues {x2} Fair' les cents pas le long des rues {x2} C'est fatigant pour les guibolles Parole, parole C'est fatigant pour les guibolles Non seulement ell's ont des cors {x2} Des œils-de-perdrix, mais encor {x2} C'est fou ce qu'ell's usent de grolles Parole, parole C'est fou ce qu'ell's usent de grolles Y a des clients, y a des salauds {x2} Qui se trempent jamais dans l'eau {x2} Faut pourtant qu'elles les cajolent Parole, parole Faut pourtant qu'elles les cajolent Qu'ell's leur fassent la courte échelle {x2} Pour monter au septième ciel {x2} Les sous, croyez pas qu'ell's les volent Parole, parole Les sous, croyez pas qu'ell's les volent Ell's sont méprisées du public {x2} Ell's sont bousculées par les flics {x2} Et menacées de la vérole Parole, parole Et menacées de la vérole Bien qu'tout' la vie ell's fass'nt l'amour {x2} Qu'ell's se marient vingt fois par jour {x2} La noce est jamais pour leur fiole Parole, parole La noce est jamais pour leur fiole Fils de pécore et de minus {x2} Ris par de la pauvre Vénus {x2} La pauvre vieille casserole Parole, parole La pauvre vieille casserole Il s'en fallait de peu, mon cher {x2} Que cett' putain ne fût ta mère {x2} Cette putain dont tu rigoles Parole, parole Cette putain dont tu rigoles

La femme d'Hector

<p>La femme d'Hector</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1958

autres interprètes: Barbara (1972), Les Croquants (1999)

En notre tour de Babel Laquelle est la plus belle, La plus aimable parmi Les femmes de nos amis? Laquelle est notre vraie nounou La p'tite sœur des pauvres de nous Dans le guignon toujours présente Quelle est cette fée bienfaisante?

{Refrain}

C'est pas la femme de Bertrand Pas la femme de Gontrand Pas la femme de Pamphile C'est pas la femme de Firmin Pas la femme de Germain Ni celle de Benjamin C'est pas la femme d'Honoré Ni celle de Désiré Ni celle de Théophile Encore moins la femme de Nestor Non, c'est la femme d'Hector. Comme nous dansons devant Le buffet bien souvent On a toujours peu ou prou Les bas criblés de trous Qui raccommode ces malheurs De fils de toutes les couleurs Qui brode, divine cousette, Des arcs-en-ciel à nos chaussettes?

{Au refrain}

Quand on nous prend la main sac- – ré bon dieu dans un sac Et qu'on nous envoie planter Des choux à la santé Quelle est celle qui, prenant modèle Sur les vertus des chiens fidèles Reste à l'arrêt devant la porte En attendant qu'on en ressorte?

{Au refrain}

Et quand l'un d'entre nous meurt Qu'on nous met en demeure De débarrasser l'hôtel De ses restes mortels Quelle est celle qui r'mue tout Paris Pour qu'on lui fasse, au plus bas prix Des funérailles gigantesques Pas nationales, non, mais presque?

{Au refrain}

Et quand vient le mois de mai Le joli temps d'aimer Que sans écho, dans les cours, Nous hurlons à l'amour Quelle est celle qui nous plaint beaucoup Quelle est celle qui nous saute au cou Qui nous dispense sa tendresse Toutes ses économies d'caresses?

{Au refrain}

Ne jetons pas les morceaux De nos cœurs aux pourceaux Perdons pas notre latin Au profit des pantins Chantons pas la langue des dieux Pour les balourds, les fesse-Mathieu Les paltoquets, ni les bobèches Les foutriquets, ni les pimbêches, Ni pour la femme de Bertrand Pour la femme de Gontrand Pour la femme de Pamphile Ni pour la femme de Firmin Pour la femme de Germain Pour celle de Benjamin Ni pour la femme d'Honoré La femme de Désiré La femme de Théophile Encore moins pour la femme de Nestor Mais pour la femme d'Hector.

La fessée

<p>La fessée</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1966

La veuve et l'orphelin, quoi de plus émouvant? Un vieux copain d'école étant mort sans enfants, Abandonnant au monde une épouse épatante, J'allai rendre visite à la désespérée. Et puis, ne sachant plus où finir ma soirée, Je lui tins compagnie dans la chapelle ardente. Pour endiguer ses pleurs, pour apaiser ses maux, Je me mis à blaguer, à sortir des bons mots, Tous les moyens sont bons au médecin de l'âme… Bientôt, par la vertu de quelques facéties, La veuve se tenait les côtes, Dieu merci! Ainsi que des bossus, tous deux nous rigolâmes. Ma pipe dépassait un peu de mon veston. Aimable, elle m'encouragea: " Bourrez-la donc, Qu'aucun impératif moral ne vous arrête, Si mon pauvre mari détestait le tabac, Maintenant la fumée ne le dérange pas! Mais où diantre ai-je mis mon porte-cigarettes? " A minuit, d'une voix douce de séraphin, Elle me demanda si je n'avais pas faim. " Ça le ferait-il revenir, ajouta-t-elle, De pousser la piété jusqu'à l'inanition: Que diriez-vous d'une frugale collation? " Et nous fîmes un petit souper aux chandelles. " Regardez s'il est beau! Dirait-on point qu'il dort. Ce n'est certes pas lui qui me donnerait tort De noyer mon chagrin dans un flot de champagne. " Quand nous eûmes vidé le deuxième magnum, La veuve était émue, nom d'un petit bonhomm'! Et son esprit se mit à battre la campagne… " Mon Dieu, ce que c'est tout de même que de nous! " Soupira-t-elle, en s'asseyant sur mes genoux. Et puis, ayant collé sa lèvre sur ma lèvre, " Me voilà rassurée, fit-elle, j'avais peur Que, sous votre moustache en tablier d'sapeur, Vous ne cachiez coquettement un bec-de-lièvre… " Un tablier d'sapeur, ma moustache, pensez! Cette comparaison méritait la fessée. Retroussant l'insolente avec nulle tendresse, Conscient d'accomplir, somme toute, un devoir, Mais en fermant les yeux pour ne pas trop en voir, Paf! j'abattis sur elle une main vengeresse! " Aïe! vous m'avez fêlé le postérieur en deux! " Se plaignit-elle, et je baissai le front, piteux, Craignant avoir frappé de façon trop brutale. Mais j'appris, par la suite, et j'en fus bien content, Que cet état de chos's durait depuis longtemps: Menteuse! la fêlure était congénitale. Quand je levai la main pour la deuxième fois, Le cœur n'y était plus, j'avais perdu la foi, Surtout qu'elle s'était enquise, la bougresse: " Avez-vous remarqué que j'avais un beau cul? Et ma main vengeresse est retombée, vaincue! Et le troisième coup ne fut qu'une caresse…

La file indienne

<p>La file indienne</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1955

autres interprètes: Bernard Lavalette

Un chien caniche à l'œil coquin, Qui venait de chez son béguin, Tortillant de la croupe et claquetant de la semelle, Descendait, en s' poussant du col, Le boulevard de Sébastopol, Tortillant de la croupe et redoublant le pas. Une midinette en repos, Se plut à suivre le cabot, Tortillant de la croupe et claquetant de la semelle, Sans voir que son corps magnétique Entraînait un jeune loustic, Tortillant de la croupe et redoublant le pas. Or, l'amante de celui-ci Jalouse le suivait aussi, Tortillant de la croupe et claquetant de la semelle,. Et l' vieux mari de celle-là, Le talonnait de ses pieds plats, Tortillant de la croupe et redoublant le pas. Un dur balafré courait sus Au vieux qu'il prenait pour Crésus, Tortillant de la croupe et claquetant de la semelle, Et derrière le dur balafré Marchait un flic à pas feutrés, Tortillant de la croupe et redoublant le pas. Et tous, cabot, trottin, loustic, Epouse, époux, et dur et flic, Tortillant de la croupe et claquetant de la semelle, Descendaient à la queue leu leu Le long boulevard si populeux, Tortillant de la croupe et redoublant le pas. Voilà que l'animal, soudain, Profane les pieds du trottin, Tortillant de la croupe et claquetant de la semelle, Furieus' ell' flanque avec ferveur Un' pair' de gifles à son suiveur, Tortillant de la croupe et redoublant le pas. Celui-ci la tête à l'envers Voit la jalous' l'œil grand ouvert, Tortillant de la croupe et claquetant de la semelle, Et l'abreuv' d'injur's bien senties, Que j'vous dirai à la sortie, Tortillant de la croupe et redoublant le pas. Derrièr' arrivait le mari, Ce fut à lui qu'elle s'en prit, Tortillant de la croupe et claquetant de la semelle, En le traitant d'un' voix aiguë De tambour-major des cocus. Tortillant de la croupe et redoublant le pas. Le mari rebroussant chemin Voit le dur et lui dit "gamin", Tortillant de la croupe et claquetant de la semelle, C'est trop tard pour me détrousser, Ma femme vous a devancé, Tortillant de la croupe et redoublant le pas. Le dur vexé de fair' chou blanc Dégaine un couteau rutilant, Tortillant de la croupe et claquetant de la semelle, Qu'il plante à la joie du public, A travers la carcass' du flic, Tortillant de la croupe et redoublant le pas. Et tous, bandit, couple, loustic, Trottin, cabot, tous, sauf le flic, Tortillant de la croupe et claquetant de la semelle, Suivir'nt à la queue leu leu L'enterrement du flic parbleu, Tortillant de la croupe et redoublant le pas. {2x}

La fille à cent sous

<p>La fille à cent sous</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1961

Du temps que je vivais dans le troisièm' dessous Ivrogne, immonde, infâme Un plus soûlaud que moi, contre un' pièc' de cent sous M'avait vendu sa femme Quand je l'eus mise au lit, quand j'voulus l'étrenner Quand j'fis voler sa jupe Il m'apparut alors qu'j'avais été berné Dans un marché de dupe " Remball' tes os, ma mie, et garde tes appas Tu es bien trop maigrelette Je suis un bon vivant, ça n'me concerne pas D'étreindre des squelettes Retourne à ton mari, qu'il garde les cent sous J'n'en fais pas une affaire " Mais ell' me répondit, le regard en dessous " C'est vous que je préfère J'suis pas bien gross', fit-ell', d'une voix qui se noue Mais ce n'est pas ma faute " Alors, moi, tout ému, j'la pris sur mes genoux Pour lui compter les côtes " Toi qu'j'ai payé cent sous, dis-moi quel est ton nom Ton p'tit nom de baptême? – Je m'appelle Ninette. – Eh bien, pauvre Ninon Console-toi, je t'aime " Et ce brave sac d'os dont j'n'avais pas voulu Même pour une thune M'est entré dans le cœur et n'en sortirait plus Pour toute une fortune Du temps que je vivais dans le troisièm' dessous, Ivrogne, immonde, infâme Un plus soûlaud que moi, contre un' pièc' de cent sous M'avait vendu sa femme

La guerre

<p>La guerre</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1957

A voir le succès que se taille Le moindre récit de bataille, On pourrait en déduire que Les braves gens sont belliqueux.

{Refrain:}

La guerre, C'est sûr, La faire, C'est dur, Coquin de sort! Mais quelle Bell' fête, Lorsqu'elle Est faite, Et qu'on s'en sort! C'est un sacré frisson que donne Au ciné, le canon qui tonne. Il était sans nul doute d'un Autre genre autour de Verdun. Bien qu'on n'ait pas la tête épique Au pays de France, on se pique D'art martial, on se repaît De stratégie en temps de paix. "Allons enfants de la patrie", A tue-tête, on le chante et crie. Qu'on nous dise: "Faut y aller!", On est dans nos petits souliers. C'est beau, les marches militaires, Ça nous fait battre les artères. On semble un peu moins fanfaron, Sitôt qu'on approche du front. Les uniformes et les bottes, Les tuniques et les capotes, C'est à la mode, on les enfile Très volontiers dans le civil… A voir le succès que se taille Le moindre récit de bataille On pourrait en déduire que Les braves gens sont belliqueux.

La guerre de 14-18

<p>La guerre de 14-18</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1962

Depuis que l'homme écrit l'Histoire Depuis qu'il bataille à cœur joie Entre mille et une guerr' notoires Si j'étais t'nu de faire un choix A l'encontre du vieil Homère Je déclarerais tout de suite: "Moi, mon colon, cell' que j'préfère, C'est la guerr' de quatorz'-dix-huit!" Est-ce à dire que je méprise Les nobles guerres de jadis Que je m'soucie comm' d'un'cerise De celle de soixante-dix? Au contrair', je la révère Et lui donne un satisfecit Mais, mon colon, celle que j'préfère C'est la guerr' de quatorz'-dix-huit Je sais que les guerriers de Sparte Plantaient pas leurs epées dans l'eau Que les grognards de Bonaparte Tiraient pas leur poudre aux moineaux Leurs faits d'armes sont légendaires Au garde-à-vous, je les félicite Mais, mon colon, celle que j'préfère C'est la guerr' de quatorz'-dix-huit Bien sûr, celle de l'an quarante Ne m'as pas tout à fait déçu Elle fut longue et massacrante Et je ne crache pas dessus Mais à mon sens, elle ne vaut guère Guèr' plus qu'un premier accessit Moi, mon colon, celle que j' préfère C'est la guerr' de quatorz'-dix-huit Mon but n'est pas de chercher noise Au guérillas, non, fichtre, non Guerres saintes, guerres sournoises Qui n'osent pas dire leur nom, Chacune a quelque chos' pour plaire Chacune a son petit mérite Mais, mon colon, celle que j'préfère C'est la guerr' de quatorz'-dix-huit Du fond de son sac à malices Mars va sans doute, à l'occasion, En sortir une, un vrai délice Qui me fera grosse impression En attendant je persévère A dir' que ma guerr' favorite Cell', mon colon, que j'voudrais faire C'est la guerr' de quatorz'-dix-huit

La légende de la nonne

<p>La légende de la nonne</p>

Paroles: poème de Victor Hugo. Musique: Georges Brassens 1956

Venez, vous dont l'œil étincelle Pour entendre une histoire encor Approchez: je vous dirai celle De doña Padilla del Flor Elle était d'Alanje, où s'entassent Les collines et les halliers Enfants, voici des bœufs qui passent Cachez vos rouges tabliers Il est des filles à Grenade Il en est à Séville aussi Qui, pour la moindre sérénade A l'amour demandent merci Il en est que parfois embrassent Le soir, de hardis cavaliers Enfants, voici des bœufs qui passent Cachez vos rouges tabliers Ce n'est pas sur ce ton frivole Qu'il faut parler de Padilla Car jamais prunelle espagnole D'un feu plus chaste ne brilla Elle fuyait ceux qui pourchassent Les filles sous les peupliers Enfants, voici des bœufs qui passent Cachez vos rouges tabliers Elle prit le voile à Tolède Au grand soupir des gens du lieu Comme si, quand on n'est pas laide On avait droit d'épouser Dieu Peu s'en fallut que ne pleurassent Les soudards et les écoliers Enfants, voici des bœufs qui passent Cachez vos rouges tabliers Or, la belle à peine cloîtrée Amour en son cœur s'installa Un fier brigand de la contrée Vint alors et dit: "Me voilà!" Quelquefois les brigands surpassent En audace les chevaliers Enfants, voici des bœufs qui passent Cachez vos rouges tabliers Il était laid: les traits austères La main plus rude que le gant Mais l'amour a bien des mystères Et la nonne aima le brigand On voit des biches qui remplacent Leurs beaux cerfs par des sangliers Enfants, voici des bœufs qui passent Cachez vos rouges tabliers La nonne osa, dit la chronique Au brigand par l'enfer conduit Aux pieds de Sainte Véronique Donner un rendez-vous la nuit A l'heure où les corbeaux croassent Volant dans l'ombre par milliers Enfants, voici des bœufs qui passent Cachez vos rouges tabliers Or quand, dans la nef descendue La nonne appela le bandit Au lieu de la voix attendue C'est la foudre qui répondit Dieu voulu que ses coups frappassent Les amants par Satan liés Enfants, voici des bœufs qui passent Cachez vos rouges tabliers Cette histoire de la novice Saint Ildefonse, abbé, voulut Qu'afin de préserver du vice Les vierges qui font leur salut Les prieurs la racontassent Dans tous les couvents réguliers Enfants, voici des bœufs qui passent Cachez vos rouges tabliers

La légion d'honneur

<p>La légion d'honneur</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1985

Tous les Brummel, les dandys, les gandins, Il les considérait avec dédain Faisant peu cas de l'élégance il s'ha- Billait toujours au décrochez-moi-ça. Au combat, pour s'en servir de liquette, Sous un déluge d'obus, de roquettes, Il conquit un oriflamme teuton. Cet acte lui valut le grand cordon. Mais il perdit le privilège de S'aller vêtir à la six-quatre-deux, Car ça la fout mal saperlipopette D'avoir des faux plis, des trous à ses bas, De mettre un ruban sur la salopette. La légion d'honneur ça pardonne pas. L'âme du bon feu maistre Jehan Cotart Se réincarnait chez ce vieux fêtard. Tenter de l'empêcher de boire un pot C'était ni plus ni moins risquer sa peau. Un soir d'intempérance, à son insu, Il éteignit en pissotant dessus Un simple commencement d'incendie. On lui flanqua le mérite, pardi! Depuis que n'est plus vierge son revers, Il s'interdit de marcher de travers. Car ça la fout mal d' se rendre dans les vignes, Dites du seigneur, faire des faux pas Quand on est marqué du fatal insigne. La légion d'honneur ça pardonne pas. Grand peloteur de fesses convaincu, Passé maître en l'art de la main au cul, Son dada c'était que la femme eut le Bas de son dos tout parsemé de bleus. En vue de la palper d'un geste obscène, Il a plongé pour sauver de la Seine Une donzelle en train de se noyer, Dame! aussi sec on vous l'a médaillé. Ce petit hochet à la boutonnière Vous le condamne à de bonnes manières. Car ça la fout mal avec la rosette, De tâter, flatter, des filles les appas La louche au valseur; pas de ça Lisette! La légion d'honneur ça pardonne pas. Un brave auteur de chansons malotru Avait une tendance à parler cru, Bordel de dieu, con, pute, et caetera Ornaient ses moindres tradéridéras. Sa muse un soir d'un derrière distrait Pondit, elle ne le fit pas exprès, Une rengaine sans gros mots dedans, On vous le chamarra tambour battant. Et maintenant qu'il porte cette croix, Proférer: "Merde", il n'en a plus le droit. Car ça la fout mal de mettre à ses lèvres De grand commandeur des termes trop bas, D' chanter l' grand vicaire et les trois orfèvres. La légion d'honneur ça pardonne pas.

La marche nuptiale

<p>La marche nuptiale</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1957

Mariage d'amour, mariage d'argent J'ai vu se marier toutes sortes de gens Des gens de basse source et des grands de la terre Des prétendus coiffeurs, des soi-disant notaires Quand même je vivrai jusqu'à la fin des temps Je garderais toujours le souvenir content Du jour de pauvre noce où mon père et ma mère S'allèrent épouser devant Monsieur le Maire C'est dans un char à bœufs, s'il faut parler bien franc Tiré par les amis, poussé par les parents Que les vieux amoureux firent leurs épousailles Après long temps d'amour, long temps de fiançailles Cortège nuptial hors de l'ordre courant La foule nous couvait d'un œil protubérant Nous étions contemplés par le monde futile Qui n'avait jamais vu de noces de ce style Voici le vent qui souffle emportant, crève-cœur Le chapeau de mon père et les enfants de chœur Voilà la pluie qui tombe en pesant bien ses gouttes Comme pour empêcher la noc', coûte que coûte Je n'oublierai jamais la mariée en pleurs Berçant comme un' poupée son gros bouquet de fleurs Moi, pour la consoler, moi, de toute ma morgue Sur mon harmonica jouant les grandes orgues Tous les garçons d'honneur, montrant le poing aux nues Criaient: " Par Jupiter, la noce continue! " Par les homm's décriée, par les dieux contrariée La noce continue et Viv' la mariée!

La marguerite

<p>La marguerite</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1962

La petite Marguerite Est tombée Singulière Du bréviaire De l'abbé Trois pétales De scandale Sur l'autel Indiscrète Pâquerette D'où vient-ell' Dans l'enceinte Sacro-sainte Quel émoi Quelle affaire Oui, ma chère Croyez-moi La frivole Fleur qui vole Arrive en Contrebande Des plat's-bandes Du couvent Notre Père Qui, j'espère Etes aux cieux N'ayez cure Des murmures Malicieux La légère Fleur, peuchère Ne vient pas De nonnettes De cornettes En sabbat Sachez, diantre Qu'un jour, entre Deux ave Sur la pierre D'un calvaire Il l'a trouvée Et l'a mise Chose admise Par le ciel Sans ambages Dans les pages Du missel Que ces messes Basses cessent Je vous en prie Non, le prêtre N'est pas traître A Marie Que personne Ne soupçonne Puis jamais La petite Marguerite Ah! ça mais…

La marine

<p>La marine</p>

Paroles: poème de Paul Fort. Musique: Georges Brassens 1953

autres interprètes: Les Croquants (1999)

On les r'trouve en raccourci Dans nos p'tits amours d'un jour Toutes les joies, tous les soucis Des amours qui durent toujours C'est là l'sort de la marine Et de toutes nos p'tites chéries On accoste. Vite! un bec Pour nos baisers, l'corps avec Et les joies et les bouderies Les fâcheries, les bons retours Il y a tout, en raccourci Des grandes amours dans nos p'tits On a ri, on s'est baisés Sur les neunœils, les nénés Dans les ch'veux à plein bécots Pondus comme des œufs tout chauds Tout c'qu'on fait dans un seul jour! Et comme on allonge le temps! Plus d'trois fois, dans un seul jour Content, pas content, content Y a dans la chambre une odeur D'amour tendre et de goudron Ça vous met la joie au cœur La peine aussi, et c'est bon On n'est pas là pour causer Mais on pense, même dans l'amour On pense que d'main il fera jour Et qu'c'est une calamité C'est là l'sort de la marine Et de toutes nos p'tites chéries On s'accoste. Mais on devine Qu'ça n'sera pas le paradis On aura beau s'dépêcher Faire, bon Dieu! la pige au temps Et l'bourrer de tous nos péchés Ça n'sera pas ça; et pourtant Toutes les joies, tous les soucis Des amours qui durent toujours! On les r'trouve en raccourci Dans nos p'tits amours d'un jour…

La mauvaise herbe

<p>La mauvaise herbe</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1954

autres interprètes: Les Croquants (2004)

Quand l'jour de gloire est arrivé Comm' tous les autr's étaient crevés Moi seul connus le déshonneur De n'pas êtr' mort au champ d'honneur Je suis d'la mauvaise herbe Braves gens, braves gens C'est pas moi qu'on rumine Et c'est pas moi qu'on met en gerbes La mort faucha les autres Braves gens, braves gens Et me fit grâce à moi C'est immoral et c'est comm' ça La la la la la la la la La la la la la la la la Et je m'demande Pourquoi, Bon Dieu Ça vous dérange Que j'vive un peu Et je m'demande Pourquoi, Bon Dieu Ça vous dérange Que j'vive un peu La fille à tout l'monde a bon cœur Ell' me donne au petit bonheur Les p'tits bouts d'sa peau, bien cachés Que les autres n'ont pas touchés Je suis d'la mauvaise herbe Braves gens, braves gens C'est pas moi qu'on rumine Et c'est pas moi qu'on met en gerbes Elle se vend aux autres Braves gens, braves gens Elle se donne à moi C'est immoral et c'est comme ça La la la la la la la la La la la la la la la la Et je m'demande Pourquoi, Bon Dieu Ça vous dérange Qu'on m'aime un peu Et je m'demande Pourquoi, Bon Dieu Ça vous dérange Qu'on m'aime un peu Les hommes sont faits, nous dit-on Pour vivre en bande, comm' les moutons Moi, j'vis seul, et c'est pas demain Que je suivrai leur droit chemin Je suis d'la mauvaise herbe Braves gens, braves gens C'est pas moi qu'on rumine Et c'est pas moi qu'on met en gerbes Je suis d'la mauvaise herbe Braves gens, braves gens Je pousse en liberté Dans les jardins mal fréquentés La la la la la la la la La la la la la la la la Et je m'demande Pourquoi, Bon Dieu Ça vous dérange Que j'vive un peu Et je m'demande Pourquoi, Bon Dieu Ça vous dérange Que j'vive un peu

La mauvaise réputation

<p>La mauvaise réputation</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1952

autres interprètes: Sinsémilia

Au village, sans prétention, J'ai mauvaise réputation. Qu'je m'démène ou qu'je reste coi Je pass' pour un je-ne-sais-quoi! Je ne fait pourtant de tort à personne En suivant mon chemin de petit bonhomme. Mais les brav's gens n'aiment pas que L'on suive une autre route qu'eux, Non les brav's gens n'aiment pas que L'on suive une autre route qu'eux, Tout le monde médit de moi, Sauf les muets, ça va de soi. Le jour du Quatorze Juillet Je reste dans mon lit douillet. La musique qui marche au pas, Cela ne me regarde pas. Je ne fais pourtant de tort à personne, En n'écoutant pas le clairon qui sonne. Mais les brav's gens n'aiment pas que L'on suive une autre route qu'eux, Non les brav's gens n'aiment pas que L'on suive une autre route qu'eux, Tout le monde me montre du doigt Sauf les manchots, ça va de soi. Quand j'croise un voleur malchanceux, Poursuivi par un cul-terreux; J'lance la patte et pourquoi le taire, Le cul-terreux s'retrouv' par terre Je ne fait pourtant de tort à personne, En laissant courir les voleurs de pommes. Mais les brav's gens n'aiment pas que L'on suive une autre route qu'eux, Non les brav's gens n'aiment pas que L'on suive une autre route qu'eux, Tout le monde se rue sur moi, Sauf les culs-de-jatte, ça va de soi. Pas besoin d'être Jérémie, Pour d'viner l'sort qui m'est promis, S'ils trouv'nt une corde à leur goût, Ils me la passeront au cou, Je ne fait pourtant de tort à personne, En suivant les ch'mins qui n'mènent pas à Rome, Mais les brav's gens n'aiment pas que L'on suive une autre route qu'eux, Non les brav's gens n'aiment pas que L'on suive une autre route qu'eux, Tout l'mond' viendra me voir pendu, Sauf les aveugles, bien entendu.

La messe au pendu

<p>La messe au pendu</p>

Paroles: Georges Brassens

Anticlérical fanatique Gros mangeur d'écclésiastiques, Cet aveu me coûte beaucoup, Mais ces hommes d'Eglise, hélas! Ne sont pas tous des dégueulasses, Témoin le curé de chez nous. Quand la foule qui se déchaîne Pendit un homme au bout d'un chêne Sans forme aucune de remords, Ce ratichon fit scandale Et rugit à travers les stalles, "Mort à toute peine de mort!" Puis, on le vit, étrange rite, Qui baptisait les marguerites Avec l'eau de son bénitier Et qui prodiguait les hosties, Le pain bénit, l'Eucharistie, Aux petits oiseaux du moutier. Ensuite, il retroussa ses manches, Prit son goupillon des dimanches Et, plein d'une sainte colère, Il partit comme à l'offensive Dire une grand' messe exclusive A celui qui dansait en l'air. C'est à du gibier de potence Qu'en cette triste circonstance L'Hommage sacré fut rendu. Ce jour là, le rôle du Christ(e), Bonne aubaine pour le touriste, Eté joué par un pendu. Et maintenant quand on croasse, Nous, les païens de sa paroisse, C'est pas lui qu'on veut dépriser. Quand on crie "A bas la calotte" A s'en faire péter la glotte, La sienne n'est jamais visée. Anticléricaux fanatiques Gros mangeur d'écclésiastiques, Quand vous vous goinfrerez un plat De cureton, je vous exhorte, Camarades, à faire en sorte Que ce ne soit pas celui-là.

La non-demande en mariage

<p>La non-demande en mariage</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1966

Ma mie, de grâce, ne mettons Pas sous la gorge à Cupidon Sa propre flèche Tant d'amoureux l'ont essayé Qui, de leur bonheur, ont payé Ce sacrilège…

R:

J'ai l'honneur de Ne pas te de- mander ta main Ne gravons pas Nos noms au bas D'un parchemin Laissons le champs libre à l'oiseau Nous seront tous les deux priso- nniers sur parole Au diable les maîtresses queux Qui attachent les cœurs aux queues Des casseroles!

+R:

Vénus se fait vielle souvent Elle perd son latin devant La lèchefrite A aucun prix, moi je ne veux Effeuiller dans le pot-au-feu La marguerite

+R:

On leur ôte bien des attraits En dévoilant trop les secrets De Mélusine L'encre des billets doux pâlit Vite entre les feuillets des li- vres de cuisine.

