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Les paroles de 255 chansons

Edith Piaf


Edith Piaf

Les paroles de 255 chansons

A l'enseigne de la fille sans coeur

Paroles et Musique: Gilles (Jean Villard)

autres interprètes: Gilles (Jean Villard) + Urfer, Edith Piaf (1951), Georgette Plana (1965), Les Quatre Barbus, Michel Bühler + Sarclo (1993), Entre 2 Caisses (2000)

Le ciel est bleu, le vent du large
Creuse la mer bien joliment
Vers le port montant à la charge
Galopent ses escadrons blancs
C'est un port tout au bord du monde
Dont les rues s'ouvrent sur l'infini
Mais de là comme la Terre est ronde
On ne voit pas les États-Unis.

Tout le monde s'en fout, y a du bonheur
Y a un bar chez Rita la blonde
Tout le monde s'en fout, y a du bonheur
A l'enseigne de la Fille Sans Cœur!
L'accordéon joue en majeur
Les refrains de ce vaste monde
Y a Rita et ses accroche-cœurs
A l'enseigne de la Fille Sans Cœur.

Dans ce petit bar, c'est là qu'elle règne
On voit flamber sa toison d'or
Sa bouche est comme un fruit qui saigne
Mais on dit que son coeur est mort
Pourtant les gars sont là, tout drôles:
Les petits, les durs, les malabars
Qui entrent en roulant des épaules
Y en a qui sont venus de Dakar.

Y en a d'Anvers, y en a d'Honfleur
Bourlinguant parfois jusqu'aux pôles
Ils la regardent, c'est tout leur bonheur,
Mais pas un n'connaît ses faveurs
L'accordéon joue en majeur
Tous les airs: les tristes, les drôles
Y a la belle blonde, cette rose en fleurs
A l'enseigne de la Fille Sans Cœur.

Ils l'aimaient, plus elle était dure
Plus son regard était cruel
Mettaient un cran à leur ceinture
C'était l’enfer, c’était le ciel.
Un sourire et c’était dimanche
Les gars disaient: "Bois avec nous"
Ils tremblaient devant sa main blanche
Versant le rhum et le vin doux

Bière, café, bons vins et liqueurs
Le patron retroussait ses manches
L’argent roulait, c’était un bonheur
A l’enseigne de la Fille Sans Cœur
L’accordéon joue en majeur
L’ouverture de «La Dame Blanche»
Et des gars qui jouent leur bonheur
A l’enseigne de la Fille Sans Cœur.

L’patron connaissait la musique:
Il aimait le son des écus
Il disait à sa fille unique:
"Fuis l'amour, c'est du temps perdu!"
Mais un soir, la mer faisait rage
On vit entrer un étranger
Aux beaux yeux d'azur sans nuage
C'est alors que tout a changé

Il a r’gardé la fille sans coeur
Elle était comme un ciel d'orage
Quelqu'un a fait: "Y a un malheur"
On entendait battre les cœurs.
L'accordéon joue en mineur
Une chanson "Dans le vent sauvage"
Y a une fille le visage en pleurs
A l'enseigne de la Fille Sans Cœur.

Il a dit: "C'est toi, ma divine!"
Elle répondit: "Je suis à toi"
Elle a pleuré sur sa poitrine
Il l'a serrée entre ses bras.
Les autres alors mélancoliques
Sont partis avec un soupir
Le vent chantait sur l'Atlantique
Pour ce coeur qui venait de s'ouvrir

Ils ont filé vers leur grand bonheur
Le patron dut fermer boutique
On l'a vu boire toutes ses liqueurs
A l'enseigne de la Fille Sans Cœur
Alors l'État, cet accapareur,
Qu'a jamais eu l’sens du comique
A mis l'bureau du percepteur
A l'enseigne de la Fille Sans Cœur

Adieu mon coeur

Paroles: Henri Contet. Musique: Marguerite Monnot 1946

Adieu mon cœur.
On te jette au malheur.
Tu n'auras pas mes yeux
Pour mourir
Adieu mon cœur.
Les échos du bonheur
Font tes chants tristes
Autant qu'un repentir.

Autrefois tu respirais le soleil d'or.
Tu marchais sur des trésors.
On était vagabonds.
On aimait les chansons.
Ç'a fini dans les prisons.

Adieu mon cœur.
On te jette au malheur.
Tu n'auras pas mes yeux
Pour mourir
Adieu mon cœur.
Les échos du bonheur
Font tes chants tristes
Autant qu'un repentir
Un repentir

Aquoi ça sert l'amour?

Paroles et Musique: Michel Emer 1962

note: duo: Edith Piaf et Théo Sarapo

– A quoi ça sert l'amour?
On raconte toujours
Des histoires insensées.
A quoi ça sert d'aimer?

– L'amour ne s'explique pas!
C'est une chose comme ça
Qui vient on ne sait d'où
Et vous prend tout à coup.

– Moi, j'ai entendu dire
Que l'amour fait souffrir
Que l'amour fait pleurer.
A quoi ça sert d'aimer?

– L'amour ça sert à quoi?
A nous donner d'la joie
Avec des larmes aux yeux
C'est triste et merveilleux!

– Pourtant on dit souvent
Qu'l'amour est décevant
Qu'il y en a un sur deux
Qui n'est jamais heureux

– Même quand on l'a perdu
L'amour qu'on a connu
Vous laisse un goût de miel.
L'amour c'est éternel!

– Tout ça, c'est très joli
Mais quand tout est fini
Il ne vous reste rien
Qu'un immense chagrin

– Tout ce qui maintenant
Te semble déchirant,
Demain, sera pour toi
Un souvenir de joie!

– En somme, si j'ai compris
Sans amour dans la vie
Sans ses joies, ses chagrins
On a vécu pour rien?

– Mais oui! Regarde-moi!
A chaque fois j'y crois
Et j'y croirai toujours
Ça sert à ça, l'amour!
Mais toi, t'es le dernier
Mais toi, t'es le premier!
Avant toi, y avait rien
Avec toi je suis bien!
C'est toi que je voulais
C'est toi qu'il me fallait!
Toi que j'aimerai toujours
Ça sert à ça, l'amour!

Au bal de la chance

Paroles: Jacques Larue. Musique: Norbert Glanzberg 1952

Le long de l'herbe
L'eau coule et fait des ronds.
Le ciel superbe
Eblouit les environs.
Le grand soleil joue aux boules
Avec les pommiers fleuris.
Le bal, devant l'eau qui coule
Rabâche des airs de Paris.

Danse, danse au bal de la chance
Danse, danse ma rêverie

Les parasols sur la berge en gestes lents
Saluent d'une révérence
Les chalands.
Tandis qu'une fille danse
Dans les bras d'un marinier
Le ciel fait des imprudences
Mais l'amour n'est pas le dernier

Danse, danse au bal de la chance
Danse, danse au ciel printanier

Le vent, tournant dans les feuilles des bosquets
Avec le chant des pinsons, fait des bouquets
Mais elle n'écoute guère
Que les mots de ce garçon
Des mots d'amour si vulgaires
Qu'ils font rire au ciel les pinsons.

Danse, danse au bal de la chance
Danse, danse avec ma chanson

Je pense encore à ce jour de l'an dernier.
Sur mon épaule, mon rêve est prisonnier.
Cela n'a ni queue ni tête.
Pourtant, j'ai le cœur bien gros
Pour les marins en goguette.
L'amour, ça coule au fil de l'eau.

Danse, danse au bal de la chance
Danse, danse mon cœur d'oiseau

Avant l'heure

Paroles: Marcel Achard. Musique: Marguerite Monnot 1951

Avant l'heure, c'est pas l'heure.
Après l'heure, c'est plus l'heure.
Je l'ai rencontré un peu trop tard.
Il avait déjà vu Germaine.
Il m'a aimée pendant cinq semaines.
Je me foutais du tiers comme du quart
Et puis un jour, il a compris.
Il m'a menti encore trois semaines
Puis il est allé vers Germaine.
Ah mes enfants! Qu'est-ce que j'ai pris!…
J' lui en veux pas…
Que faire à ça?
Avant l'heure, c'est pas l'heure.
Après l'heure, c'est plus l'heure.
Quand on dit "moins l' quart", c'est moins le quart!
Je l'ai rencontré un peu trop tard!

Pierre aime la femme de Jean.
Jean aime la femme de Pierre.
La femme de Pierre aime un sergent.
La femme de Jean aime un notaire.
Qu'est-ce qu'ils espèrent,
Ces pauvres gens?
Si la femme de Pierre avait vu le sergent
Avant de rencontrer Pierre…
Si la femme de Jean avait vu le notaire
Avant de rencontrer Jean…
Ce serait une toute autre affaire!
'y aurait du bonheur à Nogent
Au lieu qu'on y pleure…

L'heure, c'est l'heure…

Avant l'heure, c'est pas l'heure.
Après l'heure, c'est plus l'heure.
Quand on dit "moins l' quart", c'est moins l' quart!
Je l'ai rencontré un peu trop tard!

…trop tard!…

Avant nous

Paroles: René Rouzaud. Musique: Marguerite Monnot 1956

Un printemps meurt, en vient un autre
Et tout change, et tout est pareil.
Le bonheur n'est pas le nôtre
Pas plus que le soleil.
Écoute, écoute dans le monde
Cet orchestre de cœurs battants.
De partout ils se répondent
Depuis combien de temps?

Avant nous
D'autres amants ont dit: "Je t'aime."
Comme nous
Avant nous
D'autres ont souffert, ont trahi même
Comme…
Non! Ne crois pas ça! Ne crois pas ça!
L'amour n'est pas cette misère.
L'amour, c'est toi entre mes bras
Avant nous
D'autres ont dansé sur des "Je t'aime."
Comme nous
Avant nous
D'autres se sont quittés quand même
Comme…
Non! Pas comme nous… Ne crois pas ça!
On a dansé sur toute la Terre
Et l'on dansera sur ces mots-là.

Aimons-nous
Comme ceux-là qui tant s'aimèrent
Comme nous
Et comme ceux qui nous suivront
Et comme ceux qui s'aimeront
Après nous

Avec ce soleil

Paroles: Jacques Larue. Musique: Philippe Gérard 1954

Avec ce soleil, on avait envie
De ne pas parler,
De boire de la vie
A petites goulées.
Sous le ciel superbe
Le long du talus, mâchant un brin d'herbe
Et jupe collée, elle regardait
D'un air triomphant
Ce jeune homme imberbe
Ou encore presqu'enfant
Qui la désirait.
Il aurait fallu presque rien, peut-être,
Un geste de lui,
Un sourire d'elle qui lui dise "viens".
Il aurait fallu presque rien, peut-être,
Qu'un oiseau s'enfuie
Avec un bruit d'ailes pour que tout soit bien…

Pour que par-dessus le toit de l'usine,
Le long des murs gris,
Pour que par-dessus la route voisine
Et ses pavés gris,
Pour que par-dessus toutes les collines,
Pour que par-dessus toutes les forêts,
Pour que monte au ciel, sans cloches et sans noces,
Un amour de gosses
Qui purifierait…
Mais c'était déjà deux enfants durcis
Qui ne croyaient plus d'avoir à se dire
Que les mots des grands…
Que la vie déjà, broyait sans merci,
Qui ne savaient plus ni rêver, ni rire
Cœur indifférent…

Et ce jour encore
Le long du talus
Le coquelicots avec les bleuets
En vain attendirent
Une main cruelle
Qui les cueillerait…

Bal dans ma rue

Paroles et Musique: Michel Emer 1949

Ce soir, il y a bal dans ma rue.
Jamais encore, on n'avait vu
Une telle gaieté, une telle cohue.
Il y a bal dans ma rue
Et, dans le p'tit bistrot
Où la joie coule à flots,
Sept musiciens perchés sur un tréteau
Jouent pour les amoureux
Qui tournent deux par deux,
Le rire aux lèvres et les yeux dans les yeux.
Ce soir, il y a bal dans ma rue.
Tout l'monde se sent un peu ému.
Peut-être bien qu'on a trop bu.
Il y a bal dans ma rue.

Il était si beau que lorsqu'il me sortait,
Aussitôt tout le monde sur lui se retournait.
J'étais si fière de lui, j'ai pas pu résister
A ma meilleure amie, un jour j' l'ai présenté.
Ils se sont plus immédiatement
Ils se sont mariés ce matin.
Ils formaient un couple épatant
Et moi, j'étais témoin…
Et voilà pourquoi…

Ce soir, il y a bal dans ma rue.
Jamais encore on n'avait vu
Une telle gaieté, une telle cohue.
Il y a bal dans ma rue
Et, dans le p'tit bistrot
Où la joie coule à flots,
Sept musiciens perchés sur un tréteau
Jouent pour les amoureux
Qui tournent deux par deux,
Le rire aux lèvres et les yeux dans les yeux.
Ce soir, il y a bal dans ma rue.
Jamais encore on n'avait vu
Une telle gaieté, une telle cohue.
Il y a bal dans ma rue…
'y a eu bal dans ma rue…

Boulevard du crime

Paroles: Michel Rivgauche. Musique: Claude Léveillée 1960

Sur le boulevard du Crime,
Pour voir la pantomyme,
Ce soir, on se bouscule.
Au théâtre des Funambules,
Les amours de Pierrot,
Ça fait pleurer Margot
Et rire dans la tourmente
Le Paris de mille huit cent trente.
Masques sont vert damasques
Et la foule coasse,
Au milieu du carnaval des grimaces.

Mais dans la foule qui rit de Pierrot,
Il y a toujours un Arlequin.
Dans la vie, faut des arlequins,
Sans quoi l'amour, ce ne serait que des mots.
Aussi, lorsque Pierrot sourit,
C'est là-haut vers les amants du paradis…

Sur le boulevard du Crime,
Pour voir la pantomyme,
Ce soir, on se bouscule.
Au théâtre des Funambules,
Les amours de Pierrot,
Ça fait pleurer Margot
Et rire dans la tourmente
Le Paris de mille huit cent trente.
Masques sont vert damasques
Pour des danses fantasques
Et la foule coasse
Au milieu du carnaval des grimaces.

Mais tous ces gens qui rient de Pierrot.
Il n'y a que lui, pleure pour de vrai
Puisque la femme qu'il aimait
Est partie ce soir sans un mot.
Aussi, lorsque Pierrot sourit,
Tout là-haut pleurent les amants du paradis…

Sur le boulevard du Crime,
Pour voir la pantomyme,
Ce soir, on se bouscule.
Au théâtre des Funambules,
Les malheurs de Pierrot
Sous les cris, les bravos
Font rire dans la tourmente
Le Paris de mille huit cent trente.
Quel talent fantastique.
Qu'il est drôle et comique.
Ça, c'est un vrai Pierrot.
Allez! Vas-y! Refais ton numéro…

Tout là-haut pleurent les amants du paradis.

Bravo pour le clown

Un clown est mon ami
Un clown bien ridicule
Et dont le nom s'écrit
En gifles majuscules
Pas beau pour un empire
Plus triste qu'un chapeau
Il boit d'énormes rires
Et mange des bravos

Pour ton nez qui s'allume
Bravo! Bravo!
Tes cheveux que l'on plume
Bravo! Bravo!
Tu croques des assiettes
Assis sur un jet d'eau
Tu ronges des paillettes
Tordu dans un tonneau
Pour ton nez qui s'allume
Bravo! Bravo!
Tes cheveux que l'on plume
Bravo! Bravo!

La foule aux grandes mains
S'accroche à ses oreilles
Lui vole ses chagrins
Et vide ses bouteilles
Son cœur qui se dévisse
Ne peut les attrister
C'est là qu'ils applaudissent
La vie qu'il a ratée!

Pour la femme infidèle
Bravo! Bravo!
Et tu fais la vaisselle
Bravo! Bravo!
Ta vie est un reproche
Qui claque dans ton dos
Ton fils te fait les poches
Et toi, tu fais l'idiot
Pour la femme infidèle
Bravo! Bravo!
Et tu fais la vaisselle
Bravo! Bravo!

Le cirque est déserté
Le rire est inutile
Mon clown est enfermé
Dans un certain asile
Succès de camisole
Bravos de cabanon
Des mains devenues folles
Lui battent leur chanson

Je suis roi et je règne
Bravo! Bravo!
J'ai des rires qui saignent
Bravo! Bravo!
Venez, que l'on m'acclame
J'ai fait mon numéro
Tout en jetant ma femme
Du haut du chapiteau
Bravo! Bravo! Bravo! Bravo!

Browning

Paroles: Raymond Asso. Musique: Jean Villard 1938

Y avait qu'à r'garder sa figure
Et tout de suite on comprenait:
Monsieur Browning, qu'on l'appelait,
Un nom qui sentait l'aventure.
C'était le roi du revolver.
Il en avait de magnifiques
Qu'il avait ram'nés d'Amérique,
Où qu'on fabriqu' les vrais gangsters.
Il nous racontait son histoire,
Son premier crim' et puis la gloire,
Browning, Browning.
Il nous montrait des tas d'photos
Pris's en premièr' pag' des journaux,
Browning, Browning.
Il nous disait: "Vous autr's en France,
Vous manquez encor' d'expérience.",
Browning, Browning.
Avec ça, pas besoin d'êtr' fort.
C'est l'maladroit qu'a toujours tort
Et viv' Browning.

Parc' qu'il avait de l'élégance
Et des costum's de cinéma,
Il nous r'gardait de haut en bas
Avec mépris et insolence
Et tout's nos femm's, ell's l'admiraient
"Ah! comment c'est qu'il a d'allure
Et ce typ' là, quelle envergure."
Mais nous, les homm's, il nous courait.
C'était toujours la mêm' histoire:
Son premier crim' et puis la gloire,
Browning, Browning.
On l'voyait sur les grands journaux,
Juste à côté d'Greta Garbo,
Browning, Browning.
A l'écouter, on d'venait bête.
On n'avait plus qu'ça dans la tête,
Browning, Browning
Et nous pensions "Marre à la fin!
Il nous ennuie, l'Américain
Et son Browning."

Pour nous apprendr' la vraie manière,
Pour nous donner un' bonn' leçon,
Il a tenu, ce brav' garçon,
A nous montrer son savoir-faire.
C'est dans un' sall' de restaurant
Qu'il a voulu fair' l'expérience,
Mais le pauvr' typ' n'a pas eu d'chance.
Comme il sortait ses instruments,
Il a roulé sous la banquette
Avec un p'tit trou dans la tête,
Browning, Browning.
Oh ça n'a pas claqué bien fort
Mais tout de mêm', il en est mort,
Browning, Browning,
Et puis quelqu'un dans le silence
A dit "Maint'nant à quoi qu'tu penses,
Browning, Browning?"
Il pens' plus rien puisqu'il est mort.
Tu parlais trop… ben t'as eu tort.
Bye-Bye, Browning.

C'est à hambourg

Paroles: Claude Delécluse, Michèle Senlis. Musique: Marguerite Monnot 1955

C'est à Hambourg, à Santiago,
A White Chapel, ou Bornéo,
C'est à Hambourg, à Santiago,
A Rotterdam, ou à Frisco…

Hello boy! You come with me?
Amigo! Te quiero mucho!
Liebling! Kom dort mit mir!

C'est à Hambourg, au ciel de pluie,
Quand les nuages vont à pas lents,
Comme s'en vont les lourds chalands,
Le long des quais, crevant d'ennui,
C'est à Hambourg ou bien ailleurs
Qu'à tous les gars en mal d'amour,
Qu'à tous les gars, depuis toujours,
Moi j'balance du rêve en plein cœur…

C'est à Hambourg, à Santiago,
A White Chapel, ou Bornéo,
C'est à Hambourg, à Santiago,
A Rotterdam, ou à Frisco…

C'est à Hambourg, au ciel de pluie,
Qu'il a posé ses mains sur moi
Et qu'il m'a fait crier de joie
En me serrant fort contre lui,
M'a dit "je t'aime!" à plus finir,
"Laisse donc là tous tes marins!
Laisse donc la mer, et puis viens!
Moi, j'ai du bonheur à t'offrir…"

"Ma p'tite gueule…"

C'est à Hambourg, au ciel de pluie,
Dans les bastringues à matelots
Que je trimballe encore ma peau,
Les bras ouverts à l'infini…
Car moi je suis comme la mer,
J'ai l' cœur trop grand pour un seul gars,
J'ai l' cœur trop grand et c'est pour ça
Qu' j'ai pris l'amour sur toute la terre…

C'est à Hambourg, à Santiago
A White Chapel, ou Bornéo…

So long, boy…
Adios, amigo…
Nacher, Schatz…
…Au r'voir, p'tite gueule!…

C'est d'la faute à tes yeux

Paroles: Edith Piaf. Musique: Robert Chauvigny 1950

J'avais tant d'amour pour un homme.
Il en avait si peu pour moi.
C'est peu de chose la vie, en somme.
Je l'ai tué, tant pis pour moi…

Tout ça… C'est d'la faute à ses yeux,
Aux tiédeurs des matins,
A son corps près du mien.
Tout ça… C'est d'la faute aux beaux jours,
C'est d'la faute à l'amour,
Le ciel était trop bleu…

L'avocat qui prit ma défense
Conta notre roman d'amour
Et, pour prouver mon innocence,
Il en salit les plus beaux jours…

Tout ça… C'est d'la faute à tes yeux,
Aux tiédeurs des matins,
A son corps près du mien.
Tout ça… C'est d'la faute aux beaux jours,
C'est d'la faute à l'amour,
Mon ciel était trop bleu…

Le juge avait un air sévère.
Ses yeux n'avaient pas d'horizon.
D'une voix grave et sans colère,
M'a condamnée à la prison.

Tout ça… C'est d'la faute à mes yeux.
Ils ont vu dans les tiens
Que dansait mon chagrin.
Tout ça… C'est d'la faute aux beaux jours
Et j'ai vu mon amour
Pleurer sur mon ciel bleu…

C'est l'amour

Paroles: Edith Piaf. Musique: Marguerite Monnot 1960

C'est l'amour qui fait qu'on aime.
C'est l'amour qui fait rêver.
C'est l'amour qui veut qu'on s'aime.
C'est l'amour qui fait pleurer…

Mais tous ceux qui croient qu'ils s'aiment,
Ceux qui font semblant d'aimer,
Oui, tous ceux qui croient qu'ils s'aiment
Ne pourront jamais pleurer…

Dans l'amour, il faut des larmes,
Dans l'amour, il faut donner…

Et ceux qui n'ont pas de larmes
Ne pourront jamais aimer…
Il faut tant, et tant de larmes
Pour avoir le droit d'aimer…

Mon amour, oh toi que j'aime,
Tu me fais souvent pleurer…

J'ai donné, donné mes larmes,
J'ai pleuré pour mieux t'aimer,
J'ai payé de tant de larmes
Pour toujours le droit d'aimer…
Pour toujours… le droit d'aimer!

C'est lui que mon coeur à choisi

Paroles: Raymond Asso. Musique: Max d'Yresne 1938

Je m'rappelle plus comment on s'était rencontrés
Je ne sais plus si c'est lui qui a parlé l'premier
Ou bien si c'était moi qui avais fait les avances
Ça n'a plus d'importance
Tout c'que je veux me rappeler:

{Refrain:}

C'est lui que mon cœur à choisi
Et quand il me tient contre lui
Dans ses yeux caressants
Je vois le ciel qui fout le camp
C'est bon… C'est épatant!
Il n'a pas besoin de parler
Il n'a rien qu'à me regarder
Et je suis à sa merci
Je peux rien contre lui
Car mon cœur l'a choisi.

Je n'sais pas s'il est riche ou s'il a des défauts,
Mais d'l'aimer comm' je l'aime, un homme est toujours beau.
Et quand on va danser, qu'il pose sur mes hanches
Ses belles mains si blanches,
Ça m'fait froid dans le dos

{Refrain}

J'sais pas c'qui m'arrivera, si ça dur'ra longtemps,
Mais j'me fich' du plus tard, j'veux penser qu'au présent.
En tout cas il m'a dit qu'il m'aim'rait tout'la vie
C'que la vie s'ra jolie
Si il m'aim'… pour tout l'temps!

{Refrain}

C'est merveilleux

Paroles: Henri Contet. Musique: Marguerite Monnot 1946

Le jour où tu m'as rencontrée
Etait un jour triste à mourir
Et je traînais dans mes pensées
Un ennui à n'en plus finir
Mais il a suffi que tu viennes
Pour que j'oublie toutes mes peines

{Refrain:}

C'est merveilleux
Quand on est tous les deux
Le bonheur nous surveille
C'est merveilleux
Quand on est amoureux
Les beaux jours se réveillent
C'est merveilleux
La vie est peinte en bleu
A grands coups de soleil
Puisque je t'aime et que tu m'aimes
C'est merveilleux

Nous passerons toute la vie
A chanter un si grand amour
Pour une chanson si jolie
La vie n'a pas assez de jours
Nous en ferons une harmonie
Qui ne sera jamais finie

{Refrain}

C'est peut-être ça

Paroles: Michel Vaucaire. Musique: Charles Dumont 1961

C'est peut-être ça
L'amour, le grand amour,
C'est peut-être ça
Qui m'a prise à mon tour,
Ce je ne sais trop quoi
Qui fait froid dans le dos
Et soudain donne chaud
Quand tout le monde a froid…

C'est peut-être ça
Qui fait battre le cœur
Et, pendant des heures,
Vous fera rester là
Devant un téléphone
Pour entendre une voix,
Devant un téléphone
Qui ne sonnera pas…

C'est peut-être ça,
L'amour, le grand amour,
C'est peut-être ça
Qui m'a prise à mon tour,
Ce sentiment brutal,
Lorsque tout allait bien,
De se sentir très mal
Sans savoir d'où ça vient.

C'est peut-être ça
Qui fait pleurer de rire
Et vous fait courir
A minuit sous la pluie,
Sous la pluie, sans manteau
En gueulant qu'il fait beau,
En gueulant que la vie,
'y a rien de plus joli…
Avant, juste avant
D'aller se foutre à l'eau…

C'est peut-être ça
L'amour…Le grand amour!…

C'est pour ça

Paroles: Henri Contet. Musique: Marguerite Monnot 1947

Il était une amoureuse
Qui vivait sans être heureuse.
Son amant ne l'aimait pas.
C'est drôle, mais c'était comme ça.
Elle courut à la fontaine
Afin d'y noyer sa peine
Et tout le diable et son train
La poussaient dans le chemin.

C'est pour ça que l'amour pleurait dans son coin,
C'est pour ça que le ciel n'y comprenait rien.
Les jours de lumière,
Les mots des prières,
Tous en procession,
Lui faisaient escorte
Mais la fille est morte
En criant: "pardon".
C'est pour ça que l'amour pleurait dans son coin,
C'est pour ça que le ciel n'y comprenait rien…

Toutes les fleurs se fanèrent
Et la nuit couvrit la terre
Pour chanter le dernier jour
De cette morte d'amour.
Échappés du noir manège,
Les mal-aimés en cortège
Partent essayer d'empêcher
Le soleil de se lever.

C'est pour ça que l'amour n'avait plus d'amis,
C'est pour ça que le ciel cherchait un abri.
Les jeux et les rondes,
Toutes les joies du monde
Voulaient s'en aller
Et le cœur des hommes,
Tout pourri d'automne
Allait se fâner…
C'est pour ça que l'amour n'avait plus d'amis,
C'est pour ça que le ciel cherchait un abri.