+R:

Il peut sembler de tout repos De mettre à l'ombre, au fond d'un pot De confiture La jolie pomme défendue Mais elle est cuite, elle a perdu Son goût "nature"

+R:

De servante n'ai pas besoin Et du ménage et de ses soins Je te dispense Qu'en éternelle fiancée A la dame de mes pensées Toujours je pense

+R:


La première fille

<p>La première fille</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1954

J'ai tout oublié des campagnes D'Austerlitz et de Waterloo D'Italie, de Prusse et d'Espagne De Pontoise et de Landernau Jamais de la vie On ne l'oubliera La première fille Qu'on a pris dans ses bras La première étrangère A qui l'on a dit "tu" Mon cœur, t'en souviens-tu? Comme ell' nous était chère Qu'ell' soit fille honnête Ou fille de rien Qu'elle soit pucelle Ou qu'elle soit putain On se souvient d'elle On s'en souviendra D'la premièr' fill' Qu'on a pris dans ses bras Ils sont partis à tire-d'aile Mes souvenirs de la Suzon Et ma mémoire est infidèle A Julie, Rosette ou Lison Jamais de la vie On ne l'oubliera La première fille Qu'on a pris dans ses bras C'était une bonne affaire Mon cœur, t'en souviens-tu? J'ai changé ma vertu Contre une primevère Qu'ce soit en grand' pompe Comme les gens "bien" Ou bien dans la rue Comm' les pauvr's et les chiens On se souvient d'elle On s'en souviendra D'la premièr' fill' Qu'on a pris dans ses bras Toi qui m'a donné le baptême D'amour et de septième ciel Moi, je te garde et, moi, je t'aime Dernier cadeau du Pèr' Noël Jamais de la vie On ne l'oubliera La première fille Qu'on a pris dans ses bras On a beau fair' le brave Quand elle s'est mise nue Mon cœur, t'en souviens-tu? On n'en menait pas large Bien d'autres, sans doute Depuis sont venues Oui, mais, entre tout's Cell's qu'on a connues Elle est la dernière Que l'on oubliera La premièr' fill' Qu'on a pris dans ses bras

La prière

<p>La prière</p>

Paroles: Poème de Francis Jammes. Musique: Georges Brassens 1955 "Georges Brassens et sa guitare no.3"

autres interprètes: Frida Boccara, Hugues Aufray (1970), Damien Saez (2001)

Par le petit garçon qui meurt près de sa mère Tandis que des enfants s'amusent au parterre Et par l'oiseau blessé qui ne sait pas comment Son aile tout à coup s'ensanglante et descend Par la soif et la faim et le délire ardent Je vous salue, Marie. Par les gosses battus, par l'ivrogne qui rentre Par l'âne qui reçoit des coups de pied au ventre Et par l'humiliation de l'innocent châtié Par la vierge vendue qu'on a déshabillée Par le fils dont la mère a été insultée Je vous salue, Marie. Par la vieille qui, trébuchant sous trop de poids S'écrie: " Mon Dieu! " par le malheureux dont les bras Ne purent s'appuyer sur une amour humaine Comme la Croix du Fils sur Simon de Cyrène Par le cheval tombé sous le chariot qu'il traîne Je vous salue, Marie. Par les quatre horizons qui crucifient le monde Par tous ceux dont la chair se déchire ou succombe Par ceux qui sont sans pieds, par ceux qui sont sans mains Par le malade que l'on opère et qui geint Et par le juste mis au rang des assassins Je vous salue, Marie. Par la mère apprenant que son fils est guéri Par l'oiseau rappelant l'oiseau tombé du nid Par l'herbe qui a soif et recueille l'ondée Par le baiser perdu par l'amour redonné Et par le mendiant retrouvant sa monnaie Je vous salue, Marie.

La princesse et le croque-notes

<p>La princesse et le croque-notes</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens

autres interprètes: Michel Rivard

Jadis, au lieu du jardin que voici, C'etait la zone et tout ce qui s'ensuit, Des masures des taudis insolites, Des ruines pas romaines pour un sou. Quant à la faune habitant la dessous C'etait la fine fleur c'etait l'élite. La fine fleur, l'élite du pavé. Des besogneux des gueux des réprouvés, Des mendiants rivalisant de tares, Des chevaux de retour des propres à rien, Ainsi qu'un croque-note, un musicien, Une épave accrochée à sa guitare. Adoptée par ce beau monde attendri, Une petite fée avait fleuri Au milieu de toute cette bassesse. Comme on l'avait trouvée pres du ruisseau, Abandonnée en un somptueux berceau, A tout hasard on l'appelait "princesse". Or, un soir, Dieu du ciel, protégez nous! La voila qui monte sur les genoux Du croque-note et doucement soupire, En rougissant quand meme un petit peu: "C'est toi que j'aime et si tu veux tu peux M'embrasser sur la bouche et même pire…" "- Tout beau, princesse arrete un peu ton tir, J'ai pas tellement l'étoffe du satyr', Tu a treize ans,j'en ai trente qui sonnent, Grosse différence et je ne suis pas chaud Pour tater d'la paille humide du cachot… – Mais croque-not',j'dirais rien à personne…" – N'insiste pas fit-il d'un ton railleur, D'abord tu n'es pas mon genre et d'ailleurs Mon cœur est dejà pris par une grande…" Alors princesse est partie en courant, Alors princesse est partie en pleurant, Chagrine qu'on ait boudé son offrande. Y a pas eu détournement de mineure, Le croque-note au matin, de bonne heure, A l'anglaise a filé dans la charette Des chiffonniers en grattant sa guitare. Passant par là quelques vingt ans plus tard, Il a le sentiment qu'il le regrette.

La religieuse

<p>La religieuse</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1969

Tous les cœurs se rallient à sa blanche cornette, Si le chrétien succombe à son charme insidieux, Le païen le plus sûr, l'athé' le plus honnête Se laisseraient aller parfois à croire en Dieu. Et les enfants de chœur font tinter leur sonnette… Il paraît que, dessous sa cornette fatale Qu'elle arbore à la messe avec tant de rigueur, Cette petite sœur cache, c'est un scandale! Une queu' de cheval et des accroche-cœurs. Et les enfants de chœur s'agitent dans les stalles… Il paraît que, dessous son gros habit de bure, Elle porte coquettement des bas de soi', Festons, frivolités, fanfreluches, guipures, Enfin tout ce qu'il faut pour que le diable y soit. Et les enfants de chœur ont des pensées impures… Il paraît que le soir, en voici bien d'une autre! A l'heure où ses consœurs sont sagement couché's Ou débitent pieusement des patenôtres, Elle se déshabille devant sa psyché. Et les enfants de chœur ont la fièvre, les pauvres… Il paraît qu'à loisir elle se mire nue, De face, de profil, et même, hélas! de dos, Après avoir, sans gêne, accroché sa tenue Aux branches de la croix comme au portemanteau. Chez les enfants de chœur le malin s'insinue… Il paraît que, levant au ciel un œil complice, Ell' dit: "Bravo, Seigneur, c'est du joli travail! " Puis qu'elle ajoute avec encor plus de malice: "La cambrure des reins, ça, c'est une trouvaille! " Et les enfants de chœur souffrent un vrai supplice… Il paraît qu'à minuit, bonne mère, c'est pire: On entend se mêler, dans d'étranges accords, La voix énamouré' des anges qui soupirent Et celle de la sœur criant " Encor! Encor! " Et les enfants de chœur, les malheureux, transpirent… Et monsieur le curé, que ces bruits turlupinent, Se dit avec raison que le brave Jésus Avec sa tête, hélas! déjà chargé' d'épines, N'a certes pas besoin d'autre chose dessus. Et les enfants de chœur, branlant du chef, opinent… Tout ça, c'est des faux bruits, des ragots, des sornettes, De basses calomni's par Satan répandu's. Pas plus d'accroche-cœurs sous la blanche cornette Que de queu' de cheval, mais un crâne tondu. Et les enfants de chœur en font, une binette… Pas de troubles penchants dans ce cœur rigoriste, Sous cet austère habit pas de rubans suspects. On ne verra jamais la corne au front du Christ, Le veinard sur sa croix peut s'endormir en paix, Et les enfants de chœur se masturber, tout tristes…

La romance de la pluie

<p>La romance de la pluie</p>

Paroles: A.Hornez. Musique: J.Stern, J.Meskiel

J'adore entendre le gai flic-flac, Le son joyeux de la goutte d'eau Qui tombe et qui claqu', Ce clapotis qu'en pizzicato Font les petit's flaqu's, C'est la romance de la pluie… Si quand il pleut mon cour fait tic-tac, C'est que le jour où je t'ai connu L'eau tombait en vrac Aussi depuis j'ai mieux retenu Qu'un air d'Offenbach Cette romance de la pluie… Quand elle nous arrose La rose fleurit Donc, moi je suppose Qu'elle fait s'épanouir notre amour aussi Voilà pourquoi j'aime le flic-clac Le son joyeux de la goutte d'eau Qui tombe et qui claqu' Puisque mon cour fait comme un duo Avec le tic-tac De la romance de la pluie…

La ronde des jurons

<p>La ronde des jurons</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1958

Voici la ron- de des jurons Qui chantaient clair, qui dansaient rond Quand les Gaulois De bon aloi Du franc-parler suivaient la loi Jurant par-là Jurant par-ci Jurant à langue raccourcie Comme des grains de chapelet Les joyeux jurons défilaient Tous les morbleus, tous les ventrebleus Les sacrebleus et les cornegidouilles Ainsi, parbleu, que les jarnibleus Et les palsambleus Tous les cristis, les ventres saint-gris Les par ma barbe et les noms d'une pipe Ainsi, pardi, que les sapristis Et les sacristis Sans oublier les jarnicotons Les scrogneugneus et les bigr's et les bougr's Les saperlottes, les cré nom de nom Les pestes, et pouah, diantre, fichtre et foutre Tous les Bon Dieu Tous les vertudieux Tonnerr' de Brest et saperlipopette Ainsi, pardieu, que les jarnidieux Et les pasquedieux Quelle pitié Les charretiers Ont un langage châtié Les harengères Et les mégères Ne parlent plus à la légère Le vieux catéchisme poissard N'a guèr' plus cours chez les hussards Ils ont vécu, de profundis Les joyeux jurons de jadis Tous les morbleus, tous les ventrebleus Les sacrebleus et les cornegidouilles Ainsi, parbleu, que les jarnibleus Et les palsambleus Tous les cristis, les ventres saint-gris Les par ma barbe et les noms d'une pipe Ainsi, pardi, que les sapristis Et les sacristis Sans oublier les jarnicotons Les scrogneugneus et les bigr's et les bougr's Les saperlottes, les cré nom de nom Les pestes, et pouah, diantre, fichtre et foutre Tous les Bon Dieu Tous les vertudieux Tonnerr' de Brest et saperlipopette Ainsi, pardieu, que les jarnidieux Et les pasquedieux

La rose, la bouteille et la poignée de main

<p>La rose, la bouteille et la poignée de main</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1969

Cette rose avait glissé de La gerbe qu'un héros gâteux Portait au monument aux Morts. Comme tous les gens levaient leurs Yeux pour voir hisser les couleurs, Je la recueillis sans remords. Et je repris ma route et m'en allai quérir, Au p'tit bonheur la chance, un corsage à fleurir. Car c'est une des pir's perversions qui soient Que de garder une rose par-devers soi. La première à qui je l'offris Tourna la tête avec mépris, La deuxième s'enfuit et court Encore en criant "Au secours! " Si la troisième m'a donné Un coup d'ombrelle sur le nez, La quatrième, c'est plus méchant, Se mit en quête d'un agent. Car, aujourd'hui, c'est saugrenu, Sans être louche, on ne peut pas Fleurir de belles inconnu's. On est tombé bien bas, bien bas… Et ce pauvre petit bouton De rose a fleuri le veston D'un vague chien de commissaire, Quelle misère! Cette bouteille était tombé' De la soutane d'un abbé Sortant de la messe ivre mort. Une bouteille de vin fin Millésimé, béni, divin, Je la recueillis sans remords. Et je repris ma route en cherchant, plein d'espoir, Un brave gosier sec pour m'aider à la boire. Car c'est une des pir's perversions qui soient Que de garder du vin béni par-devers soi. Le premier refusa mon verre En me lorgnant d'un œil sévère, Le deuxième m'a dit, railleur, De m'en aller cuver ailleurs. Si le troisième, sans retard, Au nez m'a jeté le nectar, Le quatrième, c'est plus méchant, Se mit en quête, d'un agent. Car, aujourd'hui, c'est saugrenu, Sans être louche, on ne peut pas Trinquer avec des inconnus. On est tombé bien bas, bien bas… Avec la bouteille de vin fin Millésimé, béni, divin, Les flics se sont rincé la dalle, Un vrai scandale! Cette pauvre poigné' de main Gisait, oubliée, en chemin, Par deux amis fâchés à mort. Quelque peu décontenancé', Elle était là, dans le fossé. Je la recueillis sans remords. Et je repris ma route avec l'intention De faire circuler la virile effusion, Car c'est une des pir's perversions qui soient Qu' de garder une poigné' de main par-devers soi. Le premier m'a dit: "Fous le camp! J'aurais peur de salir mes gants." Le deuxième, d'un air dévot, Me donna cent sous, d'ailleurs faux. Si le troisième, ours mal léché, Dans ma main tendue a craché, Le quatrième, c'est plus méchant, Se mit en quête d'un agent. Car, aujourd'hui, c'est saugrenu, Sans être louche, on ne peut pas Serrer la main des inconnus. On est tombé bien bas, bien bas… Et la pauvre poigné' de main, Victime d'un sort inhumain, Alla terminer sa carrière A la fourrière!

La route aux quatre chansons

<p>La route aux quatre chansons</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1964

J'ai pris la route de Dijon Pour voir un peu la Marjolaine La belle, digue digue don Qui pleurait près de la fontaine Mais elle avait changé de ton Il lui fallait des ducatons Dedans son bas de laine Pour n'avoir plus de peine Elle m'a dit: " Tu viens, chéri? Et si tu me payes un bon prix Aux anges je t'emmène Digue digue don daine " La Marjolain' pleurait surtout Quand elle n'avait pas de sous La Marjolain' de la chanson Avait de plus nobles façons J'ai passé le pont d'Avignon Pour voir un peu les belles dames Et les beaux messieurs tous en rond Qui dansaient, dansaient, corps et âmes Mais ils avaient changé de ton Ils faisaient fi des rigodons Menuets et pavanes Tarentelles, sardanes Et les bell's dam's m'ont dit ceci " Etranger, sauve-toi d'ici Ou l'on donne l'alarme Aux chiens et aux gendarmes " Quelle mouch' les a donc piquées Ces belles dam's si distinguées Les belles dam's de la chanson Avaient de plus nobles façons Je me suis fait fair' prisonnier Dans les vieilles prisons de Nantes Pour voir la fille du geôlier Qui, paraît-il, est avenante Mais elle avait changé de ton Quand j'ai demandé: " Que dit-on Des affaires courantes Dans la ville de Nantes? " La mignonne m'a répondu " On dit que vous serez pendu Aux matines sonnantes Et j'en suis bien contente " Les geôlières n'ont plus de cœur Aux prisons de Nante' et d'ailleurs La geôlière de la chanson Avait de plus nobles façons Voulant mener à bonne fin Ma folle course vagabonde Vers mes pénates je revins Pour dormir auprès de ma blonde Mais elle avait changé de ton Avec elle, sous l'édredon Il y avait du monde Dormant près de ma blonde J'ai pris le coup d'un air blagueur Mais, en cachette, dans mon cœur La peine était profonde L'chagrin lâchait la bonde Hélas! du jardin de mon père La colombe s'est fait la paire Par bonheur, par consolation Me sont restées les quatr' chansons

La tondue

<p>La tondue</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1964

La belle qui couchait avec le roi de Prusse Avec le roi de Prusse A qui l'on a tondu le crâne rasibus Le crâne rasibus Son penchant prononcé pour les " ich liebe dich ", Pour les " ich liebe dich " Lui valut de porter quelques cheveux postich's Quelques cheveux postich's Les braves sans-culott's et les bonnets phrygiens Et les bonnets phrygiens Ont livre sa crinière à un tondeur de chiens A un tondeur de chiens J'aurais dû prendre un peu parti pour sa toison Parti pour sa toison J'aurais dû dire un mot pour sauver son chignon Pour sauver son chignon Mais je n'ai pas bougé du fond de ma torpeur Du fond de ma torpeur Les coupeurs de cheveux en quatre m'ont fait peur En quatre m'ont fait peur Quand, pire qu'une brosse, elle eut été tondue Elle eut été tondue J'ai dit: " C'est malheureux, ces accroch'-cœur perdus Ces accroch'-cœur perdus " Et, ramassant l'un d'eux qui traînait dans l'ornière Qui traînait dans l'ornière Je l'ai, comme une fleur, mis à ma boutonnière Mis à ma boutonnière En me voyant partir arborant mon toupet Arborant mon toupet Tous ces coupeurs de natt's m'ont pris pour un suspect M'ont pris pour un suspect Comme de la patrie je ne mérite guère Je ne mérite guère J'ai pas la Croix d'honneur, j'ai pas la croix de guerre J'ai pas la croix de guerre Et je n'en souffre pas avec trop de rigueur Avec trop de rigueur J'ai ma rosette à moi: c'est un accroche-cœur C'est un accroche-cœur

La traitresse

<p>La traitresse</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1961

J'en appelle à la mort, je l'attends sans frayeur Je n'tiens plus à la vie, je cherche un fossoyeur Qu'aurait un' tombe à vendre à n'importe quel prix J'ai surpris ma maîtresse au bras de son mari Ma maîtresse, la traîtresse! J'croyais tenir l'amour au bout de mon harpon Mon p'tit drapeau flottait au cœur d'madam' Dupont Mais tout est consommé: hier soir, au coin d'un bois J'ai surpris ma maîtresse avec son mari, pouah Ma maîtresse, la traîtresse! Trouverais-je les noms, trouverais-je les mots Pour noter d'infamie cet enfant de chameau Qu'a choisi son époux pour tromper son amant Qu'a conduit l'adultère à son point culminant Ma maîtresse, la traîtresse! Où donc avais-j'les yeux? Quoi donc avais-j' dedans? Pour pas m'être aperçu depuis un certain temps Que, quand ell' m'embrassait, ell' semblait moins goulue Et faisait des enfants qui n'me ressemblaient plus Ma maîtresse, la traîtresse! Et pour bien m'enfoncer la corne dans le cœur Par un raffinement satanique, moqueur La perfide, à voix haute, a dit à mon endroit " Le plus cornard des deux n'est point celui qu'on croit " Ma maîtresse, la traîtresse! J'ai surpris les Dupont, ce couple de marauds En train d'recommencer leur hymen à zéro J'ai surpris ma maîtresse équivoque, ambiguë En train d'intervertir l'ordre de ses cocus Ma maîtresse, la traîtresse!

Le 22 septembre

<p>Le 22 septembre</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1964

Un vingt-deux de septembre au diable vous partites, Et, depuis, chaque année, à la date susdite, Je mouillais mon mouchoir en souvenir de vous… Or, nous y revoilà, mais je reste de pierre, Plus une seule larme à me mettre aux paupières: Le vingt-deux de septembre, aujourd'hui, je m'en fous. On ne reverra plus au temps des feuilles mortes, Cette âme en peine qui me ressemble et qui porte Le deuil de chaque feuille en souvenir de vous… Que le brave Prévert et ses escargots veuillent Bien se passer de moi pour enterrer les feuilles: Le vingt-deux de septembre, aujourd'hui, je m'en fous. Jadis, ouvrant mes bras comme une paire d'ailes, Je montais jusqu'au ciel pour suivre l'hirondelle Et me rompais les os en souvenir de vous… Le complexe d'Icare à présent m'abandonne, L'hirondelle en partant ne fera plus l'automne: Le vingt-deux de septembre, aujourd'hui, je m'en fous. Pieusement noué d'un bout de vos dentelles, J'avais, sur ma fenêtre, un bouquet d'immortelles Que j'arrosais de pleurs en souvenir de vous… Je m'en vais les offrir au premier mort qui passe, Les regrets éternels à présent me dépassent: Le vingt-deux de septembre, aujourd'hui, je m'en fous. Désormais, le petit bout de coeur qui me reste Ne traversera plus l'équinoxe funeste En battant la breloque en souvenir de vous… Il a craché sa flamme et ses cendres s'éteignent, A peine y pourrait-on rôtir quatre châtaignes: Le vingt-deux de septembre, aujourd'hui, je m'en fous. Et c'est triste de n'être plus triste sans vous

Le bateau de pêche

<p>Le bateau de pêche</p>

Paroles: A.Hornez. Musique: P.Misraki 1937

note: BO du film "Le chanteur de minuit"

C'était un petit tout petit voilier Un petit bateau de pêche On l'avait bâti d'un bout de papier Et d'un vieux noyau de pêche Dans un petit port entre deux roseaux On l'avait mis à l'amarre Il appareillait dès qu'il faisait beau Pour naviguer sur la mare Mais un jour le petit bateau fit un rêve A son tour il voulut entreprendre un voyage au long cours Alors il s'en fut magnifiquement Tout là bas vers les tropiques La vie qu'il menait lui donnait vraiment Des idées misanthropiques En l'apercevant chaque nénuphar Craignait qu'un malheur n'arrive Et le ver luisant qui servait de phare Lui criait rejoins la rive Mais il répondit d'un air malséant Je ne crains pas les déboires Aussi bien le fleuve et les océans Ce n'est pas la mer à boire Quel plaisir de voguer ainsi sur les ondes Quel plaisir de pouvoir naviguer au gré de son désir Le ciel est tout bleu et le vent léger Tous ces braves gens divaguent Je me moque bien d'ailleurs du danger Car je n'ai pas peur des vagues Il ne savait pas qu'à côté de lui Un canard faisait trempette Pour notre bateau qui était si petit Cela fit une tempête Et rapidement je vous en réponds Les événements se gâtent L'eau s'est engouffrée dans les entreponts Adieu la jolie frégate Sauve qui peut criait le navire en détresse Sauve qui peut je ne vais plus jamais revoir le beau ciel bleu Et tout en pleurant sa vie d'autrefois Le petit bateau chavire Ça prouve qu'il faut demeurer chez soi Quand on n'est qu'un petit navire

Le bistrot

<p>Le bistrot</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1960

Dans un coin pourri Du pauvre Paris Sur une place L'est un vieux bistrot Tenu pas un gros Dégueulasse. Si t'as le bec fin S'il te faut du vin De première classe Va boire à Passy Le nectar d'ici Te dépasse. Mais si t'as l'gosier Qu'une armure d'acier Matelasse Goûte à ce velours Ce petit bleu lourd De menaces. Tu trouveras là La fine fleur de la Populace Tous les marmiteux Les calamiteux De la place Qui viennent en rang Comme les harengs Voir en face La belle du bistrot La femme à ce gros Dégueulasse. Que je boive à fond L'eau de toutes les fon- – taines Wallace, Si, dès aujourd'hui Tu n'es pas séduit Par la grâce. De cette jolie fée Qui, d'un bouge, a fait Un palace. Avec ses appas Du haut jusqu'en bas Bien en place. Ces trésors exquis Qui les embrasse, qui Les enlace? Vraiment, c'en est trop! Tout ça pour ce gros Dégueulasse! C'est injuste et fou Mais que voulez-vous Qu'on y fasse? L'amour se fait vieux Il a plus les yeux Bien en face. Si tu fais ta cour Tâche que tes discours Ne l'agacent. Sois poli, mon gars Pas de geste ou ga- – re à la casse. Car sa main qui claqu'e Punit d'un flic-flac Les audaces. Certes, il n'est pas né Qui mettra le nez Dans sa tasse. Pas né, le chanceux Qui dégèl'ra ce Bloc de glace Qui fera dans l'dos Les cornes à ce gros Dégueulasse. Dans un coin pourri Du pauvre Paris Sur une place Une espèce de fée D'un vieux bouge a fait Un palace.

Le blason

<p>Le blason</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1972

Ayant avecques lui toujours fait bon ménage J'eusse aimé célébrer sans être inconvenant Tendre corps féminin ton plus bel apanage Que tous ceux qui l'ont vu disent hallucinant. Ceût été mon ultime chant mon chant du cygne Mon dernier billet doux mon message d'adieu Or malheureusement les mots qui le désignent Le disputent à l'exécrable à l'odieux. C'est la grande pitié de la langue française C'est son talon d'Achille et c'est son déshonneur De n'offrir que des mots entachés de bassesse A cette incomparable instrument de bonheur. Alors que tant de fleurs ont des noms poétiques Tendre corps féminin' c'est fort malencontreux Que la fleur la plus douce la plus érotique Et la plus enivrante en ait de plus scabreux. Mais le pire de tous est un petit vocable De trois lettres pas plus familier coutumier Il est inexplicable il est irrévocable Honte à celui-là qui l'employa le premier Honte à celui-là qui par dépit par gageure Dota de même terme en son fiel venimeux Ce grand ami de l'homme et la cinglante injure Celui-là c'est probable en était un fameux. Misogyne à coup sûr asexué sans doute Au charmes de Vénus absolument rétif Etait ce bougre qui toute honte bue toute Fit ce rapprochement d'ailleurs intempestif. La malpeste soit de cette homonymie C'est injuste madame et c'est désobligeant Que ce morceau de roi de votre anatomie Porte le même nom qu'une foule de gens. Fasse le ciel qu'un jour, dans un trait de génie Un poète inspiré que Pégase soutient Donne en effaçant d'un coup des siècles d'avanie A cette vraie merveille un joli nom chrétien En attendant madame il semblerait dommage Et vos adorateurs en seraient tous peinés D'aller perdre de vue que pour lui rendre hommage Il est d'autre moyen et que je les connais Et que je les connais.

Le bleu des bleuets

<p>Le bleu des bleuets</p>

Paroles: Edmond Haraucourt. Musique: Marcel Legay 1892

autres interprètes: Yvonne Darle, Blanche Féline (1935), André Pasdoc (1939), Jean Lumière (1958), Anne Sandrine (1960), Colette Renard (1961), Marcel Nobla (1966), Jack Lantier (1978), Georges Brassens (1980)

Dans leur fraise, leurs collerettes Liserons, roses et pâquerettes J'aime le myrte et les muguets Les lilas et la primevère Mais la couleur que je préfère C'est le bleu, le bleu des bleuets. {x2} Oh, le velours brun des pensées L'oranger blanc des fiancées Les lourds glaïeuls, les lys fluets L'or du soleil morne et sévère Mais la couleur que je préfère C'est le bleu, le bleu des bleuets. {x2} Dans les blés blonds courons, ma mie Avec une grâce endormie Les bleuets font des menuets Mon amour les prit pour emblème Et c'est mon propre amour que j'aime Dans le bleu, le bleu des bleuets. {x2}

Le bulletin de santé

<p>Le bulletin de santé</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1966

J'ai perdu mes bajou's, j'ai perdu ma bedaine, Et, ce, d'une façon si nette, si soudaine, Qu'on me suppose un mal qui ne pardonne pas, Qui se rit d'Esculape et le laisse baba. Le monstre du Loch Ness ne faisant plus recette Durant les moments creux dans certaines gazettes, Systématiquement, les nécrologues jou'nt, À me mettre au linceul sous des feuilles de chou. Or, lassé de servir de tête de massacre, Des contes à mourir debout qu'on me consacre, Moi qui me porte bien, qui respir' la santé, Je m'avance et je cri' toute la vérité. Toute la vérité, messieurs, je vous la livre Si j'ai quitté les rangs des plus de deux cents livres, C'est la faute à Mimi, à Lisette, à Ninon, Et bien d'autres, j'ai pas la mémoire des noms. Si j'ai trahi les gros, les joufflus, les obèses, C'est que je baise, que je baise, que je baise Comme un bouc, un bélier, une bête, une brut', Je suis hanté: le rut, le rut, le rut, le rut! Qu'on me comprenne bien, j'ai l'âme du satyre Et son comportement, mais ça ne veut point dire Que j'en ai' le talent, le géni', loin s'en faut! Pas une seule encor' ne m'a crié " bravo! " Entre autres fines fleurs, je compte, sur ma liste Rose, un bon nombre de femmes de journalistes Qui, me pensant fichu, mettent toute leur foi A m'donner du bonheur une dernière fois. C'est beau, c'est généreux, c'est grand, c'est magnifique! Et, dans les positions les plus pornographiques, Je leur rends les honneurs à fesses rabattu's Sur des tas de bouillons, des paquets d'invendus. Et voilà ce qui fait que, quand vos légitimes Montrent leurs fesse' au peuple ainsi qu'à vos intimes, On peut souvent y lire, imprimés à l'envers, Les échos, les petits potins, les faits divers. Et si vous entendez sourdre, à travers les plinthes Du boudoir de ces dam's, des râles et des plaintes, Ne dites pas: "C'est tonton Georges qui expire ", Ce sont tout simplement les anges qui soupirent. Et si vous entendez crier comme en quatorze: "Debout! Debout les morts! " ne bombez pas le torse, C'est l'épouse exalté' d'un rédacteur en chef Qui m'incite à monter à l'assaut derechef. Certe', il m'arrive bien, revers de la médaille, De laisser quelquefois des plum's à la bataille… Hippocrate dit: " Oui, c'est des crêtes de coq", Et Gallien répond "Non, c'est des gonocoqu's… " Tous les deux ont raison. Vénus parfois vous donne De méchants coups de pied qu'un bon chrétien pardonne, Car, s'ils causent du tort aux attributs virils, Ils mettent rarement l'existence en péril. Eh bien, oui, j'ai tout ça, rançon de mes fredaines. La barque pour Cythère est mise en quarantaine. Mais je n'ai pas encor, non, non, non, trois fois non, Ce mal mystérieux dont on cache le nom. Si j'ai trahi les gros, les joufflus, les obèses, C'est que je baise, que je baise, que je baise Comme un bouc, un bélier, une bête, une brut', Je suis hanté: le rut, le rut, le rut, le rut!

Le cauchemar

<p>Le cauchemar</p>

Paroles: Georges Brassens

Sa majesté n'avait pas l'air d'un Cypriote, D'un Belge, un Suisse, un Ecossais, Mais tout bonnement hélas! d'un d' nos compatriotes, Dans mon rêve le roi des cons était Français. Quand un olibrius portait une couronne, Tous en chœur on applaudissait, Nous les fiers descendants du général Cambronne, Dans mon rêve où le roi des cons était Français. Et tous comme un seul homme, on courait à l'embauche Dès qu'un botteur de culs passait, Tendant les miches à droite, tendant les miches à gauche, Dans mon rêve où le roi des cons était Français. Dupont, Durand, Dubois, Duval, Dupuis, Duchêne, A nos fusils la fleur poussait, Toujours prêts à nous fair' descendre à la prochaine, Dans mon rêve où le roi des cons était Français. On prenait la Bastille, et la chose étant faite, Sur la plac' publique on dansait, Pour en bâtir une autre à la fin de la fête, Dans mon rêve où le roi des cons était Français. Entre deux coups de chien, on s'occupait de fesses, On s'embrassait, on s'enlaçait, Afin que des cocus continuât l'espèce, Dans mon rêve où le roi des cons était Français. Quand je sautai du lit, que j'entendis la somme De balivernes qui florissaient, J'eus comme l'impression d' êtr' pas sorti d' mon somme, De mon rêve où le roi des cons était Français. Sa majesté n'avait pas l'air d'un Cypriote, D'un Belge, un Suisse, un Ecossais, Mais tout bonnement hélas d'un d' nos compatriotes, Dans mon rêve le roi des cons était Français.

Le chemin de ma belle

<p>Le chemin de ma belle</p>

Paroles: L.Poterat. Musique: Paul Misraki

Tous les chemins ont un air de famille Sur les chemins y a toujours des pays Dans les pays y a toujours des bell's filles Et chaque fille en passant nous sourit.

{Refrain:}

Qu'il est long le chemin Qui conduit à ma belle Qu'il est long le chemin Qui conduit à l'amour Mais c'est un beau chemin Puisqu'il mène à ma belle, Mais c'est un beau chemin Puisqu'il mène à l'amour. Qu'il est long le chemin. À sa fenêtre une vieille nous guette Et son tricot tombe sur ses genoux. Sa main tremblante ajuste ses lunettes Toute pareille aux vieilles de chez nous.

{au Refrain}

Sur chaque porte, une belle aux yeux tendres En nous voyant gaiement crie: " Les voilà! " Chacune alors a l'air de nous attendre, Chacun lui fait un signe de son bras.

{au Refrain}

Oui mais bientôt, sur une route blanche Vont refleurir tous les champs alentour Le cour joyeux sous un ciel de dimanche Nous reprendrons le chemin du retour.

{au Refrain}


Le cocu

<p>Le cocu</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1958

Comme elle n'aime pas beaucoup la solitude Cependant que je pêche et que je m'ennoblis Ma femme sacrifie à sa vieille habitude De faire, à tout venant, les honneurs de mon lit Eh! oui, je suis cocu, j'ai du cerf sur la tête On fait force de trous dans ma lune de miel Ma bien-aimée ne m'invite plus à la fête Quand ell' va faire un tour jusqu'au septième ciel Au péril de mon cœur, la malheureuse écorne Le pacte conjugal et me le déprécie Que je ne sache plus où donner de la corne Semble bien être le cadet de ses soucis Les galants de tout poil viennent boire en mon verre Je suis la providence des écornifleurs On cueille dans mon dos la tendre primevère Qui tenait le dessus de mon panier de fleurs En revenant fourbu de la pêche à la ligne Je les surprends tout nus dans leurs débordements Conseillez-leur le port de la feuille de vigne Ils s'y refuseront avec entêtement Souiller mon lit nuptial, est-c' que ça les empêche De garder les dehors de la civilité? Qu'on me demande au moins si j'ai fait bonne pêche Qu'on daigne s'enquérir enfin de ma santé De grâce, un minimum d'attentions délicates Pour ce pauvre mari qu'on couvre de safran Le cocu, d'ordinaire, on le choie, on le gâte On est en fin de compte un peu de ses parents A l'heure du repas, mes rivaux détestables Ont encor ce toupet de lorgner ma portion Ça leur ferait pas peur de s'asseoir à ma table Cocu, tant qu'on voudra, mais pas amphitryon Partager sa moitié, est-c' que cela comporte Que l'on partage aussi la chère et la boisson? Je suis presque obligé de les mettre à la porte Et bien content s'ils n'emportent pas mes poissons Bien content qu'en partant ces mufles ne s'égarent Pas à mettre le comble à leur ignominie En sifflotant " Il est cocu, le chef de gare… " Parc' que, le chef de gar', c'est mon meilleur ami

Le coeur à l'automne

<p>Le coeur à l'automne</p>

Paroles: Pierre Louki. Musique: Georges Brassens

Quand la musique entra chez moi – que nul ne s'étonne – J'avais, ça m'arrive parfois, le cœur à l'automne. C'était un air en demi-teinte, Mi-joie et moitié plainte. Je lui ai dit: "Le temps est fou, Le vent du dehors vous chiffonne. Etendez-vous donc sur mon magnétophone Et reposez-vous." Je n'avais ouï de longtemps musique pareille. Je n'en croyais en l'écoutant mes grandes oreilles. Elle me dit: "J'ai quitté mon maître, Un saut par la fenêtre. Il me gardait depuis cinq ans En me promettant des paroles. J'étais nue et nue ça n'est pas toujours drôle. J'ai foutu le camp." Moi qui suis un peu parolier, jugez de l'aubaine. "Je peux, dis-je, vous habiller. Oubliez vos peines. Je sais les mots faits pour vous plaire Et j'ai deux dictionnaires." Elle répondit: "Va pour l'essai. Vous me paraissez brave type. Lui aussi l'était mais il fumait la pipe, Ça m' faisait tousser." Et la mélodie envolée d'une autre guitare, Avec mes mots s'est installée dans mon répertoire. Et bien que je sois sans moustaches, A moi elle s'attache. Et les soirs où je me sens vieux, Lorsque j'ai le cœur à l'automne, Elle insiste un peu pour que je la chantonne. Alors ça va mieux.

Le fantôme

<p>Le fantôme</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1966

C'était tremblant, c'était troublant, C'était vêtu d'un drap tout blanc, Ça présentait tous les symptômes, Tous les dehors de la vision, Les faux airs de l'apparition, En un mot, c'était un fantôme! A sa manière d'avancer, A sa façon de balancer Les hanches quelque peu convexes, Je compris que j'avais affaire A quelqu'un du genr' que j'prefère: A un fantôme du beau sexe. " Je suis un p'tit poucet perdu, Me dit-ell', d'un' voix morfondue, Un pauvre fantôme en déroute. Plus de trace des feux follets, Plus de trace des osselets Dont j'avais jalonné ma route! " " Des poèt's sans inspiration Auront pris – quelle aberration! – Mes feux follets pour des étoiles. De pauvres chiens de commissaire Auront croqué – quelle misère! – Mes oss'lets bien garnis de moelle. " " A l'heure où le coq chantera, J'aurai bonn' mine avec mon drap Hein de faux plis et de coutures! Et dans ce siècle profane où Les gens ne croient plus guère à nous, On va crier à l'imposture. " Moi, qu'un chat perdu fait pleurer, Pensez si j'eus le cœur serré Devant l'embarras du fantôme. " Venez, dis-je en prenant sa main, Que je vous montre le chemin, Que je vous reconduise at home " L'histoire finirait ici, Mais la brise, et je l'en r'mercie, Troussa le drap d'ma cavalière… Dame, il manquait quelques oss'lets, Mais le reste, loin d'être laid, Etait d'un' grâce singulière. Mon Cupidon, qui avait la Flèche facile en ce temps-là, Fit mouche et, le feu sur les tempes, Je conviai, sournoisement, La belle à venir un moment Voir mes icônes, mes estampes… " Mon cher, dit-ell', vous êtes fou! J'ai deux mille ans de plus que vous… " – Le temps, madam', que nous importe! – Mettant le fantôm' sous mon bras, Bien enveloppé dans son drap, Vers mes pénates je l'emporte! Eh bien, messieurs, qu'on se le dis': Ces belles dames de jadis Sont de satanées polissonnes, Plus expertes dans le déduit Que certain's dames d'aujourd'hui, Et je ne veux nommer personne! Au p'tit jour on m'a réveillé, On secouait mon oreiller Avec un' fougu' plein' de promesses. Mais, foin des dédic's de Capoue! C'était mon père criant: " Debout! Vains dieux, tu vas manquer la messe! "

Le fiacre

<p>Le fiacre</p>

Paroles et Musique: Léon Xanrof 1888

autres interprètes: Félicia Mallet, Yvette Guilbert (1898), Jean Sablon (1939), Barbara, Lina Margy, Germaine Montéro (1960), Georges Brassens (1980)

note: Cette chanson fût remise au goût du jour sur un tempo swing par Jean Sablon en 1939

Un fiacre allait, trottinant Cahin, caha, Hu, dia, hop là! Un fiacre allait, trottinant Jaune, avec un cocher blanc Derrière les stores baissés Cahin, caha, Hu, dia, hop là! Derrière les stores baissés On entendait des baisers Puis une voix disant "Léon!" Cahin, caha, Hu, dia, hop là! Puis une voix disant "Léon! Pour… causer, ôte ton lorgnon!" Un vieux monsieur qui passait Cahin, caha, Hu, dia, hop là! Un vieux monsieur qui passait S'écrie "Mais on dirait qu' c'est Ma femme avec un quidam! Cahin, caha, Hu, dia, hop là! Ma femme avec un quidam!" Y s' lance sur le macadam Mais y glisse su' l' sol mouillé Cahin, caha, Hu, dia, hop là! Mais y glisse su' l' sol mouillé Crac! il est écrabouillé Du fiacre une dame sort et dit Cahin, caha, Hu, dia, hop là! Du fiacre une dame sort et dit: "Chouette, Léon! C'est mon mari! Y a plus besoin d' nous cacher, Cahin, caha, Hu, dia, hop là! Y a plus besoin d' nous cacher Donne donc cent sous au cocher!"

Le fidèle absolu

<p>Le fidèle absolu</p>

Paroles: Georges Brassens

Le seul arbre qu'il connaissait Sous sa fenêtre florissait. C'était le rustique absolu, L'homme d'un seul jardin, pas plus. Et les globe-trotters, Et les explorateurs, Coureurs de forêts vierges, Regardaient, étonnés, Ce bonhomme enchaîné A sa tige d'asperge. Bonhomme sais-tu pas Qu'il existe là-bas Des forêts luxuriantes, Des forêts de Bondy, Des forêts de Gasti- ne et de Brocéliande? Et l'homme répondit "Je le sais bien, pardi, Mais le diable m'emporte Si je m'en vais chercher Au diable ce que j'ai Juste devant ma porte." Je n'ai vu qu'un seul arbre, un seul, mais je l'ai vu, Et je connais par cœur sa ramure touffue, Et ce tout petit bout de branche me suffit: Pour connaître une feuille, il faut toute une vie. Si l'envie vous prenait de vous pendre haut et court, Soyez gentil, ne vous pendez pas à mon arbre! Il n'avait jamais voyagé Plus loin que l'ombre du clocher. C'était l'autochtone absolu, L'homme d'un seul pays, pas plus. Et les globe-trotters, Et les explorateurs, Tous les gens du voyage, Regardaient étonnés Cet être cantonné Dans son petit village. Bonhomme sais-tu pas Qu'il existe là-bas, Derrière tes montagnes, Des pays merveilleux, Des pays de cocagne Et l'homme répondit: "Je le sais bien, pardi, Mais le diable m'emporte Si je m'en vais chercher Au diable ce que j'ai Juste devant ma porte." Je n'ai vu qu'un village, un seul, mais je l'ai vu, Et ses quatre maisons ont su combler ma vue, Et ce tout petit bout de monde me suffit: Pour connaître une rue, il faut toute une vie. Si l'envie vous prenait de tirer le canon, Soyez gentil, ne tirez pas sur mon village. Il n'avait jamais embrassé Personne que sa fiancée. C'était le fidèle absolu, L'homme d'un seul amour, pas plus. Et les globe-trotters, Et les explorateurs, Friands de bagatelle, Regardaient étonnés Ce bonhomme enchaîné A son bout de dentelle. Bonhomme sais-tu pas Qu'il existe là-bas Des beautés par séquelles, Et qu'on peut sans ennui Connaître mille nuits De noces avec elles? Et l'homme répondit: "Je le sais bien, pardi, Mais le diable m'emporte Si je m'en vais chercher Loin d'ici ce que j'ai Juste devant ma porte." Je n'ai vu qu'un amour, un seul, mais je l'ai vu, Et ce grain de beauté a su combler ma vue, Et ce tout petit bout de Vénus me suffit: Pour connaître une femme, il faut toute une vie. Si l'envie vous prenait de courir les jupons, Soyez gentil, ne courez pas après ma belle.

Le fossoyeur

<p>Le fossoyeur</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1952

Dieu sait qu'je n'ai pas le fond méchant Je ne souhait' jamais la mort des gens Mais si l'on ne mourait plus J'crèv'rais de faim sur mon talus J'suis un pauvre fossoyeur Les vivants croient qu'je n'ai pas d'remords A gagner mon pain sur l'dos des morts Mais ça m'tracasse et d'ailleurs J'les enterre à contrecœur J'suis un pauvre fossoyeur Et plus j'lâch' la bride à mon émoi Et plus les copains s'amus'nt de moi Y m'dis'nt: " Mon vieux, par moments T'as un' figur' d'enterr'ment" J'suis un pauvre fossoyeur J'ai beau m'dir' que rien n'est éternel J'peux pas trouver ça tout naturel Et jamais je ne parviens A prendr' la mort comme ell' vient J'suis un pauvre fossoyeur Ni vu ni connu, brav' mort adieu! Si du fond d'la terre on voit l'Bon Dieu Dis-lui l'mal que m'a coûté La dernière pelletée J'suis un pauvre fossoyeur

Le gorille

<p>Le gorille</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1952

autres interprètes: Francis Cabrel (2007)

C'est à travers de larges grilles, Que les femelles du canton, Contemplaient un puissant gorille, Sans souci du qu'en-dira-t-on. Avec impudeur, ces commères Lorgnaient même un endroit précis Que, rigoureusement ma mère M'a défendu de nommer ici… Gare au gorille!… Tout à coup la prison bien close Où vivait le bel animal S'ouvre, on n'sait pourquoi. Je suppose Qu'on avait du la fermer mal. Le singe, en sortant de sa cage Dit "C'est aujourd'hui que j'le perds!" Il parlait de son pucelage, Vous aviez deviné, j'espère! Gare au gorille!… L'patron de la ménagerie Criait, éperdu: "Nom de nom! C'est assommant car le gorille N'a jamais connu de guenon!" Dès que la féminine engeance Sut que le singe était puceau, Au lieu de profiter de la chance, Elle fit feu des deux fuseaux! Gare au gorille!… Celles là même qui, naguère, Le couvaient d'un œil décidé, Fuirent, prouvant qu'elles n'avaient guère De la suite dans les idées; D'autant plus vaine était leur crainte, Que le gorille est un luron Supérieur à l'homme dans l'étreinte, Bien des femmes vous le diront! Gare au gorille!… Tout le monde se précipite Hors d'atteinte du singe en rut, Sauf une vielle décrépite Et un jeune juge en bois brut; Voyant que toutes se dérobent, Le quadrumane accéléra Son dandinement vers les robes De la vieille et du magistrat! Gare au gorille!… "Bah! soupirait la centenaire, Qu'on puisse encore me désirer, Ce serait extraordinaire, Et, pour tout dire, inespéré!"; Le juge pensait, impassible, "Qu'on me prenne pour une guenon, C'est complètement impossible…" La suite lui prouva que non! Gare au gorille!… Supposez que l'un de vous puisse être, Comme le singe, obligé de Violer un juge ou une ancêtre, Lequel choisirait-il des deux? Qu'une alternative pareille, Un de ces quatres jours, m'échoie, C'est, j'en suis convaincu, la vieille Qui sera l'objet de mon choix! Gare au gorille!… Mais, par malheur, si le gorille Aux jeux de l'amour vaut son prix, On sait qu'en revanche il ne brille Ni par le goût, ni par l'esprit. Lors, au lieu d'opter pour la vieille, Comme l'aurait fait n'importe qui, Il saisit le juge à l'oreille Et l'entraîna dans un maquis! Gare au gorille!… La suite serait délectable, Malheureusement, je ne peux Pas la dire, et c'est regrettable, Ça nous aurait fait rire un peu; Car le juge, au moment suprême, Criait: "Maman!", pleurait beaucoup, Comme l'homme auquel, le jour même, Il avait fait trancher le cou. Gare au gorille!…

Le grand chêne

<p>Le grand chêne</p>

Paroles: Georges Brassens 1966

Il vivait en dehors des chemins forestiers, Ce n'était nullement un arbre de métier, Il n'avait jamais vu l'ombre d'un bûcheron, Ce grand chêne fier sur son tronc. Il eût connu des jours filés d'or et de soie Sans ses proches voisins, les pires gens qui soient; Des roseaux mal pensant, pas même des bambous, S'amusant à le mettre à bout. Du matin jusqu'au soir ces petit rejetons, Tout juste cann' à pêch', à peine mirlitons, Lui tournant tout autour chantaient, in extenso, L'histoire du chêne et du roseau. Et, bien qu'il fût en bois, les chênes, c'est courant, La fable ne le laissait pas indifférent. Il advint que lassé d'être en but aux lazzi, Il se résolu à l'exi(l). A grand-peine il sortit ses grands pieds de son trou Et partit sans se retourner ni peu ni prou. Mais, moi qui l'ai connu, je sais qu'il en souffrit De quitter l'ingrate patrie. A l'orée des forêts, le chêne ténébreux A lié connaissance avec deux amoureux. " Grand chêne laisse-nous sur toi graver nos noms… " Le grand chêne n'as pas dit non. Quand ils eur'nt épuisé leur grand sac de baisers, Quand, de tant s'embrasser, leurs becs furent usés, Ils ouïrent alors, en retenant des pleurs, Le chêne contant ses malheurs. " Grand chên', viens chez nous, tu trouveras la paix, Nos roseaux savent vivre et n'ont aucun toupet, Tu feras dans nos murs un aimable séjour, Arrosé quatre fois par jour. " Cela dit, tous les trois se mettent en chemin, Chaque amoureux tenant une racine en main. Comme il semblait content! Comme il semblait heureux! Le chêne entre ses amoureux. Au pied de leur chaumière, ils le firent planter. Ce fut alors qu'il commença de déchanter Car, en fait d'arrosage, il n'eut rien que la pluie, Des chiens levant la patt' sur lui. On a pris tous ses glands pour nourrir les cochons, Avec sa belle écorce on a fait des bouchons, Chaque fois qu'un arrêt de mort était rendu, C'est lui qui héritait du pendu. Puis ces mauvaises gens, vandales accomplis, Le coupèrent en quatre et s'en firent un lit, Et l'horrible mégère ayant des tas d'amants, Il vieillit prématurément. Un triste jour, enfin, ce couple sans aveu Le passa par la hache et le mit dans le feu. Comme du bois de caisse, amère destinée! Il périt dans la cheminée. Le curé de chez nous, petit saint besogneux, Doute que sa fumée s'élève jusqu'à Dieu. Qu'est-c'qu'il en sait, le bougre, et qui donc lui a dit Qu'y a pas de chêne en paradis? Qu'y a pas de chêne en paradis?

Le Grand Pan

<p>Le Grand Pan</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1964

Du temps que régnait le Grand Pan, Les dieux protégaient les ivrognes Des tas de génies titubants Au nez rouge, à la rouge trogne. Dès qu'un homme vidait les cruchons, Qu'un sac à vin faisait carousse Ils venaient en bande à ses trousses Compter les bouchons. La plus humble piquette était alors bénie, Distillée par Noé, Silène, et compagnie. Le vin donnait un lustre au pire des minus, Et le moindre pochard avait tout de Bacchus.

{Refrain:}

Mais en se touchant le crâne, en criant " J'ai trouvé " La bande au professeur Nimbus est arrivée Qui s'est mise à frapper les cieux d'alignement, Chasser les Dieux du Firmament. Aujourd'hui ça et là, les gens boivent encore, Et le feu du nectar fait toujours luire les trognes. Mais les dieux ne répondent plus pour les ivrognes. Bacchus est alcoolique, et le grand Pan est mort. Quand deux imbéciles heureux S'amusaient à des bagatelles, Un tas de génies amoureux Venaient leur tenir la chandelle. Du fin fond du champs élysées Dès qu'ils entendaient un " Je t'aime ", Ils accouraient à l'instant même Compter les baisers. La plus humble amourette Etait alors bénie Sacrée par Aphrodite, Eros, et compagnie. L'amour donnait un lustre au pire des minus, Et la moindre amoureuse avait tout de Vénus.

{Refrain}

Aujourd'hui ça et là, les cœurs battent encore, Et la règle du jeu de l'amour est la même. Mais les dieux ne répondent plus de ceux qui s'aiment. Vénus s'est faite femme, et le grand Pan est mort. Et quand fatale sonnait l'heure De prendre un linceul pour costume Un tas de génies l'œil en pleurs Vous offraient des honneurs posthumes. Et pour aller au céleste empire, Dans leur barque ils venaient vous prendre. C'était presque un plaisir de rendre Le dernier soupir. La plus humble dépouille était alors bénie, Embarquée par Caron, Pluton et compagnie. Au pire des minus, l'âme était accordée, Et le moindre mortel avait l'éternité.

{Refrain}

Aujourd'hui ça et là, les gens passent encore, Mais la tombe est hélas la dernière demeure Les dieux ne répondent plus de ceux qui meurent. La mort est naturelle, et le grand Pan est mort. Et l'un des dernier dieux, l'un des derniers suprêmes, Ne doit plus se sentir tellement bien lui-même Un beau jour on va voir le Christ Descendre du calvaire en disant dans sa lippe " Merde je ne joue plus pour tous ces pauvres types. J'ai bien peur que la fin du monde soit bien triste. "

Le mauvais sujet repenti

<p>Le mauvais sujet repenti</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1954

Elle avait la taill' faite au tour, Les hanches pleines, Et chassait l' mâle aux alentours De la Mad'leine… A sa façon d' me dir': "Mon rat, Est-c' que j' te tente?" Je vis que j'avais affaire à Un' débutante… L'avait l' don, c'est vrai, j'en conviens, L'avait l' génie, Mais sans technique, un don n'est rien Qu'un' sal' manie… Certes, on ne se fait pas putain Comme on s' fait nonne. C'est du moins c' qu'on prêche, en latin, A la Sorbonne… Me sentant rempli de pitié Pour la donzelle, J' lui enseignai, de son métier, Les p'tit's ficelles… J' lui enseignai l' moyen d' bientôt Faire fortune, En bougeant l'endroit où le dos R'ssemble à la lune… Car, dans l'art de fair' le trottoir, Je le confesse, Le difficile est d' bien savoir Jouer des fesses… On n' tortill' pas son popotin D' la mêm' manière, Pour un droguiste, un sacristain, Un fonctionnaire… Rapidement instruite par Mes bons offices, Elle m'investit d'une part D' ses bénéfices… On s'aida mutuellement, Comm' dit l' poète. Ell' était l' corps, naturell'ment, Puis moi la tête… Un soir, à la suite de Manœuvres douteuses, Ell' tomba victim' d'une Maladie honteuses… Lors, en tout bien, toute amitié, En fille probe, Elle me passa la moitié De ses microbes… Après des injections aiguës D'antiseptique, J'abandonnai l' métier d' cocu Systématique… Elle eut beau pousser des sanglots, Braire à tu'-tête, Comme je n'étais qu'un salaud, J' me fis honnête… Sitôt privé' de ma tutell', Ma pauvre amie Courrut essuyer du bordel Les infamies… Paraît qu'ell' s' vend même à des flics, Quell' décadence! Y a plus d' moralité publiqu' Dans notre France…

Le mécréant

<p>Le mécréant</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1960

Est-il en notre temps rien de plus odieux De plus désespérant, que de n'pas croire en Dieu? J'voudrais avoir la foi, la foi d'mon charbonnier Qui est heureux comme un pape et con comme un panier Mon voisin du dessus, un certain Blais' Pascal M'a gentiment donné ce conseil amical " Mettez-vous à genoux, priez et implorez Faites semblant de croire, et bientôt vous croirez " J'me mis à débiter, les rotules à terr' Tous les Ave Maria, tous les Pater Noster Dans les rues, les cafés, les trains, les autobus Tous les de profundis, tous les morpionibus Sur ces entrefait's-là, trouvant dans les orties Un' soutane à ma taill', je m'en suis travesti Et, tonsuré de frais, ma guitare à la main Vers la foi salvatric' je me mis en chemin J'tombai sur un boisseau d'punais's de sacristie Me prenant pour un autre, en chœur, elles m'ont dit " Mon pèr', chantez-nous donc quelque refrain sacré Quelque sainte chanson dont vous avez l'secret " Grattant avec ferveur les cordes sous mes doigts J'entonnai "le Gorille" avec "Putain de toi" Criant à l'imposteur, au traître, au papelard Ell's veul'nt me fair' subir le supplic' d'Abélard Je vais grossir les rangs des muets du sérail Les bell's ne viendront plus se pendre à mon poitrail Grâce à ma voix coupée j'aurai la plac' de choix Au milieu des petits chanteurs à la croix d'bois Attirée par le bruit, un' dam' de Charité Leur dit: " Que faites-vous? Malheureus's arrêtez Y a tant d'homm's aujourd'hui qui ont un penchant pervers A prendre obstinément Cupidon à l'envers Tant d'hommes dépourvus de leurs virils appas A ceux qu'en ont encor' ne les enlevons pas " Ces arguments massue firent un' grosse impression On me laissa partir avec des ovations Mais, su'l'chemin du ciel, je n'ferai plus un pas La foi viendra d'ell'-même ou ell' ne viendra pas Je n'ai jamais tué, jamais violé non plus Y a déjà quelque temps que je ne vole plus Si l'Eternel existe, en fin de compte, il voit Qu'je m'conduis guèr' plus mal que si j'avais la foi

Le mérinos

<p>Le mérinos</p>

Paroles: Georges Brassens

Oh non! tu n'es pas à la noce Ces temps-ci, pauvre vieux mérinos. Si le Rhône est empoisonné, C'est toi qu'on veut incriminer. Les poissons morts, on te les doit, Bête damnée, à cause de toi, Tous les abreuvoirs sont croupis Et les poules ont la pépie. C'est moi qui suis l'enfant de salaud, Celui qui fait des ronds dans l'eau, Mais comme j'ai pas mal de culot, Je garde la tête bien haute. Car si l'eau qui coule sous les ponts D'Avignon, Beaucaire et Tarascon, N'a pas toujours que du bon Mon Dieu! c'est pas ma faute. Plus de naïades chevelues, Et plus de lavandières non plus, Tu fais sombrer sans t'émouvoir L'armada des bateaux lavoirs. Et le curé de Cucugnan Baptise le monde en se plaignant Que les eaux de son bénitier Ne protègent plus qu'à moitié. A la fontaine de Vaucluse, Plus moyen d'taquiner les muses Vers d'autres bords elles ont fui Et les Pétrarques ont suivi. Si la fontaine de Jouvence Ne fait plus d'miracle en Provence, Lave plus l'injure du temps, C'est ton œuvre, gros dégoûtant! Oh non! Tu n'es pas à la noce Ces temps-ci, pauvre vieux mérinos, On veut te mettre le fardeau Des plaies d' l'Egypte sur le dos. On te dénie le sens civique Mais calme, fier, serein, magnifique, Tu traites tout ça par dessous La jambe. Et puis baste! Et puis zou!

Le modeste

<p>Le modeste</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1976

Les pays, c'est pas ça qui manque, On vient au monde à Salamanque A Paris, Bordeaux, Lille, Brest(e). Lui, la nativité le prit Du côté des Saintes-Maries, C'est un modeste. Comme jadis a fait un roi, Il serait bien fichu, je crois, De donner le trône et le reste Contre un seul cheval camarguais Bancal, vieux, borgne, fatigué, C'est un modeste. Suivi de son pin parasol, S'il fuit sans mêm' toucher le sol Le moindre effort comme la peste, C'est qu'au chantier ses bras d'Hercule Rendraient les autres ridicules, C'est un modeste. A la pétanque, quand il perd Te fais pas de souci, pépère, Si d'aventure il te conteste. S'il te boude, s'il te rudoie, Au fond, il est content pour toi, C'est un modeste. Si, quand un emmerdeur le met En rogne, on ne le voit jamais Lever sur l'homme une main leste. C'est qu'il juge pas nécessaire D'humilier un adversaire, C'est un modeste. Et quand il tombe amoureux fou Y a pas de danger qu'il l'avoue Les effusions, dame, il déteste. Selon lui, mettre en plein soleil Son cœur ou son cul c'est pareil, C'est un modeste. Quand on enterre un imbécile De ses amis, s'il raille, s'il A l'œil sec et ne manifeste Aucun chagrin, t'y fie pas trop: Sur la patate, il en a gros, C'est un modeste. Et s'il te traite d'étranger Que tu sois de Naples, d'Angers Ou d'ailleurs, remets pas la veste. Lui, quand il t'adopte, pardi! Il veut pas que ce soit le dit, C'est un modeste. Si tu n'as pas tout du grimaud, Si tu sais lire entre les mots, Entre les faits, entre les gestes. Lors, tu verras clair dans son jeu, Et que ce bel avantageux, C'est un modeste.

Le mouton de Panurge

<p>Le mouton de Panurge</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1964

Elle n'a pas encor de plumes La flèch' qui doit percer son flanc Et dans son cœur rien ne s'allume Quand elle cède à ses galants Elle se rit bien des gondoles Des fleurs bleues, des galants discours Des Vénus de la vieille école Cell's qui font l'amour par amour N'allez pas croire davantage Que le démon brûle son corps Il s'arrête au premier étage Son septième ciel, et encor Elle n'est jamais langoureuse Passée par le pont des soupirs Et voit comm' des bêtes curieuses Cell's qui font l'amour par plaisir Croyez pas qu'elle soit à vendre Quand on l'a mise sur le dos On n'est pas tenu de se fendre D'un somptueux petit cadeau Avant d'aller en bacchanale Ell' présente pas un devis Ell' n'a rien de ces bell's vénales Cell's qui font l'amour par profit Mais alors, pourquoi cède-t-elle Sans cœur, sans lucre, sans plaisir Si l'amour vaut pas la chandelle Pourquoi le joue-t-elle à loisir Si quiconque peut, sans ambages L'aider à dégrafer sa rob' C'est parc' qu'ell' veut être à la page Que c'est la mode et qu'elle est snob Mais changent coutumes et filles Un jour, peut-être, en son sein nu Va se planter pour tout' la vie Une petite flèch' perdue On n'verra plus qu'elle en gondole Elle ira jouer, à son tour Les Vénus de la vieille école Cell's qui font l'amour par amour

Le moyenâgeux

<p>Le moyenâgeux</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1966

Le seul reproche, au demeurant, Qu'aient pu mériter mes parents, C'est d'avoir pas joué plus tôt Le jeu de la bête à deux dos. Je suis né, même pas bâtard, Avec cinq siècles de retard. Pardonnez-moi, Prince, si je Suis foutrement moyenâgeux. Ah! que n'ai-je vécu, bon sang! Entre quatorze et quinze cent. J'aurais retrouvé mes copains Au Trou de la pomme de pin, Tous les beaux parleurs de jargon, Tous les promis de Montfaucon, Les plus illustres seigneuries Du royaum' de truanderie. Après une franche repue, J'eusse aimé, toute honte bue, Aller courir le cotillon Sur les pas de François Villon, Troussant la gueuse et la forçant Au cimetièr' des Innocents, Mes amours de ce siècle-ci N'en aient aucune jalousie… J'eusse aimé le corps féminin Des nonnettes et des nonnains Qui, dans ces jolis tamps bénis, Ne disaient pas toujours " nenni ", Qui faisaient le mur du couvent, Qui, Dieu leur pardonne! souvent, Comptaient les baisers, s'il vous plaît, Avec des grains de chapelet. Ces p'tit's sœurs, trouvant qu'à leur goût Quatre Evangil's c'est pas beaucoup, Sacrifiaient à un de plus: L'évangile selon Vénus. Témoin: l'abbesse de Pourras, Qui fut, qui reste et restera La plus glorieuse putain De moines du quartier Latin. A la fin, les anges du guet M'auraient conduit sur le gibet. Je serais mort, jambes en l'air, Sur la veuve patibulaire, En arrosant la mandragore, L'herbe aux pendus qui revigore, En bénissant avec les pieds Les ribaudes apitoyées. Hélas! tout ça, c'est des chansons. Il faut se faire une raison. Les choux-fleurs poussent à présent Sur le charnier des Innocents. Le Trou de la pomme de pin N'est plus qu'un bar américain. Y a quelque chose de pourri Au royaum' de truanderie. Je mourrai pas à Montfaucon, Mais dans un lit, comme un vrai con, Je mourrai, pas même pendard, Avec cinq siècles de retard. Ma dernière parole soit Quelques vers de Maître François, Et que j'emporte entre les dents Un flocon des neiges d'antan… Ma dernière parole soit Quelques vers de Maître François… Pardonnez-moi, Prince, si je Suis foutrement moyenâgeux.