Mais voilà que ma légende
Va danser sous les guirlandes.
Ça ne pouvait pas durer.
L'amour a tout arrangé
Et, depuis, c'est lui qui chante.
Tant pis pour qui se tourmente.
Vous pouvez toujours pleurer.
Il est plus fort à chanter…

C'est pour ça qu'on entend les accordéons,
C'est pour ça que la rue éclate en chansons.
Le chagrin des âmes,
Dans tout ce vacarme,
On ne l'entend plus.
L'amour fait la fête
Et chacun, c'est bête,
A cœur que veux-tu.
C'est pour ça qu'on entend les accordéons,
C'est pour ça que la rue éclate en chansons.

C'est toi le plus fort

Paroles: Raymond Asso. Musique: R. Cloërec 1936

Ah, c'que t'es grand!
T'as une belle gueule
Et quand ton rire m'a croché le cœur,
Parc' que j'suis v'nue vers toi toute seule
Sans que tu m'cherches,
Tu fais le crâneur
Et, sur le boulevard,
Quand tu te balades,
Tu marches comme un bel animal.
Tu regardes les femmes.
Ça m'rend malade
Et tu le sais bien
Qu'ça m'fait du mal
Mais j'te dis rien
Parce que je t'aime.
Souffrir par toi
C'est bon tout d'même.
Tu pourrais m'faire
Plus de mal encore
Que j'dirais rien,
Alors t'es fort.

Parce que t'es grand,
Moi toute petite
Et que tes poings
Ont l'air d'être lourds,
J'dis toujours oui
Et t'en profites
Et j't'obéis.
Tu gagnes toujours.
Ah… t'es pas méchant.
T'es un peu brute.
C'est pas d'ta faute
Si t'es comm' ça,
Et puis moi
J'aime pas les disputes.
J'ai peur des coups.
On s'refait pas,
Alors j'dis rien
Parce que je t'aime
Et qu't'obéir
C'est bon tout d'même.
Puis ça vaut mieux
Car j'aurais tort.
Y a qu'à nous voir,
C'est toi le plus fort.

Mais y a des jours
Où t'es plus l'même.
Quand t'as l'cafard
Ou des ennuis,
Quand t'as besoin d'sentir
Qu'on t'aime
Et ces jours-là,
Tu deviens tout petit.
Alors j'te prends
Sur ma poitrine.
J'écoute ton cœur
Et c'est très doux.
J'deviens toute grande
Et j'te câline.
J'suis presque heureuse
Et j'oublie tout.
Là, dans mes bras,
T'oses plus rien dire.
T'as sur les lèvres
Un beau sourire
Et, comme un petit môme,
Tu t'endors.
Ben là… vraiment,
C'est toi l'plus fort.

C'est un gars

Paroles: Charles Aznavour. Musique: Pierre Roche 1949

autres interprètes: Lucienne Delyle, Charles Aznavour

Sous mes pieds mes s'mell's se dérobent
On voit l'jour à travers ma robe
Mon corsage est tout rapiécé
Et mes effets très fatigués
Qu'import' ce qu'on dit à la ronde
Je me fous du reste du monde
Car depuis hier je suis aimée
C'est fou ce qui m'est arrivé

C'est un gars qu'est entré dans ma vie
C'est un gars qui m'a dit des folies
Tu es jolie, tu es jolie
On m'l'avait jamais dit
C'est un gars qui r'ssemblait à un ange
C'est un gars qui parlait comme un ange
Tu es jolie, tu es jolie
J'en suis tout étourdie

Mon Dieu je ne suis plus la même
Quand il me murmure je t'aime
Je trouve ça si merveilleux
Qu'il y a des larmes dans mes yeux
C'est beau l'amour qui se promène
Quand un beau gars en tient la chaîne
On voudrait rester prisonnier
Rien qu'pour contempler son geôlier

C'est un gars qu'est entré dans ma vie
C'est un gars qui m'a dit des folies
Tu es jolie, tu es jolie
On m'l'avait jamais dit
C'est un gars qui r'ssemblait à un ange
C'est un gars qui parlait comme un ange
Tu es jolie, tu es jolie
J'en suis tout étourdie

C'est merveilleux en moi la vie bourdonne
L'amour jaillit dès que je m'abandonne
Et quand il m'a soûlée
De mots et de baisers
Et qu'il sourit, c'est drôle
Je mords dans son épaule
C'est un gars qu'est entré dans ma vie
C'est un gars qui m'a dit des folies
Tu es jolie, tu es jolie
Veux-tu d'moi pour la vie
Oui.

C'est un homme terrible

Paroles et Musique: JP Moulin 1958

C'est un homme terrible
Avec des yeux doux.
Il me prend pour cible.
Il me donne des coups.
Il me fait pleurer
Avec un regard.
Il me fait trembler
Quand il est en retard.
C'est un homme terrible
Avec des yeux verts.
Il voit à travers.
Il me passe au crible.
Je suis transparente
Quand il est devant moi.
Je pleure, je me lamente.
Je reste sans voix.
Je descends la pente
De la peur et de l'effroi.
Cet homme me hante.
Il me met en croix.
C'est un homme terrible.
C'est un homme terrible…

Mais quand il me caresse,
Quand je sens ses deux mains
Se poser comme des compresses
Sur mes yeux pleins de chagrin,
Alors je ressuscite,
Je retrouve le printemps.
Le bonheur invite
Au creux de mon amant.

C'est un homme terrible
Avec des yeux bleus.
Mon cœur est la cible
Où il vise le mieux.
Il revient vers moi.
Il revient toujours.
Avec un grand "A",
Ça s'appelle l'Amour.
C'est un homme terrible.
Il a peur, la nuit.
Dans mes bras fragiles,
Il s'apaise et rit
Et puis il s'endort
Et je le regarde.
Il n'a plus de force.
C'est moi qui le garde.
Sentinelle dehors,
A moi, la toquarde.
Quand viendra l'aurore,
Je quitterai la garde
De cet homme terrible,
De cet homme terrible,
De cet homme terrible,
De cet homme terrible,
Terrible! Terrible!
Hhhhhan!

C'est un monsieur très distingué

Paroles: Edith Piaf. Musique: Louiguy 1941

Il descend dans les grands hôtels.
Il a beaucoup de personnel.
Il a aussi beaucoup d'argent,
C'est pour ça qu'il est mon amant.

C'est un Monsieur très distingué.
C'est un Monsieur qui est marié.
Ses enfants seront bien él'vés.
Sa femme est née dans le grand monde.
C'est un Monsieur très demandé.
Tous les gens l'écoutent parler.
Il est de la haute société.
C'est c'qu'on appell' un homme du monde.

Il a aussi un petit chien.
On dit qu'il fait beaucoup de bien.
Sa femme, moi et puis le chien,
Nous faisons partie de ses biens.

C'est un Monsieur très distingué.
C'est un Monsieur qui est marié.
Ses enfants seront très bien él'vés.
Comme il se doit, je n'suis pas blonde.
Je n'suis pas née dans le grand monde.
Ce Monsieur-là peut tout ach'ter,
Même l'illusion d'être aimé.
Il est de la haute société.
C'est c'qu'on appelle un homm' du monde.

Je sais pourtant qu'un jour viendra
Où, doucement, il me dira:
"Chère amie, je suis désolé,
Nos relations doivent cesser."

C'est un Monsieur très distingué.
C'est un Monsieur qui est marié.
Ses enfants seront très bien él'vés.
Comme il se doit, sa femme est blonde.
Sa femme est née dans le grand monde.
Je resterai seule à pleurer.
Mon amour sera bien payé.
C'est comm' ça dans la haut' société.
C'est c'qu'on appelle les gens du monde.

C'était pas moi

Paroles: Robert Gall. Musique: Francis Laï 1963

Dans sa prison, il a pleuré,
S'est révolté, s'est résigné
Et d'une voix désespérée,
Il ne cessait de répéter:

"C'était pas moi qui, ce jour-là, passait par là.
C'était pas moi!
C'était pas moi qui avais fait ça, cette histoire-là.
Ce n'est pas moi!

Mais je n'ai pas su m'expliquer
Cet homme trouvé dans le fossé.
J'ai beau crier mon innocence
Dans ma prison,
J'ai beau crier dans le silence:
Non, non, et non!

Je reste là depuis des mois
Et j'attends là ce qu'on fera de moi…

Oui, je l'aimais
Cette femme pour qui
On a trouvé
Cet homme tué…
Oui, je l'aimais.
J'en étais fou
Et très jaloux
Mais c'est pas vrai!…

Coïncidence?
Manque de chance?
C'était pas moi!
C'était pas moi!

J'ai beau crier dans le silence
De ma prison,
J'ais beau crier mon innocence,
Non, non, et non!

Je reste là depuis des mois
Et j'attends là ce qu'on fera de moi…

Et face au ciel,
Mon seul témoin,
Tendant les mains
Je veux crier:
Ce n'est pas moi!
Ce n'est pas moi!
Ce n'est pas moi!
Ce n'est pas moi!"

C'était un jour de fête

Paroles: Edith Piaf. Musique: Marguerite Monnot 1941

1. C 'était un jour de fête
J'crois bien qu'c'était l'printemps
Ça m'a tourné la tête
J'venais d'avoir vingt ans
I' m'a dit qu'j'étais belle
Peut-être pour m'faire plaisir
M'a dit des ritournelles
Avec un beau sourire

{Refrain:}

I' m'en a donné des caresses
I' m'a fait tout plein de serments
Ce qu'il m'en a fait des promesses
Avant de dev'nir mon amant
I' m'en a donné des ivresses
M'a juré de m'aimer tout l'temps
Alors j'ai donné ma jeunesse
C'est comme ça qu'on perd ses vingt ans

2. On s'est mis en ménage
Dans le faubourg Saint-D'nis
Hôtel du Beau Rivage
Ça sentait bon Paris
C'est au sixième étage
Que j'ai connu l'amour
Vous parlez d'un voyage
Et quel joli séjour

{au Refrain}

3. Ces histoires là ça dure
Ce que ça doit durer
Ma petite aventure
Hélas est terminée
Fini le beau voyage
Me voici de retour
L'Hôtel du Beau Rivage
A gardé mes amours

{au Refrain}

C'était une histoire d'amour

Paroles: Henri Contet. Musique: J.Jal 1943

J'ai connu des jours magnifiques
L'amour était mon serviteur
La vie chantait comme une musique
Et elle m'offrait des tas d'bonheurs
Mais j'en achetais sans compter
J'avais mon cœur à dépenser

C'était une histoire d'amour
C'était comme un beau jour de fête
Plein de soleil et de guinguettes
Où le printemps m'faisait la cour
Mais quand les histoires sont trop jolies
Ça ne peut pas durer toujours
C'était une histoire d'amour
Ma part de joie, ma part de rêve
Il a bien fallu qu'elle s'achève
Pour me faire un chagrin d'amour

Et tant pis si mes nuits sont blanches
Tant pis pour moi si j'pleure tout l'temps
C'est le chagrin qui prend sa r'vanche
Y a qu'le chagrin qui est content
Vraiment, il y a de quoi rire
J'ai l'impression d'vouloir mourir!

C'était une histoire d'amour
C'était comme un beau jour de fête
Plein de soleil et de guinguettes
Où le printemps m'faisait la cour
Mais quand les histoires sont trop jolies
Ça ne peut pas durer toujours
C'était une histoire d'amour
Dont rien désormais ne demeure
Il faut toujours que quelqu'un pleure
Pour faire une histoire d'amour

Ça fait drôle

Ça fait drôle, ça fait vraiment drôle
Quand nos corps se frôlent
De nous éveiller
Emerveillés…
Ça fait drôle de sortir d'un rêve
Au creux d'un lit tiède
Surpris par le jour
Dans notre amour…
L'existence,
Toujours étonnante,
Fait de ces miracles.
Faudrait l'applaudir
Comme au spectacle.
Ça fait drôle, j'avais peur de vivre
Et puis tout arrive,
Et ce tout pour moi,
Ça veut dire toi.

Ça fait drôle de rejouer ce rôle
Contre ton épaule,
Ce rôle oublié
De femme aimée…
De renaître,
De me reconnaître
Dans les yeux d'un être
Lorsque lui non plus
N'y croyait plus,
Il me semble
Que mes jambes tremblent,
Que tout recommence,
Après des années de longue absence.
Ça fait drôle, je reprends ma place.
Faut que je m'y fasse.
J'apprends le bonheur,
J' l'apprends par cœur.

Ces voyages, je ne peux pas y croire,
J'ai eu trop d'histoires.
Je traîne avec moi trop de mémoire
Mais quand même:
Ça fait drôle quand même
D'entendre "je t'aime"
Car si cette fois-ci…
Si cette fois-ci…
Si cette fois-ci…
Si cette fois-ci…
Si cette fois-ci…
Si cette fois-ci…

Carmen's story

Paroles: Michel Rivgauche. Musique: Charles Dumont 1961

Dans le grand studio
De cinéma,
Sur le plateau,
Tout le monde est là,
Les deux vedettes et les acteurs,
Metteur en scène et producteur,
Décorateurs, et assistants
Et puis la foule des figurants.
On va tourner la première scène
Du nouveau film d'après Carmen
Et quelqu'un crie: "Silence! On tourne!"
Carmen's story! Carmen's story!

Comme si le destin, tout simplement
N'attendait plus que ce moment,
Il vient frapper en cet instant
Parmi la foule des figurants.
Alors soudain, elle l'aperçoit,
Il lève la tête, et il la voit,
Et dans leurs yeux il y a l'amour,
Mais un amour de fin des jours…
Et quelqu'un crie: "Très bon! Coupez!"
Carmen's story! Carmen's story!

Elle ne voit que lui dans le studio,
Il ne voit qu'elle sur le plateau,
Et dans la foule des figurants
Habit brodé, habit clinquant,
En somnambules, au fil des jours,
Illuminés par leur amour,
Sans le savoir, transfigurés,
Ils sont Carmen et Don José,
Et quelqu'un crie: "Silence! On tourne!"
Carmen's story! Carmen's story!

Mais dans le studio de cinéma,
Voilà qu'un jour il l'aperçoit
En train de rire, rire aux éclats
Avec cet homme qui est là-bas…
Ça lui fait mal, il veut partir…
Mais le destin doit s'accomplir
Et dans la foule des figurants
Elle est tombée, sans même crier…
Quelqu'un a dit: "Très bon! Coupez!"
Carmen's story! Carmen's story!

Céline

Paroles: Arrangements: L. Liébart, Marc Herrand 1946

Sont trois jeunes garçons
S'en allant à la guerre,
S'en allant à la guerre,
Tout droit en regrettant,
Tout droit en regrettant
Bien leurs maîtresses.

Le plus jeune des trois
Regrettait bien la sienne,
Regrettait bien la sienne
Et il a bien raison:
C'est la plus jolie fille
De tous les environs.

Le bon soldat s'en va
Trouver son capitaine:
"Bonjour, mon capitaine.
Donnez-moi mon congé
Pour allez voir Céline
Qui ne fait que pleurer…"

Son capitaine répond
Comme un homme de guerre
Ton joli passeport
Va t'en, va voir ta fille
Tu reviendras d'abord.

Puis le galant s'en va
Au château de son père.
"Bonjour mon père, ma mère.
Bonjour mes chers parents,
Sans oublier Céline
Que mon cœur aime tant."

Son père lui répond:
"Mais ta Céline est morte
Mais ta Céline est morte,
Est morte en t'appelant.
Son corps est dans la terre,
Son âme, au Paradis."

Puis le galant s'en va
Pleurer dessus sa tombe:
"Céline, ma Céline,
Parle, parle, parle-moi!
Mon cœur se désespère
De jamais plus te voir…"
Céline lui répond:
"Ma bouche est pleine de terre
Ma bouche est pleine de terre…
La tienne est pleine d'amour!
Je garde l'espérance
De te revoir un jour…"

Le bon soldat s'en va
Trouver son capitaine
"Bonjour, mon capitaine!
Me voici de retour
Puisque Céline est morte,
Je servirai toujours…"

Celui qui ne savait pas pleurer

Paroles: Henri Contet. Musique: Ch.Normand 1936

C'est l'histoire d'un type moyen
Qui n'avait jamais pu pleurer.
Il en avait pas les moyens,
Pourtant, il aurait bien aimé,
Car de pleurer, ça vous soulage
Et ça vous met du baume dans l'cœur,
Mais lui, il avait passé l'âge
D'apprendre le chagrin par cœur.
Il essayait de se concentrer
Pour s'émouvoir à l'improviste,
Mais non: il savait pas pleurer
Et c'est ça qui le rendait triste.
Pour se payer ce petit instant
Où l'on est vraiment malheureux,
Y s'fabriquait des embêtements,
Inventait des ennuis sérieux
Et pour ça, il savait s'y prendre,
A en juger par son passé.
Il avait même tenté de se pendre,
Preuve qu'il aimait pas rigoler.
Quand s'présentait un beau malheur,
Tout de suite il lui faisait du charme
Mais il avait beau s'crever l'cœur,
Il pouvait pas trouver une larme.
Ça lui a passé subitement,
Rencontrant près d'une fontaine
Où se débarbouillait l'printemps,
Une gosse qui avait de la peine.
Dans son petit tablier de toile,
Elle pleurait comme une enfant.
Il a vu ses yeux pleins d'étoiles,
Alors il en a fait autant.
Un type comme ça, c'est pas commun
Car il était pas comme nous autres.
Puisque, pour qu'il ait du chagrin,
Il lui fallait l'chagrin des autres.
La gosse était toute seule au monde,
Tout' seule le jour, tout' seule la nuit
Et puis surtout, elle était blonde,
Alors il l'a prise avec lui.
Il est content puisque c'est elle
Qui lui a appris à pleurer
Mais la leçon était trop belle
La fille aussi… tout a raté.
Il est devenu bien malheureux,
Trompé plus qu'il ne le mérite
Et tous les jours, il pleure un peu
Maintenant qu'il sait, il en profite.

'Chand d'habits

Paroles: J. Bourgeat. Musique: R. Alfred 1936

Dis-moi, 'chand d'habits,
N'as-tu pas trouvé,
Parmi le lot de mes vieilles défroques
Que, ce matin, je te vendis à regret,
'Chand d'habits, parmi elles,
N'as-tu trouvé, tout en loques,
Triste, lamentable, déchiré,
Un douloureux cœur abandonné?
Rends-moi, je t'en prie, mon ami,
Cette chose meurtrie…
C'est mon pauvre cœur… j'en ai besoin…
Crois-tu, mon vieux, que c'est bête!
Quand tu est venu à mon appel
Faire l'emplette
Je croyais bien n'y pas tenir autant…

Quand tu partis chargé de ton triste fardeau,
Tout mon passé suivit, et je pleure…
Je pleure mes soucis, mon enfance,
Mes chers amours qui ne sont plus que souvenance…
Rends-moi mon pauvre cœur,
Triste objet périmé…
Revends-moi la joie qui m'a quittée…
Dis! 'chand d'habits!…
Cette pauvre chose, c'était pour l'oubli…
C'est toute ma vie…
Oui…
Dis-moi, 'chand d'habits,
Parmi mes défroques,
N'as-tu pas trouvé mon pauvre cœur en loques?…

Chanson bleue

Paroles: Edith Piaf. Musique: Marguerite Monnot 1951

Je vais te faire une chanson bleue
Pour que tu aies des rêves d'enfant
Où tes nuits n'auront plus de tourments.
Alors, le jour, tu vas chanter
Pour que les autres puissent espérer…
Quand le monde l'aura appris,
Tu pourras quitter la vie.
Tu viendras chanter dans les cieux…
…Chanson Bleue…

Tu feras pleurer les anges
En leur racontant tes souffrances.
Apporte dans tes mains trop jolies,
Ton cœur, tes pleurs, et puis la vie…
Quand Jésus est mort sur sa croix,
Il a souffert autant que toi,
Pardonne ta mère, et le Bon Dieu
Et laisse sur la terre comme Dieu…
…Chanson Bleue…

Voilà ta mission terminée…
Tes amis, tu vas les quitter…
Caresse les cheveux des enfants,
Souris aux vieillards en passant,
Toi, tu n'as plus de lendemains:
Finis tes matins pleins de chagrin…
Saint-Pierre, les anges, et le Bon Dieu
Vont t'ouvrir les portes des cieux…
…Chanson Bleue…

Chanson de Catherine

Paroles: C. Youri, A. Joumiaux. Musique: P. Damine 1951

Te voilà mariée, Catherine,
Sans joie et sans amour.
Celui que tu aimes, Catherine,
Est perdu pour toujours…

Qu'ils étaient doux, les jours passés,
Mais à quoi bon les évoquer?
Un oiseau noir crie dans la nuit.
Hier, Catherine, tu as dit "oui"
Et maintenant, il faut danser.
Il faut danser… et oublier.
Pourquoi pleurer, la belle enfant?
Les violons jouent tendrement…

Te voilà mariée, Catherine,
Sans joie et sans amour.
Celui que tu aimes, Catherine,
Est perdu pour toujours…

Il est au bout de ton jardin,
Un très vieux chêne, où un garçon
Avait jadis gravé ton nom
Dans un seul cœur, auprès du sien.
Vois-tu, celui qui tu aimais,
Vois-tu, celui qui tant t'aimait…
Eh! L'oiseau noir!… Que me dis-tu?
C'est à ce chêne qu'il s'est pendu…

Te voilà mariée, Catherine,
Sans joie et sans amour.
Celui que tu aimes, Catherine,
Est perdu pour toujours…

Petite Catherine, demain matin,
Dans l'eau glacée de ton chagrin,
Dans l'eau étrange de la mer,
Tu flotteras, les yeux ouverts,
Les yeux ouverts sur ton destin
Et, dans ta robe de satin,
Juste où la mer se mêle au ciel,
Tu rejoindras l'amant fidèle…

Te voilà mariée, Catherine,
Mariée avec l'amour…
Celui que tu aimes, Catherine,
Est à toi pour toujours…

Comme moi

Paroles: Claude Delécluse, Michèle Senlis. Musique: Marguerite Monnot 1957

Peut-être bien qu'ailleurs,
Une femme a le cœur
Eperdu de bonheur
Comme moi…
Et que d'un geste heureux
Elle soulève un peu
Le rideau de soie bleue,
Comme moi…
Pour regarder en bas
Son amour qui viendra
La prendre dans ses bras,
Comme moi…
Elle attend son amour,
Les yeux de son amour,
Les bras de son amour,
Comme moi…

Peut-être bien aussi,
Qu'à l'instant, elle vit,
Le meilleur de sa vie,
Comme moi…
Et qu'en fermant les yeux,
Elle abandonne un peu
Sa main dans ses cheveux,
Comme moi…
Peut-être qu'à son cœur,
Elle épingle une fleur
Et puis regarde l'heure,
Comme moi…
Et pense à son amour,
Aux yeux de son amour,
Aux bras de son amour,
Comme moi…

Peut-être bien encore
Qu'elle entendra plus fort
Son cœur battre et qu'alors,
Comme moi…
Elle voudra crier
En entendant monter
Un pas dans l'escalier,
Comme moi…
Comme moi dans l'instant
Où mon cœur en suspens
Se retient un moment,
Contre toi…
Et puis meure, mon amour,
Dans tes yeux, mon amour,
Dans tes bras mon amour,
Mon amour…

Comme un moineau

Paroles: M. Hély. Musique: J. Lenoir 1925

autres interprètes: Edith Piaf, Berthe Sylva (1935), Jackie Sardou

1. C 'est près d'une gouttière à matous
Dans une mansarde de n'importe où
A Montparnasse
Que j'suis venue au monde sur les toits
Et que j'ai pour la première fois
Ouvert les chasses
Mes pères et mères déchards comme tout
Qui de plus n'aimaient pas beaucoup
Sucer d'la glace
A l'heure des repas dans notre garno
M'laissaient souvent sans un mélo
Le bec ouvert
Comme un moineau!

2. A l'âge où tous les autres marmots
A l'école vont s'meubler l'cerveau
De bonne grammaire
Avec un tas d'mauvais loupiots
Dans les coins on allait jouer au
Père et à la mère
Bien sûr ces petit jeux innocents
Ne développent pas précisément
Les bonnes manières
A quinze ans, droite sur mes ergots
J'allumais tous les gigolos
L'œil effronté
Comme un moineau!

3. L 'premier qu'a voulu ma vertu
Pour me posséder n'a pas eu
A faire de siège
Il n'a eu qu'à m'ouvrir les bras
Et mon amour est tombé là
Comme dans un piège
Si j'avais l'esprit perverti
Mon cœur, au contraire, était lui
Pur comme la neige
Nous éveillant sous les bécots
Nous allions à tous les échos
Chanter l'amour
Comme deux moineaux!

4. Il me plaqua, a-t-il eu tort?
Je me suis consolée d'un sort
Qui est le nôtre
Avec un p'tit gars dessalé,
Mais qui, pour ne pas travailler,
M'vendit à d'autres
On s'accoutume à ne plus voir
La poussière grise du trottoir
Où l'on se vautre
Chaque soir sur l'pavé parigot
On cherche son pain dans le ruisseau
Le cœur joyeux
Comme des moineaux!

5. L 'hiver viendra et mon seul bien
Ce pauvre corps qui, je l'sens bien
Déjà se lasse
Tombera sur le pavé brutal
J'passerai sur un lit d'hôpital
Un soir d'angoisse
Pas plus mauvaise que beaucoup
J'aurais préféré malgré tout,
Au lieu d'un poisse
Un homme qui m'eût aimée d'amour
Pour avec lui finir mes jours
Dans un nid chaud
Comme un moineau!

Corrèque et réguyer

Paroles: M.Hély. Musique: Paul Maye 1938

Le grand Totor qu'est en ménage avec Totoche
Qui la filoche
Et la défend,
C'est pas un mec à la mie d' pain, poisse à la manque
Qui fait sa planque
Comme un fainéant.
Comme un chef d'administration,
Il organise la production,
Le nécessaire et l' superflu.
Tout est réglé, tout est prévu
Pendant les heures d'exploitation,
C'est pas un homme, c'est un démon
Mais en dehors de ses fonctions
C'est pas un homme, c'est un mouton

Après l' boulot, si qu'elle veut faire des heures en plus,
C'est son affaire et dans l' fond ça n' le r'garde plus
Comme dit Totor, ça m'fait pas tort
Pour l'argent qu'elle gagne au-dehors,
On est d'accord comme dit Totor
Faut pas s'conduire comme un butor
Comme dit Totor, j'y laisse le droit d' la dépenser
A volonté, d' la ramasser ou d' la placer
De s' tuyauter, d' boursicoter
D'ach'ter d' la rente ou du foncier
En suivant les cours financiers
Des charbonnages ou des aciers
J'ai pas l' droit d'y fourrer mon nez.
CORRÈQUE… et RÉGUYER!

Pendant qu' les autres vont jouer l' pastis à la belote
Avec les potes
Dans les bistros,
Totor contrôle tout c' que la Totoche lui raconte
Et fait des comptes
Dans son bureau.
Pour le resquillage et l' boni,
Avant qu'elle parle, il a compris
Y a rien à chiquer avec lui
C'est pas un homme, c'est un taxi
A moins d'erreur ou d'omission,
A la première contestation,
La machine à coller des j'tons
Est prête pour la distribution

Dans les affaires, quand on s' laisse faire, on est foutu
Comme dit Totor, il faut d'abord quand ça n' va plus
Y aller d'autor et taper fort!
Mais une fois qu'on a fait du sport,
Comme dit Totor, ce s'rait un tort
Que de s' conduire comme un butor
Quand qu' c'est réglé, à quoi qu' ça sert d'être rancunier?
Comme dit Totor, une fois qu'il a la main tournée,
Il lui colle du taff'tas gommé
Et lui dit pour la consoler:
Blessée en service commandé,
C'est un accident du métier…
Demain, t'iras pas travailler
CORRÈQUE et RÉGUYER!