Le myosotis

<p>Le myosotis</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1957

Quand tu partis, quand Tu levas le camp Pour suivre les pas De ton vieux nabab, De peur qu' je n' sois triste, Tu allas chez l' fleuriste Quérir un' fleur bleue, Un petit bouquet d'adieu, Bouquet d'artifice; Un myosotis, En disant tout bas Ne m'oubliez pas. Afin d'avoir l'heur' De parler de toi, J'appris à la fleur Le langag' françois. Sitôt qu'elles causent Paraît que les roses Murmurent toujours Trois ou quatre mots d'amour. Les myosotis Eux autres vous dis'nt, Vous disent tout bas: Ne m'oubliez pas. Les temps ont passé. D'autres fiancées, Parole d'honneur, M'offrir'nt le bonheur. Dès qu'une bergère Me devenait chère, Sortant de son pot Se dressant sur ses ergots Le myosotis Braillait comme dix Pour dire "Hé là-bas, Ne m'oubliez pas." Un jour Dieu sait quand, Je lèv'rai le camp, Je m'envol'rai vers Le ciel ou l'enfer. Que mes légataires, Mes testamentaires, Aient l'extrême bonté, Sur mon ventre de planter Ce sera justic' Le myosotis Qui dira tout bas: Ne m'oubliez pas. Si tu vis encor', Petite pécor', Un d' ces quat' jeudis, Viens si l'cœur t'en dit Au dernier asile De cet imbécile Qui a gâché son cœur, Au nom d'une simple fleur. Y a neuf chanc's sur dix Qu' le myosotis Te dise tout bas: Ne m'oubliez pas.

Le nombril des femmes d'agents

<p>Le nombril des femmes d'agents</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1956

Voir le nombril d'la femm' d'un flic N'est certain'ment pas un spectacle Qui, du point d'vue de l'esthétiqu' Puiss' vous élever au pinacle Il y eut pourtant, dans l'vieux Paris Un honnête homme sans malice Brûlant d'contempler le nombril D'la femm' d'un agent de police "Je me fais vieux, gémissait-il Et, durant le cours de ma vie J'ai vu bon nombre de nombrils De toutes les catégories Nombrils d'femm's de croqu'-morts, nombrils D'femm's de bougnats, d'femm's de jocrisses Mais je n'ai jamais vu celui D'la femm' d'un agent de police" "Mon père a vu, comm' je vous vois Des nombrils de femm's de gendarmes Mon frère a goûté plus d'une fois D'ceux des femm's d'inspecteurs les charmes Mon fils vit le nombril d'la souris D'un ministre de la Justice Et moi, j'n'ai même pas vu l'nombril D'la femm' d'un agent de police" Ainsi gémissait en public Cet honnête homme vénérable Quand la légitime d'un flic Tendant son nombril secourable Lui dit: "Je m'en vais mettre fin A votre pénible supplice Vous fair' voir le nombril enfin D'la femm' d'un agent de police" "Alleluia! fit le bon vieux De mes tourments voici la trêve! Grâces soient rendues au Bon Dieu Je vais réaliser mon rêve!" Il s'engagea, tout attendri Sous les jupons d'sa bienfaitrice Braquer ses yeux sur le nombril D'la femm' d'un agent de police Mais, hélas! il était rompu Par les effets de sa hantise Et comme il atteignait le but De cinquante ans de convoitise La mort, la mort, la mort le prit Sur l'abdomen de sa complice Il n'a jamais vu le nombril D'la femm' d'un agent de police

Le parapluie

<p>Le parapluie</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1952

Il pleuvait fort sur la grand-route Ell' cheminait sans parapluie J'en avais un, volé, sans doute Le matin même à un ami Courant alors à sa rescousse Je lui propose un peu d'abri En séchant l'eau de sa frimousse D'un air très doux, ell' m'a dit " oui " Un p'tit coin d'parapluie Contre un coin d'paradis Elle avait quelque chos' d'un ange Un p'tit coin d'paradis Contre un coin d'parapluie Je n'perdais pas au chang', pardi Chemin faisant, que ce fut tendre D'ouïr à deux le chant joli Que l'eau du ciel faisait entendre Sur le toit de mon parapluie J'aurais voulu, comme au déluge Voir sans arrêt tomber la pluie Pour la garder, sous mon refuge Quarante jours, quarante nuits Un p'tit coin d'parapluie Contre un coin d'paradis Elle avait quelque chos' d'un ange Un p'tit coin d'paradis Contre un coin d'parapluie Je n'perdais pas au chang', pardi Mais bêtement, même en orage Les routes vont vers des pays Bientôt le sien fit un barrage A l'horizon de ma folie Il a fallu qu'elle me quitte Après m'avoir dit grand merci Et je l'ai vue toute petite Partir gaiement vers mon oubli Un p'tit coin d'parapluie Contre un coin d'paradis Elle avait quelque chos' d'un ange Un p'tit coin d'paradis Contre un coin d'parapluie Je n'perdais pas au chang', pardi

Le Père Noël et la petite fille

<p>Le Père Noël et la petite fille</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1960

Avec sa hotte sur le dos Avec sa hotte sur le dos Avec sa hotte sur le dos Il s'en venait d'Eldorado Il s'en venait d'Eldorado Il avait une barbe blanche Il avait nom "Papa Gâteau" Il a mis du pain sur ta planche Il a mis les mains sur tes hanches Il t'a prom'née dans un landeau Il t'a prom'née dans un landeau En route pour la vie d'château En route pour la vie d'château La belle vie dorée sur tranche Il te l'offrit sur un plateau Il a mis du grain dans ta grange Il a mis les mains sur tes hanches Toi qui n'avais rien sur le dos Toi qui n'avais rien sur le dos Il t'a couverte de manteaux Il t'a couverte de manteaux Il t'a vêtue comme un dimanche Tu n'auras pas froid de sitôt Il a mis l'hermine à ta hanche Il a mis les mains sur tes hanches Tous les camées, tous les émaux Tous les camées, tous les émaux Il les fit pendre à tes rameaux Il les fit pendre à tes rameaux Il fit rouler en avalanches Perles et rubis dans tes sabots Il a mis de l'or à ta branche Il a mis les mains sur tes hanches Tire la bell', tir' le rideau Tire la bell', tir' le rideau Sur tes misères de tantôt Sur tes misères de tantôt Et qu'au-dehors il pleuve, il vente Le mauvais temps n'est plus ton lot Le joli temps des coudées franches On a mis les mains sur tes hanches

Le petit cheval

<p>Le petit cheval</p>

Paroles: poème de Paul Fort. Musique: Georges Brassens 1952

Le petit cheval dans le mauvais temps Qu'il avait donc du courage! C'était un petit cheval blanc Tous derrière, tous derrière! C'était un petit cheval blanc Tous derrière et lui devant Il n'y avait jamais de beau temps Dans ce pauvre paysage Il n'y avait jamais de printemps Ni derrière, ni derrière! Il n'y avait jamais de printemps Ni derrière ni devant Mais toujours il était content Menant les gars du village A travers la pluie noire des champs Tous derrière, tous derrière! A travers la pluie noire des champs Tous derrière et lui devant Sa voiture allait poursuivant Sa belle petite queue sauvage C'est alors qu'il était content Eux derrière, eux derrière! C'est alors qu'il était content Eux derrière et lui devant Mais un jour, dans le mauvais temps Un jour qu'il était si sage Il est mort par un éclair blanc Tous derrière, tous derrière! Il est mort par un éclair blanc Tous derrière et lui devant Il est mort sans voir le beau temps Qu'il avait donc du courage! Il est mort sans voir le printemps Ni derrière, ni derrière! Il est mort sans voir le printemps Ni derrière ni devant

Le petit joueur de flûteau

<p>Le petit joueur de flûteau</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1964

Le petit joueur de flûteau Menait la musique au château Pour la grâce de ses chansons Le roi lui offrit un blason Je ne veux pas être noble Répondit le croque-note Avec un blason à la clé Mon la se mettrait à gonfler On dirait par tout le pays Le joueur de flûte a trahi Et mon pauvre petit clocher Me semblerait trop bas perché Je ne plierais plus les genoux Devant le bon Dieu de chez nous Il faudrait à ma grande âme Tous les saints de Notre-Dame Avec un évêque à la clé Mon la se mettrait à gonfler On dirait par tout le pays Le joueur de flûte a trahi Et la chambre où j'ai vu la jour Me serait un triste séjour Je quitterai mon lit mesquin Pour une couche à baldaquin Je changerais ma chaumière Pour une gentilhommière Avec un manoir à la clé Mon la se mettrait à gonfler On dirait par tout le pays Le joueur de flûte a trahi Je serai honteux de mon sang Des aïeux de qui je descends On me verrait bouder dessus La branche dont je suis issu Je voudrais un magnifique Arbre généalogique Avec du sang bleu a la clé Mon la se mettrait à gonfler On dirait par tout le pays Le joueur de flûte a trahi Je ne voudrais plus épouser Ma promise, ma fiancée Je ne donnerais pas mon nom A une quelconque Ninon Il me faudrait pour compagne La fille d'un grand d'Espagne Avec un' princesse à la clé Mon la se mettrait à gonfler On dirait par tout le pays Le joueur de flûte a trahi Le petit joueur de flûteau Fit la révérence au château Sans armoiries, sans parchemin Sans gloire il se mit en chemin Vers son clocher, sa chaumine Ses parents et sa promise Nul ne dise dans le pays Le joueur de flûte a trahi Et Dieu reconnaisse pour sien Le brave petit musicien

Le petit voilier

<p>Le petit voilier</p>

Paroles: Hornez, Misraki

C'était un petit tout petit voilier Un petit bateau de pêche On l'avait bâti d'un bout de papier Et d'un vieux noyau de pêche Dans un petit port entre deux roseaux On l'avait mis à l'amarre Il appareillait dès qu'il faisait beau Pour naviguer sur la mare Mais un jour le petit bateau fit un rêve A son tour il voulut entreprendre un voyage au long cours Alors il s'en fut magnifiquement Tout là bas vers les tropiques La vie qu'il menait lui donnait vraiment Des idées misanthropiques En l'apercevant chaque nénuphar Craignait qu'un malheur n'arrive Et le ver luisant qui servait de phare Lui criait rejoins la rive Mais il répondit d'un air malséant Je ne crains pas les déboires Aussi bien le fleuve et les océans Ce n'est pas la mer à boire Quel plaisir de voguer ainsi sur les ondes Quel plaisir de pouvoir naviguer au gré de son désir Le ciel est tout bleu et le vent léger Tous ces braves gens divaguent Je me moque bien d'ailleurs du danger Car je n'ai pas peur des vagues Il ne savait pas qu'à côté de lui Un canard faisait trempette Pour notre bateau qui était si petit Cela fit une tempête Et rapidement je vous en réponds Les événements se gâtent L'eau s'est engouffrée dans les entreponts Adieu la jolie frégate Sauve qui peut criait le navire en détresse Sauve qui peut je ne vais plus jamais revoir le beau ciel bleu Et tout en pleurant sa vie d'autrefois Le petit bateau chavire Ça prouve qu'il faut demeurer chez soi Quand on n'est qu'un petit navire

Le petit-fils d'Oedipe

<p>Le petit-fils d'Oedipe</p>

Paroles: Georges Brassens

Papa m'envoie quérir cent sous de mortadelle. Empochant la monnaie, moi je file au bordel. "Où vas-tu mon garçon de cette' allur' fougueuse?" Me lance grand'maman. "Je vais courir la gueuse." "Il est inconvenant de fréquenter les putes. Tu m'en donn's la moitié, juste et tu me culbutes." "Quoique j'atteigne hélas un âge canonique, A bien des jeun's au pieu je fais encor' la nique." "D'abord ça te permet quelques économies, Et puis le patrimoine sort pas de la famille." J' tends mes deux francs cinquante à cette bonne vieille; Ce fut un' bonn' affaire: ell' baisait à merveille. Le père, à mon retour, me demande: "Où est-elle?" Le bâfreur attendait son bout de mortadelle. En voyant la portion que je mis sur la table, L'auteur d' mes jours poussa des cris épouvantables. Il parlait de botter dans la région fessière Cell' qui n'en pouvait mais, la gente saucissière. Il ouvrit un museau de carpe suffocante, Quand il connut l'emploi des aut's deux francs cinquante. "T'as baisé ma maman, petit énergumène." "T'avais qu'à commencer par pas baiser la mienne." Mon argumentation vous lui coupa la chique Les Français ne résistent pas à la logique. Depuis, bibliquement, jusqu'à c' qu'ell' rende l'âme, Je connais ma grand'mère et baste à qui me blâme. Quand la hausse des cours devient extravagante, Mémé bloque son prix: toujours deux francs cinquante. Mais si mon père est pris d'un' fringale de saucisse, Il va l'acheter lui-même, excellent exercice! Du coup j'ai plus d'argent; de peur que je n'en vole, Grand'mèr' m'accorde alors ses faveurs bénévoles. Pour qu' la moral' soit sauve et qu' la chanson finisse, j'bais' grand'mère à l'œil; le bon Dieu la bénisse!

Le pince-fesses

<p>Le pince-fesses</p>

Paroles: Georges Brassens

Pour deux ou trois chansons, lesquell's je le confesse Sont discutables sous le rapport du bon goût, J'ai la réputation d'un sacré pince-fesses Mais c'est une légende, et j'en souffre beaucoup.

{Refrain:}

Les fesses, ça me plaît, je n' crains pas de le dire, Sur l'herbe tendre j'aime à les faire bondir. Dans certains cas, je vais jusqu'à les botter mais Dieu m'est témoin que je ne les pince jamais. En me voyant venir, femmes, filles, fillettes, Au fur et à mesure avec des cris aigus, Courent mettre en lieu sûr leurs fesses trop douillettes, Suivies des jeunes gens aux rondeurs ambiguës. Quand une bonne sœur m'invite entre deux messes A lui pincer la croupe infidèle à Jésus, Pour chasser le démon qui habite ses fesses, Je lui vide un grand verre d'eau bénite dessus. En revanche, si la même enlevant son cilice Et me montrant ses reins me dit: "J'ai mal ici: Embrassez-moi, de grâce arrêtez mon supplice!" Je m'exécute en parfait chrétien que je suis. Quand me courant après, la marchande d'hosties Me prie d'épousseter les traces que les doigts Des mitrons ont laissées sur sa chair rebondie, Je la brosse: un Français se doit d'être courtois! Et quand, à la kermesse, un' belle pratiquante M'appelle à son secours pour s'être enfoncé dans Sa fesse maladroite une herbe un peu piquante, Je ne ménage ni mes lèvres ni mes dents. Cert's, un jour, j'ai pincé l'éminence charnue A une moribonde afin de savoir si Elle vivait encore: une gifle est venue Me prouver qu'elle n'était qu'en catalepsie. Enfin, si désormais quelqu'une de vos proches Affirme en vous montrant son cul couvert de bleus, Qu' c'est moi qui les ai faits, avec mes pattes croches, En doute révoquez ses propos scandaleux.

Le pluriel

<p>Le pluriel</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1966

" Cher monsieur, m'ont-ils dit, vous en êtes un autre ", Lorsque je refusai de monter dans leur train. Oui, sans doute, mais moi, j'fais pas le bon apôtre, Moi, je n'ai besoin de personn' pour en être un. Le pluriel ne vaut rien à l'homme et sitôt qu'on Est plus de quatre on est une bande de cons. Bande à part, sacrebleu! c'est ma règle et j'y tiens. Dans les noms des partants on n'verra pas le mien. Dieu! que de processions, de monomes, de groupes, Que de rassemblements, de cortèges divers, – Que de ligu's, que de cliqu's, que de meut's, que de troupes! Pour un tel inventaire il faudrait un Prévert. Le pluriel ne vaut rien à l'homme et sitôt qu'on Est plus de quatre on est une bande de cons. Bande à part, sacrebleu! c'est ma règle et j'y tiens. Parmi les cris des loups on n'entend pas le mien. Oui, la cause était noble, était bonne, était belle! Nous étions amoureux, nous l'avons épousée. Nous souhaitions être heureux tous ensemble avec elle, Nous étions trop nombreux, nous l'avons défrisée. Le pluriel ne vaut rien à l'homme et sitôt qu'on Est plus de quatre on est une bande de cons. Bande à part, sacrebleu! c'est ma règle et j'y tiens. Parmi les noms d'élus on n'verra pas le mien. Je suis celui qui passe à côté des fanfares Et qui chante en sourdine un petit air frondeur. Je dis, à ces messieurs que mes notes effarent: " Tout aussi musicien que vous, tas de bruiteurs! " Le pluriel ne vaut rien à l'homme et sitôt qu'on Est plus de quatre on est une bande de cons. Bande à part, sacrebleu! c'est ma règle et j'y tiens. Dans les rangs des pupitr's on n'verra pas le mien. Pour embrasser la dam', s'il faut se mettre à douze, J'aime mieux m'amuser tout seul, cré nom de nom! Je suis celui qui reste à l'écart des partouzes. L'obélisque est-il monolithe, oui ou non? Le pluriel ne vaut rien à l'homme et sitôt qu'on Est plus de quatre on est une bande de cons. Bande à part, sacrebleu! c'est ma règle et j'y tiens. Au faisceau des phallus on n'verra pas le mien. Pas jaloux pour un sou des morts des hécatombes, J'espère être assez grand pour m'en aller tout seul. Je ne veux pas qu'on m'aide à descendre à la tombe, Je partage n'importe quoi, pas mon linceul. Le pluriel ne vaut rien à l'homme et sitôt qu'on Est plus de quatre on est une bande de cons. Bande à part, sacrebleu! c'est ma règle et j'y tiens. Au faisceau des tibias on n'verra pas les miens.

Le pornographe

<p>Le pornographe</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1958

autres interprètes: Marcel et son Orchestre

Autrefois, quand j'étais marmot J'avais la phobie des gros mots Et si j'pensais " merde " tout bas Je ne le disais pas Mais Aujourd'hui que mon gagne-pain C'est d'parler comme un turlupin Je n'pense plus " merde ", pardi Mais je le dis

R:

J'suis l'pornographe Du phonographe Le polisson De la chanson Afin d'amuser la gal'rie Je crache des gauloiseries Des pleines bouches de mots crus Tout à fait incongrus Mais En m'retrouvant seul sous mon toit Dans ma psyché j'me montre au doigt Et m'crie: " Va t'faire, homme incorrec' Voir par les Grecs "

+R:

Tous les sam'dis j'vais à confess' M'accuser d'avoir parlé d'fess's Et j'promets ferme au marabout De les mettre tabou Mais Craignant, si je n'en parle plus D'finir à l'Armée du Salut Je r'mets bientôt sur le tapis Les fesses impies

+R:

Ma femme est, soit dit en passant D'un naturel concupiscent Qui l'incite à se coucher nue Sous le premier venu Mais M'est-il permis, soyons sincèr's D'en parler au café-concert Sans dire qu'elle a, suraigu Le feu au cul?

+R:

J'aurais sans doute du bonheur Et peut-être la Croix d'Honneur A chanter avec décorum L'amour qui mène à Rom' Mais Mon ang' m'a dit: " Turlututu Chanter l'amour t'est défendu S'il n'éclôt pas sur le destin D'une putain "

+R:

Et quand j'entonne, guilleret A un patron de cabaret Une adorable bucolique Il est mélancolique Et Me dit, la voix noyée de pleurs " S'il vous plaît de chanter les fleurs Qu'ell's poussent au moins rue Blondel Dans un bordel "

+R:

Chaque soir avant le dîner A mon balcon mettant le nez Je contemple les bonnes gens Dans le soleil couchant Mais N'me d'mandez pas d'chanter ça, si Vous redoutez d'entendre ici Que j'aime à voir, de mon balcon Passer les cons

+R:

Les bonnes âmes d'ici bas Comptent ferme qu'à mon trépas Satan va venir embrocher Ce mort mal embouché Mais Mais veuille le grand manitou Pour qui le mot n'est rien du tout Admettre en sa Jérusalem A l'heure blême Le pornographe Du phonographe Le polisson De la chanson

Le progrès

<p>Le progrès</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1985

Que le progrès soit salutaire, C'est entendu, c'est entendu. Mais ils feraient mieux de se taire, Ceux qui dis'nt que le presbytère De son charme du vieux temps passé n'a rien perdu, N'a rien perdu. Supplantés par des betteraves, Les beaux lilas! les beaux lilas! Sans mentir, il faut être un brave Fourbe pour dire d'un ton grave, Que le jardin du curé garde tout son éclat, Tout son éclat. Entre les tours monumentales Toujours croissant, toujours croissant, Qui cherche sa maison natale Se perd comme dans un dédale. Au mal du pays, plus aucun remède à présent, Remède à présent. C'est de la malice certaine, C'est inhumain! c'est inhumain! Ils ont asséché la fontaine Où les belles samaritaines Nous faisaient boire, en été, l'eau fraîche dans leurs mains, Fraîche dans leurs mains. Ils ont abattu, les vandales, Et sans remords, et sans remords, L'arbre couvert en capitales De noms d'amants: c'est un scandale! Les amours mort's n'ont plus de monuments aux morts, Monuments aux morts. L'a fait des affaires prospères, Le ferrailleur, le ferrailleur, En fauchant les vieux réverbères. Maintenant quand on désespère, On est contraint et forcé d'aller se pendre ailleurs, Se pendre ailleurs. Et c'est ce que j'ai fait sur l'heure, Et sans délai, et sans délai. Le coq du clocher n'est qu'un leurre, Une girouette de malheur(e). Ingrate patrie, tu n'auras pas mes feux follets, Mes feux follets. Que le progrès soit salutaire, C'est entendu, c'est entendu. Mais ils feraient mieux de se taire, Ceux qui dis'nt que le presbytère De son charme du vieux temps passé n'a rien perdu, N'a rien perdu.

Le revenant

<p>Le revenant</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1985

Calme, confortable, officiel, En un mot résidentiel, Tel était le cimetière où Cet imbécile avait son trou. Comme il ne reconnaissait pas Le bien-fondé de son trépas, L'a voulu faire – aberration! – Sa petite résurrection. Les vieux morts, les vieux "ici-gît", Les braves sépulcres blanchis, Insistèrent pour qu'il revînt Sur sa décision mais en vain. L'ayant astiquée, il remit Sur pied sa vieille anatomie, Et tout pimpant, tout satisfait, Prit la clef du champ de navets. Chez lui s'en étant revenu, Son chien ne l'a pas reconnu Et lui croque en deux coups de dents Un des os les plus importants. En guise de consolation, Pensa faire une libation, Boire un coup de vin généreux, Mais tous ses tonneaux sonnaient creux. Quand dans l'alcôve il est entré Embrasser sa veuve éplorée, Il jugea d'un simple coup d'œil Qu'elle ne portait plus son deuil. Il la trouve se réchauffant Avec un salaud de vivant, Alors chancelant dans sa foi Mourut une seconde fois. La commère au potron-minet Ramassa les os qui traînaient Et pour une bouchée de pain Les vendit à des carabins. Et, depuis lors, ce macchabée, Dans l'amphithéâtre tombé, Malheureux, poussiéreux, transi, Chante: "Ah! ce qu'on s'emmerde ici"!

Le Roi

<p>Le Roi</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1972

Non certe',elle n'est pas bâtie, Non certe',elle n'est pas bâtie Sur du sable,sa dynastie, Sur du sable,sa dynastie. Il y a peu de chances qu'on Détrône le roi des cons. Il peut dormir,ce souverain, Il peut dormir,ce souverain, Sur ses deux oreilles,serein, Sur ses deux oreilles,serein. Il y a peu de chances qu'on Détrône le roi des cons. Je,tu,il,elle,nous,vous,ils, Je,tu,il,elle,nous,vous,ils, Tout le monde le suit,docil', Tout le monde le suit,docil'. Il y a peu de chances qu'on Détrône le roi des cons. Il est possible,au demeurant, Il est possible,au demeurant, Qu'on déloge le shah d'Iran, Qu'on déloge le shah d'Iran, Mais il y a peu de chances qu'on Détrône le roi des cons. Qu'un jour on dise:"C'est fini", Qu'un jour on dise:"C'est fini" Au petit roi de Jordani', Au petit roi de Jordani', Mais il y a peu de chances qu'on Détrône le roi des cons. Qu'en Abyssinie on récus', Qu'en Abyssinie on récus', Le roi des rois,le bon Négus, Le roi des rois,le bon Négus, Mais il y a peu de chances qu'on Détrône le roi des cons. Que,sur un air de fandango, Que,sur un air de fandango, On congédi' le vieux Franco, On congédi' le vieux Franco, Mais il y a peu de chances qu'on Détrône le roi des cons Que la couronne d'Angleterre, Que la couronne d'Angleterre, Ce soir,demain,roule par terre, Ce soir,demain,roule par terre, Mais il y a peu de chances qu'on Détrône le roi des cons. Que, ça c'est vu dans le passé, Que,ça c'est vu dans le passé, Marianne soit renversé' Marianne soit renversé' Mais il y a peu de chances qu'on Détrône le roi des cons.

Le Roi boiteux

<p>Le Roi boiteux</p>

Paroles: Georges Brassens

Un roi d'Espagne, ou bien de France, Avait un cor, un cor au pied; C'etait au pied gauche, je pense; Il boitait aù faire pitie. Les courtisans, espace adroite, S'appliquerent aù limiter, Et qui de gauche, qui de droite, Il apprirent tous aù boiter. On vit bientot le bénéfice Que cette mode rapportait; Et de l'antichambre aù l'office, Tout le monde boitait,boitait. Un jour, un seigneur de province, Oubliant son nouveau métier, Vint aù passer devant le prince, Ferme et droit comme un peuplier. Tout le monde se mit aù rire, Excepté le roi qui, tout bas, Murmura:"Monsieur,qu'est-ce aù dire? Je crois que vous ne boitez pas." "Sire, quelle erreur est la votre! Je suis crible de cors; voyez: Si je marche plus droit qu'un autre, C'est que je boite des deux pieds."

Le roi des cons

<p>Le roi des cons</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens

Non certes elle n'est pas bâtie Non certes elle n'est pas bâtie Non certes elle n'est pas bâtie Sur du sable sa dynastie Sur du sable sa dynastie Il y a peu de chances qu'on Détrône le Roi des cons. Il peut dormir ce souverain Il peut dormir ce souverain Sur ses deux oreilles serein Sur ses deux oreilles serein Il y a peu de chances qu'on Détrône le Roi des cons. Je tu il elle nous vous ils Je tu il elle nous vous ils Tout le monde le suit docil' Tout le monde le suit docil' Il y a peu de chances qu'on Détrône le Roi des cons. Il est possible au demeurant Il est possible au demeurant Qu'on déloge le Shah d'Iran Qu'on déloge le Shah d'Iran Il y a peu de chances qu'on Détrône le Roi des cons. Qu'un jour on dise c'est fini Qu'un jour on dise c'est fini Au petit Roi de Jordanie Au petit Roi de Jordanie Il y a peu de chances qu'on Détrône le Roi des cons. Qu'en Abyssinie on recuse Qu'en Abyssinie on recuse Le Roi des Rois le bon Négus Le Roi des Rois le bon Négus Il y a peu de chances qu'on Détrône le Roi des cons. Que sur un air de fandango Que sur un air de fandango On congédie le vieux Franco On congédie le vieux Franco Il y a peu de chances qu'on Détrône le Roi des cons. Que la couronne d'Angleterre Que la couronne d'Angleterre Ce soir roule par terre Ce soir roule par terre Il y a peu de chances qu'on Détrône le Roi des cons. Que ça c'est vu dans le passé Que ça c'est vu dans le passé Marianne soit renversée Marianne soit renversée Il y a peu de chances qu'on Détrône le Roi des cons.

Le sein de chair et le sein de bois

<p>Le sein de chair et le sein de bois</p>

Paroles: Georges Brassens

Après avoir fait son devoir de mère, Gorgé de lait notre dernier blanc-bec, Ma femme constata, surprise amère, Qu'il avait tété la mamelle avec. Le cœur rongé, c'est le cas de le dire, La malheureuse criait comme un putois. Le lendemain, pour calmer son délire, Je lui fis faire un nouveau sein de bois. Imaginez le trouble qui fut nôtre Quand ma femm' m'ayant demandé: "Dis-moi Quel est le faux" je lui désignai l'autre, Le vrai, celui qui n'était pas en bois. Ivres de joie, nous ne pouvions comprendre Qu' cett' ressemblance allait nous coûter cher, Que nous allions bientôt pâtir de prendre Le sein de bois pour le vrai sein de chair. Une nuit, dans la conjugale couche, Tourmenté par le démon de Vénus, Je me jetai sur ma femme et, farouche, Vous la fis mettre in naturalibus. Lui promenant la main sur l'épiderme, Je m'écrai, le cœur vibrant d'émoi: "Oh mon amie, que votre sein est ferme! – Ça se comprend, dit-elle, il est en bois." Comme au cours d'une scène épouvantable Elle m'avait bassement insulté, Prenant un kriss qui traînait sur la table J' fis l' simulacre de la poignarder. Persuadé qu' c'était son sein postiche Qui allait essuyer le choc du fer, J'y vais d'une main ferme et le lui fiche Jusqu'à la garde dans le sein de chair. Un célèbre disciple d'Esculape Lui ayant proprement bouché ce trou, En quelques jours ma femme se retape Et reprend son beau rôle de nounou. Epouvanté par la frimousse étique Du nourrisson, j'enquête et m'aperçois Que si le pauvre gosse est squelettique, C'est qu'ell' lui fait téter le sein de bois. Ce fut l'ultime erreur la plus terrible: Au cours d'un hiver extrêmement froid, Nous avions brûlé tout le combustible A l'exception du fameux sein de bois. Ma pauvre femme alors, la mort dans l'âme, Saisit un sein dans son corsage ouvert, L'arrache et le jette en pâture aux flammes, C'était naturellement le sein de chair…

Le temps ne fait rien à l'affaire

<p>Le temps ne fait rien à l'affaire</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1961

Quand ils sont tout neufs Qu'ils sortent de l'œuf Du cocon Tous les jeunes blancs-becs Prennent les vieux mecs Pour des cons Quand ils sont d'venus Des têtes chenues Des grisons Tous les vieux fourneaux Prennent les jeunots Pour des cons Moi, qui balance entre deux âges J'leur adresse à tous un message Le temps ne fait rien à l'affaire Quand on est con, on est con Qu'on ait vingt ans, qu'on soit grand-père Quand on est con, on est con Entre vous, plus de controverses Cons caducs ou cons débutants Petits cons d'la dernière averse Vieux cons des neiges d'antan Vous, les cons naissants Les cons innocents Les jeun's cons Qui n'le niez pas Prenez les papas Pour des cons Vous, les cons âgés Les cons usagés Les vieux cons Qui, confessez-le Prenez les p'tits bleus Pour des cons Méditez l'impartial message D'un type qui balance entre deux âges Le temps ne fait rien à l'affaire Quand on est con, on est con Qu'on ait vingt ans, qu'on soit grand-père Quand on est con, on est con Entre vous, plus de controverses Cons caducs ou cons débutants Petits cons d'la dernière averse Vieux cons des neiges d'antan

Le temps passé

<p>Le temps passé</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1961

Dans les comptes d'apothicaire Vingt ans, c'est un' somm' de bonheur Mes vingt ans sont morts à la guerre De l'autr' côté du champ d'honneur Si j'connus un temps de chien, certes C'est bien le temps de mes vingt ans Cependant, je pleure sa perte Il est mort, c'était le bon temps Il est toujours joli, le temps passé Un' fois qu'ils ont cassé leur pipe On pardonne à tous ceux qui nous ont offensés Les morts sont tous des braves types Dans ta petit' mémoire de lièvre Bécassine, il t'est souvenu De notre amour du coin des lèvres Amour nul et non avenu Amour d'un sou qui n'allait, certes Guèr' plus loin que le bout d'son lit Cependant, nous pleurons sa perte Il est mort, il est embelli Il est toujours joli, le temps passé Un' fois qu'ils ont cassé leur pipe On pardonne à tous ceux qui nous ont offensés Les morts sont tous des braves types J'ai mis ma tenue la plus sombre Et mon masque d'enterrement Pour conduire au royaum' des ombres Un paquet de vieux ossements La terr' n'a jamais produit, certes De canaille plus consommée Cependant, nous pleurons sa perte Elle est morte, elle est embaumée Il est toujours joli, le temps passé Un' fois qu'ils ont cassé leur pipe On pardonne à tous ceux qui nous ont offensés Les morts sont tous des braves types

Le testament

<p>Le testament</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1955

Je serai triste comme un saule Quand le Dieu qui partout me suit Me dira, la main sur l'épaule "Va-t'en voir là-haut si j'y suis" Alors, du ciel et de la terre Il me faudra faire mon deuil Est-il encor debout le chêne Ou le sapin de mon cercueil S'il faut aller au cimetière J'prendrai le chemin le plus long J'ferai la tombe buissonnière J'quitterai la vie à reculons Tant pis si les croqu'-morts me grondent Tant pis s'ils me croient fou à lier Je veux partir pour l'autre monde Par le chemin des écoliers Avant d'aller conter fleurette Aux belles âmes des damnées Je rêv' d'encore une amourette Je rêv' d'encor m'enjuponner Encore un' fois dire: "Je t'aime" Encore un' fois perdre le nord En effeuillant le chrysanthème Qui est la marguerite des morts Dieu veuill' que ma veuve s'alarme En enterrant son compagnon Et qu'pour lui fair' verser des larmes Il n'y ait pas besoin d'oignon Qu'elle prenne en secondes noces Un époux de mon acabit Il pourra profiter d'mes bottes Et d'mes pantoufl's et d'mes habits Qu'il boiv' mon vin, qu'il aim' ma femme Qu'il fum' ma pipe et mon tabac Mais que jamais – mort de mon âme Jamais il ne fouette mes chats Quoique je n'aie pas un atome Une ombre de méchanceté S'il fouett' mes chats, y a un fantôme Qui viendra le persécuter Ici-gît une feuille morte Ici finit mon testament On a marque dessus ma porte "Fermé pour caus' d'enterrement" J'ai quitté la vie sans rancune J'aurai plus jamais mal aux dents Me v'là dans la fosse commune La fosse commune du temps

Le vent

<p>Le vent</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1954

autres interprètes: Les Croquants (1999)

Si, par hasard Sur l'Pont des Arts Tu croises le vent, le vent fripon Prudenc', prends garde à ton jupon Si, par hasard Sur l'Pont des Arts Tu croises le vent, le vent maraud Prudent, prends garde à ton chapeau Les jean-foutre et les gens probes Médis'nt du vent furibond Qui rebrouss' les bois, détrouss' les toits, retrouss' les robes Des jean-foutre et des gens probes Le vent, je vous en réponds S'en soucie, et c'est justic', comm' de colin-tampon Si, par hasard Sur l'Pont des Arts Tu croises le vent, le vent fripon Prudenc', prends garde à ton jupon Si, par hasard Sur l'Pont des Arts Tu croises le vent, le vent maraud Prudent, prends garde à ton chapeau Bien sûr, si l'on ne se fonde Que sur ce qui saute aux yeux Le vent semble une brut' raffolant de nuire à tout l'monde Mais une attention profonde Prouv' que c'est chez les fâcheux Qu'il préfèr' choisir les victimes de ses petits jeux Si, par hasard Sur l'Pont des Arts Tu croises le vent, le vent fripon Prudenc', prends garde à ton jupon Si, par hasard Sur l'Pont des Arts Tu croises le vent, le vent maraud Prudent, prends garde à ton chapeau

Le verger du roi Louis

<p>Le verger du roi Louis</p>

Paroles: Théodore de Banville. Musique: Georges Brassens

Sur ses larges bras étendus, La forêt où s'éveille Flore, A des chapelets de pendus Que le matin caresse et dore. Ce bois sombre, où le chêne arbore Des grappes de fruits inouïs Même chez le Turc et le More, C'est le verger du roi Louis. Tous ces pauvres gens morfondus, Roulant des pensers qu'on ignore, Dans des tourbillons éperdus Voltigent, palpitants encore. Le soleil levant les dévore. Regardez-les, cieux éblouis, Danser dans les feux de l'aurore. C'est le verger du roi Louis. Ces pendus, du diable entendus, Appellent des pendus encore. Tandis qu'aux cieux, d'azur tendus, Où semble luire un météore, La rosée en l'air s'évapore, Un essaim d'oiseaux réjouis Par-dessus leur tête picore. C'est le verger du roi Louis. Prince, il est un bois que décore Un tas de pendus enfouis Dans le doux feuillage sonore. C'est le verger du toi Louis!

Le vieux fossile

<p>Le vieux fossile</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Marcel Amont 1957

Quand ell' passe avec ses appas, Et qu'on ne la contemple pas, On est un mufle un esprit bas, Un vieux fossile. Mais qu'on la dévore des yeux, On est un pourceau malicieux. Pour lui complaire, justes cieux, C'est difficile. Quand on ne lui fait pas la cour, Pas le moindre galant discours, On est un mufle sans recours, Un vieux fossile. Qu'on lui tienn' des propos flatteurs, On est un fourbe, un séducteur, Pour être juste à sa hauteur, C'est difficile. Quand on néglige de poser, Sur sa bouche en cœur un baiser, On est un mufle renforcé, Un vieux fossile. Qu'on aille lui sauter au cou On récolte un' moisson de coups. Pour faire une chose à son goût, C'est difficile. Quand, pétri de bons sentiments, On l'aime platoniquement, On est un mufle, un garnement, Un vieux fossile. Qu'on lui manque un peu de respect, D'être un faune on devient suspect, Avec elle pour être en paix, C'est difficile. Quand étant passé sur son corps, L'on s'enfuit et l'on court encore, On est un mufle de record, Un vieux fossile. Qu'on veuille vivre à ses côtés Ell' crie: "vive la liberté". Tomber juste à la vérité, C'est difficile. Quand elle attente à la vertu, Qu'elle nous trompe et qu'on la tue, On est un mufle, un être obtus, Un vieux fossile. Qu'on pardonne, on est à l'instant Plat, vil, cocu, battu, content. Pour n'être pas à contretemps, C'est difficile. Ceci dit, belles, je vous l'avoue Le chemin qui mène vers vous, J' le suivrai toujours tel un fou Digne d'asile. En vous faisant toujours crédit, Car il est naturel pardi, Que le chemin du paradis Soit difficile, Que le chemin du paradis Soit difficile.

Le vieux Léon

<p>Le vieux Léon</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1958

Y a tout à l'heure Quinze ans d'malheur Mon vieux Léon Que tu es parti Au paradis D'l'accordéon Parti bon train Voir si l'bastrin- gue et la java Avaient gardé Droit de cité Chez Jéhovah Quinze ans bientôt Qu'musique au dos Tu t'en allais Mener le bal A l'amicale Des feux follets En cet asile Par saint' Cécile Pardonne-nous De n'avoir pas Su faire cas De ton biniou C'est une erreur Mais les joueurs D'accordéon Au grand jamais On ne les met Au Panthéon Mon vieux, tu as dû T'contener du Champ de navets Sans grandes pom- pes et sans pompons Et sans ave Mais les copains Suivaient l'sapin Le cœur serré En rigolant Pour fair' semblant De n'pas pleurer Et dans nos cœurs Pauvre joueur D'accordéon Il fait ma foi Beaucoup moins froid Qu'au Panthéon Depuis mon vieux Qu'au fond des cieux Tu as fait ton trou Il a coulé De l'eau sous les Ponts de chez nous Les bons enfants D'la rue de Van- ves à la Gaîté L'un comme l'au- tre au gré des flots Fur'nt emportés Mais aucun d'eux N'a fait fi de Son temps jadis Tous sont restés Du parti des Myosotis Tous ces pierrots Ont le cœur gros Mon vieux Léon En entendant Le moindre chant D'accordéon Quel temps fait-il Chez les gentils De l'au-delà Les musiciens Ont-ils enfin Trouvé le la Et le p'tit bleu Est-c'que ça n'le Rend pas meilleur D'être servi Au sein des vi- gnes du Seigneur Si d'temps en temps Un'dam' d'antan S'laisse embrasser Sûr'ment papa Que tu regrett's pas D'être passé Et si l'bon Dieu Aim' tant soit peu L'accordéon Au firmament Tu t'plais sûr'ment Mon vieux Léon

Le vin

<p>Le vin</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1957

Avant de chanter Ma vie, de fair' des Harangues Dans ma gueul' de bois J'ai tourné sept fois Ma langue J'suis issu de gens Qui étaient pas du gen- re sobre On conte que j'eus La tétée au jus D'octobre… Mes parents on dû M'trouver au pied d'u- ne souche Et non dans un chou Comm' ces gens plus ou Moins louches En guise de sang (O noblesse sans Pareille!) Il coule en mon cœur La chaude liqueur D'la treille… Quand on est un sa- ge, et qu'on a du sa- voir-boire On se garde à vue En cas de soif, u- ne poire Une poire ou deux Mais en forme de Bonbonne Au ventre replet Rempli du bon lait D'l'automne… Jadis, aux Enfers Cert's, il a souffert Tantale Quand l'eau refusa D'arroser ses a- mygdales Etre assoiffé d'eau C'est triste, mais faut Bien dire Que, l'être de vin C'est encore vingt Fois pire… Hélas! il ne pleut Jamais du gros bleu Qui tache Qu'ell's donnent du vin J'irai traire enfin Les vaches Que vienne le temps Du vin coulant dans La Seine! Les gens, par milliers Courront y noyer Leur peine…

Lèche-cocu

<p>Lèche-cocu</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1976

Comme il chouchoutait les maris, Qu'il les couvrait de flatteries, Quand il en pinçait pour leurs femmes, Qu'il avait des cornes au cul, On l'appelait lèche-cocu. Oyez tous son histoire infâme. Si l'mari faisait du bateau, Il lui parlait de tirant d'eau, De voiles, de mâts de misaine, De yacht, de brick et de steamer, Lui, qui souffrait du mal de mer En passant les ponts de la Seine. Si l'homme était un peu bigot, Lui qui sentait fort le fagot, Criblait le ciel de patenôtres, Communiait à grand fracas, Retirant même en certains cas L'pain bénit d'la bouche d'un autre. Si l'homme était sergent de ville, En sautoir – mon Dieu, que c'est vil – Il portait un flic en peluche, Lui qui, sans ménager sa voix, Criait: "Mort aux vaches" autrefois, Même atteint de la coqueluche. Si l'homme était un militant, Il prenait sa carte à l'instant Pour bien se mettre dans sa manche, Biffant ses propres graffiti Du vendredi, le samedi Ceux du samedi, le dimanche. Et si l'homme était dans l'armée, Il entonnait pour le charmer: "Sambre-et-Meuse" et tout le folklore, Lui, le pacifiste bêlant Qui fabriquait des cerfs-volants Avec le drapeau tricolore.

Les amoureux des bancs publics

<p>Les amoureux des bancs publics</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1952

Les gens qui voient de travers Pensent que les bancs verts Qu'on voit sur les trottoirs Sont faits pour les impotents ou les ventripotents Mais c'est une absurdité Car à la vérité Ils sont là c'est notoire Pour accueillir quelque temps les amours débutants Les amoureux qui s'bécott'nt sur les bancs publics Bancs publics, bancs publics En s'fouttant pas mal du regard oblique Des passants honnêtes Les amoureux qui s'bécott'nt sur les bancs publics Bancs publics, bancs publics En s'disant des "Je t'aime" pathétiques Ont des p'tit's gueul' bien sympatiques Ils se tiennent par la main Parlent du lendemain Du papier bleu d'azur Que revêtiront les murs de leur chambre à coucher Ils se voient déjà doucement Ell' cousant, lui fumant Dans un bien-être sûr Et choisissent les prénoms de leur premier bébé Les amoureux qui s'bécott'nt sur les bancs publics Bancs publics, bancs publics En s'fouttant pas mal du regard oblique Des passants honnêtes Les amoureux qui s'bécott'nt sur les bancs publics Bancs publics, bancs publics En s'disant des "Je t'aime" pathétiques Ont des p'tit's gueul' bien sympatiques Quand la saint' famill' machin Croise sur son chemin Deux de ces malappris Ell' leur décoche hardiment des propos venimeux N'empêch' que tout' la famille Le pèr', la mèr', la fille Le fils, le Saint Esprit Voudrait bien de temps en temps pouvoir s'conduir' comme eux Les amoureux qui s'bécott'nt sur les bancs publics Bancs publics, bancs publics En s'fouttant pas mal du regard oblique Des passants honnêtes Les amoureux qui s'bécott'nt sur les bancs publics Bancs publics, bancs publics En s'disant des "Je t'aime" pathétiques Ont des p'tit's gueul' bien sympatiques Quand les mois auront passé Quand seront apaisés Leurs beaux rêves flambants Quand leur ciel se couvrira de gros nuages lourds Ils s'apercevront émus Qu' c'est au hasard des rues Sur un d'ces fameux bancs Qu'ils ont vécu le meilleur morceau de leur amour Les amoureux qui s'bécott'nt sur les bancs publics Bancs publics, bancs publics En s'fouttant pas mal du regard oblique Des passants honnêtes Les amoureux qui s'bécott'nt sur les bancs publics Bancs publics, bancs publics En s'disant des "Je t'aime" pathétiques Ont des p'tit's gueul' bien sympatiques

Les amours d'antan

<p>Les amours d'antan</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1962

Moi, mes amours d'antan c'était de la grisette Margot, la blanche caille, et Fanchon, la cousette… Pas la moindre noblesse, excusez-moi du peu, C'étaient, me direz-vous, des grâces roturières, Des nymphes de ruisseau, des Vénus de barrière… Mon prince, on a les dam's du temps jadis – qu'on peut… Car le cœur à vingt ans se pose où l'œil se pose, Le premier cotillon venu vous en impose, La plus humble bergère est un morceau de roi. Ça manquait de marquise, on connut la soubrette, Faute de fleur de lys on eut la pâquerette, Au printemps Cupidon fait flèche de tout bois… On rencontrait la belle aux Puces, le dimanche: "Je te plais, tu me plais…" et c'était dans la manche, Et les grands sentiments n'étaient pas de rigueur. "Je te plais, tu me plais. Viens donc beau militaire" Dans un train de banlieue on partait pour Cythère, On n'était pas tenu même d'apporter son cœur… Mimi, de prime abord, payait guère de mine, Chez son fourreur sans doute on ignorait l'hermine, Son habit sortait point de l'atelier d'un dieu… Mais quand, par-dessus le moulin de la Galette, Elle jetait pour vous sa parure simplette, C'est Psyché tout entier' qui vous sautait aux yeux. Au second rendez-vous y' avait parfois personne, Elle avait fait faux bond, la petite amazone, Mais l'on ne courait pas se pendre pour autant… La marguerite commence avec Suzette, On finissait de l'effeuiller avec Lisette Et l'amour y trouvait quand même son content. C'étaient, me direz-vous, des grâces roturières, Des nymphes de ruisseau, des Vénus de barrière, Mais c'étaient mes amours, excusez-moi du peu, Des Manon, des Mimi, des Suzon, des Musette, Margot la blanche caille, et Fanchon, la cousette, Mon prince, on a les dam's du temps jadis – qu'on peut…

Les casseuses

<p>Les casseuses</p>

Paroles: Georges Brassens

Tant qu'elle a besoin du matou, Ma chatte est tendre comme tout, Quand elle est comblée, aussitôt Ell' griffe, ell' mord, ell' fait l'gros dos.

{Refrain:}

Quand vous ne nous les caressez Pas, chéries, vous nous les cassez. Oubliez-les, si fair' se peut, Qu'ell's se reposent. Quand vous nous les dorlotez pas, Vous nous les passez à tabac. Oubliez-les, si fair' se peut, Qu'ell's se reposent un peu, Qu'ell's se reposent. Enamourée, ma femme est douce, Mes amis vous le diront tous. Après l'étreinte, en moins de deux Ell' r'devient un bâton merdeux. Dans l'alcôve, on est bien reçus Par la voisine du dessus. Un' fois son désir assouvi, Ingrate, ell' nous les crucifie. Quand ell' passe en revue les zouaves Ma sœur est câline et suave. Dès que s'achève l'examen, Gare à qui tombe sous sa main. Si tout le monde en ma maison Reste au lit plus que de raison, C'est pas qu'on soit lubriqu's, c'est qu'il Y a guère que là qu'on est tranquilles.

Les châteaux de sable

<p>Les châteaux de sable</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1985

Je chante la petite guerre Des braves enfants de naguère Qui sur la plage ont bataillé Pour sauver un château de sable Et ses remparts infranchissables Qu'une vague allait balayer. J'en étais: l'arme à la bretelle, Retranchés dans la citadelle, De pied ferme nous attendions Une cohorte sarrasine Partie de la côte voisine A l'assaut de notre bastion. A cent pas de là sur la dune, En attendant que la fortune Des armes sourie aux vainqueurs, Languissant d'être courtisées Nos promises, nos fiancées Préparaient doucement leur cœur. Tout à coup l'Armada sauvage Déferla sur notre rivage Avec ses lances, ses pavois, Pour commettre force rapines, Et même enlever nos Sabines Plus belles que les leurs, ma foi. La mêlée fut digne d'Homère, Et la défaite bien amère A l'ennemi pourtant nombreux, Qu'on battit à plate couture, Qui partit en déconfiture En déroute, en sauve-qui-peut. Oui, cette horde de barbares Que notre fureur désempare Fit retraite avec ses vaisseaux, En n'emportant pour tous trophées, Moins que rien, deux balles crevées, Trois raquettes, quatre cerceaux. Après la victoire fameuse En chantant l'air de "Sambre et Meuse" Et de la "Marseillaise", ô gué, On courut vers la récompense Que le joli sexe dispense Aux petits héros fatigués. Tandis que tout bas à l'oreille De nos Fanny, de nos Mireille, On racontait notre saga, Qu'au doigt on leur passait la bague, Surgit une espèce de vague Que personne ne remarqua. Au demeurant ce n'était qu'une Vague sans amplitude aucune, Une vaguelette égarée, Mais en atteignant au rivage Elle causa plus de ravages, De dégâts qu'un raz-de-marée. Expéditive, la traîtresse Investit notre forteresse, La renversant, la détruisant. Adieu donjon, tours et courtines, Que quatre gouttes anodines Avaient effacés en passant. A quelque temps de là nous sommes Allés mener parmi les hommes D'autres barouds plus décevants, Allés mener d'autres campagnes, Où les châteaux sont plus d'Espagne, Et de sable qu'auparavant. Quand je vois lutter sur la plage Des soldats à la fleur de l'âge, Je ne les décourage pas, Quoique je sache, ayant naguère Livré moi-même cette guerre, L'issue fatale du combat. Je sais que malgré leur défense, Leur histoire est perdue d'avance, Mais je les laisse batailler, Pour sauver un château de sable Et ses remparts infranchissables, Qu'une vague va balayer.

Les copains d'abord

<p>Les copains d'abord</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1964

Non, ce n'était pas le radeau De la Méduse, ce bateau Qu'on se le dise au fond des ports Dise au fond des ports Il naviguait en père peinard Sur la grand-mare des canards Et s'app'lait les Copains d'abord Les Copains d'abord Ses fluctuat nec mergitur C'était pas d'la littérature N'en déplaise aux jeteurs de sort Aux jeteurs de sort Son capitaine et ses mat'lots N'étaient pas des enfants d'salauds Mais des amis franco de port Des copains d'abord C'étaient pas des amis de luxe Des petits Castor et Pollux Des gens de Sodome et Gomorrhe Sodome et Gomorrhe C'étaient pas des amis choisis Par Montaigne et La Boétie Sur le ventre ils se tapaient fort Les copains d'abord C'étaient pas des anges non plus L'Évangile, ils l'avaient pas lu Mais ils s'aimaient toutes voiles dehors Toutes voiles dehors Jean, Pierre, Paul et compagnie C'était leur seule litanie Leur credo, leur confiteor Aux copains d'abord Au moindre coup de Trafalgar C'est l'amitié qui prenait l'quart C'est elle qui leur montrait le nord Leur montrait le nord Et quand ils étaient en détresse Qu'leurs bras lançaient des S.O.S. On aurait dit des sémaphores Les copains d'abord Au rendez-vous des bons copains Y avait pas souvent de lapins Quand l'un d'entre eux manquait à bord C'est qu'il était mort Oui, mais jamais, au grand jamais Son trou dans l'eau n'se refermait Cent ans après, coquin de sort Il manquait encore Des bateaux j'en ai pris beaucoup Mais le seul qui ait tenu le coup Qui n'ait jamais viré de bord Mais viré de bord Naviguait en père peinard Sur la grand-mare des canards Et s'app'lait les Copains d'abord Les Copains d'abord

Les croquants

<p>Les croquants</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1955

Les croquants vont en ville, à cheval sur leurs sous Acheter des pucelles aux saintes bonnes gens Les croquants leur mettent à prix d'argent La main dessus, la main dessous Mais la chair de Lisa, la chair fraîche de Lison (Que les culs cousus d'or se fassent une raison!) C'est pour la bouche du premier venu Qui a les yeux tendres et les mains nues

{Refrain:}

Les croquants, ça les attriste, ça Les étonne, les étonne Qu'une fille, une fille belle comme ça S'abandonne, s'abandonne Au premier ostrogoth venu: Les croquants, ça tombe des nues. Les filles de bonnes mœurs, les filles de bonne vie Qui ont vendu leur fleurette à la foire à l'encan Vont s'vautrer dans la couche des croquants Quand les croquants en ont envie Mais la chair de Lisa, la chair fraîche de Lison (Que les culs cousus d'or se fassent une raison!) N'a jamais accordé ses faveurs A contre-sou, à contrecœur

{Au refrain}

Les filles de bonne vie ont le cœur consistant Et la fleur qu'on y trouve est garantie longtemps Comme les fleurs en papier des chapeaux Les fleurs en pierre des tombeaux Mais le cœur de Lisa, le grand cœur de Lison Aime faire peau neuve avec chaque saison: Jamais deux fois la même couleur Jamais deux fois la même fleur

{Au refrain}


Les croque-morts améliorés

<p>Les croque-morts améliorés</p>

Paroles: Georges Brassens

L'habit de deuil jusqu'à présent Ne se portait assidûment Que chez l'personnel funéraire, Les anciens croque-morts ordinaires. Depuis qu' la vogue est au noirâtre,* Dans les rues d' Saint-Germain-des-Prés, Y a des croque-morts améliorés! Il ne m'importe aucunement Qu'on mène mon enterrement Avec des croque-morts ordinaires Ou bien leurs nouveaux congénères. Mais le bruit court que des emplâtres Ont un' peur bleue d'être enterrés Par les croqu'-morts améliorés! Et c'est pourquoi j'ai fait ce chant Qui va permettre aux braves gens De distinguer les funéraires, Les anciens croque-morts ordinaires, Des galopins un peu folâtres Qui se mettent en deuil exprès Les croque-morts améliorés! Si le croque-mort s'en va sifflant Les joyeux couplets à vingt francs, C'est un honnête fonctionnaire, C'est un croque-mort ordinaire. Mais s'il écoute en idolâtre Les disques des be-bop cassés, C'est un croque-mort amélioré!

Les deux oncles

<p>Les deux oncles</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1964

C'était l'oncle Martin, c'était l'oncle Gaston L'un aimait les Tommies, l'autre aimait les Teutons Chacun, pour ses amis, tous les deux ils sont morts Moi, qui n'aimais personne, eh bien! je vis encor Maintenant, chers tontons, que les temps ont coulé Que vos veuves de guerre ont enfin convolé Que l'on a requinqué, dans le ciel de Verdun Les étoiles ternies du maréchal Pétain Maintenant que vos controverses se sont tues Qu'on s'est bien partagé les cordes des pendus Maintenant que John Bull nous boude, maintenant Que c'en est fini des querelles d'Allemand Que vos fill's et vos fils vont, la main dans la main Faire l'amour ensemble et l'Europ' de demain Qu'ils se soucient de vos batailles presque autant Que l'on se souciait des guerres de Cent Ans On peut vous l'avouer, maintenant, chers tontons Vous l'ami les Tommies, vous l'ami des Teutons Que, de vos vérités, vos contrevérités Tout le monde s'en fiche à l'unanimité De vos épurations, vos collaborations Vos abominations et vos désolations De vos plats de choucroute et vos tasses de thé Tout le monde s'en fiche à l'unanimité En dépit de ces souvenirs qu'on commémor' Des flammes qu'on ranime aux monuments aux Morts Des vainqueurs, des vaincus, des autres et de vous Révérence parler, tout le monde s'en fout La vie, comme dit l'autre, a repris tous ses droits Elles ne font plus beaucoup d'ombre, vos deux croix Et, petit à petit, vous voilà devenus L'Arc de Triomphe en moins, des soldats inconnus Maintenant, j'en suis sûr, chers malheureux tontons Vous, l'ami des Tommies, vous, l'ami des Teutons Si vous aviez vécu, si vous étiez ici C'est vous qui chanteriez la chanson que voici Chanteriez, en trinquant ensemble à vos santés Qu'il est fou de perdre la vie pour des idées Des idées comme ça, qui viennent et qui font Trois petits tours, trois petits morts, et puis s'en vont Qu'aucune idée sur terre est digne d'un trépas Qu'il faut laisser ce rôle à ceux qui n'en ont pas Que prendre, sur-le-champ, l'ennemi comme il vient C'est de la bouillie pour les chats et pour les chiens Qu'au lieu de mettre en joue quelque vague ennemi Mieux vaut attendre un peu qu'on le change en ami Mieux vaut tourner sept fois sa crosse dans la main Mieux vaut toujours remettre une salve à demain Que les seuls généraux qu'on doit suivre aux talons Ce sont les généraux des p'tits soldats de plomb Ainsi, chanteriez-vous tous les deux en suivant Malbrough qui va-t-en guerre au pays des enfants O vous, qui prenez aujourd'hui la clé des cieux Vous, les heureux coquins qui, ce soir, verrez Dieu Quand vous rencontrerez mes deux oncles, là-bas Offrez-leur de ma part ces "Ne m'oubliez pas" Ces deux myosotis fleuris dans mon jardin Un p'tit forget me not pour mon oncle Martin Un p'tit vergiss mein nicht pour mon oncle Gaston Pauvre ami des Tommies, pauvre ami des Teutons…

Les funerailles d'antan

<p>Les funerailles d'antan</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1960

Jadis, les parents des morts vous mettaient dans le bain De bonne grâce ils en f'saient profiter les copains " Y a un mort à la maison, si le cœur vous en dit Venez l'pleurer avec nous sur le coup de midi… " Mais les vivants aujourd'hui n'sont plus si généreux Quand ils possèdent un mort ils le gardent pour eux C'est la raison pour laquell', depuis quelques années Des tas d'enterrements vous passent sous le nez Mais où sont les funéraill's d'antan? Les petits corbillards, corbillards, corbillards, corbillards De nos grands-pères Qui suivaient la route en cahotant Les petits macchabées, macchabées, macchabées, macchabées Ronds et prospères Quand les héritiers étaient contents Au fossoyeur, au croqu'-mort, au curé, aux chevaux même Ils payaient un verre Elles sont révolues Elles ont fait leur temps Les belles pom, pom, pom, pom, pom, pompes funèbres On ne les r'verra plus Et c'est bien attristant Les belles pompes funèbres de nos vingt ans Maintenant, les corbillards à tombeau grand ouvert Emportent les trépassés jusqu'au diable vauvert Les malheureux n'ont mêm' plus le plaisir enfantin D'voir leurs héritiers marron marcher dans le crottin L'autre semain' des salauds, à cent quarante à l'heur' Vers un cimetièr' minable emportaient un des leurs Quand, sur un arbre en bois dur, ils se sont aplatis On s'aperçut qu'le mort avait fait des petits Mais où sont les funéraill's d'antan? Les petits corbillards, corbillards, corbillards, corbillards De nos grands-pères Qui suivaient la route en cahotant Les petits macchabées, macchabées, macchabées, macchabées Ronds et prospères Quand les héritiers étaient contents Au fossoyeur, au croqu'-mort, au curé, aux chevaux même Ils payaient un verre Elles sont révolues Elles ont fait leur temps Les belles pom, pom, pom, pom, pom, pompes funèbres On ne les r'verra plus Et c'est bien attristant Les belles pompes funèbres de nos vingt ans Plutôt qu'd'avoir des obsèqu's manquant de fioritur's J'aim'rais mieux, tout compte fait, m'passer de sépultur' J'aim'rais mieux mourir dans l'eau, dans le feu, n'importe où Et même, à la grand' rigueur, ne pas mourir du tout O, que renaisse le temps des morts bouffis d'orgueil L'époque des m'as-tu-vu-dans-mon-joli-cercueil Où, quitte à tout dépenser jusqu'au dernier écu Les gens avaient à cœur d'mourir plus haut qu'leur cul Les gens avaient à cœur de mourir plus haut que leur cul

Les illusions perdues

<p>Les illusions perdues</p>

Paroles: Georges Brassens

On creva ma première bulle de savon Y a plus de cinquante ans, depuis je me morfonds. On jeta mon Père Noël en bas du toit, Ça fait* belle lurette, et j'en reste pantois. Premier amour déçu. Jamais plus, officiel, Je ne suis remonté jusqu'au septième ciel! Le Bon Dieu déconnait. J'ai décroché Jésus De sa croix: n'avait plus rien à faire dessus. Les lendemains chantaient. Hourra l'Oural! Bravo! Il m'a semblé soudain qu'ils chantaient un peu faux. J'ai couru pour quitter ce monde saugrenu Me noyer** dans le premier océan venu. Juste voguait par là le bateau des copains; Je me suis accroché bien fort à ce grappin. Et par enchantement, tout fut régénéré, L'espérance cessa d'être désespérée. Et par enchantement, tout fut régénéré, L'espérance cessa d'être désespérée.