Et malgré ça, y a des jours où qu' la môme Totoche
Fait sa caboche
Et r'prend l' dessus
Ça fait qu'un soir, a s'est fait voir avec Tatave,
Et c' qu'est l' plus grave,
Totor l'a su!
Comme dit Totor, qu'on soye bourgeois,
Barbeau, prince ou n'importe quoi,
Chacun son bien, chacun son dû
Sans ça, la morale est foutue,
C' qui fait qu'en sortant du restaur
Tatave s'est trouvé d'vant Totor
Qui y a dit, les yeux dans les yeux,
On va régler ça tous les deux!

Dans les affaires, quand on s' laisse faire, on est foutu
Mais l' môme Tatave y a dit: Totor, j'te comprends pus!
J' te jure, Totor, t'es dans ton tort!
Avec la môme, j'ai pas d'remords
On est d'accord, et quand on a sort,
J'y r'file cent balles dans l' collidor,
Alors Totor y a dit: j'ai rien à te r'procher!
Tu vois, mon pote, si tu m'avais pas renseigné,
On s'rait en train d' s'entrelarder
Mais moi, j'pouvais pas l' deviner
Vu qu'a m'a jamais rien donné
Final'ment, tu peux t'en aller
Mais c'est elle qui va dérouiller!
CORRÈQUE et RÉGUYER!

Coup de grisou

Paroles: Henri Contet. Musique: Louiguy 1943

C'était un homm' sans condition,
Un typ' qu'avait pas d'ambition,
Pourtant, Bon Dieu! qu'il était fort.
Il n'avait pas d'situation
Et il travaillait au charbon
Dans les villes noires du Nord.
On l'avait app'lé: "Coup d'grisou"
Un jour qu'il était en colère
Et qu'il avait mis sens d'ssus d'ssous
Tout un bistro avec les verres.
A forc' de peiner dans le noir,
Il n'aimait qu'la couleur du soir.
Le soleil lui brûlait les yeux.
Le grand jour l'empêchait d'parler.
C'était un dieu d'l'obscurité,
Un dieu bien triste et malheureux,
Un dieu bien triste et malheureux

Car il aimait par-dessus tout
Un' fill' des plain's aux cheveux roux,
Roux comm' les sarments des vignes,
Des cheveux où la lumièr' pleut.
Ça l'forçait à cligner des yeux
Comm' si l'soleil lui faisait sign'.
Ell' l'emmenait dans les moissons
Par les frais chemins du dimanche.
Tout était clair, tout était blond
Et la clarté prenait sa r'vanche.
Ça lui f'sait mal derrièr' le front
Mais il faisait des concessions.
Dame, il essayait d'être heureux.
C'est comm' ça qu'on perd un amour.
Ell' l'a trompé par un beau jour
Avec un qui aimait l'ciel bleu,
Avec un qui aimait l'ciel bleu.

Quand "Coup d'grisou" a tout appris,
Il travaillait au fond du puits
Tout luisant de reflets tout noirs
Pendant dix s'cond's il n'a rien dit
Et puis d'un seul coup ça l'a pris.
Ah! c'était pas joli à voir,
Rien qu'à l'entendre on s'demandait
Si l'diable n'était pas sous terre.
Probabl' que ça lui ressemblait
Puisqu'il a tout foutu par terre.
Quand l'vrai grisou s'en est mêlé,
A eux deux, ils ont fait sauter
La terre, la mine et tout l'fourbi!
Après trois jours on l'a r'monté
Avec sa part d'éternité
Et quand on l'a sorti du puits,
La lumièr' se moquait de lui.
Le soleil donnait un gala
Pour l'embêter un' dernièr' fois
Mais Coup d'grisou était guéri:
Il avait épousé la nuit…

Cri du coeur

Paroles: Jacques Prévert. Musique: Henri Crolla 1960

C'est pas seulement ma voix qui chante.
C'est l'autre voix, une foule de voix,
Voix d'aujourd'hui ou d'autrefois,
Des voix marrantes, ensoleillées,
Désespérées, émerveillées,
Voix déchirantes et brisées,
Voix souriantes et affolées,
Folles de douleur et de gaieté.

C'est la voix d'un chagrin tout neuf,
La voix de l'amour mort ou vif,
La voix d'un pauvre fugitif,
La voix d'un noyé qui fait plouf.
C'est la voix d'une enfant qu'on gifle,
C'est la voix d'un oiseau craintif,
La voix d'un moineau mort de froid
Sur le pavé d' la rue d' la joie…

Et toujours, toujours, quand je chante,
Cet oiseau-là chante avec moi.
Toujours, toujours, encore vivante,
Sa pauvre voix tremble pour moi.
Si je disais tout ce qu'il chante,
Tout c'que j'ai vu et tout c'que j'sais,
J'en dirais trop et pas assez
Et tout ça, je veux l'oublier.

D'autres voix chantent un vieux refrain.
C'est leur souvenir, c'est plus le mien.
Je n'ai plus qu'un seul cri du cœur:
"J'aime pas l'malheur! J'aime pas l'malheur!"
Et le malheur me le rend bien
Mais je l' connais, il m' fait plus peur.
Il dit qu'on est mariés ensemble.
Même si c'est vrai, je n'en crois rien.

Sans pitié, j'écrase mes larmes.
Je leur fais pas d'publicité.
Si on tirait l'signal d'alarme
Pour des chagrins particuliers,
Jamais les trains n'pourraient rouler
Et je regarde le paysage.
Si par hasard, il est trop laid,
J'attends qu'il se refasse une beauté

Et les douaniers du désespoir
Peuvent bien éventrer mes bagages,
Me palper et me questionner,
J'ai jamais rien à déclarer.
L'amour, comme moi, part en voyage.
Un jour je le rencontrerai.
A peine j'aurai vu son visage,
Tout de suite je le reconnaîtrai…

Dans leur baiser

Paroles: Michel Vaucaire. Musique: Charles Dumont 1961

Il y avait dans leur baiser,
Dans leur baiser désespéré,
Tous les regrets, tous les chagrins du monde entier,
Tout le chagrin de nos amants
Que le destin va séparer,
De deux amants qui ont compris
Que c'est fini…

Ce n'était, parmi tant d'autres,
Qu'un pauvre baiser d'adieu.
Ce n'étaient, parmi tant d'autres,
Que deux cœurs très malheureux.

Il y avait dans leur baiser,
Dans leur baiser désespéré,
Le désarroi d'un grand amour qui s'est brisé,
Le désarroi d'un grand amour
Contre lequel tout s'est ligué.
Il y avait dans leur baiser
Deux vies ratées.

Ce n'était, parmi tant d'autres,
Qu'un pauvre baiser d'adieu.
Ce n'étaient, parmi tant d'autres,
Que deux cœurs très malheureux.

Il y avait dans leur baiser,
Dans leur baiser désespéré,
Ce grand secret dont les passants se moquaient bien,
Dont les passants se moquaient bien
Comme ils s'étaient moqués de nous,
Moqués de nous, ah! Ce triste soir
Comme ce soir…

Ce n'était, parmi tant d'autres,
Qu'un pauvre baiser d'adieu
Mais soudain, c'était le nôtre,
Mais soudain, c'était nous deux…

Et c'était toi, et c'était nous
Que tout d'un coup je voyais là…
Dans ce baiser,
Dans ce baiser désespéré…

Dans ma rue

Paroles: Edith Piaf. Musique: Jacques Datin 1952

J'habite un coin du vieux Montmartre
Mon père rentre soûl tous les soirs
Et pour nous nourrir tous les quatre
Ma pauvr' mére travaille au lavoir.
Moi j'suis malade, j'rêve à ma fenêtre
Je r'garde passer les gens d'ailleurs
Quand le jour vient à disparaître
Il y a des choses qui me font un peu peur

Dans ma rue il y a des gens qui s' promènent
J'les entends chuchoter dans la nuit
Quand je m'endors bercée par une rengaine
J'suis soudain réveillée par des cris
Des coups d'sifflet, des pas qui traînent, qui vont et viennent
Puis le silence qui me fait froid dans tout le coeur

Dans ma rue il y a des ombres qui s' promènent
Et je tremble et j'ai froid et j'ai peur

Mon père m'a dit un jour: "la fille,
Tu ne vas pas rester là sans fin
T'es bonn' à rien, ça c'est d'famille
Faudrait voir à gagner ton pain
Les hommes te trouvent plutôt jolie
Tu n'auras qu'à sortir le soir
Il y'a bien des femmes qui gagnent leur vie
En "s' balladant sur le trottoir"

Dans ma rue il y a des femmes qui s' promènent
J'les entends fredonner dans la nuit
Quand je m'endors bercée par une rengaine
J'suis soudain réveillée par des cris
Des coups d'sifflet, des pas qui traînent, qui vont et viennent
Puis le silence qui me fait froid dans tout le coeur

Dans ma rue il y a des femmes qui s' promènent
Et je tremble et j'ai froid et j'ai peur

Et depuis des semaines et des semaines
J'ai plus d' maison, j'ai plus d'argent
J' sais pas comment les autres s'y prennent
Mais j'ai pas pu trouver d' client
J'demande l'aumône aux gens qui passent
Un morceau d' pain, un peu d' chaleur
J'ai pourtant pas beaucoup d'audace
Maintenant c'est moi qui leur fait peur

Dans ma rue tous les soirs je m' promène
On m'entend sangloter dans la nuit
Quand le vent jette au ciel sa rengaine
Tout mon corps est glacé par la pluie

Mais je n' peux plus, j'attends sans cesse que le bon Dieu vienne
Pour m'inviter à me réchauffer tout près de Lui

Dans ma rue il y a des anges qui m'emmènent
Pour toujours mon cauchemar est fini

Dans un bouge du vieux port

Paroles: A. Deltour. Musique: A. Liaunet, F. Decruck 1937

Quand de troubles rêves
Hantent le vieux marin
A l'heure où le soir vient
L'appel des flots câlins
A quoi bon l'écouter sur la grève?
Car d'autres mers là-bas
Lui murmuraient tout bas
Des mots que celle-ci ne dit pas

{Refrain:}

Dans un bouge du vieux port
Il se réfugie
Et berce sa nostalgie
De rêves d'or
L'ardent regret qui le mord
S'éteint pour une heure
Quand l'accordéon pleure
Dans un bouge du port

Le chant des sirènes
Jamais il ne l'entend
Ce n'est pas en rêvant
Auprès des flots mouvants
Qu'il évoque les terres lointaines
Non, ce n'est pas le chant
Au bord de l'océan
Qui lui parle des amours d'antan

{au Refrain, x2}

De l'autre côté de la rue

Paroles et Musique: Michel Emer 1943

Des murs qui se lézardent,
Un escalier étroit,
Une vieille mansarde
Et me voilà chez moi.
Un lit qui se gondole,
Un' table de guingois,
Une lampe à pétrole
Et me voilà chez moi
Mais le soir, quand le cafard me pénètre
Et que mon cœur est par trop malheureux,
J'écarte les rideaux de ma fenêtre
Et j'écarquille les yeux.

{Refrain:}

D'l'autr' côté d'la rue,
Y a un' fille,
Y a un' bell' fille
Qui a tout c'qu'il lui faut
Et mêm' le superflu.
D'l'autr' côté d'la rue,
Elle a d'l'argent, un' maison, des voitures,
Des draps en soie, des bijoux, des fourrures.
D'l'autr' côté d'la rue,
Y a un' fille,
Y a un' bell' fille.
Si j'en avais le quart, je n'en d'mand'rais pas plus,
D'l'autr' côté d'la rue.

Souvent, l'âme chagrine,
Quand je rentre chez moi,
Je vais courbant l'échine,
Il pleut ou il fait froid.
Faut monter sept étages,
Suivre un long corridor.
Je n'ai plus de courage.
Je me couche et je dors
Et le lend'main faut que tout recommence.
J'pars au travail dans le matin glacé,
Alors je m'dis y'en a qui ont trop d'chance
Et les autres pas assez.

D'l'autr' côté d'la rue,
Y a un' fill',
Y a un' bell' fille
Pour qui tout's nos misèr's
S'ront toujours inconnues.
D'l'autr' côté d'la rue,
Quand il fait froid, ell' dans' des nuits entières,
Quand il fait chaud, ell' s'en va en croisière.
D'l'autr' côté d'la rue,
Y a un' fill',
Y a un' bell' fille.
Vivre un seul jour sa vie, je n'en d'mand'rais pas plus,
D'l'autr' côté d'la rue.

J'le connaissais à peine,
On s'était vu trois fois
Mais à la fin d'la s'maine
Il est venu chez moi.
Dans ma chambre au septième,
Au bout du corridor,
Il murmura: "Je t'aime".
Moi j'ai dit: "Je t'adore".
Il m'a comblée de baisers, de caresses,
Je ne désire plus rien dans ses bras.
Je vois ses yeux tout remplis de tendresse,
Alors je me dis tout bas:

D'l'autr' côté d'la rue,
Y a un' fill',
Y a un' pauvr' fille
Qui n'connaît rien d'l'amour,
Ni d'ses joies éperdues.
D'l'autre côté d'la rue,
Ell' peut garder son monsieur qu'ell' déteste,
Ses beaux bijoux, tout son luxe et le reste.
D'l'autr' côté d'la rue,
Y a un' fill',
Y a un' pauvr' fille
Qui regarde souvent, d'un air triste et perdu,
D'l'autr' côté d'la rue.

Demain (il fera jour)

Paroles: Marcel Achard. Musique: Marguerite Monnot 1951

Demain il fera jour.
C'est quand tout est perdu
Que tout commence.
Demain il fera jour.
Après l'amour,
Un autre amour commence.
Un petit gars viendra en sifflotant,
Demain…
Il aura les bras chargés de printemps,
Demain…
Les cloches sonneront dans votre ciel,
Demain…
Tu verras la lune de miel briller,
Demain…
Car demain:
Tu vas sourire encore,
Aimer encore, souffrir encore,
Toujours…
Demain il fera jour.

Dans ton cœur brisé pour toujours,
Il reste encore de l'amour.
Tu crois ta douleur si profonde
Que ta vie va s'arrêter là…
La plus belle fille du monde
Peut toujours donner plus qu'elle a…

Demain il fera jour.
C'est quand tout est perdu
Que tout commence.
Demain il fera jour.
Après l'amour,
Un autre amour commence.
Un petit gars viendra en sifflotant,
Demain…
Il aura les bras chargés de printemps,
Demain…
Les cloches sonneront dans votre ciel,
Demain…
Tu verras la lune de miel briller
Demain…
Car demain:
Tu vas sourire encore,
Aimer encore, souffrir encore,
Toujours…
Demain il fera jour.
Demain…

Des histoires

Paroles: Michel Vaucaire. Musique: Charles Dumont 1960

Histoire de pas savoir pour qui,
Histoire de pas savoir pourquoi j' vivais ma vie,
Je me suis raconté, raconté, raconté,
Je me suis raconté, raconté des histoires,
Histoire d' savoir pourquoi on rit,
Pourquoi on pleure.
A quoi ça sert d'avoir un cœur?
Je me suis raconté, raconté, raconté
Je me suis raconté, raconté des histoires
Et, petit à petit,
J'ai fini par t'aimer
Et un jour ton histoire
Est entrée dans ma vie.

Histoire de pas être aguerrie,
J'ai d'abord pas très bien compris
Mais malgré moi, je me suis raconté, raconté, raconté,
Je me suis raconté, raconté des histoires,
Histoires d'amour, un peu, beaucoup,
Jamais toujours, et tout d'un coup, à la folie.
Je me suis raconté, raconté, raconté,
Je me suis raconté, raconté des histoires
Et, petit à petit,
J'ai fini par t'aimer,
Par beaucoup trop t'aimer
Pour que tu m'aimes aussi.

Histoire de pas savoir pour qui,
Histoire de pas savoir pourquoi tu m'as quittée,
Je me suis raconté, raconté, raconté,
Je me suis raconté, raconté des histoires:
C'était pas vrai, ton manque de cœur
Et qu' tu voulais seulement me faire peur,
Que tu reviendrais,
Que c'était jamais rien, jamais rien, jamais rien,
Que c'était jamais rien, jamais rien qu'une histoire,
Mais il était trop tard,
Cette fois-là, pour le croire,
Trop tard pour t'oublier,
Trop tard pour plus t'aimer.

Histoire de pas savoir pour qui…
Histoire de pas savoir pourquoi…

Ding din dong

Paroles: Raymond Asso. Musique: P. Dreyfus 1936

Quand il naquit, son père sa mère,
Depuis longtemps, ne s'aimaient plus.
Ça fait qu'il arriva sur terre
Un peu comme un enfant perdu.
Quand on est môme, ça vous dégoûte
De ne jamais rire de tout son cœur,
Alors, très jeune, il prit la route
Et s'enfuit chercher le bonheur.

{Refrain:}

Ding Din Dong, chantons sa plainte.
Ding Din Dong, chantons-la donc.

Il chercha dans la solitude.
Il chercha aussi dans le bruit.
De chercher, ayant l'habitude,
Quand il le trouva, il s'enfuit.
Puis il aima, elle était blonde.
Elle l'aimait bien, oui mais voilà:
Elle se donnait à tout le monde.
Il la battit puis s'en alla.

{Refrain}

Il se dit: "Les blondes sont volages,
Mais les cheveux noirs c'est plus sérieux."
Il prit un brune, promit mariage,
Pensant qu'cette fois il s'rait heureux.
Au bout de cinq à six semaines,
Elle s'ennuyait à la maison.
"Vraiment", dit-il, "je n'ai pas d'veine.
Elle a pourtant pas les ch'veux blonds."

{Refrain}

Il ne savait pas que les femmes,
Ça n'aime pas l'bonheur quotidien
Et l'pauvre garçon s'torturait l'âme:
"Mais j'l'aime… mon Dieu… Ah que j'l'aime bien."
Et, mordu par la jalousie,
Y n'savait plus que s'lamenter.
"On va m'la prendre, elle est jolie."
Alors il voulut la tuer.

{Refrain}

Mais elle était vraiment fidèle.
Il l'aimait tant qu'il préféra
Se faire sauter la cervelle.
Il en mourut et puis voilà.
Si cette histoire vous fait rire,
C'est que vous n'avez rien compris.
Il cherchait le bonheur, le pire
Est qu'il trouva la mort, tant pis…

Ding Din Dong, finit sa plainte…
Ding Din Dong, et Ding et Dong…

Du matin jusqu'au soir

Paroles et Musique: Edith Piaf 1951

Du matin jusqu'au soir
Et du soir au matin,
Moi, je l'aime.
Ce qu'il dit, ce qu'il fait,
Moi, je trouve ça parfait
Car je l'aime…
Dès le lever du jour,
Ce sont des mots d'amour.
Dis m'amour,
On s'aimera toujours…
Il sourit, puis il dit:
"Tu bouleverses ma vie."
C'est qu'il m'aime.
C'est bon d'être amoureux
Surtout quand on est deux
Et qu'on s'aime.
Je t'aime, tu m'aimes,
On s'aime…
Je l'aime, il m'aime
Et l'on s'aime…
Du matin jusqu'au soir
Et du soir au matin.

Je ne suis pas du tout
Aveuglée par l'amour.
Je vois objectivement
Le contre et puis le pour.
Vous voyez qu'honnêtement
Je ne suis pas de parti pris
Mais j'avoue franchement
'y en a pas deux comme lui…

Du matin jusqu'au soir
Et du soir au matin,
Moi, je l'aime.
Ce qu'il dit, ce qu'il fait,
Moi, je trouve ça parfait
Car je l'aime.
Dès le lever du jour
Ce sont des mots d'amour.
Dis m'amour,
On s'aimera toujours…
Il sourit puis il dit:
"Tu bouleverses ma vie."
C'est qu'il m'aime.
C'est bon d'être amoureux
Surtout quand on est deux
Et qu'on s'aime.
Je t'aime, tu m'aimes,
On s'aime.
Je l'aime, il m'aime
Et l'on s'aime
Du matin jusqu'au soir
Et du soir au matin…

Eden blues

Paroles et Musique: Georges Moustaki 1960

autres interprètes: Edith Piaf, Yvette Giraud

En descendant le fleuve argent
Qui roule jusqu'au Névada
On voit la plaine qui s'étend
A l'est de Santa Lucia
Les villes s'appellent Natividad,
San Miguel ou San Lorenzo
Les filles s'appellent Soledad
Les garçons gardent les troupeaux

C'est là que Jim a rencontré
Sur une route un soir de pluie
Catherine la fille d'un fermier
Et qu'ils s'aimèrent toute la nuit
Le soleil fait briller son or
Dans quelques rares flaques d'eau
Le cactus forme le décor
Le chardon couvre les coteaux

C'est là qu'Adam le sénateur
Est venu finir ses vieux jours
Puis il est mort d'un coup au cœur
On prétend que c'est du mal d'amour
Mais les fleurs couchées par le vent
Semblent prier pour son repos
La lune verse une larme d'argent
Sur la croix blanche du tombeau

En descendant le fleuve argent
Qui roule jusqu'au Névada
On voit la plaine qui s'étend
A l'est de Santa Lucia
Les villes s'appellent Natividad,
San Miguel ou San Lorenzo
Les filles s'appellent Soledad
Les garçons gardent les troupeaux

Elle a dit

Paroles: Edith Piaf. Musique: Gilbert Bécaud 1952

Elle a dit: "Tu sais, nous deux, c'est fini!
A quoi ça sert de s'accrocher?
Il faut savoir garder sa dignité,
Et puis… j'aime pas voir un homme pleurer…
Il vaut mieux qu'on se quitte bons amis,
Comprends, aide-moi, et souris…"
Alors il a fait comme elle demandait:
Devant elle, en partant, il chantait

Là-là-là…

Elle a dit: "Tu sais, nous deux, c'est fini!
A quoi ça sert de s'accrocher?
Il faut savoir garder sa dignité,
Et puis… j'aime pas voir un homme pleurer…"
Quand il s'est couché seul dans son grand lit,
Alors d'un coup, il a compris
Que ça serait plus dur qu'il ne pensait,
Et tout seul dans son lit, il pleurait…

Ah-ah-ah…

Il a dit: "J'peux pas croire que c'est fini!
Je sens que je vais m'accrocher…
C'est très beau de garder sa dignité
Et ça fait tellement de bien de pleurer.
Quand je pense au jour qui va se lever,
Aux choses qu'il me faudra cacher,
Je sens que j'pourrai jamais m'habituer…"
Pour finir dignement, il s'est…

Aaaah-aaaah-aaaah…
Tout seul il pleure dans l'éternité…

Elle fréquentait la rue Pigalle

Paroles: Raymond Asso. Musique: L.Maitrier 1939

Ell' fréquentait la rue Pigalle.
Ell' sentait l'vice à bon marché.
Elle était tout' noire de péchés
Avec un pauvr' visage tout pâle.
Pourtant, y avait dans l'fond d'ses yeux
Comm' quequ' chos' de miraculeux
Qui semblait mettre un peu d'ciel bleu
Dans celui tout sale de Pigalle.

Il lui avait dit: "Vous êt's belle."
Et d'habitud', dans c'quartier-là,
On dit jamais les chos's comm' ça
Aux fill's qui font l'mêm' métier qu'elle
Et comme ell' voulait s'confesser,
Il la couvrait tout' de baisers,
En lui disant: "Laiss' ton passé,
Moi, j'vois qu'un' chos', c'est qu' tu es belle."

Y a des imag's qui vous tracassent
Et, quand ell' sortait avec lui,
Depuis Barbès jusqu'à Clichy
Son passé lui f'sait la grimace
Et sur les trottoirs plein d'souv'nirs,
Ell' voyait son amour s'flétrir,
Alors, ell' lui d'manda d'partir,
Et il l'emm'na vers Montparnasse.

Ell' croyait r'commencer sa vie,
Mais c'est lui qui s'mit à changer.
Il la r'gardait tout étonné,
Disant: "J'te croyais plus jolie,
Ici, le jour t'éclair' de trop,
On voit tes vic's à fleur de peau.
Vaudrait p't'êtr' mieux qu' tu r'tourn's là-haut
Et qu'on reprenn' chacun sa vie."

Elle est r'tourné' dans son Pigalle.
Y a plus personn' pour la r'pêcher.
Elle a r'trouvée tous ses péchés,
Ses coins d'ombre et ses trottoirs sales
Mais quand ell' voit des amoureux
Qui r'mont'nt la rue d'un air joyeux,
Y a des larm's dans ses grands yeux bleus
Qui coul'nt le long d'ses jou's tout's pâles.

Embrasse-moi

Paroles: Jacques Prévert. Musique: Wal-Berg 1940

C'était dans un quartier de la ville Lumière
Où il fait toujours noir où il n'y a jamais d'air
Et l'hiver comme l'été là c'est toujours l'hiver
Elle était dans l'escalier
Lui à côté d'elle elle à côté de lui
C'était la nuit
Et elle lui disait
Ici il fait noir
Il n'y a pas d'air
L'hiver comme l'été c'est toujours l'hiver
Le soleil du bon Dieu ne brill' pas de notr' côté
Il a bien trop à faire dans les riches quartiers
Serre moi dans tes bras
Embrasse-moi
Embrasse-moi longtemps
Embrasse-moi
Plus tard il sera trop tard
Notre vie c'est maintenant
Ici on crèv' de tout
De chaud de froid
On gèle on étouffe
On n'a pas d'air
Si tu cessais de m'embrasser
Il m'semble que j'mourrais étouffée
T'as quinze ans j'ai quinze ans
A nous deux ça fait trente
A trente ans on n'est plus des enfants
On a bien le droit de travailler
On a bien celui de s'embrasser
Plus tard il sera trop tard
Notre vie c'est maintenant
Embrasse-moi

Emporte-moi

Paroles: Jacques Plante. Musique: Francis Lai 1962

A Paris, la nuit, Pigalle s'illumine.
Les clients des bars ont des mauvaises mines.
Sous les lampes crues,
Les sourires se fardent.
Dans un coin, éperdus,
Deux amants se regardent.

Emporte-moi bien loin, bien loin d'ici.
Emporte-moi là-bas, dans ton pays.
Arrache-moi de ce monde où je vis.
Emporte-moi bien loin, bien loin d'ici…

A Paris, la nuit, les cœurs vieillissent vite.
Sur le seuil des bars, des lèvres vous invitent.
Sous les lampes crues,
Des souvenirs grimacent.
Dans un coin, éperdus
Nos deux amants s'enlacent.

Emporte-moi bien loin, bien loin d'ici.
Emporte-moi là-bas, dans ton pays.
Arrache-moi de ce monde où je vis.
Emporte-moi bien loin, bien loin d'ici…

Au petit matin, le ciel devient tout rose.
Le quartier s'éteint, c'est l'heure où l'on arrose.
Au dernier bistrot,
Le patron fait la gueule.
Une femme au bar chantonne toute seule.