Les lilas

<p>Les lilas</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1957

Quand je vais chez la fleuriste Je n'achète que des lilas Si ma chanson chante triste C'est que l'amour n'est plus là Comme j'étais, en quelque sorte Amoureux de ces fleurs-là Je suis entré par la porte Par la porte des Lilas Des lilas, y en n'avait guère Des lilas, y en n'avait pas Z'étaient tous morts à la guerre Passés de vie à trépas J'suis tombé sur une belle Qui fleurissait un peu là J'ai voulu greffer sur elle Mon amour pour les lilas J'ai marqué d'une croix blanche Le jour où l'on s'envola Accrochés à une branche Une branche de lilas Pauvre amour, tiens bon la barre Le temps va passer par là Et le temps est un barbare Dans le genre d'Attila Aux cœurs où son cheval passe L'amour ne repousse pas Aux quatre coins de l'espace Il fait l'désert sous ses pas Alors, nos amours sont mortes Envolées dans l'au-delà Laissant la clé sous la porte Sous la porte des Lilas La fauvette des dimanches Celle qui me donnait le la S'est perchée sur d'autres branches D'autres branches de lilas Quand je vais chez la fleuriste Je n'achète que des lilas Si ma chanson chante triste C'est que l'amour n'est plus là

Les oiseaux de passage

<p>Les oiseaux de passage</p>

Paroles: jean Richepin. Musique: Georges Brassens

Ô vie heureuse des bourgeois Qu'avril bourgeonne Ou que decembre gèle, Ils sont fiers et contents Ce pigeon est aimé, Trois jours par sa pigeonne Ça lui suffit il sait Que l'amour n'a qu'un temps Ce dindon a toujours Béni sa destinée Et quand vient le moment De mourir il faut voir Cette jeune oie en pleurs C'est la que je suis née Je meurs presd de ma mère Et je fais mon devoir Elle a fait son devoir C'est a dire que Onques Elle n'eut de souhait Impossible elle n'eut Aucun rêve de lune Aucun désir de jonque L'emportant sans rameurs Sur un fleuve inconnu Et tous sont ainsi faits Vivre la même vie Toujours pour ces gens là Cela n'est point hideux Ce canard n'a qu'un bec Et n'eut jamais envie Ou de n'en plus avoir Ou bien d'en avoir deux Ils n'ont aucun besoin De baiser sur les lèvres Et loin des songes vains Loin des soucis cuisants Possèdent pour tout cœur Un vicere sans fièvre Un coucou régulier Et garanti dix ans Ô les gens bien heureux Tout à coup dans l'espace Si haut qu'ils semblent aller Lentement en grand vol En forme de triangle Arrivent planent, et passent Où vont ils?… qui sont-ils? Comme ils sont loins du sol Regardez les passer, eux Ce sont les sauvages Ils vont où leur desir Le veut par dessus monts Et bois, et mers, et vents Et loin des esclavages L'air qu'ils boivent Ferait éclater vos poumons Regardez les avant D'atteindre sa chimère Plus d'un l'aile rompue Et du sang plein les yeux Mourra. Ces pauvres gens Ont aussi femme et mère Et savent les aimer Aussi bien que vous, mieux Pour choyer cette femme Et nourrir cette mère Ils pouvaient devenir Volailles comme vous Mais ils sont avant tout Des fils de la chimère Des asoiffés d'azur Des poètes des fous Regardez les vieux coqs Jeune Oie édifiante Rien de vous ne pourra monter aussi haut qu'eux {2x} Et le peu qui viendra d'eux à vous C'est leur fiante Les bourgeois sont troublés De voir passer les gueux

Les passantes

<p>Les passantes</p>

Paroles: Antoine Pol. Musique: Jean Bertola

autres interprètes: Francis Cabrel

Je veux dédier ce poème A toutes les femmes qu'on aime Pendant quelques instants secrets A celles qu'on connait à peine Qu'un destin différent entraîne Et qu'on ne retrouve jamais A celle qu'on voit apparaître Une seconde à sa fenêtre Et qui, preste, s'évanouit Mais dont la svelte silhouette Est si gracieuse et fluette Qu'on en demeure épanoui A la compagne de voyage Dont les yeux, charmant paysage Font paraître court le chemin Qu'on est seul, peut-être, à comprendre Et qu'on laisse pourtant descendre Sans avoir effleuré sa main A la fine et souple valseuse Qui vous sembla triste et nerveuse Par une nuit de carnaval Qui voulu rester inconnue Et qui n'est jamais revenue Tournoyer dans un autre bal A celles qui sont déjà prises Et qui, vivant des heures grises Près d'un être trop différent Vous ont, inutile folie, Laissé voir la mélancolie D'un avenir désespérant Chères images aperçues Espérances d'un jour déçues Vous serez dans l'oubli demain Pour peu que le bonheur survienne Il est rare qu'on se souvienne Des épisodes du chemin Mais si l'on a manqué sa vie On songe avec un peu d'envie A tous ces bonheurs entrevus Aux baisers qu'on n'osa pas prendre Aux cœurs qui doivent vous attendre Aux yeux qu'on n'a jamais revus Alors, aux soirs de lassitude Tout en peuplant sa solitude Des fantômes du souvenir On pleure les lêvres absentes De toutes ces belles passantes Que l'on n'a pas su retenir

Les patriotes

<p>Les patriotes</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1976

Les invalid's chez nous, l'revers de leur médaille C'est pas d'être hors d'état de suivr' les fill's, cré nom de nom, Mais de ne plus pouvoir retourner au champ de bataille. Le rameau d'olivier n'est pas notre symbole, non! Ce que, par-dessus tout, nos aveugles déplorent, C'est pas d'être hors d'état d'se rincer l'œil, cré nom de nom, Mais de ne plus pouvoir lorgner le drapeau tricolore. La ligne bleue des Vosges sera toujours notre horizon. Et les sourds de chez nous, s'ils sont mélancoliques, C'est pas d'être hors d'état d'ouïr les sirènes, cré de nom de nom, Mais de ne plus pouvoir entendre au défilé d'la clique, Les échos du tambour, de la trompette et du clairon. Et les muets d'chez nous, c'qui les met mal à l'aise C'est pas d'être hors d'état d'conter fleurette, cré nom de nom, Mais de ne plus pouvoir reprendre en chœur la Marseillaise. Les chansons martiales sont les seules que nous entonnons. Ce qui de nos manchots aigrit le caractère, C'est pas d'être hors d'état d'pincer les fess's, cré nom de nom, Mais de ne plus pouvoir faire le salut militaire. jamais un bras d'honneur ne sera notre geste, non! Les estropiés d'chez nous, ce qui les rend patraques, C'est pas d'être hors d'état d'courir la gueus', cré nom de nom, Mais de ne plus pouvoir participer à une attaque. On rêve de Rosalie, la baïonnette, pas de Ninon. C'qui manque aux amputés de leurs bijoux d'famille, C'est pas d'être hors d'état d'aimer leur femm', cré nom de nom, Mais de ne plus pouvoir sabrer les belles ennemies. La colomb' de la paix, on l'apprête aux petits oignons. Quant à nos trépassés, s'ils ont tous l'âme en peine, C'est pas d'être hors d'état d'mourir d'amour, cré nom de nom, Mais de ne plus pouvoir se faire occire à la prochaine. Au monument aux morts, chacun rêve d'avoir son nom.

Les prénoms effacés

<p>Les prénoms effacés</p>

Paroles: Jean H. Tranchant. Musique: Jean Tranchant 1936

autres interprètes: Fred Adison, Rose Avril, Lina Margy, Georges Brassens, Francis Lemarque (1988)

Dans le creux béant d'un grand chêne Des fourmis rouges font la chaîne, Rongent, creusent, font mille efforts Contre le vieux géant qui dort. Mais des jours d'été et de sève, Il conserve de si beaux rêves Tant de jolis prénoms d'amants Qui disparaîtront lentement

{Refrain:}

Combien d'amoureux il a vu passer, Combien de prénoms se sont enlacés! Combien de serments, de fausses promesses Se sont échangés sous son ombre épaisse! Combien d'amoureux ivres de plaisir Ont gravé gaiement tous leurs souvenirs! Qui dira le sort des amants lassés Dont les doux prénoms se sont effacés. Sous le regard d'une pinsonne Nous avons gravé cet automne Nos prénoms, en nous promettant De les retrouver au printemps. Mais le chêne aux saisons fleuries Retrouvant un peu de sa vie Gardera-t-il dans les beaux jours Le grand secret de notre amour?

{Refrain}


Les quat'z'arts

<p>Les quat'z'arts</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1964

Les copains affligés, les copines en pleurs La boîte à dominos enfouie sous les fleurs Tout le monde équipé de sa tenue de deuil La farce était bien bonne et valait le coup d'œil Les quat'z'arts avaient fait les choses comme il faut L'enterrement paraissait officiel. Bravo! Le mort ne chantait pas: "Ah! c'qu'on s'emmerde ici!" Il prenait son trépas à cœur, cette fois-ci Et les bonshomm's chargés de la levée du corps Ne chantaient pas non plus "Saint-Eloi bande encor!" Les quat'z'arts avaient fait les choses comme il faut Le macchabée semblait tout à fait mort. Bravo! Ce n'étaient pas du tout des filles en tutu Avec des fess's à claque et des chapeaux pointus Les commères choisies pour les cordons du poêle Et nul ne leur criait: "A poil! A poil! A poil!" Les quat'z'arts avaient fait les choses comme il faut Les pleureuses sanglotaient pour de bon. Bravo! Le curé n'avait pas un goupillon factice Un de ces goupillons en forme de phallus Et quand il y alla de ses de profondis L'enfant de chœur répliqua pas morpionibus Les quat'z'arts avaient fait les choses comme il faut Le curé venait pas de Camaret. Bravo! On descendit la bière et je fus bien déçu La blague maintenant frisait le mauvais goût Car le mort se laissa jeter la terr' dessus Sans lever le couvercle en s'écriant "Coucou!" Les quat'z'arts avaient fait les choses comme il faut Le cercueil n'était pas à double fond. Bravo! Quand tout fut consommé, je leur ai dit: "Messieurs Allons faire à présent la tournée des boxons!" Mais ils m'ont regardé avec de pauvres yeux Puis ils m'ont embrassé d'une étrange façon Les quat'z'arts avaient fait les choses comme il faut Leur compassion semblait venir du cœur. Bravo! Quand je suis ressorti de ce champ de navets L'ombre de l'ici-gît pas à pas me suivait Une petite croix de trois fois rien du tout Faisant, à elle seul', de l'ombre un peu partout Les quat'z'arts avaient fait les choses comme il faut Les revenants s'en mêlaient à leur tour. Bravo! J'ai compris ma méprise un petit peu plus tard Quand, allumant ma pipe avec le faire-part J'm'aperçus que mon nom, comm' celui d'un bourgeois Occupait sur la liste une place de choix Les quat'z'arts avaient fait les choses comme il faut J'étais le plus proch' parent du défunt. Bravo! Adieu! les faux tibias, les crânes de carton Plus de marche funèbre au son des mirlitons Au grand bal des quat'z'arts nous n'irons plus danser Les vrais enterrements viennent de commencer Nous n'irons plus danser au grand bal des quat'z'arts Viens, pépère, on va se ranger des corbillards

Les quatre bacheliers

<p>Les quatre bacheliers</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1966

Nous étions quatre bacheliers Sans vergogne, La vraie crème des écoliers, Des ecoliers. Pour offrir aux filles des fleurs, Sans vergogne, Nous nous fîmes un peu voleurs, Un peu voleurs. Les sycophantes du pays, Sans vergogne, Aux gendarmes nous ont trahis, Nous ont trahis. Et l'on vit quatre bacheliers Sans vergogne, Qu'on emmène, les mains liées, Les mains liées. On fit venir à la prison, Sans vergogne, Les parents des mauvais garçons, Mauvais garçons. Les trois premiers pères, les trois, Sans vergogne, En perdirent tout leur sang-froid, Tout leur sang-froid. Comme un seul ils ont déclaré, Sans vergogne, Qu'on les avait déshonorée, Déshonorés. Comme un seul ont dit " C'est fini, Sans vergogne, Fils indigne, je te renie, Je te renie. " Le quatrième des parents, Sans vergogne, C'était le plus gros, le plus grand, Le plus grand. Quand il vint chercher son voleur Sans vergogne, On s'attendait à un malheur, A un malheur. Mais il n'a pas déclaré, non, Sans vergogne, Que l'on avait sali son nom, Sali son nom. Dans le silence on l'entendit, Sans vergogne, Qui lui disait: " Bonjour, petit, Bonjour petit. " On le vit, on le croirait pas, Sans vergogne, Lui tendre sa blague à tabac, Blague à tabac. Je ne sais pas s'il eut raison, Sans vergogne, D'agir d'une telle façon, Telle façon. Mais je sais qu'un enfant perdu, Sans vergogne, A de la corde de pendu, De pendu, A de la chance quand il a, Sans vergogne, Un père de ce tonneau-là, Ce tonneau-là. Et si les chrétiens du pays, Sans vergogne, Jugent que cet homme a failli, Homme a failli. Ça laisse à penser que, pour eux, Sans vergogne, L'Evangile, c'est de l'hébreu, C'est de l'hébreu.

Les radis

<p>Les radis</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1957

Chacun sait qu'autrefois les femm's convaincues d'adultère Se voyaient enfoncer dans un endroit qu'il me faut taire Par modestie… Un énorme radis. Or quand j'étais tout gosse, un jour de foire en mon village, J'eus la douleur de voir punir d'une épouse volage La perfidie, Au moyen du radis. La malheureuse fut traînée sur la place publique Par le cruel cornard armé du radis symbolique, Ah! sapristi, Mes aïeux quel radis! Vers la pauvre martyre on vit courir les bonn's épouses Qui, soit dit entre nous, de sa débauche étaient jalouses. Je n'ai pas dit: Jalouses du radis. Si j'étais dans les rangs de cette avide et basse troupe, C'est qu'à cette époqu'-là j' n'avais encor' pas vu de croupe Ni de radis, Ça m'était interdit. Le cornard attendit que le forum fût noir de monde Pour se mettre en devoir d'accomplir l'empal'ment immonde, Lors il brandit Le colossal radis. La victime acceptait le châtiment avec noblesse, Mais il faut convenir qu'elle serrait bien fort les fesses Qui, du radis, Allaient être nanties. Le cornard mit l' radis dans cet endroit qu'il me faut taire, Où les honnêtes gens ne laissent entrer que des clystères. On applaudit Les progrès du radis. La pampe du légume était seule à présent visible, La plante était allée jusqu'aux limites du possible, On attendit Les effets du radis. Or, à l'étonnement du cornard et des gross's pécores L'empalée enchantée criait: "Encore, encore, encore, Hardi hardi, Pousse le radis, dis!" Ell' dit à pleine voix: "J' n'aurais pas cru qu'un tel supplice Pût en si peu de temps me procurer un tel délice! Mais les radis Mènent en paradis!" Ell' n'avait pas fini de chanter le panégyrique Du légume en question que toutes les pécor's lubriques Avaient bondi Vers les champs de radis. L'œil fou, l'écume aux dents, ces furies se jetèrent en meute Dans les champs de radis qui devinrent des champs d'émeute. Y en aura-t-y Pour toutes, des radis? Ell's firent un désastre et laissèrent loin derrière elles Les ravages causés par les nuées de sauterelles. Dans le pays, Plus l'ombre d'un radis. Beaucoup de maraîchers constatèrent qu'en certain nombre Il leur manquait aussi des betterav's et des concombres Raflés pardi Comme de vils radis. Tout le temps que dura cette manie contre nature, Les innocents radis en vir'nt de vert's et de pas mûres, Pauvres radis, Héros de tragédie. Lassés d'être enfoncés dans cet endroit qu'il me faut taire, Les plus intelligents de ces légumes méditèrent. Ils se sont dit: "Cessons d'être radis!" Alors les maraîchers semant des radis récoltèrent Des melons, des choux-fleurs, des artichauts, des pomm's de terre Et des orties, Mais pas un seul radis. A partir de ce jour, la bonne plante potagère Devint dans le village une des denrées les plus chères Plus de radis Pour les gagne-petit. Cettain's pécor's fûtées dir'nt sans façons: "Nous, on s'en fiche De cette pénurie, on emploie le radis postiche Qui garantit Du manque de radis." La mode du radis réduisant le nombre de mères Qui donnaient au village une postérité, le maire, Dans un édit Prohiba le radis. Un crieur annonça: "Toute femme prise à se mettre Dans l'endroit réservé au clystère et au thermomètre Même posti- Che un semblant de radis Sera livrée aux mains d'une maîtresse couturière Qui, sans aucun délai, lui faufilera le derrière Pour interdi- Re l'accès du radis." Cette loi draconienne eut raison de l'usage louche D'absorber le radis par d'autres voies que par la bouche, Et le radis, Le légume maudit, Ne fut plus désormais l'instrument de basses manœuvres Et n'entra plus que dans la composition des hors-d'œuvre Qui, à midi, Aiguisent l'appétit.

Les ricochets

<p>Les ricochets</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1976

J'avais dix-huit ans Tout juste et quittant Ma ville natale Un beau jour, o gue Je vins debarquer dans la capitale J'entrai pas aux cris D'"A nous deux Paris" En Ile-de-France Que ton Rastignac N'ait cure, Balzac! De ma concurrence {2x} Gens en place, dormez Sans vous alarmer, Rien ne vous menace Ce n'est qu'un jeune sot qui monte a l'assaut du p'tit montparnasse On n's'etonnera pas Si mes premiers pas tout droit me menerent Au pont Mirabeau pour un coup de chapeau A l'Apolinaire {2x} Bec enfarine Pouvaisje deviner Le remue-mnage Que dans mon destin Causerait soudain Ce plerinage? Que circonvenu Mon caeur ingenu Allait faire des siennes Tomber amoureux De sa toute pre- miere Parisienne.{2x} N'anticipons pas, Sur la berge en bas Tout contre une pile, La belle tchait D' fair' des ricochets D'un' main malhabile Moi, dans ce temps-la Je n' dis pas cela En bombant le torse, L'air avantageux J'tais a ce jeu De premire force. {2x} Tu m' donn's un baiser, Ai=je propose A la demoiselle; Et moi, sans retard J' t'apprends de cet art Toutes les ficelles. Affaire conclue, En une heure elle eut, L'adresse requise. En change, moi J' cueillis plein d'moi Ses lvres exquises. {2x} Et durant un temps Les journaux d'antan D'ailleurs le relatent Fallait se lever Matin pour trouver Une pierre plate. On redessina Du pont d'Iena Au pont Alexandre Jusqu' Saint-Michel, Mais notre echelle, La carte du tendre. {2x} Mais c'tait trop beau: Au pont Mirabeau La belle volage Un jour se perchait Sur un ricochet Et gagnait le large. Ell' me fit faux-bond Pour un vieux barbon, La petite ingrate, Un Crsus vivant Detail aggravant Sur la rive droite. {2x} J'en pleurai pas mal, Le flux lacrymal Me fit la quinzaine. Au viaduc d'Auteuil Parait qu'a vue d'œil Grossissait la Seine. Et si, pont d' l'Alma, J'ai pas noy ma Detresse ineffable, C'est qu' l'eau coulant sous Les pieds du zouzou etait imbuvable. {2x} Et qu' j'avais acquis Cett' conviction qui Du reste me navre Que mort ou vivant Ce n'est pas souvent Qu'on arrive au havre. Nous attristons pas, Allons de ce pas Donner, debonnaires, Au pont Mirabeau Un coup de chapeau A l'Apollinaire. {2x}

Les sabots d'Hélène

<p>Les sabots d'Hélène</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1954

Les sabots d'Hélène Etaient tout crottés Les trois capitaines L'auraient appelée vilaine Et la pauvre Hélène Etait comme une âme en peine Ne cherche plus longtemps de fontaine Toi qui as besoin d'eau Ne cherche plus, aux larmes d'Hélène Va-t'en remplir ton seau Moi j'ai pris la peine De les déchausser Les sabots d'Hélèn' Moi qui ne suis pas capitaine Et j'ai vu ma peine Bien récompensée Dans les sabots de la pauvre Hélène Dans ses sabots crottés Moi j'ai trouvé les pieds d'une reine Et je les ai gardés Son jupon de laine Etait tout mité Les trois capitaines L'auraient appelée vilaine Et la pauvre Hélène Etait comme une âme en peine Ne cherche plus longtemps de fontaine Toi qui as besoin d'eau Ne cherche plus, aux larmes d'Hélène Va-t'en remplir ton seau Moi j'ai pris la peine De le retrousser Le jupon d'Hélèn' Moi qui ne suis pas capitaine Et j'ai vu ma peine Bien récompensée Sous le jupon de la pauvre Hélène Sous son jupon mité Moi j'ai trouvé des jambes de reine Et je les ai gardés Et le cœur d'Hélène N'savait pas chanter Les trois capitaines L'auraient appelée vilaine Et la pauvre Hélène Etait comme une âme en peine Ne cherche plus longtemps de fontaine Toi qui as besoin d'eau Ne cherche plus, aux larmes d'Hélène Va-t'en remplir ton seau Moi j'ai pris la peine De m'y arrêter Dans le cœur d'Hélèn' Moi qui ne suis pas capitaine Et j'ai vu ma peine Bien récompensée Et dans le cœur de la pauvre Hélène Qu'avait jamais chanté Moi j'ai trouvé l'amour d'une reine Et moi je l'ai gardé

Les trompettes de la renommée

<p>Les trompettes de la renommée</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1962

Je vivais à l'écart de la place publique, Serein, contemplatif, ténébreux, bucolique… Refusant d'acquitter la rançon de la gloir', Sur mon brin de laurier je dormais comme un loir. Les gens de bon conseil ont su me fair' comprendre Qu'à l'homme de la ru' j'avais des compt's à rendre Et que, sous peine de choir dans un oubli complet, J' devais mettre au grand jour tous mes petits secrets.

{Refrain:}

Trompettes De la Renommée, Vous êtes Bien mal embouchées! Manquant à la pudeur la plus élémentaire, Dois-je, pour les besoins d' la caus' publicitaire, Divulguer avec qui, et dans quell' position Je plonge dans le stupre et la fornication? Si je publi' des noms, combien de Pénélopes Passeront illico pour de fieffé's salopes, Combien de bons amis me r'gard'ront de travers, Combien je recevrai de coups de revolver! A toute exhibition, ma nature est rétive, Souffrant d'un' modesti' quasiment maladive, Je ne fais voir mes organes procréateurs A personne, excepté mes femm's et mes docteurs. Dois-je, pour défrayer la chroniqu' des scandales, Battre l' tambour avec mes parti's génitales, Dois-je les arborer plus ostensiblement, Comme un enfant de chœur porte un saint sacrement? Une femme du monde, et qui souvent me laisse Fair' mes quat' voluptés dans ses quartiers d' noblesse, M'a sournois'ment passé, sur son divan de soi', Des parasit's du plus bas étage qui soit… Sous prétexte de bruit, sous couleur de réclame, Ai-j' le droit de ternir l'honneur de cette dame En criant sur les toits, et sur l'air des lampions: " Madame la marquis' m'a foutu des morpions! "? Le ciel en soit loué, je vis en bonne entente Avec le Pèr' Duval, la calotte chantante, Lui, le catéchumène, et moi, l'énergumèn', Il me laisse dire merd', je lui laiss' dire amen, En accord avec lui, dois-je écrir' dans la presse Qu'un soir je l'ai surpris aux genoux d' ma maîtresse, Chantant la mélopé' d'une voix qui susurre, Tandis qu'ell' lui cherchait des poux dans la tonsure? Avec qui, ventrebleu! faut-il que je couche Pour fair' parler un peu la déesse aux cent bouches? Faut-il qu'un' femme célèbre, une étoile, une star, Vienn' prendre entre mes bras la plac' de ma guitar'? Pour exciter le peuple et les folliculaires, Qui'est-c' qui veut me prêter sa croupe populaire, Qui'est-c' qui veut m' laisser faire, in naturalibus, Un p'tit peu d'alpinism' sur son mont de Vénus? Sonneraient-ell's plus fort, ces divines trompettes, Si, comm' tout un chacun, j'étais un peu tapette, Si je me déhanchais comme une demoiselle Et prenais tout à coup des allur's de gazelle? Mais je ne sache pas qu'ça profite à ces drôles De jouer le jeu d' l'amour en inversant les rôles, Qu'ça confère à ma gloire un' onc' de plus-valu', Le crim' pédérastique, aujourd'hui, ne pai' plus. Après c'tour d'horizon des mille et un' recettes Qui vous val'nt à coup sûr les honneurs des gazettes, J'aime mieux m'en tenir à ma premièr' façon Et me gratter le ventre en chantant des chansons. Si le public en veut, je les sors dare-dare, S'il n'en veut pas je les remets dans ma guitare. Refusant d'acquitter la rançon de la gloir', Sur mon brin de laurier je m'endors comme un loir.

Les voisins

<p>Les voisins</p>

Paroles: Georges Brassens

Si j'étais tout-puissant demain Je n'irais pas par quat' chemins, Et ferais passer par le fer Tous les voisins de l'univers. Dans un moment, quand vous saurez Tout ce qu'ils me font endurer, Vous direz en votre âme: "Il a Raison d' vouloir être Attila."

{Refrain:}

Les voisins sont tous des sal's types Les voisins sont tous des sal's gens. Ces gens auxquels je n'ai rien fait, Auxquels je montre un tact parfait, Passent leurs jours, passent leurs nuits A me susciter des ennuis. Ils possèdent un Mistigri Qui croque toutes les souris, Sauf les miennes bien entendu Car ils le lui ont défendu.

{Refrain}

Mais en revanche il prend bien soin De ne pas faire ses besoins Ailleurs que sur mon paillasson, Comme on lui en fit la leçon, Et puis ils vont criant partout Si je jett' la pierre au matou: "Il met ça sur le dos du chat, Mais c'est lui qui se soulagea!"

{Refrain}

Et dans tout le quartier bientôt, Je passe pour un Hottentot Qui s'acharne à souiller, souiller Les paillassons mal surveillés. Lors quand je vais déambulant, Chacun me fait l'affront sanglant De mettre au fur et à mesur' Tous les paillassons en lieu sûr.

{Refrain}

Ma grand-mère âgée de cent ans M'adore et vient de temps en temps Faire un séjour en ma demeure. Ils trouvent ça contraire aux mœurs, Ils font entendre à mots couverts Que je suis un affreux pervers, Un incestueux garnement Qui couche avec sa grand-maman.

{Refrain}

Et, comme pour les paillassons, Tous les crétins à l'unisson, Afin d'm'empêcher d'les violer Mettent leurs grand-mères sous clef. En outre, la société Protectric' des vieux maltraités Me combat de tout son pouvoir Et m'inscrit sur sa liste noir'.

{Refrain}

Ayant un jour lavé mes pieds, J'attendais la femm' d'un pompier, Sûr d'abuser d'elle à huis clos. J'avais compté sans ces salauds. Comm' dans l' couloir il faisait nuit Et qu'elle ne trouvait pas mon huis, Elle alla tirer par erreur Le cordon de mes dénigreurs.

{Refrain}

Ils lui répondent: "Ce citoyen Habit' le taudis mitoyen, Mais quand vous sortirez d' chez lui Portez donc vos pas à Saint-Louis." Alors ma visiteuse, à corps Perdu, partit et court encor', Et je dus convenir enfin Qu' j'avais lavé mes pieds en vain.

{Refrain}

L'affair' ne se borna pas là, De nouveau, tout l' monde en parla, Et les sapeurs-pompiers d' Paris Me clouèrent au pilori. Ils retirèr'nt par précaution Leurs femm's de la circulation Et promir'nt d'être sans émoi Si jamais l' feu prenait chez moi.

{Refrain}

Je passe ainsi pour un garçon Qui s'oublie sur les paillassons, Qui viole les vieilles grand-mèr's, Qui contamine les pompièr's. Maintenant que vous savez tout, Vous donnez votre accord sans dou- Te à mon zèle exterminateur De cette bande d'emmerdeurs. Et comme on n'en finirait plus Permettez qu'ici je conclue En sonnant encor' le tocsin Contre l'engeance des voisins.