La-la-la…
Emporte-moi bien loin, bien loin d'ici…

Enfin le printemps

Paroles: René Rouzaud. Musique: Marguerite Monnot 1954

Vise, mon Jules,
Cette crapule
Qui nous tombe sur les bras.
Depuis le temps
Qu'on l'attend,
Comme une bombe, le voilà.
Le voilà, le printemps,
Tout fleuri de lilas
Qui rapplique en dansant,
En dansant la java.
Le voilà, ce voyou,
Au son d'l'accordéon
Qui court le guilledou
En poussant la chanson.
Entends comme ça chahute
Dans tous les palpitants.
L'hiver se tire des flûtes.
Enfin le printemps

Ne fais pas la tête.
Tu serais bien bête
De te faire du mouron
Quand sur toute la terre
Flotte un petit air
De révolution.
J'ai sorti pour toi
Ma robe de soie,
Mes colifichets
Pour dormir sur l'herbe
En écoutant tinter les muguets

Vise, mon Jules,
Cette crapule
Qui nous tombe sur les bras.
Depuis le temps
Qu'on l'attend
Comme une bombe, le voilà.
Le revoilà, le printemps
Tout fleuri de lilas
Qui rapplique en dansant,
En dansant la java.
Y a la foule dans les rues
Qui suit les orphéons,
Des épaules toutes nues
Et du monde au balcon.
C'est la fête aux poètes
Et je t'aime éperdument
Et ça tourne dans ma tête.
Enfin le printemps

J'ai le vertige dans tes yeux.
Je voltige dans du bleu.
Je vois double et c'est mieux.
Vise mon cœur tout là-haut
Qui fait du cerf-volant.
Rattrape-le si tu peux,
Mon amour, mon amour
Qui fout le camp…
Enfin le printemps!

Entre Saint-Ouen et Clignancourt

Paroles: M.Aubret. Musique: A.Sablon 1933

J'ai vendu des fleurs aux terrasses
Quand j'avais dix-sept ans
Mais la roue tourne, le temps passe:
J'ai du fric, à présent.
Eh bien! Malgré mon compte en banque,
Ma bagnole, mes bijoux,
Certains jours quelque chose me manque.
J'ai l'cafard tout à coup.

Entre Saint-Ouen et Clignancourt,
De temps en temps faut qu'j'fasse un tour
Sur la zone.
Je r'trouve alors tout mon passé,
Le ciel si doux, les durs pavés,
L'herbe jaune
Et, pataugeant dans les ruisseaux,
Des bandes de gosses moitié poulbots,
Moitié faunes,
L'odeur de frites et de lilas.
En frissonnant je r'trouve tout ça
Sur la zone.

A mon avis, les gens du monde
Ne sav'nt pas fair' l'amour.
Au moment critique ils abondent
En bobards, en discours,
Alors cell's qui, comm' moi, connaissent
C'que c'est qu'un mâle, un vrai,
Cell's 'là s'dis'nt: un mec, en vitesse
Et je me rattrap'rai.

Entre Saint-Ouen et Clignancourt,
De temps en temps faut qu'j'fasse un tour
Sur la zone.
On s'envoie chez le gros Léon,
Tandis que chant' l'accordéon,
Un vieux Beaune.
C'est le printemps et c'est le soir.
Calmes et forts, devant l'comptoir,
Des gars trônent
Et dans l'tas on n'a qu'à choisir
Pour apaiser tous les désirs
Sur la zone.

Quelquefois mêm' le cœur s'en mêle
Et pour entendre mieux,
La voix qui dit: "Môm' c'que t'es belle"
On ferme les deux yeux
Mais on n'vit d'amour et d'eau claire
Que dans certains romans,
Alors, bien vite, on s'fait la paire
Sans rêver plus longtemps.

Entre Saint-Ouen et Clignancourt
Je suis rev'nue hier faire un tour
Sur la zone.
Quel chang'ment alors j'ai trouvé:
On démolit de tous côtés.
Quel cyclone…
Plus d'bosquets, plus d'baraqu's en bois,
Plus d'ces chansons qu'étaient pour moi
Une aumône
Et devant mes souv'nirs détruits,
Tout' seul' j'ai pleuré dans la nuit
Sur la zone.

Escale

Paroles: Jean Marèze. Musique: Marguerite Monnot 1938

autres interprètes: Edith Piaf (1945), Colette Renard, Perrette Souplex

Le ciel est bleu, la mer est verte
Laisse un peu la fenêtre ouverte.

Le flot qui roule à l'horizon
Me fait penser à un garçon
Qui ne croyait ni Dieu ni diable.
Je l'ai rencontré vers le nord
Un soir d'escale sur un port
Dans un bastringue abominable

L'air sentait la sueur et l'alcool
Il ne portait pas de faux-col
Mais un douteux foulard de soie
En entrant je n'ai vu que lui
Et mon coeur en fut ébloui
De joie.

Le ciel est bleu, la mer est verte
Laisse un peu la fenêtre ouverte.

Il me prit la main sans un mot
Et m'entraîna hors du bistrot
Tout simplement d'un geste tendre
Ce n'était pas un compliqué
Il demeurait le long du quai
Je n'ai pas cherché à comprendre

Sa chambre donnait sur le port
Des marins saoûls chantaient dehors
Un bec de gaz d'un halo blême
Eclairait le triste réduit
Il m'écrasait tout contre lui
Je t'aime

Le ciel est bleu, la mer est verte
Laisse un peu la fenêtre ouverte.

Son baiser me brûle toujours
Est-ce là ce qu'on dit l'amour
Son bateau mouillait dans la rade
Chassant les rêves de la nuit
Au jour naissant il s'est enfui
pour rejoindre les camarades

Je l'ai vu monter sur le pont
Et si je ne sais pas son nom
Je connais celui du navire
Un navire qui s'est perdu
Quant aux marins nul n'en peut plus
Rien dire

Le ciel est bas, la mer est grise
Ferme la fenêtre à la brise.

Et ça gueule ça madame

Paroles: Edith Piaf. Musique: Gilbert Bécaud 1952

note: du film "Boum sur Paris"

{en duo avec Jacques Pills (son mari)}

C'est haut comme ça…
Non… J'exagère…
Mettons, comme ça…
Enfin… à peu près ça!
Ça paie pas d'mine,
Mais nom d'un chien!
Ça tient d'la place
Ce bout de rien…

{Refrain:}

Et ça gueule, ça, madame
On n'entend qu'elle, dans la maison
Y a pas, faut qu'elle se cherche des raisons
De ça, elle en fait tout un drame!
Et ça gueule, ça, madame
Elle me dit de toute sa hauteur:
"Faudrait pas croire que tu m'fais peur!"
Elle est crispée, elle tape du pied!
Elle sort ses griffes, elle ouvre ses yeux
Ça bouge, ça crie, c'est tout furieux
J'ai envie de la prendre dans mes bras
Et de la serrer tout contre moi…
Mais… ça gueule, ça, madame!
Moi, ça me fait rire, mais en dedans,
D'abord, je suis un gentleman,
Et c'est plus prudent!

2 – Pour la calmer, je cherche un truc
Je me dis, voyons…
Je vais lui donner raison!
Et je lui dis: "Eh ben! C'est moi qui ai tort!"
"Ah! tu l'avoues! " qu'elle dit.
Alors… tut-tut-tut…

{Refrain:}

Et ça re-gueule, ça, madame
Même quand tout valse dans la maison
Y a pas, faut qu'elle cherche des raisons
De ça, elle en fait tout un drame
Et ça gueule, ça, madame!
Elle m'arrive là, juste à mon cœur,
Alors, des fois, pour lui faire peur,
Je serre les poings, je lève la main…
Elle a regard tellement surpris
Qu'on dirait que ses yeux sont punis!
Alors, bien sûr, j'ouvre les bras
Et elle se jette tout contre moi.
Et ça pleure, ça, madame
On cherche partout un grand mouchoir
Pour y cacher son désespoir
Qui fait peine à voir…
Je la console et je la mouche
Un peu après j'embrasse sa bouche
Je la reprends tout contre moi
Et je l'enferme dans mes bras…
Elle se fait petite, petite…
Mais alors, toute petite…
Pour un peu, ça dirait "pardon"…
Oh! Mais c'est pas fier, ça, madame!
C'est tout de même une satisfaction
Lui faire admettre qu'elle a tort
Et que je suis l'plus fort…
"JACQUES!!! Tu viens, oui?!…"

Et moi

Paroles et Musique: Michel Emer 1953

Je ne savais pas prier.
Je n'avais pas la manière.
Si quelquefois, je l'ai fait,
C'était lorsque j'avais faim.
Maintenant, chaque matin,
Je fais la même prière.
Donnez-moi aujourd'hui
Son amour quotidien.
Les arbres ne peuvent pas vivre sans la pluie.
Les fleurs ne peuvent éclore dans la nuit.
Sans eau, les poissons d'or ne respireraient plus
Et moi… sans toi je suis perdue…
Sans brise, le voilier ne pourrait jamais avancer.
Sans la musique, personne ne pourrait plus danser.
Sans le soleil, les oiseaux ne chanteraient plus
Et moi… sans toi je suis perdue…

Je n'ai ni foi ni loi.
Quand tu es loin de moi,
Tout est sombre et sans joie,
…Sans toi…
Sans toi, tout semble amer.
La terre est un enfer.
Tu m'es plus nécessaire que l'air.
Les blés, pour se dorer, ont besoin de lumière.
Dieu, pour être adoré, a besoin de mystères.
Le cœur des hommes, sans amour, ne battrait plus
Et moi… sans toi je suis perdue…
Le cœur des hommes, sans amour, ne battrait plus
Et moi… sans toi, je suis perdue…

Et pourtant

Paroles: Pierre Brasseur. Musique: Michel Emer 1956

Je t'aime…
Tu m'aimes…
Bonheur…
Nos cœurs…
Et pourtant…
Il y aura toujours un pauvre chien perdu,
Quelque part, qui m'empêchera d'être heureuse.
Il y aura toujours, dans un journal du soir,
Une gosse de vingt ans qui meurt de désespoir.

Voyages…
Mirages…
Heureux…
Nous deux…
Et pourtant…
Il y aura toujours, seul devant l'océan,
Une femme en noir qui pleure et qui attend.
Il y aura toujours un petit garçon pas riche
Qui rêvera des îles devant une belle affiche.

Caresse…
Ivresse…
Tes bras…
Prends-moi…
Et pourtant…
Il y aura toujours une lettre anonyme
Qui viendra salir le bonheur des amants.
Il y aura toujours dans la chambre à côté
Un silence de mort après les cris d'amour.

Je t'aime…
Tu m'aimes…
Bonheur…
Nos cœurs…
Et pourtant…
Il y aura toujours un pauvre chien perdu,
Quelque part, qui m'empêchera d'être heureuse…

Exodus

Paroles: P.Boone, Fr: Eddy Marnay. Musique: Ernest Gold 1961

autres interprètes: Les Classels

note: du film d'Otto Preminger "Exodus"

Ils sont partis dans un soleil d'hiver
Ils sont partis courir la mer
Pour effacer la peur, pour écraser la peur
Que la vie a clouée au fond du cœur
Ils sont partis en croyant aux moissons
Du vieux pays de leurs chansons
Le cœur chantant d'espoir
Le cœur hurlant d'espoir
Ils ont repris le chemin de leur mémoire

Ils ont pleuré les larmes de la mer
Ils ont versé tant de prières:
"Délivrez-nous, nos frères!
Délivrez-nous, nos frères!"
Que leurs frères les ont tirés vers la lumière
Ils sont là-bas dans un pays nouveau
Qui flotte au mât de leur bateau
Le cœur brisé d'amour
Le cœur perdu d'amour
Ils ont retrouvé la terre de l'amour.
Ah! Ah! Ah!
Ah! Ah! Ah! Ah!
Ah! Ah! Ah! Ah! Ah!
Ah! Ah! Ah! Ah! Ah! Ah! Ah! Ah!

Fais comme si

Paroles: Michel Rivgauche, musique: Marguerite Monnot, enr. 23 mai 1958

Fais comme si, mon amour,
Fais comme si on s'aimait,
Rien qu'un jour, rien qu'un jour,
L'amour c'était vrai…
Fais comme si, mon amour,
Fais comme si on pouvait,
Mon amour, mon amour,
S'aimer à tout jamais…
Fais comme si…

En fermant mes bras, mes bras sur moi,
Je m'évade un peu
Et, croyant que je suis dans tes bras,
Je rêve à tes yeux…

Fais comme si, mon amour,
Fais comme si on s'aimait,
Et qu'un jour, rien qu'un jour,
L'amour c'était vrai…
Fais comme si, mon amour,
Fais comme si on pouvait,
Mon amour, mon amour,
S'aimer à tout jamais…
Fais comme si…

Fais-moi valser…

Paroles: Telly. Musique: Ch.Borel-Clerc 1935

Le jazz reprend pour nous sa valse d'amour.
Pourtant, du beau roman, c'est le dernier jour.
J'ai mal, mais devant toi, je n'ose pas pleurer,
Puisque tout est fini, avant de nous quitter:

{Refrain:}

Fais-moi valser une dernière fois.
Serre-moi tout près de toi.
Dis-moi tout bas de jolis mots d'amour,
Les mêmes qu'au premier jour.
Berce-moi doucement comme un oiseau blessé.
Dans tes bras, un instant, je veux encor rêver.
Comme un reflet de mon bonheur passé,
Mon amour, fais-moi valser.

Sur terre; tu sais bien, je n'avais que toi!
Tu veux déjà partir… Je ne comprends pourquoi…
Chéri, elle attendra… Je l'ai fait si souvent…
Va-t'en vers ton bonheur, si tu veux… mais avant:

{Refrain}

Malgré que mon tourment pour toi, compte peu…
Je n'ai qu'un seul désir… que tu sois heureux!
Je vivrai désormais avec ton souvenir…
Adieu mon bel ami… mais avant de partir:

{Refrain}

Fallait-il

Paroles: Michel Vaucaire. Musique: Charles Dumont 1962

Pour partir de chez moi,
Pour partir de chez toi,
Pour laisser tout tomber
Sans regarder derrière soi,
Fallait-il, fallait-il,
Fallait-il que l'on s'aime…
Fallait-il en avoir,
De l'amour, toi et moi…

Pour chaque fois se quitter
Sur un mot maladroit,
Pour chaque fois le regretter
Et chaque fois recommencer,
Fallait-il, fallait-il,
Fallait-il que l'on s'aime…
Fallait-il en avoir,
De l'amour, toi et moi…

Pour s'aimer aussi mal,
Aussi mal qu'on s'aimait,
Pour se faire autant de mal,
Autant de mal qu'on s'est fait,
Fallait-il, fallait-il,
Fallait-il que l'on s'aime…
Fallait-il en avoir,
De l'amour, toi et moi…
Pour n'avoir jamais pu
Etre heureuse…
Etre heureuse après toi…

Faut pas qu'il se figure

Paroles: Michel Rivgauche. Musique: Georges Moustaki 1961

Faut pas qu'il se figure
Que je vais me jeter dans ses bras
Sitôt qu'il va venir vers moi
Et lui crier: "Je suis à toi.".
Faut pas qu'il se figure
Que je vais rester médusée
Sitôt qu'il va me regarder
Pour essayer de m'impressionner.
Faut pas qu'il se figure
Que moi je n'attendais que lui
Pour lui avouer tout épanouie:
"Tu est mon ciel, tu es ma vie…"
Faut pas qu'il se figure
Qu'il fera toujours ce qu'il voudra,
Qu'il a gagné quand il est là
Et qu' j' suis perdue s'il n'est pas là…
…Mais qu'est-ce qu'il fait, il est en retard!
V'là l'ascenceur… premier… deuxième… troisième… quatrième…
Et s'il v'nait pas?…
Non! Ça j' crois pas!
Mais qu'est-ce qu'il fait? Trois heures et quart!…
Ah! L'ascenceur… premier… deuxième… troisième…
Ça y est…On va sonner…
On a sonné… Il a sonné… Tu as sonné…
Enfin! Je savais bien…

Faut pas qu'il s'aperçoive
Que soudain, depuis qu'il est là,
Je sens que je lutte contre moi
Pour pas me jeter entre ses bras.
Faut pas qu'il s'aperçoive
Que j' fais semblant de plaisanter
Et que je n'ose pas le regarder
Parce que mon cœur va éclater.
Faut pas qu'il s'aperçoive
Que j' suis heureuse à en mourir
Et que je sais plus d'vant son sourire
Si j' dois pleurer ou si j' dois rire.
Faut pas qu'il s'aperçoive
Que je ferai toujours ce qu'il voudra,
Que j' suis perdue s'il n'est pas là
Faut pas… Faut pas… Faut pas…
Oh! Mon amour!
…Si tu savais…

Heureuse

Paroles: René Rouzaud. Musique: Marguerite Monnot 1953

Heureuse comme tout,
Heureuse malgré tout,
Heureuse, heureuse, heureuse…
Il le faut!
Je le veux!
Mon amour, pour nous deux…

Heureuse d'avoir
Enfin une part
De ciel, d'amour, de joie.
Dans tes yeux,
Dans tes bras,
Heureuse comme tout,
Heureuse n'importe où
Par toi!

Le meilleur et le pire, nous le partageons.
C'est ce qu'on appelle s'aimer pour de bon,
Mais pour moi, désormais le pire
Serait de perdre le meilleur,
D'être là près de toi
Et d'en pleurer de joie.

Heureuse comme tout,
Heureuse malgré tout,
Heureuse, heureuse, heureuse…
Il le faut!
Je le veux!
Mon amour, pour nous deux…

Heureuse demain
De tout et de rien,
Pourvu que tu sois là.
Tu verras, tu verras…
Heureuse comme tout,
Heureuse jusqu'au bout
Pour toi…

Il a chanté

Paroles: C.Didier. Musique: Marguerite Monnot 1948

Il est venu pour la moisson.
C'était un fort et beau garçon
Aux yeux câlins, aux lèvres dures.
Tout en moissonnant, il chantait
Et, dans sa voix, l'on entendait
Toutes les voix de la nature.
Il a chanté le clair printemps,
Les oiseaux, les prés éclatants,
Les taillis verts, les fleurs nouvelles.
Le soir, pour les gens rassemblés,
Il a dit la chanson des blés
Dans la fausse courbe des Javelles.

Il a chanté.
Les moissonneurs l'ont écouté
Et la maîtresse aussi l'écoute.
Il a chanté
Puis il a dit: "A ma santé!
Et demain, je reprends la route"
Quand tout dormait, vers la minuit,
Comme il allait partir sans bruit,
La femme du maître est venue,
Toute pâle et le cœur battant
Et belle de désir pourtant
Et sous sa mante presque nue.
Elle a dit: "C'est toi que j'attends,
Depuis des jours, depuis des ans.
Qu'importe une existence brève.
Reste auprès de moi jusqu'au jour…
Chante-moi la chanson d'amour
Et que je vive enfin mon rêve!"

Il a chanté.
Les yeux clos, elle a écouté
Sa douce voix qui la prend toute.
Il a chanté
L'amour, la mort, la volupté
Et, tous deux, ils ont pris la route.

Ils sont partis le lendemain.
Elle a connu l'âpre chemin,
La faim, le travail, la tristesse
Car son amant, vite lassé,
Sans un regret pour le passé,
A caressé d'autres maîtresses.
N'en pouvant plus d'avoir souffert,
Après des nuits, des jours d'enfer
Elle a dit, la pauvre amoureuse:
"Bien-aimé, n'aie point de remords.
Chante-moi la chanson des morts…
Et laisse-moi, je suis heureuse… "

Il a chanté.
Les yeux clos, elle a écouté
Le grand frisson qui la brûlait toute.
Il a chanté.
Dans un soupir, elle a passé
Et puis il a repris la route…

Il fait bon t'aimer

Paroles: Jacques Plante. Musique: Norbert Glanzberg 1950

Un jour que j'avais du chagrin,
Tu l'as fait voler en éclats.
Prenant mes larmes dans tes mains,
T'as dit: "T'es trop belle pour ces bijoux-là!"
Pour toi, j'ai appris à sourire
Et, dès ce jour là, j'ai compris
Qu'on puisse avoir peur de mourir
Quand on connait déjà le paradis…

Il fait si bon t'aimer.
T'as l'air d'être fait pour ça,
Pour être blotti, les yeux fermés,
La tête au creux de mes bras.
Ta lèvre appelle si fort mes baisers.
Je n'ai pas besoin d' me forcer.
J' n'ai qu'à m' laisser bercer
Et tout devient léger.
Il fait si bon t'aimer.

Auprès de toi je n'ai plus peur.
Je me sens trop bien, à l'abri.
T'as fermé la porte au malheur.
Il n'entrera plus, t'es plus fort que lui
Et quand, par les rues, je m'en vais,
Je porte ma voix dans les yeux,
Comme si tes baisers me suivaient
Et que les gens se retournaient sur eux.

Il fait si bon t'aimer.
T'as l'air d'être fait pour ça,
Pour être blotti, les yeux fermés,
La tête au creux de mes bras.
Ta lèvre appelle si fort mes baisers.
Je n'ai pas besoin d' me forcer.
J' n'ai qu'à m' laisser bercer
Et tout devient léger.
Il fait si bon t'aimer.

Il fait des…

Paroles: Edith Piaf. Musique: Edward Chekler 1946

autres interprètes: Yves Montand (1953)

Habits sans style
Visage hostile
Toujours ailleurs
Les yeux rêveurs,
La voix austère
Ne parlant guère,
Les gens disaient
Il n'est pas gai…

Oui, mais… mais… mais…mais…
Dès qu'il entend la musique
On dirait un hystérique
Il fait des… la la la la
La la la la, la la la la
La la la la, la la la la
Et puis des… oh!
La la la la la la la la
La la la la souvent des… oh!
Willy, Willy, Willy, Willy,
Willy, Willy, Willy, Willy,
Willy, Willy, Willy, Willy,
Wi…
Rarement des…
Plaisir d'amour ne dure qu'un moment
Non, lui, c' qu'il lui faut, c'est des…
Hé dy, hé dy, hé dy, hé dé dy, oh

Intellectuel,
Industriel,
Il est tout ça
Mais ne l' dit pas,
Les mots d'amour
Et les toujours
Ça, ça l'endort
Autre chose encore!

Dès qu'on lui joue du classique
Il devient mélancolique
Il fait des… oh!
Et puis des… beh!
Souvent des… oui… oui… oui…
Rarement des… ah! ah! ah!
Non, lui, c' qu'il lui faut, c'est des…
Hé dy, hé dy, hé dy, hé dé dy, oh

Il n'est pas distingué

Paroles: M.Hély. Musique: Paul Maye 1936

Zidor qu'on s'arrache à la ronde,
C'est un titi sans instruction
Mais qui fait fureur dans le grand monde.
C'est un as de l'accordéon.
Entre deux javas populaires,
Les marquises, les baronnes, s'inquiètent tour à tour
De ses idées particulières,
Ses pensées sur la femme et ses vues sur l'amour.
Zidor n'emploie pas les mots sophistiqués
Mais leur dit: "J'vais vous expliquer:
L'amour c'est rudement compliqué.
Y a rien comme les gonzesses
Pour vous l'faire rechiquer.
Un coup d'chance, on a fabriqué
Un rancart et l'on a l'palpitant culbuté.
Moi, j'ai les pieds plats pour douiller
Et quand une poule se gourre
Que j'vas les envoyer…
J'y refile en poire "Va te laver".
J'renkiff mon benard et j'resbigne en louss'dé."
Il n'est pas distingué…
Quelqu'un lui d'mande: "Pardon si j'ose
Solliciter un autre avis.
Vous amusâtes-vous la même chose
Avec Topaze qu'avec Fanny?
Vous réjouissez-vous davantage
Avec Paganini qu'avec Nina Rosa?"
"Ah bah!" fait Zidor "C'est dommage
Mais j'vous jure que j'connais pas toutes ces gonzesses-là."
Quand il s'aperçut qu'il avait détonné,
Il reprit sans plus s'extasier:
"L'théatre c'est bon pour les nichés.
L'musical c'est pas mal, mais j'préfère le ciné.
J'aime mieux voir la bouille à Bouboule
Qu'une vieille poule qui s'écroule
Et qu'y faut faire étayer.
J'regrette pas mes trois larantquès,
Quand j'vois Liliane Harvey et Garat s'embrasser
Et l'soir j'm'endors dans mon pucier
En rêvant que Marlène m'a pris comme régulier."
Il n'est pas distingué!

Sur le gâchis diplomatique,
On daigne l'interviewer aussi
Mais Zidor devient pathétique
Quand Hitler est sur le tapis.
Quelqu'un fait: "C'est l'type spécifique
D'l'historien désaxé au faciès hilarant,
Mégalomane pathologique, indiscutablement,
Un rétro déficient… "
Au premier abord ça paraît compliqué
Mais Zidor vient tout expliquer:
"D'abord y a qu'à pas s'dégonfler.
Moi, Hitler, j'l'ai dans l'blerre
Et j'peux pas le renifler.
Les nazis ont l'air d'oublier
Qu'c'est nous, dans la bagarre,
Qu'on les a dérouillés…
Moi si j'le poissais à jacter,
J'y ferais: Marr' de bobards.
Y faut les envoyer.
Si t'es nazi, va t'faire piquoûzer
Et pis j'y balancerais ma godasse dans l'fouign'dé."
Il n'est pas distingué.

Il pleut

Il pleut.
Les pépins, tristes compagnons,
Comme d'immenses champignons,
Sortent un par un des maisons.
Il pleut
Et toute la ville est mouillée.
Les maisons se sont enrhumées.
Les gouttières ont la goutte au nez.
Il pleut.
Comme dirigés par un appel,
Les oiseaux désertent le ciel.
Nuages et loups,
Les fenêtres, une larme à l'œil
Semblent toutes porter le deuil
Des beaux jours.
Il pleut
Et l'on entend des clapotis.
La ville n'a plus d'harmonie.
Solitaires, les rues s'ennuient.
Il pleut…

J'écoute,
Quand s'égoutte
La pluie qui me dégoûte
Sur les chemins des routes
Et, partout alentour,
Les gouttes
Qui s'en foutent
Ne savent pas sans doute
Que mon cœur en déroute
A perdu son amour…

Il pleut.
Les pépins, tristes compagnons,
Comme d'immenses champignons,
Sortent un par un des maisons.
Il pleut
Et toute la ville est mouillée.
Les maisons se sont enrhumées.
Les gouttières ont la goutte au nez.
Il pleut.
La nature est chargée d'ennui.
Là-haut, tout est vêtu de gris.
Le ciel est boudeur.
Le nez aplati au carreau,
J'attends, laissant couler le flot de mes pleurs.
Il pleur.

Dans mon cœur aux rêves perdus,
Sur mon amour comme dans la rue
Et sur mes peines sans issue,
Il pleut…

Il y avait

Paroles: Charles Aznavour. Musique: Charles Aznavour, Pierre Roche 1950

Il y avait un garçon qui vivait simplement,
Travaillant dans le faubourg.
Il y avait une fille qui rêvait simplement
En attendant l'amour.
Il y avait le printemps,
Le printemps des romans
Qui passait en chantant
Et cherchait deux cœurs troublants
Pour prêter ses serments
Et en faire des amants.

Il y a eu un moment merveilleux,
Lorsque leurs regards se sont unis.
Il y a eu ces instants délicieux
Où, sans rien dire, ils se son compris.
Il y a eu le destin
Qui a poussé le gamin
A lui prendre la main.
Il y a eu la chaleur,
La chaleur du bonheur
Qui leur montait au cœur.

Il y avait cette chambre meublée
Aux fenêtres donnants sur la cour.
Il y avait ce couple qui s'aimait
Et leurs phrases parlaient de toujours.
Il y avait le gamin
Qui promenait sa main
Dans les cheveux de lin
De la fille aux yeux rêveurs
Tandis que dans leur cœur
S'installait le bonheur.

Il y a eu ces deux corps éperdus
De bonheur, de joies sans pareils.
Il y a eu tous les rêves perdus
Qui remplaçaient leurs nuits sans sommeil.
Il y a eu le moment
Où, soudain, le printemps
A repris ses serments.
Il y a eu le bonheur
Qui s'est enfui en pleurs
D'avoir brisé deux cœurs.