Maman, papa

<p>Maman, papa</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1957

autres interprètes: Philippe Chatel (1980)

Maman, maman, en faisant cette chanson Maman, maman, je r'deviens petit garçon Alors je suis sage en classe Et pour te faire plaisir J'obtiens les meilleures places Ton désir Maman, maman, je préfère à mes jeux fous Maman, maman, demeurer sur tes genoux Et sans un mot dire, entendre tes refrains charmants Maman, maman, maman, maman Papa, papa, en faisant cette chanson Papa, papa, je r'deviens petit garçon Et je t'entends sous l'orage User tout ton humour Pour redonner du courage A nos cœurs lourds Papa, papa, il n'y eut pas entre nous Papa, papa, de tendresse ou de mots doux Pourtant on s'aimait, bien qu'on ne se l'avouât pas Papa, papa, papa, papa Maman, papa, en faisant cette chanson Maman, papa, je r'deviens petit garçon Et, grâce à cet artifice Soudain je comprends Le prix de vos sacrifices Mes parents Maman, papa, toujours je regretterai Maman, papa, de vous avoir fait pleurer Au temps où nos cœurs ne se comprenaient encor pas Maman, papa, maman, papa

Marinette

<p>Marinette</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1956

Quand j'ai couru chanter ma p'tit' chanson pour Marinette La belle, la traîtresse était allée à l'opéra Avec ma p'tit' chanson, j'avais l'air d'un con, ma mère Avec ma p'tit' chanson, j'avais l'air d'un con Quand j'ai couru porter mon pot d'moutarde à Marinette La belle, la traîtresse avait déjà fini d'dîner Avec mon petit pot, j'avais l'air d'un con, ma mère Avec mon petit pot, j'avais l'air d'un con Quand j'offris pour étrenne un'bicyclette à Marinette La belle, la traîtresse avait acheté une auto Avec mon p'tit vélo, j'avais l'air d'un con, ma mère Avec mon p'tit vélo, j'avais l'air d'un con Quand j'ai couru tout chose au rendez-vous de Marinette La bell' disait: "J't'adore" à un sal' typ' qui l'embrassait Avec mon bouquet d'fleurs, j'avais l'air d'un con, ma mère Avec mon bouquet d'fleurs, j'avais l'air d'un con Quand j'ai couru brûler la p'tit' cervelle à Marinette La belle était déjà morte d'un rhume mal placé Avec mon revolver, j'avais l'air d'un con, ma mère Avec mon revolver, j'avais l'air d'un con Quand j'ai couru lugubre à l'enterr'ment de Marinette La belle, la traîtresse était déjà ressuscitée Avec ma p'tit' couronn', j'avais l'air d'un con, ma mère Avec ma p'tit' couronn', j'avais l'air d'un con

Marquise

<p>Marquise</p> Marquise, si mon visage A quelques traits un peu vieux, Souvenez-vous qu'à mon âge Vous ne vaudrez guères mieux.

{2x}

Le temps aux plus belles choses Se plaîst à faire un affront Et saura faner vos roses Comme il a ridé mon front.

{2x}

Le mesme cours des planètes Règle nos jours et nos nuits On m'a vu ce que vous estes; Vous serez ce que je suis.

{2x}

Peut-être que je serai vieille, Répond Marquise, cependant J'ai vingt-six ans, mon vieux Corneille, Et je t'emmerde en attendant.

{2x}


Mélanie

<p>Mélanie</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1976

Les chansons de salle de garde Ont toujours été de mon goût, Et je suis bien malheureux, car de Nos jours on n'en crée plus beaucoup. Pour ajouter au patrimoine Folklorique des carabins, {2x} J'en ai fait une, putain de moine, Plaise à Dieu qu'elle plaise aux copains. {2x} Ancienne enfant d'Marie-salope Mélanie, la bonne au curé, Dedans ses trompes de Fallope, S'introduit des cierges sacrés. Des cierges de cire d'abeille Plus onéreux, mais bien meilleurs, {2x} Dame! la qualité se paye A Saint-Sulpice, comme ailleurs. {2x} Quand son bon maître lui dit: "Est-ce Trop vous demander Mélanie, De n'user, par délicatesse, Que de cierges non encore bénits?" Du tac au tac, elle réplique Moi, je préfère qu'ils le soient, {2x} Car je suis bonne catholique Elle a raison, ça va de soi. {2x} Elle vous emprunte un cierge à Pâques Vous le rend à la Trinité. Non, non, non, ne me dites pas que C'est normal de tant le garder. Aux obsèques d'un con célèbre, Sur la bière, ayant aperçu, {2x} Un merveilleux cierge funèbre, Elle partit à cheval dessus. {2x} Son mari, pris dans la tempête La Paimpolaise était en train De vouer, c'était pas si bête, Un cierge au patron des marins. Ce pieux flambeau qui vacille Mélanie se l'est octroyé, {2x} Alors le saint, cet imbécile, Laissa le marin se noyer. {2x} Les bons fidèles qui désirent Garder pour eux, sur le chemin Des processions, leur bout de cire Doiv'nt le tenir à quatre mains, Car quand elle s'en mêl', sainte vierge, Elle cause un désastre, un malheur. {2x} La Saint-Barthélemy des cierges, C'est le jour de la Chandeleur. {2x} Souvent quand elle les abandonne, Les cierges sont périmés; La saint' famill' nous le pardonne Plus moyen de les rallumer. Comme ell' remue, comme elle se cabre, Comme elle fait des soubresauts, {2x} En retournant au candélabre, Ils sont souvent en p'tits morceaux. {2x} Et comme elle n'est pas de glace, Parfois quand elle les restitue Et qu'on veut les remettre en place, Ils sont complètement fondus. Et comme en outre elle n'est pas franche, Il arrive neuf fois sur dix {2x} Qu'sur un chandelier à sept branches Elle n'en rapporte que six. {2x} Mélanie à l'heure dernière A peu de chances d'être élue; Aux culs bénits de cett' manière Aucune espèce de salut. Aussi, chrétiens, mes très chers frères, C'est notre devoir, il est temps, {2x} De nous employer à soustraire Cette âme aux griffes de Satan. {2x} Et je propose qu'on achète Un cierge abondamment béni Qu'on fera brûler en cachette En cachette de Mélanie. En cachette car cette salope Serait fichue d'se l'enfoncer {2x} Dedans ses trompes de Fallope, Et tout s'rait à recommencer. {2x}

Misogynie à part

<p>Misogynie à part</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1969

autres interprètes: Trevidy (2006)

Misogynie à part, le sage avait raison Il y a les emmerdantes, on en trouve à foison En foule elles se pressent Il y a les emmerdeuses, un peu plus raffinées Et puis, très nettement au-dessus du panier Y a les emmerderesses La mienne, à elle seule, sur toutes surenchérit Elle relève à la fois des trois catégories Véritable prodige Emmerdante, emmerdeuse, emmerderesse itou Elle passe, elle dépasse, elle surpasse tout Elle m'emmerde, vous dis-je Mon Dieu, pardonnez-moi ces propos bien amers Elle m'emmerde, elle m'emmerde, elle m'emmerde, elle m'emmer- de, elle abuse, elle attige Elle m'emmerde et j'regrette mes belles amours avec La p'tite enfant d'Marie que m'a soufflée l'évêque Elle m'emmerde, vous dis-je Elle m'emmerde, elle m'emmerde, et m'oblige à me cu- rer les ongles avant de confirmer son cul Or, c'est pas callipyge Et la charité seule pousse ma main résignée Vers ce cul rabat-joie, conique, renfrogné Elle m'emmerde, vous dis-je Elle m'emmerde, elle m'emmerde, je le répète et quand Elle me tape sur le ventre, elle garde ses gants Et ça me désoblige Outre que ça dénote un grand manque de tact Ça n'favorise pas tellement le contact Elle m'emmerde, vous dis-je Elle m'emmerde, elle m'emmerde, quand je tombe à genoux Pour certaines dévotions qui sont bien de chez nous Et qui donnent le vertige Croyant l'heure venue de chanter le credo Elle m'ouvre tout grand son missel sur le dos Elle m'emmerde, vous dis-je Elle m'emmerde, elle m'emmerde, à la fornication Elle s'emmerde, elle s'emmerde avec ostentation Elle s'emmerde, vous dis-je Au lieu de s'écrier: " Encor! Hardi! Hardi! " Elle déclame du Claudel, du Claudel, j'ai bien dit Alors ça, ça me fige! Elle m'emmerde, elle m'emmerde, j'admets que ce Claudel Soit un homme de génie, un poète immortel J'reconnais son prestige Mais qu'on aille chercher dedans son œuvre pie Un aphrodisiaque, non, ça, c'est d'l'utopie Elle m'emmerde, vous dis-je

Montélimar

<p>Montélimar</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1976

Avec leurs gniards Mignons mignards, Leur beau matou, Leur gros toutou, Les pharisiens, Les béotiens, Les aoûtiens, Dans leur auto, Roulent presto, Tombeau ouvert, Descendant vers La grande mare, En passant par Montélimar.

{Refrain:}

Dites d'urgence A ces engeances De malheur Et à leurs Gniards Que chiens, chats N'aiment Pas l' nougat Même Même celui D'Montélimar. Hélas bientôt Le mal d'auto Va déranger Les passagers. Le beau matou, Le gros toutou, Pas fiers du tout – Ça fait frémir – S'en vont vomir Et même pis Sur les tapis Et les coussins A beaux dessins, C'est très malsain. C'est très fâcheux, C'est plus du jeu, Et coetera. Et alors à Montélimar, On en a marre Du cauchemar. Boutant presto Hors de l'auto Le beau matou, Le gros toutou, Ces handicaps Sur Digne, Gap, On met le cap. Alors tous ces Petits poucets, Ces beaux matous, Ces gros toutous, En ribambelle Ont sans appel Droit au scalpel. Les aoûtiens Les béotiens Qui font ça n'ont Pas d'âme, non, Que leur auto Bute presto Contre un poteau!s

Mourir pour des idées

<p>Mourir pour des idées</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1972

Mourir pour des idées, l'idée est excellente Moi j'ai failli mourir de ne l'avoir pas eu Car tous ceux qui l'avaient, multitude accablante En hurlant à la mort me sont tombés dessus Ils ont su me convaincre et ma muse insolente Abjurant ses erreurs, se rallie à leur foi Avec un soupçon de réserve toutefois Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente, D'accord, mais de mort lente Jugeant qu'il n'y a pas péril en la demeure Allons vers l'autre monde en flânant en chemin Car, à forcer l'allure, il arrive qu'on meure Pour des idées n'ayant plus cours le lendemain Or, s'il est une chose amère, désolante En rendant l'âme à Dieu c'est bien de constater Qu'on a fait fausse route, qu'on s'est trompé d'idée Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente D'accord, mais de mort lente Les saint jean bouche d'or qui prêchent le martyre Le plus souvent, d'ailleurs, s'attardent ici-bas Mourir pour des idées, c'est le cas de le dire C'est leur raison de vivre, ils ne s'en privent pas Dans presque tous les camps on en voit qui supplantent Bientôt Mathusalem dans la longévité J'en conclus qu'ils doivent se dire, en aparté "Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente D'accord, mais de mort lente" Des idées réclamant le fameux sacrifice Les sectes de tout poil en offrent des séquelles Et la question se pose aux victimes novices Mourir pour des idées, c'est bien beau mais lesquelles? Et comme toutes sont entre elles ressemblantes Quand il les voit venir, avec leur gros drapeau Le sage, en hésitant, tourne autour du tombeau Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente D'accord, mais de mort lente Encor s'il suffisait de quelques hécatombes Pour qu'enfin tout changeât, qu'enfin tout s'arrangeât Depuis tant de "grands soirs" que tant de têtes tombent Au paradis sur terre on y serait déjà Mais l'âge d'or sans cesse est remis aux calendes Les dieux ont toujours soif, n'en ont jamais assez Et c'est la mort, la mort toujours recommencée Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente D'accord, mais de mort lente O vous, les boutefeux, ô vous les bons apôtres Mourez donc les premiers, nous vous cédons le pas Mais de grâce, morbleu! laissez vivre les autres! La vie est à peu près leur seul luxe ici bas Car, enfin, la Camarde est assez vigilante Elle n'a pas besoin qu'on lui tienne la faux Plus de danse macabre autour des échafauds! Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente D'accord, mais de mort lente

On n'a pas besoin de la lune

<p>On n'a pas besoin de la lune</p>

Paroles: Paul Mistraki

On n'a pas besoin de la lune Quand on est vraiment amoureux Pas besoin de vent sur la lune Ni de sources ni de ciel bleu Du moment qu'on aime sa brune Ça suffit pour qu'on soit heureux Les yeux dans les yeux et le cœur joyeux On oublie la terre et les cieux Quel bonheur quelle joie quelle chance m'a donné la vie La première fois que je vis celle qui est mon amie Nous avons fait connaissance son jardin fleuri Et pas sous le ciel de la Provence Mais sous un parapluie Place Vichy On n'a pas besoin de la lune Quand on est vraiment amoureux Pas besoin de vent sur la lune Ni de sources ni de ciel bleu Du moment qu'on aime sa brune Ça suffit pour qu'on soit heureux Les yeux dans les yeux et le cœur joyeux On oublie la terre et les cieux On n'a pas besoin de la lune Quand on est vraiment amoureux

Oncle Archibald

<p>Oncle Archibald</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1957

O vous, les arracheurs de dents Tous les cafards, les charlatans Les prophètes Comptez plus sur oncle Archibald Pour payer les violons du bal A vos fêtes En courant sus à un voleur Qui venait de lui chiper l'heure A sa montre Oncle Archibald, coquin de sort! Fit, de Sa Majesté la Mort La rencontre Telle un' femm' de petit' vertu Elle arpentait le trottoir du Cimetière Aguichant les hommes en troussant Un peu plus haut qu'il n'est décent Son suaire Oncle Archibald, d'un ton gouailleur Lui dit: " Va-t'en fair' pendre ailleurs Ton squelette Fi! des femelles décharnees! Vive les belles un tantinet Rondelettes! " Lors, montant sur ses grands chevaux La Mort brandit la longue faux D'agronome Qu'elle serrait dans son linceul Et faucha d'un seul coup, d'un seul Le bonhomme Comme il n'avait pas l'air content Elle lui dit: " Ça fait longtemps Que je t'aime Et notre hymen à tous les deux Etait prévu depuis le jour de Ton baptême " Si tu te couches dans mes bras Alors la vie te semblera Plus facile Tu y seras hors de portée Des chiens, des loups, des homm's et des Imbéciles " Nul n'y contestera tes droits Tu pourras crier "Vive le roi!" Sans intrigue Si l'envi' te prend de changer Tu pourras crier sans danger "Vive la Ligue!" " Ton temps de dupe est révolu Personne ne se paiera plus Sur ta bête Les "Plaît-il, maître?" auront plus cours Plus jamais tu n'auras à cour- ber la tête" Et mon oncle emboîta le pas De la belle, qui ne semblait pas Si féroce Et les voilà, bras d'ssus, bras d'ssous, Les voilà partis je n' sais où Fair' leurs noces O vous, les arracheurs de dents Tous les cafards, les charlatans Les prophètes Comptez plus sur oncle Archibald Pour payer les violons du bal A vos fêtes

P… de toi

<p>P… de toi</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1954

En ce temps-là, je vivais dans la lune Les bonheurs d'ici-bas m'étaient tous défendus Je semais des violettes et chantais pour des prunes Et tendais la patte aux chats perdus R: Ah ah ah ah putain de toi Ah ah ah ah ah ah pauvre de moi Un soir de pluie v'là qu'on gratte à ma porte Je m'empresse d'ouvrir, sans doute un nouveau chat Nom de dieu l'beau félin que l'orage m'apporte C'était toi, c'était toi, c'était toi Les yeux fendus et couleur pistache T'as posé sur mon cœur ta patte de velours Fort heureus'ment pour moi t'avais pas de moustache Et ta vertu ne pesait pas trop lourd Au quatre coins de ma vie de bohème T'as prom'né, t'as prom'né le feu de tes vingt ans Et pour moi, pour mes chats, pour mes fleurs, mes poèmes C'était toi la pluie et le beau temps Mais le temps passe et fauche à l'aveuglette Notre amour mûrissait à peine que déjà Tu brûlais mes chansons, crachais sur mes viollettes Et faisais des misères à mes chats Le comble enfin, misérable salope Comme il n'restait plus rien dans le garde-manger T'as couru sans vergogne, et pour une escalope Te jeter dans le lit du boucher C'était fini, t'avais passé les bornes Et, r'nonçant aux amours frivoles d'ici-bas J'suis r'monté dans la lune en emportant mes cornes Mes chansons, et mes fleurs, et mes chats

Pauvre Martin

<p>Pauvre Martin</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1954

Avec une bêche à l'épaule, Avec, à la lèvre, un doux chant, Avec, à la lèvre, un doux chant, Avec, à l'âme, un grand courage, Il s'en allait trimer aux champs! Pauvre Martin, pauvre misère, Creuse la terre, creuse le temps! Pour gagner le pain de sa vie, De l'aurore jusqu'au couchant, De l'aurore jusqu'au couchant, Il s'en allait bêcher la terre En tous les lieux, par tous les temps! Pauvre Martin, pauvre misère, Creuse la terre, creuse le temps! Sans laisser voir, sur son visage, Ni l'air jaloux ni l'air méchant, Ni l'air jaloux ni l'air méchant, Il retournait le champ des autres, Toujours bêchant, toujours bêchant! Pauvre Martin, pauvre misère, Creuse la terre, creuse le temps! Et quand la mort lui a fait signe De labourer son dernier champ, De labourer son dernier champ, Il creusa lui-même sa tombe En faisant vite, en se cachant… Pauvre Martin, pauvre misère, Creuse la terre, creuse le temps! Il creusa lui-même sa tombe En faisant vite, en se cachant, En faisant vite, en se cachant, Et s'y étendit sans rien dire Pour ne pas déranger les gens… Pauvre Martin, pauvre misère, Dors sous la terre, dors sous le temps!

Pénélope

<p>Pénélope</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1960

Toi l'épouse modèle Le grillon du foyer Toi qui n'a point d'accrocs Dans ta robe de mariée Toi l'intraitable Pénélope En suivant ton petit Bonhomme de bonheur Ne berces-tu jamais En tout bien tout honneur De jolies pensées interlopes De jolies pensées interlopes… Derrière tes rideaux Dans ton juste milieu En attendant l'retour D'un Ulysse de banlieue Penchée sur tes travaux de toile Les soirs de vague à l'âme Et de mélancolie N'as tu jamais en rêve Au ciel d'un autre lit Compté de nouvelles étoiles Compté de nouvelles étoiles… N'as-tu jamais encore Appelé de tes vœux L'amourette qui passe Qui vous prend aux cheveux Qui vous compte des bagatelles Qui met la marguerite Au jardin potager La pomme défendue Aux branches du verger Et le désordre à vos dentelles Et le désordre à vos dentelles… N'as-tu jamais souhaité De revoir en chemin Cet ange, ce démon Qui son arc à la main Décoche des flèches malignes Qui rend leur chair de femme Aux plus froides statues Les bascul' de leur socle Bouscule leur vertu Arrache leur feuille de vigne Arrache leur feuille de vigne… N'aie crainte que le ciel Ne t'en tienne rigueur Il n'y a vraiment pas là De quoi fouetter un cœur Qui bat la campagne et galope C'est la faute commune Et le péché véniel C'est la face cachée De la lune de miel Et la rançon de Pénélope Et la rançon de Pénélope…

Pensée des morts

<p>Pensée des morts</p>

Paroles: Alphonse De Lamartine. Musique: Georges Brassens

Voilà les feuilles sans sève qui tombent sur le gazon voilà le vent qui s'élève et gémit dans le vallon voilà l'errante hirondelle qui rase du bout de l'aile l'eau dormante des marais voilà l'enfant des chaumières qui glane sur les bruyères le bois tombé des forêts C'est la saison où tout tombe aux coups redoublés des vents un vent qui vient de la tombe moissonne aussi les vivants ils tombent alors par mille comme la plume inutile que l'aigle abandonne aux airs lorsque des plumes nouvelles viennent réchauffer ses ailes à l'approche des hivers C'est alors que ma paupière vous vit palir et mourir tendres fruits qu'à la lumière dieu n'a pas laissé murir quoique jeune sur la terre je suis dejà solitaire parmi ceux de ma saison et quand je dis en moi-même "où sont ceux que ton cœur aime?" je regarde le gazon C'est un ami de l'enfance qu'aux jours sombres du malheur nous preta la providence pour appuyer notre cœur il n'est plus: notre âme est veuve il nous suit dans notre épreuve et nous dit avec pitié "Ami si ton âme est pleine de ta joie ou de ta peine qui portera la moitié?" C'est une jeune fiancée qui, le front ceint du bandeau n'emporta qu'une pensée de sa jeunesse au tombeau Triste, hélas! dans le ciel même pour revoir celui qu'elle aime elle revient sur ses pas et lui dit: "ma tombe est verte! sur cette terre déserte qu'attends-tu? je n'y suis pas!" C'est l'ombre pâle d'un père qui mourut en nous nommant c'est une sœur, c'est un frère qui nous devance un moment tous ceux enfin dont la vie un jour ou l'autre ravie, enporte une part de nous murmurent sous la pierre "vous qui voyez la lumière de nous vous souvenez vous?" Voilà les feuilles sans sève qui tombent sur le gazon voilà le vent qui s'élève et gémit dans le vallon voilà l'errante hirondelle qui rase du bout de l'aile l'eau dormante des marais voilà l'enfant des chaumières qui glane sur les bruyères le bois tombé des forêts

Philistins

<p>Philistins</p> Philistins, épiciers Tandis que vous caressiez Vos femmes En songeant aux petits Que vos grossiers appétits Engendrent Vous pensiez: " Ils seront Menton rasé, ventre rond Notaires " Mais pour bien vous punir Un jour vous voyez venir Sur terre Des enfants non voulus Qui deviennent chevelus Poètes…

Pour me rendre à mon bureau

<p>Pour me rendre à mon bureau</p>

Paroles et Musique: Jean Boyer 1980

autres interprètes: Les Croquants (1999)

Pour me rendre à mon bureau, j'avais acheté une auto Une jolie traction avant qui filait comme le vent. C'était en Juillet 39, je me gonflais comme un bœuf Dans ma fierté de bourgeois d'avoir une voiture à moi. Mais vint septembre, et je pars pour la guerre. Huit mois plus tard, en revenant: Réquisition de ma onze chevaux légère "Nein verboten" provisoirement. Pour me rendre à mon bureau alors j'achète une moto Un joli vélomoteur faisant du quarante à l'heure. A cheval sur mon teuf-teuf je me gonflais comme un bœuf Dans ma fierté de bourgeois de rentrer si vite chez moi. Elle ne consommait presque pas d'essence Mais presque pas, c'est encore trop. Voilà qu'on me retire ma licence J'ai dû revendre ma moto. Pour me rendre à mon bureau alors j'achète un vélo Un très joli tout nickelé avec une chaîne et deux clefs. Monté sur des pneus tous neufs je me gonflais comme un bœuf Dans ma fierté de bourgeois d'avoir un vélo à moi. J'en ai eu coup sur coup une douzaine On me les volait périodiquement. Comme chacun d'eux valait le prix d'une Citroën Je fus ruiné très rapidement. Pour me rendre à mon bureau alors j'ai pris le métro Ça ne coûte pas très cher et il y fait chaud l'hiver. Alma, Iéna et Marbœuf je me gonflais comme un bœuf Dans ma fierté de bourgeois de rentrer si vite chez moi. Hélas par économie de lumière On a fermé bien des stations. Et puis ce fut, ce fut la ligne tout entière Qu'on supprima sans rémission. Pour me rendre à mon bureau j'ai mis deux bons godillots Et j'ai fait quatre fois par jour le trajet à pied aller-retour. Les Tuileries, le Pont Neuf je me gonflais comme un bœuf, Fier de souffrir de mes corps pour un si joli décor. Hélas, bientôt, je n'aurai plus de godasses, Le cordonnier ne ressemelle plus. Mais en homme prudent et perspicace Pour l'avenir j'ai tout prévu. Je vais apprendre demain à me tenir sur les mains J'irai pas très vite bien sûr mais je n'userai plus de chaussures. Je verrai le monde de bas en haut c'est peut-être plus rigolo. Je n'y perdrai rien par surcroît: Il est pas drôle à l'endroit.

Puisque vous partez en voyage

<p>Puisque vous partez en voyage</p>

Paroles: Jean Nohain. Musique: Mireille 1935

autres interprètes: Ray Ventura (1936), Jacques Dutailly (1962), Georges Brassens (1980), Françoise Hardy amp; Jacques Dutronc (2000)


{Parlé:}

Savez-vous que c'est la première fois Que nous nous séparons depuis que c'est arrivé? Remarquez que ça ne fait que quinze jours!… Evidemment quinze jours ce n'est pas très long… mais songez tout de même à ce que ça fait d'heures!… Puisque vous partez en voyage Puisque nous nous quittons ce soir Mon cœur fait son apprentissage Je veux sourire avec courage Voyez j'ai posé vos bagages, Marche avant, côté du couloir Et pour les grands signaux d'usage J'ai préparé mon grand mouchoir Dans un instant le train démarre Je resterai seul sur le quai Et je vous verrai de la gare Me dire adieu là-bas avec votre bouquet Promettez-moi d'être bien sage De penser à moi tous les jours Et revenez dans notre cage Où je guette votre retour.

{Parlé;}

Voilà, je vous ai trouvé une bonne place dans un compartiment où il y a une grosse dame et un vieux curé avec une barbe blanche. Et puis je vous ai acheté deux livres… Le premier, c'est la vie des saintes… Et l'autre, c'est l'exemple de bienheureuse Ernestine… Cela vous plaît? Puisque vous partez en voyage Vous m'avez promis ma chérie De m'écrire quatorze pages Tous les matins ou davantage Pour que je voie votre visage Baissez la vitre je vous prie C'est affreux je perds tout courage Soudain je déteste Paris Le contrôleur crie: "En voiture" Le cochon il sait pourtant bien Que je dois rester, mais je jure Que s'il le crie encore une fois, moi je viens J'ai mon amour pour seul bagage Et tout le reste je m'en fous Puisque vous partez en voyage Ma chérie… je pars avec vous.

Quatre-vingt-quinze fois sur cent

<p>Quatre-vingt-quinze fois sur cent</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1972

La femme qui possède tout en elle Pour donner le goût des fêtes charnelles La femme qui suscite en nous tant de passion brutale La femme est avant tout sentimentale Mais dans la main les longues promenades Les fleurs, les billets doux, les sérénades Les crimes, les folies que pour ses beaux yeux l'on commet La transporte, mais…

{Refrain:}

Quatre-vingt-quinze fois sur cent La femme s'emmerde en baisant Qu'elle le taise ou qu'elle le confesse C'est pas tous les jours qu'on lui déride les fesses Les pauvres bougres convaincus Du contraire sont des cocus A l'heure de l'œuvre de chair Elle est souvent triste, peu chère S'il n'entend le cœur qui bat Le corps non plus ne bronche pas Sauf quand elle aime un homme avec tendresse Toujours sensible alors à ses caresses Toujours bien disposée, toujours encline à s'émouvoir Ell' s'emmerd' sans s'en apercevoir Ou quand elle a des besoins tyranniques Qu'elle souffre de nymphomanie chronique C'est ell' qui fait alors passer à ses adorateurs De fichus quarts d'heure

{au Refrain}

Les "encore", les "c'est bon", les "continue" Qu'ell' crie pour simuler qu'ell' monte aux nues C'est pure charité, les soupirs des anges ne sont En général que de pieux menson(ges) C'est à seule fin que son partenaire Se croie un amant extraordinaire Que le coq imbécile et prétentieux perché dessus Ne soit pas déçu

{au Refrain}

J'entends aller de bon train les commentaires De ceux qui font des châteaux à Cythère "C'est parce que tu n'es qu'un malhabile, un maladroit Qu'elle conserve toujours son sang-froid" Peut-être, mais les assauts vous pèsent De ces petits m'as-tu-vu-quand-je-baise Mesdam's, en vous laissant manger le plaisir sur le dos Chantez in petto…

{au Refrain}


Rien à jeter

<p>Rien à jeter</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1969

Sans ses cheveux qui volent J'aurais, dorénavant, Des difficultés folles A voir d'où vient le vent. Tout est bon chez elle, y a rien jeter, Sur l'île déserte il faut tout emporter. Je me demande comme Subsister sans ses joues M'offrant de belles pommes Nouvelles chaque jour. Tout est bon chez elle, y a rien jeter, Sur l'île déserte il faut tout emporter. Sans sa gorge, ma tète, Dépourvu' de coussin, Reposerais par terre Et rien n'est plus malsain. Tout est bon chez elle, y a rien jeter, Sur l'île déserte il faut tout emporter. Sans ses hanches solides Comment faire, demain, Si je perds l'équilibre, Pour accrocher mes mains? Tout est bon chez elle, y a rien jeter, Sur l'île déserte il faut tout emporter. Elle a mile autres choses Précieuses encore Mais, en spectacle, j'ose Pas donner tout son corps. Tout est bon chez elle, y a rien jeter, Sur l'île déserte il faut tout emporter. Des charmes de ma mie J'en passe et des meilleurs. Vos cours d'anatomie Allez les prendre ailleurs. Tout est bon chez elle, y a rien jeter, Sur l'île déserte il faut tout emporter. D'ailleurs, c'est sa faiblesse, Elle tient ses os Et jamais ne se laisse- rait couper en morceaux. Tout est bon chez elle, y a rien à jeter, Sur l'île déserte il faut tout emporter. Elle est quelque peu fière Et chatouilleuse assez, Et l'on doit tout entière La prendre ou la laisser. Tout est bon chez elle, y a rien jeter, Sur l'île déserte il faut tout emporter.