Il y avait un garçon qui vivait simplement,
Travaillant dans le faubourg.
Il y avait une fille qui pleurait en songeant
A son premier amour.
Il y avait le destin
Qui marchait son chemin
Sans s'occuper de rien.
Tant qu'il y aura des amants,
Il y aura des serments qui ne dureront qu'un printemps…

Inconnu, excepté de Dieu

Paroles: Louis Amade. Musique: Charles Dumont 1962

autres interprètes: Charles Dumont (1962)

L'inscription d'une croix ancienne
Près d'un champs de blé merveilleux
M'arrêta… Je lis à grand peine:

"Inconnu, excepté de Dieu."

Quel destin, à vrai dire immense,
Repose sous ce granit bleu
Parmi le blés qui se balancent?

"Inconnu, excepté de Dieu."

Est-ce un enfant ou est-ce un homme
Pour qui la mort fit, c'est tant mieux,
De mettre un carré de royaume?

"Inconnu, excepté de Dieu."

A-t-il souffert, fut-il coupable?
A-t-il fait pleurer de beaux yeux?
Fut-il tragédie ou bien fable?

"Inconnu, excepté de Dieu."

A-t-il la pluie comme village
Et le vent d'hiver pour chef-lieu,
Le soleil pour grand équipage?

"Inconnu, excepté de Dieu."

J'ai pris par la voie charretière
Un chemin de grands amoureux.
J'étais inondé de lumière.

"Inconnu, excepté de Dieu."

J' m'en fous pas mal

Paroles et Musique: Michel Emer 1946

Je suis née, Passage de la Bonne Graine.
J'en ai pris d' la graine, et pour longtemps
J' travaille comme un chien toute la semaine
J' vous jure que l' patron, il est content
Mes amies se sont mises en colère:
"C'est pas bien malin, c' que tu fais là…
Faut c' qu'y faut, mais toi, tu exagères,
Tu verras qu'un jour, tu le regretteras…"

J' m'en fous pas mal.
Y peut m'arriver n'importe quoi,
J' m'en fous pas mal.
J'ai mon dimanche qui est à moi.
C'est p't'êt' banal,
Mais ce que les gens pensent de vous,
Ça m'est égal!
J' m'en fous!
Il y a les bords de la Seine.
Il y a l'avenue de l'Opéra.
Il y a le Bois de Vincennes.
Quel beau dimanche on a là
Et puis, y a l' bal
Qui vous flanque des frissons partout.
' y a des étoiles
Qui sont plus belles que les bijoux.
' y a les beaux mâles
Qui vous embrassent dans le cou.
L' reste, après tout,
J' m'en fous!

Ce fut par un de ces beaux dimanches
Que, tous deux, l'on se mit à danser.
De grands yeux noirs, de longues mains blanches,
Alors, j' me suis laissée embrasser.
Mes amies se sont mises en colère:
"C' type-lâ, c'est connu, il a pas d' cœur.
C'est un va-nu-pieds, un traîne-misère.
Y t'en fra voir de toutes les couleurs…"

J' m'en fous pas mal.
Il peut m'arriver n'importe quoi,
J' m'en fous pas mal.
J'ai mon amant qui est à moi.
C'est p't'êt' banal
Mais ce que les gens pensent de vous,
Ça m'est égal!
J' m'en fous!

Il y a ses bras qui m'enlacent.
Il y a son corps doux et chaud.
Il y a sa bouche qui m'embrasse.
Ha, mon amant, c' qu'il est beau!
Et puis ' y a l' bal.
Quand je suis dans ses bras, c'est fou.
J' me trouverais mal.
Quand il m' dit: "Viens! Rentrons chez nous!"
Ah l'animal!
Avec lui, j'irais n'importe où.
L' reste après tout,
J' m'en fous!

J'ai vécu des heures si jolies
Quand il me tenait entre ses bras.
J' n'aurais jamais cru que, dans la vie,
On puisse être heureuse à ce point-là
Mais un jour où tout n'était que rires,
Un jour de printemps rempli de joie,
Il s'en est allé sans rien me dire,
Sans même m'embrasser une dernière fois…

J' m'en fous pas mal.
' y peut m'arriver n'importe quoi,
J' m'en fous pas mal.
J'ai mon passé qui est à moi.
C'est p't'êt' banal
Mais ce que les gens pensent de vous,
Ça m'est égal.
J' m'en fous!
Les souvenirs qui m'enlacent
Chantent au fond de mon cœur
Et tous les coins où je passe
Me rappellent mon bonheur,
Et puis ' y a l' bal.
Je danse, et je ferme les yeux.
Je crois que c'est encore nous deux.
Parfois, j'ai mal.
J'ai mon cœur qui frappe à grands coups.
Ça m'est égal.
J' m'en fous!…

J'ai dansé avec l'amour

Paroles: Edith Piaf. Musique: M. Monnot 1941

{Refrain:}

J'ai dansé avec l'amour.
J'ai fait des tours et des tours.
Ce fut un soir merveilleux.
Je ne voyais que ses yeux si bleus,
Ses cheveux couleur de blond.
Lui et moi, que c'était bon.
L'amour avait dans ses yeux
Tant d'amour, tant d'amour,
Tant d'amour, d'amour.

Lui et moi contre lui,
Au-dessus la nuit,
Tournent dans le bruit.
Moi, n'osant pas parler,
Le corps bousculé,
J'étais admirée.
Lui, la musique et lui.
Partout l'amour, partout la fièvre
Et nos corps frissonnants.
Moi, la musique et moi.
Partout ses yeux, partout ses lèvres
Et puis mon cœur hurlant.

{Refrain}

J'ai qu'à l'regarder…

Paroles: Edith Piaf. Musique: A.Siniavine 1943

Il a plutôt la gueule gentille.
Y s'laisse aimer tout comm' les filles
Puis y vous r'garde en rigolant,
Alors, bien sûr, c'est désarmant.
Y vous donne rendez-vous un jour.
S'il y v'nait, ça s'rait trop facile.
On attend comme un imbécile.
Il est vraiment fait pour l'amour.

{Refrain:}

J'ai qu'à l'regarder,
J'ai envie d'chanter,
D'courir dans les champs
Avec le printemps,
De chanter pour moi,
De crier ma joie.
Dès que j'l'aperçois,
Y m'regard' comm' ça
Puis y m'dit tout bas:
"Viens, on va s'aimer."
J'ose plus respirer.
C'que c'est bon d'l'aimer.
Tra la la la…

Ça s'ra ma dernière aventure,
Oh! mon Dieu, pourvu qu'elle dure.
Si j'devais plus l'revoir un jour,
Je serais dégoûtée d'l'amour.
Il a tant d'femm's autour de lui
Qui rôd'nt autour des ses épaules…
Alors j'suis là, j'm'accroche à lui.
Y a vraiment qu'lui qui trouv' ça drôle.

{Refrain}

J'en ai tant vu

Paroles: René Rouzaud. Musique: Michel Emer 1963

Quand je colle le nez à la portière,
Je vois passer ma vie entière
Au fil de mes peines, de mes joies
Et j'en vois beaucoup, croyez-moi
Mais pour toujours recommencer,
Faut croire que j'en ai pas vu assez…

J'en ai tant vu, tant vu, tant vu.
Dans ma tête, 'y avait la cohue
Et je me disais "On ne m'aura plus."
J'en ai trop vu, trop vu, trop vu,
Oui mais, à chaque fois,
Je remettais ça
Et bien entendu
Je me trouvais encore de la revue.
J'en ai trop fait, trop fait, trop fait,
De la corde raide sans filet,
Mais, aussitôt que je comprenais,
Que je me disais "T'en as trop fait!",
On me tendait l'échelle,
Alors, de plus belle,
Je montais encore…
Pour me retrouver dans le décor.
J'en ai trop cru, trop cru, trop cru,
Des boniments de coin de rue.
On m'en a dit, tant dit, tant dit,
Des "Je t'adore", des "Pour la vie".
Tout ça pourquoi, tout ça pour qui?

Je croyais que j'avais tout vu,
Tout fait, tout dit, tout entendu
Et je me disais "On ne m'aura plus."
Et mais c'est alors qu'il est venu
Et depuis que je l'ai vu,
C'est vrai, je marche plus,
Oui, mais je cours, je cours ma chance,
Je cours vers la vie qui commence,
Je ne marche plus, je cours, je cours,
Je cours, je cours, je cours, je cours,
Je cours, je cours, je cours, je cours,
Je cours, je cours…

J'entends la sirène

Paroles: Raymond Asso. Musique: Marguerite Monnot 1936

J'entends encore la sirène
Du beau navire tout blanc
Qui, voilà bien des semaines,
Va des Iles sous le Vent
Lorsqu'à la marée montante
Il entra dans le vieux port
Je riais, j'étais contente
Et mon cœur battait très fort.

Le vent chantait sur la dune
Et jouait avec la mer
Où se reflétait la lune.
Dans le ciel, tout était clair.
Le premier qui vint à terre
Fut un jeune moussaillon,
Le deuxième, un vieux grand-père,
Puis un homme à trois galons.
Donnez-moi, ô capitaine,
Du beau navire tout blanc
Qui venait des mers lointaines,
Un beau marin pour amant.
Je l'attendrai sur la dune,
Là-bas, tout près de la mer.
Au ciel brillera la lune.
Dans mon cœur tout sera clair.
Il est venu, magnifique,
Avec une flamme… en Dieu,
Venant des lointains tropiques,
Savait des mots merveilleux,
Me piqua toute une bague,
Me jura d'éternels serments
Que se répétaient les vagues
En clapotant doucement.
Nous étions seuls sur la dune.
Le vent caressait la mer.
Dans le ciel riait la lune
Et lui mordait dans ma chair.
Il partit sur son navire,
Son beau navire tout blanc
Et partit sans me le dire,
Un soir, au soleil couchant.

J'entends toujours la sirène
Du bateau qui l'emporta.
Sa voix hurla, inhumaine,
"Tu ne le reverras pas!"
Et, depuis lors, sous la lune,
Je vais écouter le vent
Qui vient le soir, sous la dune,
Me parler de mon amant.

J'suis mordue

Paroles: L. Carol, R. Delamare. Musique: J. Lenoir 1936

Quand les copines parlent de mon p'tit homme,
Disent: "Ah! c'qu'il est laid!
Il est tatoué, ridé comme une vieille pomme.
Il n'a rien qui plaît."
C'que je me bidonne avec toutes leurs salades,
Bobards à la noix.
Qu'est-ce que je peux rendre aux reines de la panade
Qui bêchent mon p'tit roi?
S'il est simple, s'il a l'air d'un fauché.
En douce, comment qu'il vous fait guincher.

Avec sa face blême,
Son col café-crème,
Quand il me dit "je t'aime",
J'suis mordue!
Ses grandes patoches blanches,
Son corps qui se déhanche,
C'est Dandy la planche:
J'suis mordue!
C'lui qui l'connait pas le prend pour un bon apôtre.
Il sait si bien faire meilleur que les autres.
Si je lui fais un 'vanne
Avec ses tatanes,
Oh! comment qu'il me dépanne:
J'suis mordue!

Si on lui demande: "Qu'est-ce que tu fais dans la vie?"
Il répond froidement:
"Je suis chômeur, j'mange mes économies."
C'est navrant, vraiment,
Puis il exhibe sa carte de chômage
Et s'plaît d'ajouter:
"Ça m'sert en plus 'près d'certains personnages
D'carte d'identité."
Puis sortant sa photo, il s'écrie
"Ah y a rien de mieux à l'anthropométrie!"

Avec sa face blême,
Son col café-crème,
Quand il me dit "je t'aime",
J'suis mordue!
Toujours y m'resquille.
Il me prend pour une bille
Mais j'suis une bonne fille.
J'suis mordue!
Au billard russe, chaque soir, il s'exerce.
"Faut bien", dit-il, "faire marcher le commerce."
Il peut tout me faire.
C'est là mon affaire.
Il n'y a rien à faire… J'suis mordue!

Quand je serai vieille, il me plaquera, j'en suis sûre,
A moins qu'il claque avant moi, ça me rassure!
Ah, c'est un phénomène.
J'suis faite comme une reine,
Mais dès qu'il s'amène,
J'suis mordue!

Je m'imagine

Paroles: Nita Raya. Musique: Marguerite Monnot 1960

Je m'imagine ton enfance
Avec tes grands yeux étonnés.
Oh comme j'envie ceux que la chance
A fait grandir à tes côtés.
J'aurais tant voulu te connaître
Depuis des années, des années.
Tu serais devenu mon maître,
Moi, ton esclave passionnée.
J'aurais aimé vivre dans l'ombre,
Au moindre souffle intervenir
Pour éclairer tes heures sombres,
Faire partie de tes souvenirs…
Mais parle-moi de ta jeunesse
Que je veux suivre pas à pas,
Dans tes plaisirs, dans tes tristesses,
Dans tes soucis et dans tes joies.
Si tu savais comme je veux boire
Les mots de ta bouche adorée.
Tu me raconterais des histoires
Sans jamais vouloir t'arrêter.

Tu m'as dit que ta vie commence
Depuis que tu m'as rencontrée
Et que jamais tu ne repenses
Aux événements de ton passé…

Répète encore pour moi ces choses
Qui pénètrent au fond de mon cœur.
Ah, mon amour, redis ces choses,
Ces choses qui ressemblent au bonheur.
Est-ce vrai que là, dans la tête
Rien d'autre ne te fait envie
Et que jamais tu ne regrettes
D'être mon homme pour la vie?

Je me souviens d'une chanson

Paroles: Félix Marten. Musique: J.-P. Moulin 1958

Je me souviens d'une chanson,
D'une chanson quand on s'aimait.
Elle disait, cette chanson,
Des mots d'amour.
Je me souviens d'une chanson,
D'une pauvre chanson d'amour
Qui m'a fait pleurer, pleurer
Quand on s'aimait…

Une guitare a réveillé
Une chanson presqu' endormie.
Tu reviens, tu me fais rêver,
Chanson d'amour en Italie.
Douce guitare, tendre mémoire,
Raconte-moi la vieille histoire,
Belle comme l'amour
Au premier jour,
Comme un cœur
Au premier bonheur.

Je me souviens d'une chanson,
D'une chanson quand on s'aimait.
Elle disait, cette chanson,
Des mots d'amour.
Je me souviens d'une chanson,
D'une pauvre chanson d'amour
Qui m'a fait pleurer, pleurer
Quand on s'aimait…

Je n'en connais pas la fin

Paroles: Raymond Asso. Musique: Marguerite Monnot 1939

Depuis quelque temps l'on fredonne,
Dans mon quartier, une chanson,
La musique en est monotone
Et les paroles sans façon.
Ce n'est qu'une chanson dus rues
Dont on ne connaît pas l'auteur.
Depuis que je l'ai entendue,
Elle chante et danse dans mon cœur

{Refrain:}

Ha ha ha ha,
Ô mon amour,
Ha ha ha ha,
A toi toujours,
Ha ha ha ha,
Dans tes grands yeux,
Ha ha ha ha,
Rien que nous deux

Avec des mots naïfs et tendres,
Elle raconte un grand amour
Mais il m'a bien semblé comprendre
Que la femme souffrait un jour.
Si l'amant fut méchant pour elle,
Je veux en ignorer la fin
Et, pour que ma chanson soit belle,
Je me contente du refrain

{au Refrain}

Ils s'aimeront toute la vie.
Pour bien s'aimer, ce n'est pas long.
Que cette histoire est donc jolie.
Qu'elle est donc belle, ma chanson.
Il en est de plus poétiques,
Je le sais bien, oui, mais voilà,
Pour moi, c'est la plus magnifique,
Car ma chanson ne finit pas

{au Refrain}

Je sais comment

Paroles: Julien Bouquet. Musique: Robert Chauvigny, Julien Bouquet 1959

Ecoute-moi, mon ami.
Aimes-tu la liberté?
Voudrais-tu t'enfuir d'ici?
Aimerais-tu t'évader?
Veux-tu revivre à la vie,
Marcher sans chaînes à tes pieds?
Oh, réponds-moi, mon ami,
Aimerais-tu t'évader?

Je sais comment…
Comment scier tous ces barreaux
Qui sont là en guise de rideaux.
Je sais comment…
Comment faire sauter les verrous
Entre la liberté et nous.
Je sais comment…
Comment faire tomber en poussière
Ce mur énorme d'énormes pierres.
Je sais commment…
Comment de sortir de ce cachot
Fermé comme l'est un tombeau.
Je sais comment revoir les fleurs
Sous un ciel bleu.
Je sais comment avoir le cœur
Libre et heureux…

Tu ne dis rien, mon ami,
Mais tu as au fond des yeux
Plus de rêves que d'envie
Pour voir ce coin de ciel bleu.
Tu crois que je t'ai menti,
Que je n'ai pas de secret.
Pourtant, tes yeux l'ont compris
C'est eux qui sont dans le vrai…

Je sais comment…
Comment faire tourner sur ses gonds
La porte en fer de la prison.
Je sais comment…
Comment faire voler en éclats
Les boulets qui gênent nos pas.
Je sais comment…
Comment briser de nos mains nues
Toutes ses entraves sans être vus.
Je sais comment…
Comment sortir de ce cachot
Sans risquer d'y laisser la peau.
Je sais comment revoir les fleurs
Sous un ciel bleu.
Je sais comment avoir le cœur
Libre et heureux… Dors!…

Je suis à toi

Paroles et Musique: Julien Bouquet 1960

Un matin le printemps est sorti
De son lit pour aller faire la vie
Et pour repeindre en bleu tout le gris
Qui traînait sur les murs de Paris.
Du gris, il y en avait dans ma vie,
Mais ce jour-là, mais ce jour-là,
D'un seul coup, tout fut repeint en bleu,
Le ciel et les yeux des amoureux.
Du coup, pour le Pont-Neuf et la Seine,
Ce fut l'heure pour eux d'entrer en scène.
Sur ce pont, nous nous sommes croisés.
Moi, ce jour là j'allais tout droit,
Droit devant moi, vers je ne sais quoi…
Rappelle-toi…

Des jonquilles, 'y en a eu par milliers.
On savait où aller les chercher.
Qu'ils sont chauds, les prés au mois de mai.
Qu'ils sont hauts, les blés au temps d'aimer.
Qu'ils sont beaux, les mots que tu disais:
"Je suis à toi… Je suis à toi."
Ces mots-là, on ne s'en lasse jamais.
Ils sont faits, semble-t-il, pour durer.
J'aimais t'entendre les murmurer,
D'autant plus que pour moi ils semblaient vrais.
Pour moi-même, ne t'ai-je pas crié:
"Je suis à toi… Je suis à toi
Mais garde-moi et serre-moi tout contre toi…"

Un matin, l'été a fichu le camp
En laissant en souvenir du printemps
Des feuilles qui virevoltent au vent
D'un automne qui ne prend pas de gants
Pour venir me dire à bout portant:
"Je suis à toi…"
Aujourd'hui, les beaux jours sont sortis.
C'est fini, ils ont quitté Paris.
L'hiver va revenir mettre en gris
Tout le bleu que notre amour y avait mis.
Du gris, mon Dieu, qu'y en a dans ma vie.
Je suis à toi… Je suis à toi…
Mais reviens-moi comme autrefois…
…Je suis à toi…

Je t'ai dans la peau

Paroles: Jacques Pills. Musique: Gilbert Bécaud 1952

note: du film "Boum sur Paris"

Toi…
Toujours toi…
Rien que toi…
Partout toi…
Toi… toi… toi…
Toi…

Je t'ai dans la peau,
'y a rien à faire.
Obstinément, tu es là.
J'ai beau chercher à m'en défaire,
Tu es toujours près de moi.
Je t'ai dans la peau,
'y a rien à faire.
Tu es partout sur mon corps.
J'ai froid, j'ai chaud.
Je sens la fièvre sur ma peau.

Après tout, je m'en fous de ce qu'on peut penser.
Je n'peux pas m'empêcher de crier.
Tu es tout pour moi, j' suis intoxiquée
Et je t'aime, je t'aime à en crever.

Je t'ai dans la peau,
'y a rien à faire.
Obstinément, tu es là.
J'ai beau chercher à m'en défaire,
Tu es toujours près de moi.
Je t'ai dans la peau,
'y a rien à faire.
Tu es partout sur mon corps.
J'ai froid, j'ai chaud.
Je sens tes lèvres sur ma peau.

'y a rien à faire, j' t'ai dans la peau…

Jean et Martine

Paroles et Musique: Michel Emer 1953

Jean le routier roule sur la route.
Il y a les arbres, il y a les champs,
La pluie qui tombe à grosses gouttes,
'y a les virages, il y a le vent.
Il y a le froid et le soleil.
Il y a le jour, il y a la nuit
Et la fatigue, et le sommeil
Et les quinze tonnes, ça fait du bruit
…Mais il y a aussi à la maison
Sa petite Martine et sa chanson.

"Jean va rentrer de sa tournée",
Chante Martine dans sa cuisine.
"Il sera sûrement fatigué,
Il aura sa pauvre petite mine
Mais je pourrai le regarder
Et l'embrasser pendant qu'il dîne
Et le soigner, le cajoler
Et me serrer sur sa poitrine.
Plus tard quand il s'endormira
Moi, je serai dans ses bras…"

Il y a du brouillard à sa fenêtre.
Martine attend… On a sonné
C'est un monsieur avec une lettre.
Il a l'air sombre et ennuyé.
" La Compagnie… Condoléances…
Un accident… Faut signer là…
Il y a les obsèques et l'assurance…"
Pourtant Martine ne comprend pas
Ce n'est pas vrai… Elle n'y croit pas.
Dans cinq minutes il sera là…

"…Jean va rentrer de sa tournée",
Chante Martine dans sa cuisine.
"Il sera sûrement fatigué
Il aura sa pauvre petite mine.
…Je vais le soigner, le cajoler…
Et me serrer sur sa poitrine
Plus tard quand il s'endormira…
Non! Non! NON!…

Jean… Jean…
Oh! Jean!"

Jean l'Espagnol

Paroles et Musique: Georges Moustaki 1958

Sur le chemin de Notre-Dame
Il y avait Jean l'Espagnol
Qui allait pour sauver son âme
Offrir un cierge à la Madone
Jean l'Espagnol n'aurait pas dû
Voler la corde du pendu

Madame la Vierge Marie
Si j'ai volé, si j'ai menti
Pardonnez-moi je vous en prie
J'ai déjà tant et tant souffert
M'envoyez pas en enfer

Sur le chemin y avait une fille
Qui s'en allait tout doucement
C'est fou ce que le soleil brille
Sur une bague de diamants
Jean l'Espagnol, t'aurais pas dû
Toucher aux choses défendues

Madame la Vierge Marie
Si j'ai volé, si j'ai menti
Pardonnez-moi je vous en prie
J'ai déjà tant et tant souffert
M'envoyez pas en enfer

Sur le chemin de Notre-Dame
Il y avait Jean l'Espagnol
Qui marchait entre deux gendarmes
Les fers aux pieds, le chanvre au col
Toi l'Espagnol, t'aurais pas dû
C'est toi qui feras le pendu

Madame la Vierge Marie
Si j'ai volé, si j'ai menti
Pardonnez-moi je vous en prie
Mais si le ciel est ouvert
M'envoyez pas en enfer

Jérusalem

Paroles: M. Chabrier, musique: Jo Moutet, enr. 24 novembre 1960

Seul…
Dans le désert et brûlé par le soleil
De Jérusalem, de Jérusalem
Seul…
Un homme en blanc, au loin, assiste au réveil
De Jérusalem, de Jérusalem.

Dans Ses yeux, il y a bonté du monde.
Dans Son cœur, il y a tout l'amour du monde.
Dans Ses mains, il y a la magie du monde.
Tout l'univers est là grâce à Lui dans ce désert.

Et l'Homme seul,
Transfiguré, va, guidé par l'oiseau blanc
Vers Jérusalem, vers Jérusalem,
Là…
Il marche parmi les soldats et les gens
De Jérusalem, de Jérusalem

Dans les yeux, il y a la misère du monde.
Dans les cœurs, il y a la douleur du monde.
Dans leurs mains, il y a la colère du monde
Mais l'Homme en blanc sourit,
le regard posé sur eux.

Le tambour bat
Pour announcer que s'accomplit le destin
De Jérusalem, de Jérusalem
Car…
Un homme est tombé sur les pierres du chemin
De Jérusalem, de Jérusalem.

Dans Ses yeux, il y a le pardon du monde.
De Son cœur, se répand tout l'amour du monde.
De Ses mains, a surgi la Lumière du monde.
C'est un soleil nouveau qui renaît dans le soleil…

De Jérusalem…
De Jérusalem…

Jezebel

Paroles: Charles Aznavour. Musique: W. Shanklin 1951

autres interprètes: Les Chaussettes Noires (1963)

Jezebel… Jezebel…
Ce démon qui brûlait mon cœur
Cet ange qui séchait mes pleurs
C'était toi, Jezebel, c'était toi.
Ces larmes transpercées de joie,
Jezebel, c'était toi… Jezebel, c'était toi…

Mais l'amour s'est anéanti.
Tout s'est écroulé sur ma vie,
Écrasant, piétinant, emportant mon cœur,
Jezebel… Mais pour toi,
Je ferais le tour de la terre,
J'irais jusqu'au fond des enfers.
Où es-tu? Jezebel, où es-tu?

Les souvenirs que l'on croit fanés
Sont des êtres vivants
Avec des yeux de morts vibrants encore de passé
Mais mon cœur est crevé d'obsession.
Il bat en répétant
Tout au fond de moi-même
Ce mot que j'aime,
Ton nom…
Jezebel… Jezebel…

Mais l'amour s'est anéanti.
Tout s'est écroulé sur ma vie,
Écrasant, piétinant, emportant mon cœur
Jezebel… Mais pour toi,
Je ferais le tour de la terre,
J'irais jusqu'au fond des enfers
En criant sans répit,
Jour et nuit,
Jezebel… Jezebel…
JEZEBEL…

Jimmy c'est lui

Paroles: Kamke. Musique: Walberg 1942

Le ciel est blanc blanc
Et déserte l'immensité blanche
De neige blanche.
Comme un point noir noir noir,
Seul, erre, minuscule,
Un nègre vêtu de noir
Et qui titube
Et se lamente.

Jimmy mon ami,
D'où es-tu, oh oh oh.
Tu es perdu, Jimmy.
Tu es perdu, salaud.
Le grand Jimmy gémit oh oh.
La poudre blanche t'a brûlé les yeux Jimmy.
T'as peur, maintenant.
Jimmy, tu te sauveras.
Tout n'est que brouillard,
Ah mais là-bas, tiens, tu vois,
Tu vois près de toi,
Ah ah, s'approchant,
Le soleil, les palmiers,
L'oasis Takana.

Jimmy, mon ami,
Tu chantes oh oh oh.
Tu es heureux, Jimmy.
Tu es dans ton pays.
Soleil oh oh te brûle Jimmy.
Le délire est dans ton cerveau.
Le noir est blanc vêtu de blanc
Et la neige met sa robe blanche
Comme la balance.
Dans ce désert, désert,
Seul, perdu, minuscule,
Le nègre tout recouvert.
Plus de murmure
Mais l'écho chante.

Jimmy, mon ami,
Où es-tu oh oh?
Tu t'es perdu, Jimmy.
Tu t'es perdu, salaud.
Le vent, salaud,
Le vent, oh oh,
La poudre blanche t'a fermé les yeux, Jimmy.
Tu dors maintenant.
Jimmy, qui te sauvera?
Tout n'est que brouillard,
Ah mais là-bas, tiens, tu vois,
Tu vois près de toi,
Ah ah, s'approchant,
Ton soleil, les palmiers,
L'oasis Takana.

Jimmy, mon ami,
Tu n'es plus ooh ooh.
Tout est fini, Jimmy.
Le monde t'a trahi.
Le monde, salaud, te laisse crever.
Tu n'as plus qu'à foutre le camp
Là-haut.

Johnny, tu n'es pas un ange

Paroles: Francis Lemarque. Musique: Les Paul 1953

autres interprètes: Catherine Sauvage (1954), Philippe-Gérard (1956), Anny Gould, Vaya Con Dios (1988), Les Croquants (2004)

Johnny, tu n'es pas un ange.
Ne crois pas que ça m'dérange.
Jour et nuit, je pense à toi.
Toi, te souviens-tu de moi
Qu'au moment où ça t'arrange?
Et quand revient le matin,
Tu t'endors sur mon chagrin.
Johnny, tu n'es pas un ange!

Johnny! Johnny!
Si tu étais plus galant,
Johnny! Johnny!
Je t'aimerais toujours autant.

Johnny, tu n'es pas un ange.
Ne crois que pas que ça m'dérange.
Si tu me réveilles la nuit,
C'est pour dire que tu t'ennuies,
Que tu veux une vie de rechange
Mais, quand revient le matin,
Tu t'endors sur mon chagrin.
Johnny, tu n'es pas un ange!

Johnny! Johnny!
Si tu étais plus galant,
Johnny! Johnny!
Je t'aimerais tout autant.

Johnny, tu n'es pas un ange.
Entre nous, qu'est-ce que ça change?
L'homme saura toujours trouver
Toutes les femmes du monde entier
Pour lui chanter ses louanges.
Dès qu'il en sera lassé,
Elles seront vite oubliées.
Vraiment, vous n'êtes pas des anges.

Johnny! Johnny!
Depuis que le monde est né,
Johnny! Johnny!
Il faut tout vous pardonner.

Ahhh! Johnny!…

Kiosque à journaux

L'Humanité! Le Figaro! France-soir!
Les travailleurs ont le droit de savoir?
Carreaux, lorets, phosphate, rio, dicto,
La princesse portait un nouveau chapeau,
Zizi place dix-sept, gagnant vingt-deux…

Venez chercher les mots,
Puisqu'il vous faut des mots,
Et puis soyez heureux…

On précisait hier dans les couloirs
Que l'Eminence grise serait pas noire.
La France bat la Pologne par trois-zéro
Grâce à Lopez, Kobarsky et Aszlo.
La Princesse va faire couper ses cheveux.

Venez chercher des mots,
Puisqu'il vous faut des mots,
Et puis soyez heureux…

Eclaircie passagère et temps couvert.
Trois pièces: cuisine, moquette, très bonne affaire
Et la poitrine sera plus haute au printemps.
Mon linge a vraiment la blancheur du blanc.
Ma foi, ce sera un événement heureux…

Venez chercher des mots,
Puisqu'il vous faut des mots,
Et puis soyez heureux…

L'accordéoniste

Paroles et Musique: Michel Emer 1942

autres interprètes: Chimène Badi (2005)

La fille de joie est belle
Au coin de la rue là-bas
Elle a une clientèle
Qui lui remplit son bas
Quand son boulot s'achève
Elle s'en va à son tour
Chercher un peu de rêve
Dans un bal du faubourg
Son homme est un artiste
C'est un drôle de petit gars
Un accordéoniste
Qui sait jouer la java

Elle écoute la java
Mais elle ne la danse pas
Elle ne regarde même pas la piste
Et ses yeux amoureux
Suivent le jeu nerveux
Et les doigts secs et longs de l'artiste
Ça lui rentre dans la peau
Par le bas, par le haut
Elle a envie de chanter
C'est physique
Tout son être est tendu
Son souffle est suspendu
C'est une vraie tordue de la musique

La fille de joie est triste
Au coin de la rue là-bas
Son accordéoniste
Il est parti soldat
Quand y reviendra de la guerre
Ils prendront une maison
Elle sera la caissière
Et lui, sera le patron
Que la vie sera belle
Ils seront de vrais pachas
Et tous les soirs pour elle
Il jouera la java

Elle écoute la java
Qu'elle fredonne tout bas
Elle revoit son accordéoniste
Et ses yeux amoureux
Suivent le jeu nerveux
Et les doigts secs et longs de l'artiste
Ça lui rentre dans la peau
Par le bas, par le haut
Elle a envie de chanter
C'est physique
Tout son être est tendu
Son souffle est suspendu
C'est une vraie tordue de la musique

La fille de joie est seule
Au coin de la rue là-bas
Les filles qui font la gueule
Les hommes n'en veulent pas
Et tant pis si elle crève
Son homme ne reviendra plus
Adieux tous les beaux rêves
Sa vie, elle est foutue
Pourtant ses jambes tristes
L'emmènent au boui-boui
Où y a un autre artiste
Qui joue toute la nuit

Elle écoute la java…
… elle entend la java
… elle a fermé les yeux
… et les doigts secs et nerveux…
Ça lui rentre dans la peau
Par le bas, par le haut
Elle a envie de gueuler
C'est physique
Alors pour oublier
Elle s'est mise à danser, à tourner
Au son de la musique…


ARRÊTEZ!

Arrêtez la musique!…

L'effet qu'tu m'fais

Paroles: Edith Piaf. Musique: Marc Heyral 1953

Y a des gens qui savent exprimer
La grandeur de leurs sentiments.
Moi je n'ai aucune facilité.
C'est une question d' tempérament.

Je n' peux pas dire l'effet qu' tu m' fais,
Mais vrai: tu m' fais un drôle d'effet.
Ça commence là, ça passe par là,
Ça continue, et ça s'en va…
Je m'demande où, ça je n' sais pas.
Mais ça revient, et ça remet ça.
Il n'y a qu'un remède pour calmer ça,
C'est quand tu me prends dans tes bras.

T'as dans ta main ma ligne de chance
Et dans tes yeux, mes jours heureux.
On peut bien dire que l'existence
A des moments si merveilleux
Que je m' demande si l' paradis,
Quoi qu'on en dise, est mieux qu'ici.
Si j' pouvais dire l'effet qu' tu m' fais,
Mais vrai: tu m' fais un drôle d'effet.

Si tu veux savoir mon impression,
Notre amour c'est comme un peu d' blanc.
C'est beau l' blanc, mais c'est salissant,
Aussi j'y fais très attention.

Je n' peux pas dire l'effet qu' tu m' fais,
Mais vrai: tu m' fais un drôle d'effet.
Ça commence là, ça passe par là,
Ça continue, et ça s'en va…
Je m' demande où, ça je n' sais pas
Mais ça revient, et ça remet ça.
Il n'y a qu'un remède pour calmer ça,
C'est quand tu me prends dans tes bras.

Crois-tu vraiment qu'on a d' la chance
De nous aimer et d'être heureux?
Y a tant de gens dans l'existence
Qui voudraient bien être amoureux.
T'as des façons de m' regarder.
Vraiment, t'as pas besoin d' parler
Et si j' te fais l'effet qu' tu m' fais,
Ben vrai, on s' fait un drôle d'effet…

L'escale

Le ciel est bleu, la mer est verte
Laisse un peu la f'nêtre ouverte

Le flot qui roule à l'horizon
Me fait penser à un garçon
Qui ne croyait ni Dieu ni Diable
Je l'ai rencontré vers le nord
Un soir d'escale sur un port
Dans un bastringue abominable

L'air sentait la sueur et l'alcool
Il ne portait pas de faux-col
Mais un douteux foulard de soie
En entrant, je n'ai vu que lui
Et mon coeur en fut ébloui de joie

Le ciel est bleu, la mer est verte
Laisse un peu la f'nêtre ouverte

Il me prit la main sans un mot
Il m'entraîna hors du bistrot
Tout simplement d'un geste tendre
Ce n'était pas un compliqué
Il demeurait le long du quai
Je n'ai pas cherché à comprendre

Sa chambre donnait sur le port
Des marins soûls chantaient dehors
Un bec de gaz, un halo blême
Eclairait le triste réduit
Qu'il m'écrasait tout contre lui!
Je t'aime

Le ciel est bleu, la mer est verte
Oh laisse un peu la f'nêtre ouverte!

Son baiser me brûle toujours
Est-ce là ce qu'on dit l'amour
Son bateau mouillait dans la rade
Chassant les ombres de la nuit
Au jour naissant il s'est enfui
Pour rejoindre ses camarades

Je l'ai vu monter sur le pont
Et si je ne sais pas son nom
Je connais celui du navire
Un navire qui s'est perdu
Quant au marin
Nul n'en peut plus rien dire

Le ciel est bas, la mer est grise
Ferme la f'nêtre à la brise

L'étranger

Il avait un air très doux,
Des yeux rêveurs un peu fous
Aux lueurs étranges.
Comme bien des gars du Nord,
Dans ses cheveux un peu d'or,
Un sourire d'ange.
J'allais passer sans le voir
Mais quand il m'a dit bonsoir
D'une voix chantante,
J'ai compris que, ce soir-là,
Malgré la pluie et le froid,
Je serais contente.
Il avait un regard très doux.
Il venait de je ne sais où.

D'où viens-tu? Quel est ton nom?
Le navire est ma maison.
La mer mon village.
Mon nom, nul ne le saura.
Je suis simplement un gars
Ardent à l'ouvrage
Et si j'ai le cœur trop lourd,
Donne-moi donc un peu d'amour,
Espoir de caresses.
Et moi, fille au cœur blasé,
J'ai senti, sous ses baisers,
Une ardente ivresse.
Il avait un regard très doux
Il venait de je ne sais où.

Simplement, sans boniments,
J'aimais mon nouvel amant,
Mon époux d'une heure.
Comme bien des malheureux,
Il croyait lire en mes yeux
La femme qu'on pleure
Et, follement, j'espérais
Qu'au matin, il me dirait
Suis-moi je t'emmène.
J'aurais dit oui, je le sens,
Mais il a fui, me laissant
Rivée à ma chaîne.
Il avait un regard très doux.
Il venait de je ne sais où.

J'ai rêvé de l'étranger
Et, le cœur tout dérangé
Par les cigarettes,
Par l'alcool et le cafard,
Son souvenir chaque soir
M'a tourné la tête
Mais on dit que, près du port,
On a repêché le corps
D'un gars de marine
Qui, par l'amour délaissé,
Ne trouva pour le bercer
Que la mer câline.
Il avait un regard très doux.
Il s'en allait je ne sais où.

L'homme à la moto

Paroles: Jean Dréjac. Musique: Mike Stoller amp; Jerry Leiber 1955

Titre original: "Black denim trousers and motorcycle Boots"

autres interprètes: Juliette (1991), Fanny (1991)

note: Adaptation française du titre de "The Cheers" (1955).

{Refrain:}

Il portait des culottes, des bottes de moto
Un blouson de cuir noir avec un aigle sur le dos
Sa moto qui partait comme un boulet de canon
Semait la terreur dans toute la région.

Jamais il ne se coiffait, jamais il ne se lavait
Les ongles pleins de cambouis mais sur les biceps il avait
Un tatouage avec un cœur bleu sur la peau blême
Et juste à l'intérieur, on lisait: "Maman je t'aime"
Il avait une petite amie du nom de Marie-Lou
On la prenait en pitié, une enfant de son âge
Car tout le monde savait bien qu'il aimait entre tout
Sa chienne de moto bien davantage…

{au Refrain}

Marie-Lou la pauvre fille l'implora, le supplia
Dit: "Ne pars pas ce soir, je vais pleurer si tu t'en vas…"
Mais les mots furent perdus, ses larmes pareillement
Dans le bruit de la machine et du tuyau d'échappement
Il bondit comme un diable avec des flammes dans les yeux
Au passage à niveau, ce fut comme un éclair de feu
Contre une locomotive qui filait vers le midi
Et quand on débarrassa les débris…

On trouva sa culotte, ses bottes de moto
Son blouson de cuir noir avec un aigle sur le dos
Mais plus rien de la moto et plus rien de ce démon
Qui semait la terreur dans toute la région…

L'homme au piano

Paroles: JC Darnal. Musique: H.Henning, Terington 1954

Demandez à l'homme au piano,
Au piano, au piano,
De frapper à coups de marteau,
Coups de marteau, coups de marteau.
Qu'il frappe à tire larigot,
Larigot, juste ou faux.
J'sais qu'ses doigts ne sont pas en bois,
Mais, quand il les cassera,
On les fera remplacer…
Le principal, c'est qu'il joue
Comme une machine à sous,
Jusqu'au bout, sans arrêt…

P't'être que ton cœur entendra
Un peu de tout ce fracas
Et qu'alors tu comprendras
Que le piano joue pour toi.
Je dois chasser comme je peux
Le fantôme silencieux.
Si le bonhomme fait du bruit,
C'est que moi je lui crie
De frapper comme un sourd.
Ça ne sonnera jamais plus faux
Que la chanson des mots
Qui parlaient de notre amour…

Demandez à l'homme au piano,
Au piano, au piano,
De frapper à coups de marteau,
Coups de marteau, coups de marteau
Pour casser dans mon cerveau
Mon amour en morceaux.
Même s'il ne lui reste plus qu'un doigt,
Qu'il tape avec les bras,
Après tout, moi j' m'en fous:
Le principal, c'est qu'il joue,
Comme une machine à sous,
Jusqu'au bout, jusqu'au bout…

Demandez à l'homme au piano
Au piano, au piano…
…au piano…

L'homme de Berlin

Paroles: Michèle Vendôme. Musique: Francis Laï 1963

Sous le ciel crasseux qui pleurait d'ennui,
Sous la petite pluie qui tombait sur lui,
Lui… l'homme de Berlin…
Dans le vieux faubourg, au milieu de la nuit,
Il se tenait là. Je n'ai vu que lui,
Lui… l'homme de Berlin…
Etrangère à Berlin, où je venais d'arriver,
Quand on n'attend plus rien,
Quand on veut tout changer,
Berlin vaut bien Berlin.
Moi, il m'en faut peu pour croire, dans la vie,
Que tout peut changer, et pourquoi pas lui?…
Lui… l'homme de Berlin.
J' me voyais déjà l'aimer pour la vie.
J' recommençais tout, c'était avec lui.
Lui… l'homme de Berlin…

Ne me parlez pas de hasard,
De ciel, ni de fatalité,
De prochains retours, ni d'espoir,
De destin, ni d'éternité.
Ne me parlez pas de Berlin
Puisque Berlin n'est rien pour moi.
Ne me parlez pas de Berlin,
Même si Berlin, c'est tout pour moi.

Sous le ciel crasseux qui pleurait d'ennui,
Sous la petite pluie qui tombait sur lui,
Lui… l'homme de Berlin…
J' l'ai pris pour l'amour, c'était un passant,
Une éternité de quelques instants,
Lui… l'homme de Berlin,
Car lui, l'homme de Berlin, cherchait aussi l'oubli.
Il est parti trop loin
Car, pour user sa vie,
Il n'y a pas que Berlin.
Dans chaque visage, je ne vois que lui
Et, dans chaque nuit, je dors avec lui,
Lui… l'homme de Berlin
Sous quel ciel crasseux, passe-t-il sa vie
Et dans quel Berlin traîne-t-il sa vie,
Lui… l'homme de Berlin?

Mais y a pas qu'un homme dans ce foutu pays!…
Ici ou ailleurs…
Il n'y a pas que lui…
Il n'y a pas que lui…
Il n'y a pas que lui…
Il n'y a pas que lui…
Il n'y a pas que lui…
Y a pas que lui… que lui… que lui…

L'homme des bars

Paroles: Edith Piaf. Musique: Marguerite Monnot 1941

note: du film "Montmartre sur Seine"

Dans un bar,
Au comptoir,
On peut apercevoir
Un garçon aux yeux couleur de suie.
Il boit sans s'arrêter.
Il boit pour oublier
Un mauvais tour que lui a joué la vie.
Quand je viens près de lui,
Tristement, il sourit
Et, doucement, me dit:
"On s'est aimé pendant un an, foll'ment
Et puis on s'est quitté comm' ça… bêtement."

Le cafard,
Le brouillard,
Sont aussi au comptoir
Pour pouvoir lui tenir compagnie
Et, quand vient le matin,
Il emmène son chagrin.
C'est vraiment son seul copain dans la vie.
Puis, quand revient le soir,
On le voit au comptoir
Racontant son histoire:
"On s'est aimé pendant un an, foll'ment
Et puis on s'est quitté comm' ça, bêtement."

Au comptoir,
Un beau soir,
On vient d'apercevoir
Un fille aux yeux couleur de vie.
Ell' vient de s'approcher,
Ell' vient de lui parler,
Elle a une voix tendre, elle est jolie
Et c'est un autre amour
Qui revient pour toujours.
Ils partent dans le jour.
Ils s'aimeront toute la vie, foll'ment.
Foll'ment.

L'homme que j'aimerai

Paroles: Marcel Achard. Musique: Marguerite Monnot 1951

L'homme que j'aimerai,
'y a si longtemps que je l'aime.
Lorsque je l'aurai,
J' vous jure que j' le garderai,
Du moins, j'essaierai…
Les hommes sont tous les mêmes.
En tout cas, nous deux,
Nous essaierons d'être heureux…
L'homme que j'aimerai,
Je n' l'ai vu que dans mes rêves.
Déjà l'douze avril.
Mon amour, quand viendra-t-il?

Il a de blanches mains immenses
Qui ne vous caressent qu'après
Un cœur de quatorze juillet,
Plein de pétards et de romance,
De petits vins blancs et de danse,
Un cœur qui est fait pour s'y blottir
Si grand qu' j'en pourrais pas sortir.

L'homme que j'aimerai,
'y a si longtemps que je l'aime.
Quand il me verra,
Sûr qu'il me reconnaîtra.
Il murmurera:
"Tu es bien toujours la même…"
Alors, tous les deux,
Nous serons peut-être heureux…
Mais quand je l'aurai,
Cet amoureux dont je rêve,
Je ne penserai
Qu'au jour où je le perdrai…
L'homme que j'aimerai…

L'hymne à l'Amour

Paroles: Edith Piaf. Musique: Marguerite Monnot 1949

autres interprètes: Armand Mestral, Michel Chaineaud, Marcel Merkès, Mireille Mathieu, Johnny Hallyday, Georgette Lemaire

Le ciel bleu sur nous peut s'effondrer
Et la terre peut bien s'écrouler
Peu m'importe si tu m'aimes
Je me fous du monde entier
Tant qu'l'amour inond'ra mes matins
Tant que mon corps frémira sous tes mains
Peu m'importent les problèmes
Mon amour puisque tu m'aimes

J'irais jusqu'au bout du monde
Je me ferais teindre en blonde
Si tu me le demandais
J'irais décrocher la lune
J'irais voler la fortune
Si tu me le demandais

Je renierais ma patrie
Je renierais mes amis
Si tu me le demandais
On peut bien rire de moi
Je ferais n'importe quoi
Si tu me le demandais

Si un jour la vie t'arrache à moi
Si tu meurs que tu sois loin de moi
Peu m'importe si tu m'aimes
Car moi je mourrai aussi
Nous aurons pour nous l'éternité
Dans le bleu de toute l'immensité
Dans le ciel plus de problèmes
Mon amour crois-tu qu'on s'aime
Dieu réunit ceux qui s'aiment

L'orgue des amoureux

Paroles: Francis Carco. Musique: Varel amp; Bailly 1949

autres interprètes: Mouloudji (1959)

Un vieil orgue de Barbarie
Est venu jouer l'autre jour
Sous ma fenêtre, dans la cour
Une ancienne chanson d'amour
Et pour que rien, rien ne varie,
Amour rimait avec toujours.
En écoutant cette romance
Qui me rappelait le passé,
Je crus que j'en avais assez
Mais comme hélas, tout recommence,
Tout hélas a recommencé,
Tout hélas a recommencé.

Je t'ai donné mon cœur.
Je t'ai donné ma vie
Et mon âme ravie,
Malgré ton air moqueur,
Reprenons tous en chœur,
Est à toi pour la vie.

C'est pourtant vrai, lorsque j'y pense,
Que je l'aimais éperduement
Et que jamais aucun amant
Ne m'a causé plus de tourments,
Mais voilà bien ma récompense
D'avoir pu croire en ses serments.
Il a suffi d'une aventure
Plus banale en vérité
Pour qu'un beau soir, sans hésiter,
Il obéit à sa nature.
Je ne l'avais pas mérité.
Je ne l'avais pas mérité.

Je t'ai donné mon cœur.
Je t'ai donné ma vie
Et mon âme ravie,
Malgré ton air moqueur,
Reprenons tous en chœur,
Est à toi pour la vie.

Que pouvons-nous contre nous-mêmes?
Chacun de nous suit son chemin.
C'est le sort de tous les humains
Mais ceux qui vont main dans la main
En se disant tout bas "je t'aime"
Devraient songer aux lendemains
Sur une triste ritournelle
Dont l'écho s'est vite envolé.
L'orgue à la fin s'en est allé
Et, pardonnant à l'infidèle,
J'ai chanté pour me consoler,
J'ai chanté pour me consoler.

Je t'ai donné mon cœur.
Je t'ai donné ma vie
Et mon âme ravie,
Malgré ton air moqueur,
Reprenons tous en chœur,
Est à toi pour la vie.
Je t'ai donné mon cœur, je t'ai donné ma vie…

La belle histoire d'amour

Paroles: Edith Piaf. Musique: Charles Dumont 1960

Quand un homme vient vers moi,
Je vais toujours vers lui.
Je vais vers je-ne-sais-quoi.
Je marche dans la nuit.
Je cherche à t'oublier
Et c'est plus fort que moi:
Je me fais déchirer.
Je n'appartiens qu'à toi…

Je n'oublierai jamais
Nous deux, comme on s'aimait
Toutes les nuits, tous les jours,
…La belle histoire d'amour…
…La belle histoire d'amour…
Pourquoi m'as-tu laissée?
Je suis seule à pleurer,
Toute seule à chercher…
Un jour où j'attendais,
J'ai longtemps attendu.
J'espérais… J'espérais…
Tu n'es pas revenu.
Je me suis révoltée.
Je me suis résignée.
J'ai crié, j'ai pleuré,
J'ai nié, j'ai prié…

Je n'oublierai jamais
Nous deux, comme on s'aimait
Toutes les nuits, tous les jours.
…La belle histoire d'amour…
…La belle histoire d'amour…
Pourquoi m'as-tu laissée?
Je suis seule à pleurer,
Toute seule à chercher…

Quand un homme me plaît,
J'fais des comparaisons.
Je n'arrive jamais
A lui donner raison.
C'est ta voix que j'entends.
C'est tes yeux que je vois.
C'est ta main que j'attends.
Je n'appartiens qu'à toi…

Je n'oublierai jamais
Nous deux, comme on s'aimait
Toutes les nuits, tous les jours,
…La belle histoire d'amour…
…La belle histoire d'amour…
Pourquoi m'as-tu laissée?
Je suis seule à pleurer,
Toute seule à chercher…

J'espère toujours en toi.
Je sais que tu viendras.
Tu me tendras les bras
Et tu m'emporteras…
Et tu m'emporteras…
Et tu m'emporteras…
Et tu m'emporteras…
Et tu m'emporteras…
Et tu m'emporteras…

La demoiselle du cinquième

Paroles: Henri Contet. Musique: Louiguy 1943

La demoiselle du cinquième étage
Nous chante à plein cœur qu'ell' va se marier.
Paraît qu'ce s'ra un sacré mariage.
Voilà c'qu'on entend à chaque palier.
C'est drôl' l'amour, comm' ça vous change,
Ell' qui était si triste avant.
Maint'nant elle a d'la joie d'rechange
Et des yeux clairs par tous les temps.
Alors ell' croit que la vie est belle
Et que les caresses ça pousse partout,
Que ses amours seront éternelles
Et qu'elle a le droit de rir' jusqu'au bout.

Lui et moi, c'était pareil.
Je croyais au Pèr' Noël.
Je l'aimais à perdre haleine,
C'était pareil.

Bien entendu, il y a eu maldonne.
La bell' robe blanche est décommandée.
Le gars prétend que la blague est bonne
Car il a tout pris sans rien lui donner.
L'amour, c'est comm' les ch'mises de soie:
Deux chos's qui s'achèt'nt au printemps.
On fait un rendu pour la soie
Mais l'amour, c'est plus encombrant.
Alors la gosse, laissée pour compte,
Ell' passe des nuits, des nuits à pleurer
Et dans le jour voilà qu'ell' raconte
La pein' que ses nuits ont mis de côté.

Lui et moi, c'était pareil.
Je croyais au Pèr' Noël.
Je l'aimais à perdre haleine,
C'était pareil.

La demoisell', qui avait tant d'peine,
C'était à prévoir, voulut se tuer.
Elle a voulu se j'ter dans la Seine,
Voulu… ou du moins elle en a parlé.
Et puis elle a fait une affaire
Avec le rire d'un grand gars.
Un jour il lui f'ra des misères
Mais ell' s'en fout, ell'n'y pens' pas,
Et la voilà, tiens, qui recommence
A chanter partout qu'ell' va se marier,
Crier de joie et pleurer d'avance
Voilà c'qu'on entend à chaque palier…

Toi et moi, c'est tout pareil.
Il faut croire au Pèr' Noël
Et je t'aime à perdre haleine,
C'est tout pareil.

La fête continue

Paroles et Musique: Michel Emer 1949

La fête bat son plein, musique et manèges,
Nougats, carabines, voyantes, femmes nues.
Du matin au soir, c'est un long cortège:
Chansons, balançoires, la fête continue…

A l'étage en-dessous, 'y a des gosses qui braillent.
Le père est malade, la mère est partie.
Il fout des taloches à toute la marmaille
Mais le bruit d' la fête couvre tous leurs cris.
Au-dessus, deux jeunes gens. Faut voir comme ils s'aiment,
Oui, mais leurs parents ne veulent rien savoir.
Ils ont décidé qu'ils s'aimeraient quand même
Et qu'ils se tueraient… et c'est pour ce soir…

La fête bat son plein, musique et manèges,
Nougats, carabines, voyantes, femmes nues.
Du matin au soir, c'est un long cortège:
Chansons, balançoires, la fête continue…

Plus haut, c'est une veuve. Plus rien n' l'intéresse.
Elle n'avait qu'un fils, c'était toute sa vie
Il a disparu, emportant la caisse.
Depuis ce temps-là, elle pleure jour et nuit.
Le petit garçon qui sort de l'école
A eu un zéro, il sera puni
Et dimanche prochain, c'est ça qui l' désole,
Au lieu de la fête, il restera chez lui.