Sale petit bonhomme

<p>Sale petit bonhomme</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1969

Sale petit bonhomme, il ne portait plus d'ailes, Plus de bandeau sur l'œil et d'un huissier modèle, Arborait les sombres habits Dès qu'il avait connu le krach, la banqueroute De nos affaires de cœur, il s'était mis en route Pour recouvrer tout son fourbi. Pas plus tôt descendu de sa noire calèche, Il nous a dit: "je viens récupérer mes flèches Maintenant pour vous superflu's. " Sans une ombre de peine ou de mélancolie, On l'a vu remballer la vaine panoplie Des amoureux qui ne jouent plus. Avisant, oublié', la pauvre marguerite Qu'on avait effeuillé', jadis, selon le rite, Quand on s'aimait un peu, beaucoup, L'un après l'autre, en place, il remit les pétales; La veille encore, on aurait crié au scandale, On lui aurait tordu le cou. Il brûla nos trophé's, il brûla nos reliques, Nos gages, nos portraits, nos lettres idylliques, Bien belle fut la part du feu. Et je n'ai pas bronché, pas eu la mort dans l'âme, Quand, avec tout le reste, il passa par les flammes Une boucle de vos cheveux. Enfin, pour bien montrer qu'il faisait table rase, Il effaça du mur l'indélébile phrase: "Paul est épris de Virginie. " De Virgini', d'Hortense ou bien de Caroline, J'oubli' presque toujours le nom de l'héroïne Quand la comédie est finie. "Faut voir à pas confondre amour et bagatelle, A pas trop mélanger la rose et l'immortelle, Qu'il nous a dit en se sauvant, A pas traiter comme une affaire capitale Une petite fantaisie sentimentale Plus de crédit dorénavant. " Ma mi', ne prenez pas ma complainte au tragique. Les raisons qui, ce soir, m'ont rendu nostalgique, Sont les moins nobles des raisons, Et j'aurais sans nul doute enterré cette histoire Si, pour renouveler un peu mon répertoire Je n'avais besoin de chansons.

Saturne

<p>Saturne</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1964

Il est morne, il est taciturne Il préside aux choses du temps Il porte un joli nom, Saturne Mais c'est Dieu fort inquiétant Il porte un joli nom, Saturne Mais c'est Dieu fort inquiétant En allant son chemin, morose Pour se désennuyer un peu Il joue à bousculer les roses Le temps tue le temps comme il peut Il joue à bousculer les roses Le temps tue le temps comme il peut Cette saison, c'est toi, ma belle Qui a fait les frais de son jeu Toi qui a dû payer la gabelle Un grain de sel dans tes cheveux Toi qui a dû payer la gabelle Un grain de sel dans tes cheveux C'est pas vilain, les fleurs d'automne Et tous les poètes l'ont dit Je regarde et je donne Mon billet qu'ils n'ont pas menti Je regarde et je donne Mon billet qu'ils n'ont pas menti Viens encore, viens ma favorite Descendons ensemble au jardin Viens effeuiller la marguerite De l'été de la Saint-Martin Viens effeuiller la marguerite De l'été de la Saint-Martin Je sais par cœur toutes tes grâces Et pour me les faire oublier Il faudra que Saturne en fasse Des tours d'horloge, de sablier Et la petite pisseuse d'en face Peut bien aller se rhabiller…

Sauf le respect que je vous dois

<p>Sauf le respect que je vous dois</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1972

Si vous y tenez tant parlez-moi des affaires publiques Encor que ce sujet me rende un peu mélancolique Parlez-m'en toujours je n'vous en tiendrai pas rigueur Parlez-moi d'amour et j'vous fous mon poing sur la gueule Sauf le respect que je vous dois Fi des chantres bêlant qui taquinent la muse érotique Des poètes galants qui lèchent le cul d'Aphrodite Des auteurs courtois qui vont en se frappant le cœur Parlez-moi d'amour et j'vous fous mon poing sur la gueule Sauf le respect que je vous dois Naguère mes idées reposaient sur la non-violence Mon agressivité je l'avais réduite au silence Mais tout tourne court ma compagne était une gueuse Parlez-moi d'amour et j'vous fous mon poing sur la gueule Sauf le respect que je vous dois Ancienne enfant trouvée n'ayant connu père ni mère Coiffée d'un chap'ron rouge elle s'en fut ironie amère Porter soi-disant une galette à son aïeule Parlez-moi d'amour et j'vous fous mon poing sur la gueule Sauf le respect que je vous dois Je l'attendis un soir je l'attendis jusqu'à l'aurore Je l'attendis un an pour peu je l'attendrais encore Un loup de rencontre aura séduite cette fugueuse Parlez-moi d'amour et j'vous fous mon poing sur la gueule Sauf le respect que je vous dois Cupidon ce salaud, geste qui chez lui, n'est pas rare Avait trempé sa flèche un petit peu dans le curare Le philtre magique avait tout du bouillon d'onze heures Parlez-moi d'amour et j'vous fous mon poing sur la gueule Sauf le respect que je vous dois Ainsi qu'il est fréquent sous la blancheur de ses pétales La marguerite cachait une tarentule un crotale Une vraie vipère à la fois lubrique et visqueuse Parlez-moi d'amour et j'vous fous mon poing sur la gueule Sauf le respect que je vous dois Que le septième ciel sur ma pauvre tête retombe Lorsque le désespoir m'aura mis au bord de la tombe Cet ultime discours s'exhalera de mon linceul Parlez-moi d'amour et j'vous fous mon poing sur la gueule Sauf le respect que je vous dois

Si le bon Dieu l'avait voulu

<p>Si le bon Dieu l'avait voulu</p>

Paroles: Paul Fort. Musique: Georges Brassens

Si le Bon Dieu l'avait voulu Lanturette, lanturlu J'aurais connu la Cléopâtre Et je t'aurais pas connue. J'aurais connu la Cléopâtre, Et je ne t'aurais pas connue. Sans ton amour que j'idolâtre, Las! Que fussé-je devenu? Si le Bon Dieu l'avait voulu, J'aurais connu la Messaline, Agnès, Odette et Mélusine, Et je ne t'aurais pas connue. J'aurais connu la Pompadour, Noémi, Sarah, Rebecca, La fille du Royal Tambour, Et la Mogador et Clara. Mais le Bon Dieu n'a pas voulu Que je connaisse leurs amours, Je t'ai connue, tu m'as connu Gloire à Dieu au plus haut des nues! Las! Que fussé-je devenu Sans toi la nuit, sans toi le jour? Je t'ai connue, tu m'as connu Gloire à Dieu au plus haut des nues!

Si seulement elle était jolie

<p>Si seulement elle était jolie</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1985

autres interprètes: Maxime Le Forestier

Si seulement elle était jolie Je dirais: "tout n'est pas perdu. Elle est folle, c'est entendu, Mais quelle beauté accomplie!" Hélas elle est plus laide bientôt Que les sept péchés capitaux. {2x} Si seulement elle avait des formes, Je dirais: "tout n'est pas perdu, Elle est moche c'est entendu, Mais c'est Venus copie conforme." Malheureusement, c'est désolant, C'est le vrai squelette ambulant. {2x} Si seulement elle était gentille, Je dirais: "tout n'est pas perdu, Elle est plate c'est entendu, mais c'est la meilleure des filles." Malheureusement c'est un chameau, Un succube, tranchons le mot. {2x} Si elle était intelligente, Je dirais: "tout n'est pas perdu, Elle est vache, c'est entendu, Mais c'est une femme savante." Malheureusement elle est très bête Et tout à fait analphabète. {2x} Si seulement l'était cuisinière, Je dirais: "tout n'est pas perdu, Elle est sotte, c'est entendu, Mais quelle artiste culinaire!" Malheureusement sa chère m'a Pour toujours gâté l'estomac. {2x} Si seulement elle était fidèle, Je dirais:"tout n'est pas perdu, Elle m'empoisonne, c'est entendu, Mais c'est une épouse modèle." Malheureusement elle est, papa, Folle d'un cul qu'elle n'a pas! {2x} Si seulement l'était moribonde, Je dirais: "tout n'est pas perdu, Elle me trompe c'est entendu, Mais elle va quitter le monde." Malheureusement jamais elle tousse: Elle nous enterrera tous. {2x}

Stances à un cambrioleur

<p>Stances à un cambrioleur</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1972

Prince des monte-en-l'air et de la cambriole Toi qui eus le bon goût de choisir ma maison Cependant que je colportais mes gaudrioles En ton honneur j'ai composé cette chanson Sache que j'apprécie à sa valeur le geste Qui te fit bien fermer la porte en repartant De peur que des rôdeurs n'emportassent le reste Des voleurs comme il faut c'est rare de ce temps Tu ne m'as dérobé que le stricte nécessaire Délaissant dédaigneux l'exécrable portrait Que l'on m'avait offert à mon anniversaire Quel bon critique d'art mon salaud tu ferais Autre signe indiquant toute absence de tare Respectueux du brave travailleur tu n'as Pas cru décent de me priver de ma guitare Solidarité sainte de l'artisanat Pour toutes ces raisons vois-tu, je te pardonne Sans arrière-pensée après mûr examen Ce que tu m'as volé, mon vieux, je te le donne Ça pouvait pas tomber en de meilleures mains D'ailleurs moi qui te parle, avec mes chansonnettes Si je n'avais pas dû rencontrer le succès J'aurais tout comme toi, pu virer malhonnête Je serais devenu ton complice, qui sait En vendant ton butin, prends garde au marchandage Ne vas pas tout lâcher en solde au receleurs Tiens leur la dragée haute en évoquant l'adage Qui dit que ces gens-là sont pis que les voleurs Fort de ce que je n'ai pas sonné les gendarmes Ne te crois pas du tout tenu de revenir Ta moindre récidive abolirait le charme Laisse-moi je t'en prie, sur un bon souvenir Monte-en-l'air, mon ami, que mon bien te profite Que Mercure te préserve de la prison Et pas trop de remords, d'ailleurs nous sommes quittes Apres tout ne te dois-je pas une chanson Post-Scriptum, si le vol est l'art que tu préfères Ta seule vocation, ton unique talent Prends donc pignon sur rue, mets-toi dans les affaires Et tu auras les flics même comme chalands

Supplique pour être enterré sur une plage de Sète

<p>Supplique pour être enterré sur une plage de Sète</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1966

La Camarde qui ne m'a jamais pardonné D'avoir semé des fleurs dans les trous de son nez Me poursuit d'un zèle imbécile. Alors cerné de près par les enterrements J'ai cru bon de remettre à jour mon testament De me payer un codicille. Trempe dans l'encre bleue du Golfe du Lion Trempe, trempe ta plume, ô mon vieux tabellion Et de ta plus belle écriture Note ce qu'il faudra qu'il advînt de mon corps Lorsque mon âme et lui ne seront plus d'accord Que sur un seul point: la rupture. Quand mon âme aura pris son vol à l'horizon Vers celle de Gavroche et de Mimi Pinson Celles des titis, des grisettes Que vers le sol natal mon corps soit ramené Dans un sleeping du Paris-Méditerranée Terminus en gare de Sète. Mon caveau de famille, hélas! n'est pas tout neuf Vulgairement parlant, il est plein comme un œuf Et d'ici que quelqu'un n'en sorte Il risque de se faire tard et je ne peux Dire à ces braves gens: poussez-vous donc un peu Place aux jeunes en quelque sorte. Juste au bord de la mer à deux pas des flots bleus Creusez si c'est possible un petit trou moelleux Une bonne petite niche Auprès de mes amis d'enfance, les dauphins Le long de cette grève où le sable est si fin Sur la plage de la corniche. C'est une plage où même à ses moments furieux Neptune ne se prend jamais trop au sérieux Où quand un bateau fait naufrage Le capitaine crie: "Je suis le maître à bord! Sauve qui peut, le vin et le pastis d'abord Chacun sa bonbonne et courage". Et c'est là que jadis à quinze ans révolus A l'âge où s'amuser tout seul ne suffit plus Je connus la prime amourette Auprès d'une sirène, une femme-poisson Je reçus de l'amour la première leçon Avalai la première arête. Déférence gardée envers Paul Valéry Moi l'humble troubadour sur lui je renchéris Le bon maître me le pardonne Et qu'au moins si ses vers valent mieux que les miens Mon cimetière soit plus marin que le sien Et n'en déplaise aux autochtones. Cette tombe en sandwich entre le ciel et l'eau Ne donnera pas une ombre triste au tableau Mais un charme indéfinissable Les baigneuses s'en serviront de paravent Pour changer de tenue et les petits enfants Diront: "Chouette, un château de sable!" Est-ce trop demander: sur mon petit lopin Plantez, je vous en prie une espèce de pin Pin parasol de préférence Qui saura prémunir contre l'insolation Les bons amis venus faire sur ma concession D'affectueuses révérences. Tantôt venant d'Espagne et tantôt d'Italie Tout chargés de parfums, de musiques jolies Le Mistral et la Tramontane Sur mon dernier sommeil verseront les échos De villanelle un jour, un jour de fandango De tarentelle, de sardane. Et quand prenant ma butte en guise d'oreiller Une ondine viendra gentiment sommeiller Avec rien que moins de costume J'en demande pardon par avance à Jésus Si l'ombre de ma croix s'y couche un peu dessus Pour un petit bonheur posthume. Pauvres rois, pharaons, pauvre Napoléon Pauvres grands disparus gisant au Panthéon Pauvres cendres de conséquence Vous envierez un peu l'éternel estivant Qui fait du pédalo sur la vague en rêvant Qui passe sa mort en vacances. Vous envierez un peu l'éternel estivant Qui fait du pédalo sur la plage en rêvant Qui passe sa mort en vacances.

Sur la mort d'une cousine de sept ans

<p>Sur la mort d'une cousine de sept ans</p>

Paroles: Hégésippe Moreau. Musique: Georges Brassens

Hélas, si j'avais su lorsque ma voix qui prêche T'ennuyait de leçons, que sur toi rose et fraîche L'oiseau noir du malheur planait inaperçu, Que la fièvre guettait sa proie et que la porte Où tu jouais hier te verrait passer morte Hélas, si j'avais su! Enfant, je t'aurais fait l'existence bien douce, Sous chacun de tes pas j'aurais mis de la mousse; Tes ris auraient sonné chacun de tes instants; Et j'aurais fait tenir dans ta petite vie Des trésors de bonheur immense à faire envie Aux heureux de cent ans. Loin des bancs où pâlit l'enfance prisonnière, Nous aurions fait tous deux l'école buissonnière. Au milieu des parfums et des champs d'alentour J'aurais vidé les nids pour emplir ta corbeille; Et je t'aurais donné plus de fleurs qu'une abeille N'en peut voir en un jour. Puis, quand le vieux janvier les épaules drapées D'un long manteau de neige et suivi de poupées, De magots, de pantins, minuit sonnant accourt; Parmi tous les cadeaux qui pleuvent pour étrenne, Je t'aurais faite asseoir comme une jeune reine Au milieu de sa cour. Mais je ne savais pas et je prêchais encore; Sûr de ton avenir, je le pressais d'éclore, Quand tout à coup pleurant un pauvre espoir déçu, De ta petite main j'ai vu tomber le livre; Tu cessas à la fois de m'entendre et de vivre Hélas, si j'avais su!

Tant qu'il y a des Pyrénées

<p>Tant qu'il y a des Pyrénées</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1985

Frapper le gros Mussolini, Même avec un macaroni, Le Romain qui jouait à ça Se voyait privé de pizza. Après le Frente Popular, L'hidalgo non capitulard Qui s'avisait de dire "niet" Mourait au son des castagnettes.

{Refrain:}

J'ai conspué Franco la fleur à la guitare Durant pas mal d'années; {2x} Faut dire qu'entre nous deux, simple petit détail Y avait les Pyrénées! {2x} Qui crachait sur la croix gammée, Dans une mine était sommé De descendre extraire du sel Pour assaisonner les Bretzels. Avant que son jour ne décline, Qui s'élevait contre Staline Filait manu militari Aux sports d'hiver en Sibérie.

{Refrain}

Aux quatre coins du monde encore, Qui se lève et crie: "Pas d'accord!" En un tournemain se fait cou- per le sifflet, tordre le cou. Dans mon village, on peut à l'heure Qu'il est, sans risque de malheur, Brandir son drapeau quel qu'il soit, Mais jusques à quand? Chi Io sà?

{Refrain}

S'engager par le mot, trois couplets un refrain, Par le biais du micro, {2x} Ça s'fait sur une jambe et ça n'engage à rien, Et peut rapporter gros. {2x}

Tempête dans un bénitier

<p>Tempête dans un bénitier</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1976

Tempête dans un bénitier Le souverain pontife avecque Les évêques, les archevêques Nous font un satané chantier Ils ne savent pas ce qu'ils perdent Tous ces fichus calotins Sans le latin, sans le latin La messe nous emmerde A la fête liturgique Plus de grand's pompes, soudain Sans le latin, sans le latin Plus de mystère magique Le rite qui nous envoûte S'avère alors anodin Sans le latin, sans le latin Et les fidèl's s'en foutent O très Sainte Marie mèr' de Dieu, dites à ces putains De moines qu'ils nous emmerdent Sans le latin Je ne suis pas le seul, morbleu Depuis que ces règles sévissent A ne plus me rendre à l'office Dominical que quand il pleut Il ne savent pas ce qu'ils perdent Tous ces fichus calotins Sans le latin, sans le latin La messe nous emmerde En renonçant à l'occulte Faudra qu'ils fassent tintin Sans le latin, sans le latin Pour le denier du culte A la saison printanière Suisse, bedeau, sacristain Sans le latin, sans le latin F'ront l'églis' buissonnière O très Sainte Marie mèr' de Dieu, dites à ces putains De moines qu'ils nous emmerdent Sans le latin. Ces oiseaux sont des enragés Ces corbeaux qui scient, rognent, tranchent La saine et bonne vieille branche De la croix où ils sont perchés Ils ne savent pas ce qu'ils perdent Tous ces fichus calotins Sans le latin, sans le latin La messe nous emmerde Le vin du sacré calice Se change en eau de boudin Sans le latin, sans le latin Et ses vertus faiblissent A Lourdes, Sète ou bien Parme Comme à Quimper Corentin Le presbytère sans le latin A perdu de son charme O très Sainte Marie mèr' de Dieu, dites à ces putains De moines qu'ils nous emmerdent Sans le latin

Tonton Nestor

<p>Tonton Nestor</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1961

Tonton Nestor Vous eûtes tort Je vous le dis tout net Vous avez mis La zizanie Aux noces de Jeannett' Je vous l'avoue Tonton, vous vous Comportâtes comme un Mufle achevé Rustre fieffé Un homme du commun Quand la fiancée Les yeux baissés Des larmes pleins les cils S'apprêtait à Dire "Oui da!" A l'officier civil Qu'est-c'qui vous prit Vieux malappris D'aller, sans retenue Faire un pinçon Cruel en son Eminence charnue Se retournant Incontinent Ell' souffleta, flic-flac L'garçon d'honneur Qui, par bonheur Avait un' tête à claqu' Mais au lieu du "Oui" attendu Ell' s'écria: "Maman" Et l'mair' lui dit "Non, mon petit Ce n'est pas le moment" Quand la fiancée Les yeux baissés D'une voix solennell' S'apprêtait à Dire "Oui da!" Par-devant l'Eternel Voila mechef Que, derechef Vous osâtes porter Votre fichue Patte crochue Sur sa rotondité Se retournant Incontinent Elle moucha le nez D'un enfant d'chœur Qui, par bonheur Etait enchifrené Mais au lieu du "Oui" attendu De sa pauvre voix lass' Au tonsuré Désemparé Elle a dit "Merde", hélas Quoiqu'elle usât Qu'elle abusât Du droit d'être fessue En la pinçant Mauvais plaisant Vous nous avez déçus Aussi, ma foi La prochain' fois Qu'on mariera Jeannett' On s'pass'ra d'vous Tonton, je vous Je vous le dit tout net

Trompe la mort

<p>Trompe la mort</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1976

Avec cette neige à foison Qui coiffe, coiffe ma toison On peut me croire à vue de nez Blanchi sous le harnais Eh bien, Mesdames et Messieurs C'est rien que de la poudre aux yeux C'est rien que de la comédie Que de la parodie C'est pour tenter de couper court A l'avance du temps qui court De persuader ce vieux goujat Que tout le mal est fait déjà Mais dessous la perruque j'ai Mes vrais cheveux couleur de jais C'est pas demain la veille, bon Dieu De mes adieux Et si j'ai l'air moins guilleret Moins solide sur mes jarrets Si je chemine avec lenteur D'un train de sénateur N'allez pas dire "Il est perclus" N'allez pas dire "Il n'en peut plus" C'est rien que de la comédie Que de la parodie Histoire d'endormir le temps Calculateur impénitent De tout brouiller, tout embrouiller Dans le fatidique sablier En fait, à l'envers du décor Comme à vingt ans, je trotte encore C'est pas demain la veille, bon Dieu De mes adieux Et si mon cœur bat moins souvent Et moins vite qu'auparavant Si je chasse avec moins de zèle Les gentes demoiselles Pensez pas que je sois blasé De leurs caresses, leurs baisers C'est rien que de la comédie Que de la parodie Pour convaincre le temps berné Qu'mes fêtes galantes sont terminées Que je me retire en coulisse Que je n'entrerai plus en lice Mais je reste un sacré gaillard Toujours actif, toujours paillard C'est pas demain la veille, bon Dieu De mes adieux Et si jamais au cimetière Un de ces quatre, on porte en terre Me ressemblant à s'y tromper Un genre de macchabée N'allez pas noyer le souffleur En lâchant la bonde à vos pleurs Ce sera rien que comédie Rien que fausse sortie Et puis, coup de théâtre, quand Le temps aura levé le camp Estimant que la farce est jouée Moi tout heureux, tout enjoué J'm'exhumerai du caveau Pour saluer sous les bravos C'est pas demain la veille, bon Dieu De mes adieux

Une jolie fleur

<p>Une jolie fleur</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1954

Jamais sur terre il n'y eut d'amoureux Plus aveugles que moi dans tous les âges Mais faut dir' qu' je m'étais creuvé les yeux En regardant de trop près son corsage Un' jolie fleur dans une peau d'vache Un' jolie vach' déguisée en fleur Qui fait la belle et qui vous attache Puis, qui vous mèn' par le bout du cœur Le ciel l'avait pourvue des mille appas Qui vous font prendre feu dès qu'on y touche L'en avait tant que je ne savais pas Ne savais plus où donner de la bouche Un' jolie fleur dans une peau d'vache Un' jolie vach' déguisée en fleur Qui fait la belle et qui vous attache Puis, qui vous mèn' par le bout du cœur Ell' n'avait pas de tête, ell' n'avait pas L'esprit beaucoup plus grand qu'un dé à coudre Mais pour l'amour on ne demande pas Aux filles d'avoir inventé la poudre Un' jolie fleur dans une peau d'vache Un' jolie vach' déguisée en fleur Qui fait la belle et qui vous attache Puis, qui vous mèn' par le bout du cœur Puis un jour elle a pris la clef des champs En me laissant à l'âme un mal funeste Et toutes les herbes de la Saint-Jean N'ont pas pu me guérir de cette peste J' lui en ai bien voulu, mais à présent J'ai plus d'rancune et mon cœur lui pardonne D'avoir mis mon cœur à feu et à sang Pour qu'il ne puisse plus servir à personne Un' jolie fleur dans une peau d'vache Un' jolie vach' déguisée en fleur Qui fait la belle et qui vous attache Puis, qui vous mèn' par le bout du cœur

Une ombre au tableau

<p>Une ombre au tableau</p>

Paroles: Georges Brassens

Si j'ai bonne mémoire, elle allait dégrafée; On comptait plus les yeux qu'elle avait pu crever. Elle faisait du tort aux statues de l'antique; Elle était si prodigue à montrer ses appas Que la visite au Louvre ne s'imposait pas. Avec elle le nu devenait art plastique. Mais les temps sont venus mettre une ombre au tableau, Rendre à son piédestal la Vénus de Milo. La belle dégrafée a changé d'esthétique, Un vent de honte a balayé le pont des Arts, Et les collets sont montés comme par hasard. "Les jeunes filles d'aujourd'hui sont impudiques." De la mode, naguère, elle ignorait le cours, Invariablement, elle s'habillait court. Elle aimait accuser le jeu de ses chevilles; Quand le vent s'en mêlait, c'était fête pour nous On avait un droit de regard sur ses genoux, Et l'on en abusait, je vous le certifie. Mais les temps sont venus mettre une ombre au tableau, Les jupes tout à coup sont tombées de bien haut. La belle retroussée est devenue Sophie; A peine maintenant si l'on voit ses talons, Quelle que soit la mode, elle s'habille long. "Elles en font vraiment trop voir, les jeunes filles." Et s'il avait fallu vêtir une poupée Du soupçon de chiffon dont elle était nippée, L'étoffe aurait paru tout juste suffisante; C'était rien, moins que rien, ça lui couvrait le corps D'une seconde peau qui la rendait encore Plus nue toute habillée et plus appétissante. Mais les temps sont venus mettre une ombre au tableau, Elle a de la tenue et flétrit le culot De ces beautés du diable, ces adolescentes, Qui, la robe collée sur leur peau de satin, Ont l'air de revenir du faubourg Saint-Martin. "Les jeunes filles d'aujourd'hui sont indécentes." Cela dit, sans vouloir lui laver le chignon, La bagatelle était son gros péché mignon. L'amour était toujours pendu à sa ceinture. Légère, elle a connu les mille et une nuits De noce et son ange gardien, pauvre de lui, Dut passer auprès d'elle une vie de tortures. Mais les temps sont venus mettre une ombre au tableau, Sous le pont des soupirs, il a coulé de l'eau. La belle enamourée a changé de posture, Maintenant qu'Adonis a déserté sa cour, Que l'amour la délaisse, elle laisse l'amour Aux jeunes filles d'aujourd'hui, ces créatures!

Une partie de pétanque

<p>Une partie de pétanque</p>

Paroles: André Montagard. Musique: André Montagard, Léo Nègre 1941

autres interprètes: Georges Brassens

1. Quand reviennent les beaux jours Sur les places et les cours On voit sous platanes Plus d'un groupe s'amener Ce sont les acharnés Les joyeux boulomanes On joue ça en quinze points Faut voir avec quel soin On sort ses intégrales On lance un goder Qui tourne dans l'air Si c'est pile: "A toi Bébert!" "Vas-y Léon. Envoie bien le bouchon!"

{Refrain:}

Une partie de pétanque Ça fait plaisir La boule part et se planque Comme à loisir Tu la vises et tu la manques Change ton tir! Une partie de pétanque Ça fait plaisir! 2. Il faut voir le beau chichois En chemise de soie Pantalon de flanelle Le foulard et le pailleux Rabattu sur les yeux Jouer sa matérielle Avec Titin ou Pauleau Quand pour un joli lot Il se prend de querelle Il lui dit, moqueur: "Si tu es vainqueur Eh ben! tu auras son cœur Si tu es vaincu, Ben!… Je t'en dis pas plus!"

{au Refrain}

3. C'est surtout au cabanon Que nous nous en donnons Au soleil le dimanche On se met à quatre ou six Pour un vermouth-cassis On en fait plusieurs manches Marius est un peu là Mais sa femme Rosa S'égare sous les branches Titin qui la suit Tendrement lui dit: "Pendant ce temps, ma chérie, Nous, dans ce coin, Nous marquerons les points! "

{au Refrain}


Vendetta

<p>Vendetta</p>

Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1957

autres interprètes: Christian Méry

Mes pipelets sont corses tous deux, J'eus tort en disant devant eux, Que Tino et Napoléon Jouaient mal de l'accordéon. Vendetta, vendetta, Vendetta, vendetta. Fermement résolus d' se venger, Mes compatriotes outragés, S'appliquèrent avec passion A ternir ma réputation. Vendetta, vendetta, Vendetta, vendetta. Leurs coups de bec eurent c'est certain, Sur mon lamentable destin, Des répercussions fantastiques, Dépassant tous les pronostics, Vendetta, vendetta, Vendetta, vendetta. M'étant un jour lavé les pieds, J'attendais la femme d'un pompier, Sûr d'abuser d'elle à huis-clos, J'avais compté sans ces ballots. Vendetta, vendetta, Vendetta, vendetta. Comme dans le couloir il faisait nuit, Et qu'elle ne trouvait pas mon huis, Elle s'adressa funeste erreur, A ma paire de dénigreurs. Vendetta, vendetta, Vendetta, vendetta. Ils répondirent: cet espèce de con- Tagieux là, demeure au second, Mais dès que vous sortirez de chez lui, Courez à l'hôpital Saint-Louis. Vendetta, vendetta, Vendetta, vendetta. Alors ma visiteuse à corps Perdu, partit et court encore, Et je dus convenir enfin Que je m'étais lavé les pieds en vain. Vendetta, vendetta, Vendetta, vendetta. Mis au fait, les pompiers de Paris, Me clouèrent au pilori. Ils retirèrent par précaution Leurs femmes de la circulation. Vendetta, vendetta, Vendetta, vendetta. Et tout ça, tout ça, voyez-vous Parce qu'un jour j'ai dit à ces fous, Que Tino et Napoléon Jouaient mal de l'accordéon. Vendetta, vendetta, Vendetta, vendetta.

Venus callipyge

<p>Venus callipyge</p>

Paroles et Musique: Georges Brassens 1964

Que jamais l'art abstrait, qui sévit maintenant N'enlève à vos attraits ce volume étonnant Au temps où les faux culs sont la majorité Gloire à celui qui dit toute la vérité Votre dos perd son nom avec si bonne grâce Qu'on ne peut s'empêcher de lui donner raison Que ne suis-je, madame, un poète de race Pour dire à sa louange un immortel blason En le voyant passer, j'en eus la chair de poule Enfin, je vins au monde et, depuis, je lui voue Un culte véritable et, quand je perds aux boules En embrassant Fanny, je ne pense qu'à vous Pour obtenir, madame, un galbe de cet ordre Vous devez torturer les gens de votre entour Donner aux couturiers bien du fil à retordre Et vous devez crever votre dame d'atour C'est le duc de Bordeaux qui s'en va, tête basse Car il ressemble au mien comme deux gouttes d'eau S'il ressemblait au vôtre, on dirait, quand il passe " C'est un joli garçon que le duc de Bordeaux! " Ne faites aucun cas des jaloux qui professent Que vous avez placé votre orgueil un peu bas Que vous présumez trop, en somme de vos fesses Et surtout, par faveur, ne vous asseyez pas Laissez-les raconter qu'en sortant de calèche La brise a fait voler votre robe et qu'on vit Ecrite dans un cœur transpercé d'une flèche Cette expression triviale: " A Julot pour la vie " Laissez-les dire encor qu'à la cour d'Angleterre Faisant la révérence aux souverains anglois Vous êtes, patatras! tombée assise à terre La loi d'la pesanteur est dur', mais c'est la loi Nul ne peut aujourd'hui trépasser sans voir Naples A l'assaut des chefs-d'œuvre ils veulent tous courir Mes ambitions à moi sont bien plus raisonnables: Voir votre académie, madame, et puis mourir Que jamais l'art abstrait, qui sévit maintenant N'enlève à vos attraits ce volume étonnant Au temps où les faux culs sont la majorité Gloire à celui qui dit toute la vérité