La fête bat son plein, musique et manèges,
Nougats, carabines, voyantes, femmes nues.
Du matin au soir, c'est un long cortège:
Chansons, balançoires, la fête continue…

En face les p'tits vieux qui sont bien aimables
Ont perdu leur fille depuis vingt-cinq ans.
Ils n'ont qu'une marotte: faire tourner les tables.
Esprit, es-tu là?… Et ils sont contents…
Et moi comme tout le monde, j'assiste à ces drames
Mais je ferme les yeux, j' pense à mon bonheur.
Nous nous sommes donnés tout deux corps et âme.
On est trop heureux pour avoir du cœur…

La fête bat son plein, musique et manèges,
Baisers, carabines, "Je t'aime", femme nues.
Du matin au soir, c'est un long cortège:
Amour, balançoires, la fête continue…

La foule

Paroles: Enrique Dizeo adapt fr: Michel Rivgauche. Musique: Angel Cabral 1953

Titre original: "Amore de mis amores"

autres interprètes: Armand Mestral (1958) Paco (en espagnol 1988)

Je revois la ville en fête et en délire
Suffoquant sous le soleil et sous la joie
Et j'entends dans la musique les cris, les rires
Qui éclatent et rebondissent autour de moi
Et perdue parmi ces gens qui me bousculent
Étourdie, désemparée, je reste là
Quand soudain, je me retourne, il se recule,
Et la foule vient me jeter entre ses bras…

Emportés par la foule qui nous traîne
Nous entraîne
Écrasés l'un contre l'autre
Nous ne formons qu'un seul corps
Et le flot sans effort
Nous pousse, enchaînés l'un et l'autre
Et nous laisse tous deux
Épanouis, enivrés et heureux.

Entraînés par la foule qui s'élance
Et qui danse
Une folle farandole
Nos deux mains restent soudées
Et parfois soulevés
Nos deux corps enlacés s'envolent
Et retombent tous deux
Épanouis, enivrés et heureux…

Et la joie éclaboussée par son sourire
Me transperce et rejaillit au fond de moi
Mais soudain je pousse un cri parmi les rires
Quand la foule vient l'arracher d'entre mes bras…

Emportés par la foule qui nous traîne
Nous entraîne
Nous éloigne l'un de l'autre
Je lutte et je me débats
Mais le son de sa voix
S'étouffe dans les rires des autres
Et je crie de douleur, de fureur et de rage
Et je pleure…

Entraînée par la foule qui s'élance
Et qui danse
Une folle farandole
Je suis emportée au loin
Et je crispe mes poings, maudissant la foule qui me vole
L'homme qu'elle m'avait donné
Et que je n'ai jamais retrouvé…

La goualante du pauvre Jean

Paroles: René Rouzaud

Ésgourdez rien qu'un instant
La goualante du pauvre Jean
Que les femmes n'aimaient pas
Mais n'oubliez pas
Dans la vie y a qu'une morale
Qu'on soit riche ou sans un sou
Sans amour on n'est rien du tout
(On n'est rien du tout)

Il vivait au jour le jour
Dans la soie et le velours
Il piaussait dans de beaux draps
Mais n'oubliez pas
Dans la vie on est peau de balle
Quand notre coeur est au clou
Sans amour on n'est rien du tout
(On n'est rien du tout)

Il bectait chez les barons
Il guinchait dans les salons
Et lichait tous les tafias
Mais n'oubliez pas
Rien ne vaut une belle fille
Qui partage notre ragoût
Sans amour on n'est rien du tout
(On n'est rien du tout)

Pour gagner des picaillons
Il fut un méchant larron
On le saluait bien bas
Mais n'oubliez pas
Un jour on fait la pirouette
Et derrière les verrous
Sans amour on n'est rien du tout
(On n'est rien du tout)

Ésgourdez bien jeunes gens
Profitez de vos vingt ans
On ne les a qu'une fois
Et n'oubliez pas
Plutôt qu'une cordelette
Mieux vaut une femme à son cou
Sans amour on n'est rien du tout
(On n'est rien du tout)

Et voilà mes brave gens
La goualante du pauvre Jean
Qui vous dit en vous quittant
Aimez-vous…

La java de Cézigue

Paroles: Groffe. Musique: Eblinger 1936

Cézigue est un p'tit bonhomme
Aux joues joufflues comme une pomme
Qui joue l'accordéon
Le soir chez un bougnat de la rue d'Charenton.
Hop!
Faut l'voir avec sa casquette
Mise à la casseur d'assiettes
Et son p'tit bout d'mégot
Qui l'fait sans arrêt clignoter des carreaux.
Moi, d'habitude, la musique,
C'est rigolo, ça me donne envie d'roupiller,
Ça me rend neurasthénique
Et j'me sens pas du tout pour gambiller.
Ah oui, mais quand c'est l'p'tit Cézigue
En bras d'chemise qui fait l'zigue.
Il tire des sons d'son accordéon.
Ça fiche le frisson.
On vous corne dans les oreilles
Que les javas sont toutes pareilles.
Et ben ceux qui disent ça
C'est qu'ils connaissent pas
Cézigue et sa java. Hop!

Quand l'Cézigue a fait une touche,
La môme n'attrape pas les mouches
Et la carrée d'l'hôtel
Devient subitement la succursale du ciel
Et puis après, le béguin s'tasse.
Pour un mot qui n'est pas en place,
C'est fini d'rigoler.
Cézigue s'est déguisé
En machine bosselée.
Quand un monsieur ordinaire
Corrige une dame parce qu'il a les nerfs agacés,
Ça change de place la poussière
Et, cinq minutes après, tout est classé.
Ah! Ah oui, mais quand c'est l'p'tit Cézigue
En bras d'chemise qui fait l'zigue,
Il fout des gnons,
Oh cré nom de nom,
Quelle distribution!
On vous corne dans les oreilles
Que les javas sont toutes pareilles.
Eh ben ceux qui disent ça,
C'est qu'ils connaissent pas
Cézique et sa java. Hop!

Vous pensez bien que Cézigue
Ne sort pas d'une caisse de piques
Comme on le demande partout.
Qu'il fasse n'importe quoi,
C'est jamais pour des sous
Ni pour être tout comme les potes.
On remet ça à la belote
Ou bien sur un toquard
Qui fait sur la pelouse
De grands coups de Trafalguard.
Mais non! Ah!
Non pour une année à la planque
Sans avoir fait la Bugatti
Comme un gigolo,
Il a un compte à la banque
Et une belle petite crèche au bord de l'eau.
Aussi, quand on voit Cézigue
En bras de chemise qui fait l'zigue
Sans attiger,
Même les étrangers
Disent: "Il sait nager".
On vous corne dans les oreilles
Que la vie n'est pas une merveille.
Hah!
Eh ben ceux qui disent ça,
C'est qu'ils connaissent pas
Cézigue et sa java.
Hop!

La Julie jolie

Paroles: G.Couté. Musique: L.Daniderff 1936

A la luée de la Saint-Jean,
Un fermier qui se raclait des rentes
Dans le champ de misère des pauvres gens
Alla s'enquérir d'une servante.
Après avoir hoché longtemps
Pour quatre paires de sabiots par an
Avec la croûte, et puis le logement,
Il fit embauche de la Julie,
La Julie, qu'était si jolie…

Il l'employa sans un brin de repos,
Du fin matin à la nuit grande,
A mener pâturer les bestiaux
Dans l'herbe déleudée de la lande,
Mais un soir qu'il était tout joyeux
D'avoir liché queuqu's coups d'vin,
Il se sentit devenir amoureux
Et sauta dans le lit de la Julie,
La Julie, qu'était si jolie…

Depuis c'jour-là, devenu fou d'amour,
Il t'y paya des amusettes,
Des affutiaux qu'l'orfèv' du bourg
Vous compte toujours des yeux d'la tête
Puis vendit brêmaill's et genêts,
Vendit sa lande et son troupet
A seule fin de s'faire des jaunets
Pour mettre dans le bas blanc de la Julie,
La Julie, qu'était si jolie…

Si bien qu'un coup qu'il eut plus rien,
Il eut vendu jusqu'à sa ferme,
A'l'mit dehors au vent du chemin
Comme un gars qui pai' plus son terme,
Mais ce jour-là, c'était la Saint-Jean.
Pour quatre paires de sabiots par an
Avec la croûte et puis le logement,
Il s'embaucha chez la Julie,
La Julie, qu'était si jolie…

La p'tite marie

Paroles: Edith Piaf. Musique: Marguerite Monnot 1950

Tout comme je traversais l'avenue,
Quelqu'un s'est cogné dans ma vue
Et qui m'a dit à brûle-pourpoint:
"Vous connaissiez la p'tite Marie,
Si jeune, et surtout si jolie?
Ben, elle est morte depuis ce matin…"
"Mais comment ça? C'est effroyable!"
"C'est pire que ça: c'est incroyable!"
"Hier encore… et aujourd'hui…"
"Eh oui, voilà… Tous est fini…"
Alors là, j'ai pensé à nous,
Aux petites histoires de rien du tout,
Aux choses qui prennent des proportions
Rien que dans notre imagination.
C'est pas grand chose, un grand amour.
Ah non, vraiment, ça ne pèse pas lourd.
Pour peu qu'on se quitte sur une dispute
Et que la fierté entre dans la lutte,
Qu'on s'en aille chacun de son côté,
R'garde un peu ce qui peut t'arriver…

Je la revois, la p'tite Marie.
Mon Dieu, comme elle était jolie.
'y a des coups vraiment malheureux.
Elle avait tout pour être heureuse.
Bien sûr, elle est pas malheureuse…
Mais lui qui reste, ça c'est affreux.
Qu'est-ce qu'il va faire de ses journées
Et de toutes ses nuits, et de ses années?
Hier encore… et aujourd'hui…
Leur belle histoire, elle est finie.
Alors là, moi, je pense à nous,
Aux p'tites histoires de rien du tout,
Aux choses qui prennent des proportions
Rien que dans notre imagination.
Comment t'ai-je quitté ce matin?
On a voulu faire les malins.
On s'est quittés sur une dispute
Et on a joué à cœur qui lutte,
Alors t'es parti de ton côté.
Pourvu qu'il n'te soit rien arrivé…

Mon Dieu, ayez pitié de moi.
Demandez-moi n'importe quoi,
Mais lui, surtout, laissez-le moi…

Oh, mon chéri, tu étais là…
Je parlais seule, comme tu le vois…
Mon amour, prends-moi dans tes bras.
Non… ne dis rien… C'est ça, tais-toi.
Tu te souviens d' la p'tite Marie?
La gosse qui aimait tant la vie…
Ben, elle est morte depuis ce matin.
Oui, comme tu dis, c'est effroyable…
C'est pire que ça, c'est incroyable…
Serre-moi plus fort tout contre toi…
Chéri… Comme je suis bien dans tes bras.

La petite boutique

Paroles: Roméo Carles. Musique: O. Hodeige 1936

Je sais, dans un quartier désert,
Un coin qui se donne des airs
De province aristocratique.
J'y découvris l'autre saison,
Encastrée entre deux maisons,
Une miniscule boutique.
Un beau chat noir était vautré
Sur le seuil quand je suis entrée.
Il leva sur moi ses prunelles
Puis il eut l'air en me voyant
De se dire: "Tiens! Un client…
Quelle chose sensationnelle!"

Ce magazin d'antiquités
Excitait ma curiosité
Par sa désuète apparence.
Une clochette au son fêlé
Se mit à tintinnabuler.
Dans le calme et tiède silence,
Soudain, sorti je ne sais d'où,
Un petit vieillard aux yeux doux
Me fit un grand salut baroque
Et j'eus l'étrange sentiment
De vivre un très ancien moment
Fort éloigné de notre époque.

Je marchandais un vieux bouquin
Dont la reliure en maroquin
Gardait l'odeur des chambres closes
Lorsque, je ne sais trop comment,
Je me mis, au bout d'un moment,
A parler de tout autre chose
Mais le vieux ne connaissait rien.
Quel étonnement fut le mien
De constater que le bonhomme
Ne savait rien, évidemment,
Des faits et des événements
Qui passionnaient les autres hommes.

Il ignorait tout de ce temps,
Aussi bien les gens importants
Que les plus célèbres affaires
Et c'était peut-être cela
Qui, dans ce tranquille coin-là,
Créait cette étrange atmosphère.
J'acquis le bouquin poussiéreux
Et je partis le cœur heureux.
Le chat noir, toujours impassible,
Dans un petit clignement d'yeux
Parut me dire, malicieux:
"Tu ne croyais pas ça possible!…"

Je m'en allai, et puis voilà.
Mon anecdote finit là
Car cette histoire ne comprend
Ni chute, ni moralité
Mais quand je suis trop affectée
Par le potins que l'on colporte,
Par les scandales dégoûtants,
Par les procédés révoltants
Des requins de la politique,
Afin de mieux m'éloigner d'eux
Je vais passer une heure ou deux
Dans cette petite boutique…

La rue aux chansons

Paroles et Musique: Michel Emer 1951

C'est la rue aux chansons.
C'est la rue de la joie
Où, dans toutes les maisons,
Sans rimes, ni raison,
L'on chante à pleine voix
Dès le lever du jour.
Tout le monde est heureux
Et chacun, à son tour,
Dans le gris des faubourgs,
Invente le ciel bleu.
L'on n'y rencontre pas
Des amours malheureuses.
On s'aime, on ne s'aime pas.
On s'embrasse, on s'en va.
On chante, et puis voilà.
Vous, les désenchantés
Qui pleurez sans raison,
Pour apprendre à chanter
Venez tous habiter
Dans la rue aux chansons.

On se serrera
Un tout petit peu.
'y en a pour trois
Quand il y en a pour deux.
Luxe et confort, ça nous est bien égal.
Pas besoin de ça dans la rue aux cigales.

{2x l'ensemble}

La sérénade du pavé

Paroles et Musique: Jean Varney 1894

autres interprètes: Fragson (1895), Edith Piaf (BO film "French Cancan" 1954), Anny Flore (1965), Jack Lantier (1970)

note: dans BO film "French cancan"

Si je chante sous ta fenêtre,
Ainsi qu'un galant troubadour
Et si je veux t'y voir paraître,
Ce n'est pas, hélas, par amour.
Que m'importe que tu sois belle,
Duchesse, ou lorette aux yeux doux
Ou que tu laves la vaisselle,
Pourvu que tu jettes deux sous.

Sois bonne, ô ma chère inconnue
Pour qui j'ai si souvent chanté.
Ton offrande est la bienvenue.
Fais-moi la charité.
Sois bonne, ô ma chère inconnue
Pour qui j'ai si souvent chanté.
Devant moi, devant moi, sois la bienvenue.

L'amour, vois-tu, moi, je m'en fiche.
Ce n'est beau que dans les chansons.
Si quelque jour, je deviens riche,
On m'aimera bien sans façon.
J'aurais vite une châtelaine
Si j'avais au moins un château
Au lieu d'un vieux tricot de laine
Et des bottines prenant l'eau.

Sois bonne, ô ma chère inconnue
Pour qui j'ai si souvent chanté.
Ton offrande est la bienvenue.
Fais-moi la charité.
Sois bonne, ô ma chère inconnue
Pour qui j'ai si souvent chanté.
Devant moi, devant moi, sois la bienvenue.

Mais ta fenêtre reste close
Et les deux sous ne tombent pas.
J'attends cependant peu de choses.
Jette-moi ce que tu voudras.
Argent, pain sec ou vieilles hardes,
Tout me fera plaisir de toi
Et je prierai Dieu qu'il te garde
Un peu mieux qu'il n'a fait pour moi.

Sois bonne, ô ma chère inconnue
Pour qui j'ai souvent chanté.
Ton offrande est la bienvenue.
Fais-moi la charité.
Sois bonne, ô ma chère inconnue
Pour qui j'ai si souvent chanté.
Devant moi, devant moi, sois la bienvenue…

La valse de l'amour

Paroles: Edith Piaf. Musique: Marguerite Monnot 1951

C'est la valse d'amour
Qu'on chante dans les faubourgs.
C'est la romance
Que chacun danse
En attendant l'amour.
Il y a toujours un cœur
Qui cherche un autre cœur,
Alors commence
Une romance.
C'est la valse d'amour.

Il habitait juste en face de chez elle.
Elle habitait juste en face de chez lui.
Il a pensé: "Oh mon Dieu, qu'elle est belle!"
Elle a pensé: "Il n'y a pas mieux que lui."

C'est la valse d'amour
Qu'on chante dans les faubourgs.
C'est la romance
Que chacun danse
En attendant l'amour.
Il y a toujours un cœur
Qui cherche un autre cœur,
Alors commence
Une romance.
C'est la valse d'amour.

Il y a toujours un garçon pour une fille.
Il y a toujours une fille pour un garçon,
Alors, pour peu que la fille soit gentille,
L'histoire s'arrange d'une tendre façon.

C'est la valse d'amour
Qu'on chante dans les faubourgs.
C'est la romance
Que chacun danse
En attendant l'amour.
Il y a toujours un cœur
Qui cherche un autre cœur,
Alors commence
Une romance.
C'est la valse d'amour.

La vie en rose

Paroles: Edith Piaf. Musique: Louiguy 1946

autres interprètes: Céline Dion, Dalida (1965), Diana Kroll, Donna Summer, Ella Fitzgerald amp; Louis Armstrong, Emilie Simon, Franck Pourcel, Grace Jones, Jacqueline François, Joséphine Baker, Marlène Dietrich, Mireille Mathieu, Patachou, Patricia Kaas, Tohama, Yves Montand

note: Et encore beaucoup d'autres dont: Ute Lemper, Pascal Of Bollywood,…

Des yeux qui font baisser les miens
Un rire qui se perd sur sa bouche
Voilà le portrait sans retouche
De l'homme auquel j'appartiens

{Refrain:}

Quand il me prend dans ses bras,
Il me parle tout bas
Je vois la vie en rose,
Il me dit des mots d'amour
Des mots de tous les jours,
Et ça m'fait quelque chose
Il est entré dans mon cœur,
Une part de bonheur
Dont je connais la cause,
C'est lui pour moi,
Moi pour lui dans la vie
Il me l'a dit, l'a juré
Pour la vie
Et dès que je l'aperçois
Alors je sens en moi
Mon cœur qui bat

Des nuits d'amour à plus finir
Un grand bonheur qui prend sa place
Des ennuis, des chagrins s'effacent
Heureux, heureux à en mourir

{au Refrain}

{Nota: variante pour le dernier couplet:}

Des nuits d'amour à en mourir
Un grand bonheur qui prend sa place
Les ennuis, les chagrins s'effacent
Heureux, heureux pour mon plaisir

La vie, l'amour

Paroles: Michel Rivgauche. Musique: Robert Chauvigny 1960

La vie, la vie ça se trouve
Dans l'amour.
L'amour, l'amour ça se perd
Dans la vie.
La vie, la vie ça se donne
Par l'amour.
L'amour, l'amour ça se prend
Par envie.
La vie, la vie ça rêve
A l'amour.
L'amour, l'amour s'éveille
A la vie,
Car la vie, mais c'est l'amour.

Oui la vie, c'est l'amour
Et l'amour, c'est la vie.
Pas de vie, sans amour.
Pas d'amour, sans la vie.
Notre vie pour l'amour,
Notre amour pour la vie.
Mon amour, tu es ma vie.

La vie, la vie ça chante
Dans l'amour.
L'amour, l'amour ça crie
Dans la vie.
La vie, la vie nous donne
Tout l'amour.
L'amour, l'amour nous prend
Toute la vie.
La vie, la vie ça meurt
Pour l'amour.
L'amour, l'amour ça vit
Pour la vie.
C'est l'amour
Et c'est la vie…

La ville inconnue

Paroles: Michel Rivgauche. Musique: Charles Dumont 1960

Dans la ville inconnue,
Je n'aime rien.
Je prends toujours des rues
Qui vont trop loin,
D'interminables rues
Où je me perds,
Des quais, des avenues
Et des boulevards déserts
Puis, entre deux maisons,
J'entends le tintamarre
D'un long train sur un pont
Qui s'en va quelque part.

Dans la ville inconnue,
Soir et matin,
Comme ce chien perdu,
Je vais et je reviens.
Il y a les passants
Qui ont l'air de vous fuir
Et qui n'ont pas le temps
De vous faire un sourire.

Dans la ville inconnue,
Quand vient la nuit,
J'ai peur des murs tout nus,
Des murs tout gris.
J'ai peur de cet hôtel
Au lit trop froid
Et du matin cruel
Qui me réveillera,
Car je voudrais dormir,
Dormir même le jour
Avec mes souvenirs,
Mes souvenirs d'amour.

Dans la ville inconnue,
Je pense à toi,
Mais toi, te souviens-tu
Encore un peu de moi?…

Le ballet des coeurs

Paroles: Michel Rivgauche. Musique: Norbert Glanzberg 1958

Dans un coin de la ville,
' y a un cœur bien tranquille
Qui se balance, qui se balance.
A l'autre bout de la cité,
' y a un cœur isolé
Qui s'avance, qui s'avance.
Ces deux cœurs, on dirait
Deux danseurs d'un ballet
Qui s'élancent, qui s'élancent.
Ils s'approchent, ils s'écartent,
Ils se croisent, ils repartent
Et ils dansent!

Mais un jour,
Sur la pointe des pieds, apparaît,
Et glissant comme sur du velours,
Le plus grand des maîtres de ballet.
C'est l'amour! C'est l'amour! C'est l'amour!…

Et l'amour réunit
Les deux cœurs épanouis
Qui s'élancent, qui s'élancent.
Moulinets, battements,
Pas de deux tout le temps,
Comme ils dansent! Comme ils dansent!
Les sourires et les joies
Tambourinent chaque fois
En cadence, en cadence,
Déchaînés, passionnés
Martelés, affaissés,
Ils s'avancent…

C'est alors qu'un troisième
Apparaît, et de même
Il s'avance, il s'avance…
On l'appelle "joli cœur".
Il sépare les deux cœurs
En silence… en silence…
Grand écart et défi,
Volte-face, jalousie
Qui commence, qui commence
Et puis tout recommence:
' y a deux cœurs qui s'élancent
Dans la danse…

…Possession, impatience…
…Un cœur tué, piétiné…
Et puis tout recommence:
' y a deux cœurs qui s'élancent
Dans la danse…

Le billard électrique

Paroles: Louis Poterat. Musique: Charles Dumont 1961

"Pas la peine de suivre l'aiguille.",
Dit le patron du bar,
"Ça n'avance à rien
Elle est en retard!
Va jouer aux billes
Ça passe le temps et ça fait du bien…"

Il met ses vingt balles dans la mécanique
Un déclic!
Les billes sautent au garde-à-vous!
La première bondit comme une hystérique.
Ça cavale, ça sonne, ça s'allume partout!
Ding! Ding! Ça crépite comme une mitraillette
Ding! Un œil fait "tilt"… Ding! Une bouche fleurit!
Une pin-up s'éclaire des pieds à la tête
Au fond de la vitrine en verre dépoli.
Cent mille! C'est le ballet des nombres magiques!
Deux cent! Re-ding-ding!!
La bille n'écoute pas…
Elle baisse dans le couloir comme prise de panique
Zut! Raté!… Huit heures…
Elle ne viendra pas…

"A quoi sert de guetter la porte?",
Dit le patron du bar,
"Faut pas s'énerver
Vous êtes beau gosse
Elle, elle est pas morte!
Une de perdue, dix de retrouvées…"

Il remet vingt balles dans la mécanique.
De ses doigts crispés, il tend le ressort.
La bille sème partout des flashes électriques,
Pas autant, pourtant,
Qu' 'y en a dans son corps…
Ah! La sacrée garce! Elle ira quand même…
Re-ding! Ding! Ça y est!
Dans l'trou des cinq cent!!!
Une partie à l'œil, il comprend le système
Et ding! Et re-ding!! Ça devient angoissant…
Ding! Ding! Il s'agrippe, il secoue, il cogne…
Ding! Comme si c'était…
"Holà! Faudrait voir…!
Il va tout casser", dit le patron qui rogne
Zut! Le jeu s'éteint!… Neuf heures…
Plus d'espoir…
Il s'excuse, il s'en va livide,
Les nerfs détendus, mais le cœur si gros.
"Il va jouer ailleurs",
Dit le patron candide
"Il va jouer ailleurs, ou bien se foutre à l'eau…"

Ding! Cent mille! Ding! Ding! Deux cent mille!
Trois cent! Quatre cent!
Cinq cent mille!
Ding! Ding! Ding! Re-ding! Ding! DING!… TILT!!!…

Le bleu de tes yeux

Lorsque je lève les yeux,
Je rencontre le ciel
Et je me dis: "Mon Dieu,
Mais c'est sensationnel,
Tant de bleu."
Lorsque je lève les yeux,
Je rencontre tes yeux
Et je me dis: "Mon Dieu,
C'est vraiment merveilleux,
Tant de bleu."

Plus bleu que le bleu de tes yeux,
Je ne vois rien de mieux,
Même le bleu des cieux.
Plus blond que tes cheveux dorés
Ne peut s'imaginer,
Même le blond des blés.
Plus pur que ton souffle si doux,
Le vent, même au mois d'août,
Ne peut être plus doux.
Plus fort que mon amour pour toi,
La mer, même en furie,
Ne s'en approche pas.
Plus bleu que le bleu de tes yeux,
Je ne vois rien de mieux,
Même le bleu des cieux.

Si un jour tu devais t'en aller
Et me quitter,
Mon destin changerait tout à-coup
Du tout au tout.

Plus gris que le gris de ma vie,
Rien ne serait plus gris,
Pas même un ciel de pluie.
Plus noir que le noir de mon cœur,
La terre en profondeur
N'aurait pas sa noirceur.
Plus vide que mes jours sans toi,
Aucun gouffre sans fond
Ne s'en approchera.
Plus long que mon chagrin d'amour,
Même l'éternité
Près de lui serait court.
Plus gris que le gris de ma vie,
Rien ne serait plus gris,
Pas même un ciel de pluie.

On a tort de penser, je sais bien,
Aux lendemains.
A quoi bon se compliquer la vie
Puisqu' aujourd'hui…

Plus bleu que le bleu de tes yeux,
Je ne vois rien de mieux,
Même le bleu des cieux.
Plus blond que tes cheveux dorés
Ne peut s'imaginer,
Même le blond des blés.
Plus pur que ton souffle si doux,
Le vent, même au mois d'août,
Ne peut être plus doux.
Plus fort que mon amour pour toi
La mer, même en furie,
Ne s'en approche pas.
Plus bleu que le bleu de tes yeux,
Je ne vois que les rêves
Que m'apportent tes yeux…

Le bruit des villes

Paroles: Louis Poterat. Musique: Charles Dumont 1961

Bam! Bam! V'là la vie,
Bam! Bam! En batterie,
Bam! Bam! En furie.
V'là la vie qui m'fait peur!
Bam! Bam! Le tapage
Bam! Bam! De l'orage
Bam! Bam! Qui soulage
Le grand ciel en chaleur…
Bam! Bam! De l'usine
Bam! Bam! De la mine
Bam! Bam! Tambourinent
Les marteaux du labeur.
Bam! Bam! Dans les soutes
Bam! Bam! Sur les routes
Bam! Bam! Je l'écoute,
Ce Bam-Bam de malheur!

Entre tes bras, dans le calme des nuits,
J'ai tant besoin d'oublier tout ce bruit!
Délivre-moi de l'enfer de cette vie…
Fais-moi mon coin de paradis…

Bam! Bam! Qui s'entête
Bam! Bam! Dans ma tête,
Bam! Bam! Ça tempête,
Crève le mur du bonheur.
Bam! Bam! Ça percute,
Bam! Bam! Ça chahute,
Bam! Bam! Ça culbute
Tout ce que j'ai dans mon cœur.
Bam! Bam! J'ai beau faire
Bam! Bam! Et me taire,
Bam! Bam! Sa colère
Roule un bruit de tambour!
Bam! Bam! Et je sombre
Bam! Bam! Parmi l'ombre
Bam! Bam! Des décombres,
Sauve-moi mon amour…

Bam! Bam!
Bam! Bam!
Bam! Bam!

Le brun et le blond

Dans ma p'tite vie y a deux garçons
Y en a un brun et puis un blond
Qui m'aiment tous deux à leur manière
Le brun a l'air triste et sérieux
Et le blond rit de tous ses yeux
J'crois bien qu'c'est l'brun que je préfère
Il est plus jeune, il est plus beau
Il a une belle couleur de peau
Un coeur tout pur, plein d'choses toutes belles

Oui mais le blond n'a qu'à s'amener
Avec son air de rigoler
C'est pour lui qu'j'ai envie d'être belle
Le brun me parle très gravement
De son amour, de ses tourments
Avec une belle voix qui chante
Il dit qu'il se tuerait sûrement
Si je ne l'aimais pas tout l'temps
Ou si un jour j'étais méchante
Ca m'impressionne, ça m'fait tout drôle
C'est vraiment lui qui a l'beau rôle
Y a pas à dire, c'est lui qui m'aime

Quand j'parle au blond d'se suicider
Y m'dit "Non, tu veux rigoler?"
Mais j'aime bien l'embrasser quand même
Ca s'est passé en plein mois d'août
On n'y a rien compris du tout
Il était v'nu boire de la bière
Quand il a eu vidé son bock
On a entendu un p'tit "toc"
Ah, la patronne était pas fière!
Il était là, tranquille comme tout
Avec au front un tout p'tit trou
Mon Dieu, que cette histoire est bête

C'était mon blond qui était parti
En m'laissant un p'tit mot écrit
"J'ai assez ri. Salut p'tite tête".

Le chacal

Paroles: Raymond Asso, Charles Seider. Musique: Juel 1938

On l'avait surnommé l'Chacal.
C'était un type phénoménal,
Un grand, aux épaul's magnifiques,
L'air d'un sauvagage, un peu crâneur.
Il avait décroché mon cœur
Comm' ça, d'un sourire ironique,
Le soir, à l'heure de l'apéro.
Il s'amenait dans notr' bistro,
Toujours tout seul, sans un copain
En fredonnant un drôle de r'frain.

Pan Pan l'Arbi… C'est l'Chacal qu'est par ici.
Y s'mettait au bout du comptoir,
Le r'gard lointain comm' sans rien voir.
J'attendais toujours qu'il me cause,
Qu'y r'mue un peu, qu'y fasse quéqu'chose
Mais il restait indifférent
Et sifflotait entre ses dents:
Pan Pan l'Arbi… C'est l'Chacal qu'est par ici.

Personn' connaissait son boulot
Et on parlait derrièr' son dos.
On disait: "Qu'est c'qu'y manigance?"
Les homm's le r'gardaient par en d'ssous.
Les femm's lui faisaient les yeux doux.
Parfois y avait de grands silences.
La peur montait dans les cervaux.
"C'est p't'être un flic, ce gars costaud?"
Mais lui souriait avec dédain
Et leur crachait toujours son refrain.

Pan Pan l'Arbi… C'est l'Chacal qu'est par ici.
Les mains dans les poch's du veston,
Y' semblait dir': "Venez-y donc!"
J'attendais toujours qu'il leur cause,
Qu'y r'mue un peu, qu'y fass' quéqu'chose
Mais il restait indifférent
Et sifflotait entre ses dents:
Pan Pan l'Arbi… C'est l'Chacal qu'est par ici.

Et puis un soir qu'il f'sait très chaud,
Qu'les nerfs étaient à fleur de peau
Et qu'ça sentait partout l'orage,
Comme il gueulait son sacré r'frain
Un homm' sur lui leva la main,
Alors il bondit pris de rage.
Il s'est battu sans dire un mot
Mais eux les lâch's, ils étaient trop…
Et tout d'un coup, j'l'ai vu tomber…
Alors seul'ment il m'a parlé:

Pan Pan l'Arbi,
Les salauds qu'est c'qu'ils m'ont mis
Et puis il a fermé ses yeux
En soupirant: "Ça vaut p't'êtr' mieux."
Moi, j'avais froid, comm' de la fièvre,
Mais j'ai voulu goûter ses lèvres
Au moins un' fois, car je l'aimais!
On a jamais su c'qu'il cherchait
Pan Pan l'Arbi,
Plus d'Chacal… C'était fini…

Le chant d'amour

Paroles: Edith Piaf. Musique: Charles Dumont 1963

Si vous voulez bien écouter,
Je vais chanter un chant d'amour,
Un chant d'amour banal à souhait
Pour deux amants qui s'adoraient.
Si vous me laissez raconter
L'histoire d'amour belle à rêver,
Alors, laissez-moi chanter…

Si vous me laissez raconter,
Je vais pleurer leur chant d'amour
Car hélas on a séparé
Nos deux amants, nos fous d'amour.
Ils en sont morts d'un même chagrin.
Je ne peux chanter le chagrin,
Alors, laissez-moi pleurer…

Oui, mais ceux qui se sont aimés,
Vraiment aimés, aimés d'amour,
Ils se retrouveront un jour,
Là dans le temps, et pour toujours
Et je suis sûre que, maintenant,
Ils sont ensembles nos amants,
Alors, laissez-moi chanter…

La-la-la…
La-la…

Alors, laissez-moi chanter…

Le chant du pirate

Paroles: Henri Contet. Musique: Marguerite Monnot 1946

Marchant par-dessus les tempêtes,
Courant dans la vague et le vent,
Chassant les blanches goélettes,
C'est nous ça, les gaillards d'avant.
C'est nous qui sommes les corsaires,
Brigands tout comme étaient nos pères.

{Refrain:}

Ho-hisse et Ho! Miséricorde!
Pour nous tenir au bout d'une corde,
Faudra d'abord nous attraper,
Faudra d'abord nous aborder…
Ho-hisse-ho! Pavillon noir!
Ho-hisse-ho! Pavillon haut!
Tant que le vent pousse la frégate,
'y a du bon temps pour les pirates.
Tant que la mer est par-dessous,
C'est le corsaire qui tient le bon bout!
Ho-hisse-ho! Pavillon noir!
Ho-hisse-ho! Pavillon haut!

Tant pis pour les yeux de ta mère.
Tant pis pour la reine et le roi.
Tant mieux si tu deviens corsaire.
Jésus était un hors-la-loi.
Viens donc fréquenter les étoiles.
Dormir dans le ventre des voiles.

{Refrain}

Le chasseur de l'hôtel

Le chasseur de l'hôtel
Aime d'un amour pauvre
Une certaine mademoiselle
Couverte de bijoux

Elle habite au numéro vingt
Une chambre avec salle de bains
Et traîne avec un petit chien,
Un amant qui ne lui sert à rien
Et puis des tas d'admirateurs
Qui lui envoient chaque jour des fleurs
Des fleurs que porte le chasseur
Et ça lui fait bien mal au coeur

Le chasseur de l'hôtel
Quand il rentre chez lui
Rêve à sa demoiselle
Pendant toute la nuit

Le chasseur de l'hôtel
Qui n'a pas quatre sous
Est, c'est bien naturel,
Quatre fois plus jaloux

Il n'en peut plus de voir toujours
Ces inutiles singer l'amour
Et un soir qu'il avait ses nerfs
Il a sorti son revolver
Mais l'autre a tiré le premier
A preuve qu'il fallait s'en méfier
Surtout que par dessus l'marché
La brute, il avait bien visé

Le chasseur de l'hôtel
N'eut qu'à fermer les yeux
Pour arriver au ciel
Où vont les malheureux

Le chasseur de l'hôtel
Par les chemins du ciel
Cherchait sa demoiselle
Et s'ennuyait sans elle

Or, un jour plein de merveilleux
Le pauvre n'en crut pas ses yeux
Car sa demoiselle était là
Sur un nuage de gala
Et même, elle semblait lui sourire
Car maint'nant elle savait sourire
Y a pas à dire, y a un bon Dieu
Un bon Dieu pour les amoureux

Le chasseur de l'hôtel
La serra dans ses bras
En remerciant le ciel
Et puis, se réveilla.

Le chemin des forains

Paroles: Jean Dréjac. Musique: H.Sauguet 1955

Ils ont troué la nuit
D'un éclair de paillettes d'argent.
Ils vont tuer l'ennui
Pour un soir dans la tête des gens.
A danser sur un fil, à marcher sur les mains,
Ils vont faire des tours à se briser les reins,
Les forains…

Une musique en plein vent,
Un petit singe savant
Qui croque une noisette en rêvant
Sur l'épaule d'un vieux musicien
Qui, lui, ne rêve de rien.

Ils ont troué la nuit
D'un grand rire entremêlé de pleurs.
Ils ont tué l'ennui
Par l'écho de leur propre douleur.
Ils ont pris la monnaie dans le creux de leurs mains.
Ils ont plié bagages et repris leur chemin,
Les forains…

Leurs gestes d'enfants joyeux
Et leurs habits merveilleux,
Pour toujours, sont gravés dans les yeux
Des badauds d'un village endormi
Qui va rêver cette nuit…

Va rêver cette nuit
D'un éclair de paillettes d'argent
Qui vient tuer l'ennui,
Dans le cœur et la tête des gens,
Mais l'ombre se referme au détour du chemin
Et Dieu seul peut savoir où ils seront demain,
Les forains…
Qui s'en vont dans la nuit…

Le chevalier de Paris

Paroles: A. Vannier. Musique: Philippe Gérard 1950

Le grand chevalier du cœur de Paris
Se rappelait plus du goût des prairies.
Il faisait la guerre avec ses amis
Dedans la fumée,
Dedans les métros,
Dedans les pavés,
Dedans les bistrots.
Il ne savait pas qu'il en était saoûl.
Il ne savait pas qu'il dormait debout.
Paris le tenait par la peau du cou.

{Refrain:}

Ah! Les pommiers doux,
Rondes et ritournelles.
J'ai pas peur des loups,
Chantonnait la belle.
Ils ne sont pas méchants
Avec les enfants
Qu'ont le cœur fidèle
Et les genoux blancs…

Sous un pommier doux, il l'a retrouvée,
Croisant le soleil avec la rosée.
Vivent les chansons pour les Bien-aimées.
Je me souviens d'elle au sang de velours.
Elle avait des mains qui parlaient d'amour
Et tressait l'argile avec les nuages
Et pressait le vent contre son visage
Pour en exprimer l'huile des voyages.

{Refrain}

"Adieu mon Paris", dit le chevalier.
"J'ai dormi cent ans, debout sans manger
Les pommes d'argent de mes doux pommiers."
Alors le village a crié si fort
Que toutes les filles ont couru dehors
Mais le chevalier n'a salué qu'elle
Au sang de velours, au cœur tant fidèle,
Chevalier fera la guerre en dentelles.

{Refrain}

Le ciel est fermé

Paroles: Henri Contet. Musique: Marguerite Monnot 1950

Fatigué des gens de la terre,
Le Bon Dieu, qui est surmené,
Réfléchit entre deux mystères,
Et décida de démissionner.
Il éteignit quelques étoiles,
Ferma le ciel de haut en bas,
Et d'un nuage, fit une voile
Qui prit le vent et qui l'emporta.

Et voilà le soleil de travers…
Tous les hommes qui marchent la tête en bas…
Et la terre qui s'enroule à l'envers…
Et la mer qui s'embête et s'en va…
Mais les prières…
Les prières continuent à monter
Car tous les hommes…
Tous les hommes continuent à prier…

Et c'est là qu'elles sont embêtées,
Les prières qui n'ont rien demandé…
Et c'est là qu'on les voit faire la queue,
Les prières qui attendent le Bon Dieu…
Alors, comme elles n'ont rien à faire
Les prières,
Elles se font des confidences:
– Vous venez pourquoi, vous?
– Moi, je viens de la part d'un dénommé
Roméo, et d'une certaine Juliette…
– Qu'est-ce qu'on leur fait comme ennuis, sur cette terre?
On veut pas les laisser s'aimer tranquilles?
Pas commode d'arranger leur histoire… Et vous?
– Moi, pour un gars qu'a de gros ennuis avec
son percepteur… J' vois d'ailleurs pas ce que
j' peux faire pour lui! Mpfff!… Enfin…
– Et vous?
– Moi, secret professionnel!
– Et vous, là-bas?
– Moi, Hah! Je viens de la part d'un fou!
Enfin, d'un poète… C'est la même chose!
D'abord, ce qu'il demande avec la terre, c'est impossible!
Et puis, prêcher la bonté, ça fait
démodé…
– Racontez-nous! C'est peut-être drôle?!
– Si vous voulez! De toutes façons, ça
changera jamais rien! Alors, voilà:

"Je sais bien que je vous dérange,
Mais voilà: j'ai besoin de vous!
S'il vous plaît, prêtez-moi des anges!
Il en faudrait un petit peu partout…
Pour le soleil… un par personne!
Et pour l'amour… Oh! S'il vous plaît!
Tout plein d'amour aux mains des hommes
Pour qu'ils en fassent de grand bouquets…"

Et voilà le Bon Dieu revenu.
Le tonnerre a perdu son emploi.
Le soleil est passé par-dessus
Et voilà que la terre marche droit.
Ouvre les portes,
Que l'on porte
Le soleil dans les blés,
Que la terre,
Toute la terre
Tourne enfin sans trembler
Et l'amour a poussé dans les champs
Et les hommes le cueillaient en chantant.
Les amants ne mourraient plus jamais
C'est pour ça que tout le monde s'aimait…

Quel dommage pour les filles, les garçons
Que tout ça ne soit qu'une chanson…

Le contrebandier

Paroles: Raymond Asso. Musique: Jean Villard 1936

Il était né sur la frontière,
Là-haut dans le Nord où c'qu'y a du vent.
Contrebandier tout comme son père,
Il avait la fraud' dans le sang.
Il attendait les nuits sans lune
– Quand il fait sombre, on passe bien mieux. –
Pour s'faufiler par les grandes dunes
Où l'vent de la mer nous pique les yeux.

Ohé, la douane!
Ohé, les gabelous!
Lâchez tous les chiens
Et puis planquez-vous
Au fond de vos cabanes.
Regardez sur la dune
L'homme qui passe là-bas.
Il est pourtant seul
Mais vous n'l'aurez pas.
Il s'fout d'la douane
Au fond de vos cabanes,
Allez, planquez-vous
Et lâchez les chiens.
Ohé, les gabelous!
Ohé, la douane!

Quand il avait rien d'autre à faire,
Les nuits où qu'il faisait trop clair,
Il changeait les poteaux frontières
Et foutait le monde à l'envers
Ou bien, d'autres fois, en plein passage,
Quand il avait bu un bon coup,
Il poussait de vrais cris sauvages
Et v'là qu'je passe dépêchez-vous.

Ohé, la douane!
Ohé, les gabelous!
Lâchez tous les chiens
Et puis planquez-vous
Au fond de vos cabanes.
Regardez sur la dune
L'homme qui passe là-bas.
C'est moi, moi tout seul,
Mais vous n'm'aurez pas.
J'me fous d'la douane
Au fond de vos cabanes.
Allez, planquez-vous
Et lâchez les chiens.
Ohé, les gabelous!
Ohé, la douane!

Il pouvait pas s'mettre dans la tête
Qu'la loi des hommes, c'est très sérieux.
C'était comme une sorte de poète
Et ces types-là, c'est dangereux.
Alors une nuit qu'y avait d'la lune,
Qu'y baladait pour son plaisir,
Ils l'ont étendu sur la dune
A coup d'fusil pour en finir.

Ohé, la douane!
Ohé, les gabelous!
Planquez tous vos chiens
Et puis amenez-vous.
Du fond de vos cabanes,
C'est d'la belle ouvrage,
Seulement, ce soir,
Ce n'était qu'un homme.
Il travaillait pas.
T'entends, la douane?
Alors, fallait pas…
Et puis planquez-vous
Au fond de vos cabanes.
Ohé, les gabelous!
Ohé, la douane!

Le dénicheur (2)

Paroles: Léon Agel. Musique: Léo Daniderff 1946

autres interprètes: Georgette Plana (1959), Lucienne Delyle (1959), Edith Piaf (A la radio – 1961), Patachou (1964), Mouloudji (1974), Tino Rossi (1976), Francis Lemarque (1988), Jean-Marc Thibault (1991), Jackie Sardou (1993)

note: Seconde version.

{Refrain:}

On l'appelait le Dénicheur
Il était rusé comme une fouine
C'était un gars qu'avait du cœur
Et qui dénichait des combines
Il vivait comme un grand seigneur
Et quand on rencontrait sa dame
On répétait sur toutes les gammes
Voilà la femme à Dénicheur

Elle avait fait sa connaissance
Dans un bar, un soir, simplement
Ce fut le hasard d'une danse
Qui le fit devenir son amant
Il avait de jolies manières
Du tact et beaucoup d'instruction
Sachant faire de bonnes affaires
C'était là toute sa profession.
Comme elle avait un peu d'argent
Ils se mirent en ménage tranquillement

{au refrain:}

Les combines ça dure ce que ça dure
La chance tourne et puis s'en va
On perd le goût des aventures
Quand le noir vous suit pas à pas
N'ayant plus confiance en lui-même
Un soir qu'il était sans un sou
Afin de résoudre le problème
Le Dénicheur fit un sale coup
Mais comme il rentrait au logis
En pleurant son amie lui dit:

{Refrain:}

On t'appelait le Dénicheur
Toi qu'étais rusé comme une fouine
Je croyais trouver le bonheur
Près de toi, avec tes combines
Adieu, c'est fini, pars sans peur
Je saurai souffrir et me taire
Malgré mon chagrin je préfère
Abandonner le Dénicheur

Le diable de la Bastille

Paroles: Pierre Delanoë. Musique: Charles Dumont 1962

C'est incroyable mais vrai,
Invraisemblable mais vrai.
C'est le diable qui dansait
Au quatorze juillet,
Place de la Bastille.
C'est incroyable mais vrai,
Invraisemblable mais vrai.
Il savait bien, le malin,
Qu'il tenait dans ses mains
Le destin d'une fille
Car il est joli garçon,
Il connaît bien la chanson.
A la flamme des lampions,
Au son d' l'accordéon,
Il est méconnaissable
Et la fille n'a rien vu.
Elle ne l'a pas reconnu.
Tourbillonnant dans ses bras,
Elle trouvait, ce soir-là,
Que c'était formidable.

A dix-huit ans, on a le droit
De se tromper à ce point-là
Tant le démon a l'air si bon.
On peut l'aimer sans se damner.

C'est incroyable mais vrai,
Invraisemblable mais vrai.
C'est le diable qui dansait
Au quatorze juillet,
Place de la Bastille.
C'est incroyable mais vrai,
Invraisemblable mais vrai.
Il savait bien, le malin,
Qu'il tenait dans ses mains
Le destin d'une fille.
Vraiment, il se régalait,
Il rigolait, rigolait.
Puisque la vie était belle,
Elle trouvait naturel
Qu'il ait envie de rire.
Elle s'est abandonnée.
C'était vraiment bon marché,
C'était vraiment trop facile,
Une âme aussi docile.
'y avait pas de quoi rire.

C'est incroyable mais vrai.
C'est le diable qui dansait,
C'est le diable qui riait,
C'est le diable que j'aimais.
Le diable que j'aimais…
Le diable que j'aimais…
Le diable que j'aimais…

Le disque usé

Paroles et Musique: Michel Emer 1945

Impasse de la gouttière,
Dans la ruelle aux mat'lots
Où n'entre pas la lumière,
Y a un vilain caboulot.
La figure triste et pâle,
Une servante aux yeux bleus
Rêve aux plus belles escales
Et à des ciels merveilleux.
Chaque sifflet des bateaux
Lui dit: "Ton attente est vaine."
Mais, dans un coin, un phono
Chante sa vieille rengaine.

"Tant qu'y a d'la vie, y a d'l'espoir.
Vos désirs, vos rêves
Seront exaucés un soir.
Avant que votre vie s'achève,
Le bonheur viendra vous voir.
Il faut l'attendre sans trêve.
Chassez les papillons noirs.
Tant qu'y a d'la vie, y a d'l'espoir."

Il était beau comme un ange,
Des cheveux blonds comm' le miel.
Son regard était étrange,
Plus bleu que le bleu du ciel.
Il appela la servante
Et lui dit: "Je te cherchais."
Elle répondit, tremblante:
"Y a longtemps que j'attendais."
Il l'a serrée dans ses bras,
"Quand je serai capitaine…"
Et le vieux disque, tout bas,
Chante sa vieille rengaine.

"Tant qu'y a d'la vie, y a d'l'espoir.
Vos désirs, vos rêves
Seront exaucés un soir.
Avant que votre vie s'achève,
Le bonheur viendra vous voir.
Il faut l'attendre sans trêve.
Chassez les papillons noirs.
Tant qu'y a d'la vie, y a d'l'espoir."

Impasse de la gouttière,
Dans la ruelle aux mat'lots
Où n'entre pas la lumière,
Y a un vilain caboulot.
Elle attend, fière et hautaine,
Elle attend, depuis vingt ans,
Elle attend son capitaine,
Et son regard est confiant.
Chaque sifflet des bateaux
Lui dit: "Ton attente est vaine."
Mais elle écout' le phono
Raclant sa vieille rengaine.

Tant qu'y a d'la vie y a d'l'esp…
Y a d'l'esp…
Y a d'l'esp…
Vos désirs, vos rêves
Seront exaucés un soir.
Avant que votre vie s'achève,
Le bonheur viendra vous voir.
Il faut l'attendre sans trêve.
Chassez les papillons noirs.
Tant qu'y a d'la vie y a d'l'esp…
Tant qu'y a d'la vie y a d'l'esp…
Tant qu'y a d'la vie y a d'l'esp…

Le droit d'aimer

Paroles: Robert Nyel. Musique: Francis Laï 1962

Qu'ils se lèvent ou qu'ils meurent,
Ces soleils rouges ou gris,
Et que tournent les heures
Et que passe la vie
A la face des hommes,
Au mépris de leurs lois,
Jamais rien ni personne
M'empêchera d'aimer.
J'en ai le droit d'aimer.
J'en ai le droit.
A la face des hommes,
Au mépris de leurs lois,
Jamais rien ni personne
M'empêchera d'aimer.

A souhaiter des noces
Comme celles des gosses
En âge de l'amour
Je l'ai voulu, ce droit!
Par des matins d'ivresse
Et des nuits de détresse,
Luttant pour cet amour,
Je l'ai conquis, ce droit!
Par la peur de tout perdre,
Au risque de me perdre,
Pour que vive l'amour,
Je l'ai payé, ce droit!

Bien que le temps n'efface
Ni les deuils ni les joies,
Quoi qu'on dise ou qu'on fasse,
Tant que mon cœur battra,
Quelle que soit la couronne,
Les épines ou la croix,
Jamais rien ni personne
M'empêchera d'aimer…
J'en ai le droit d'aimer.
J'en ai le droit…
A la face des hommes,
Au mépris de leurs lois,
Jamais rien ni personne
M'empêchera d'aimer…
De t'aimer…
D'être aimée… D'être aimée…

Le fanion de la légion

Paroles: Raymond Asso. Musique: Marguerite Monnot 1936

autres interprètes: Edith Piaf (1937)

Tout en bas, c'est le Bled immense
Que domine un petit fortin.
Sur la plaine, c'est le silence,
Et là-haut, dans le clair matin,
Une silhouette aux quatre vents jette
Les notes aiguës d'un clairon,
Mais, un coup de feu lui répond.

Ah la la la, la belle histoire.
Y a trente gars dans le bastion,
Torse nu, rêvant de bagarres,
Ils ont du vin dans leurs bidons,
Des vivres et des munitions.
Ah la la la, la belle histoire.
Là-haut sur les murs du bastion,
Dans le soleil plane la gloire
Et dans le vent claque un fanion.
C'est le fanion de la légion!

Les "salopards" tiennent la plaine,
Là-haut, dans le petit fortin.
Depuis une longue semaine,
La mort en prend chaque matin.
La soif et la fièvre
Dessèchent les lèvres.
A tous les appels de clairon,
C'est la mitraille qui répond.

Ah la la la, la belle histoire,
Ils restent vingt dans le bastion,
Le torse nu, couverts de gloire,
Ils n'ont plus d'eau dans leurs bidons
Et presque plus de munitions.
Ah la la la, la belle histoire,
Claquant au vent sur le bastion
Et troué comme une écumoire,
Il y a toujours le fanion,
Le beau fanion de la légion!

Comme la nuit couvre la plaine,
Les "salopards", vers le fortin
Se sont glissés comme des hyènes
Ils ont lutté jusqu'au matin:
Hurlements de rage,
Corps à corps sauvages,
Les chiens ont eu peur des lions.
Ils n'ont pas pris la position.

Ah la la la, la belle histoire,
Ils restent trois dans le bastion,
Le torse nu, couverts de gloire,
Sanglants, meurtris et en haillons,
Sans eau ni pain, ni munitions.
Ah la la la, la belle histoire,
Ils ont toujours dans le bastion
Mais ne peuvent crier victoire:
On leur a volé le fanion,
Le beau fanion de la légion!

Mais tout à coup, le canon tonne:
Des renforts arrivent enfin.
A l'horizon, une colonne
Se profile dans le matin
Et l'echo répète l'appel des trompettes
Qui monte vers le mamelon.
Un cri de là-haut lui répond.

Ah la la la, la belle histoire,
Les trois qui sont dans le bastion,
Sur leurs poitrines toutes noires
Avec du sang crénom de nom
Ont dessiné de beaux fanions.
Ah la la la, la belle histoire,
Ils peuvent redresser leurs fronts
Et vers le ciel crier victoire.
Au garde-a-vous sur le bastion,
Ils gueulent "présent la légion."

Le gitan et la fille

Paroles et Musique: Georges Moustaki

Le gitan dit à la fille:

"Qu'importe le prix de l'amour:
Pour toi, j'irai finir mes jours
Derrière les grilles.
J'irai piller les gens de la ville
Pour t'offrir une robe de satin.
Tu n'diras plus que j'suis un vaurien,
Un inutile…
Mes mains, tout à l'heure si fortes,
Seront plus douces que le bois
De la guitare qui joue pour toi
Devant ta porte…"

Le gitan dit à la fille:

"Qu'importe le prix de l'amour:
Pour toi, j'irai finir mes jours
Derrière le grilles.
J'irai tuer ceux qui te regardent
Quand le doux soleil du matin
Se glisse dans le creux de tes reins
Et s'y attarde…
Et là, je te dirai "Je t'aime"
Comme on dit le nom de Jésus.
Je le crierai dans la rue
Comme un blasphème…"

Le gitan a dit à la fille:

"Qu'importe le prix de l'amour:
Pour toi, j'irai finir mes jours
Derrière les grilles.
Autour de toi, je ferai l'ombre
Pour être le seul à te voir,
Pour être seul sous ton regard
Et m'y confondre…
Et quand la mort viendra défaire
Les chaînes forgées par l'amour,
Pour toi, j'irai finir mes jours
Au fond de la terre…"

Le grand voyage du pauvre nègre

Paroles: Raymond Asso. Musique: R.Cloërec 1937

Soleil de feu sur la mer Rouge.
Pas une vague, rien ne bouge.
Dessus la mer, un vieux cargo
Qui s'en va jusqu'à Bornéo
Et, dans la soute, pleure un nègre,
Un pauvre nègre, un nègre maigre,
Un nègre maigre dont les os
Semblent vouloir trouer la peau.

"Oh yo… Oh yo…
Monsieur Bon Dieu, c'est pas gentil.
Moi pas vouloir quitter pays.
Moi vouloir voir le grand bateau
Qui crach' du feu et march' sur l'eau
Et, sur le pont, moi j'ai dormi.
Alors bateau il est parti
Et capitaine a dit comm' ça:
"Nègre au charbon il travaill'ra."
Monsieur Bon Dieu, c'est pas gentil.
Moi pas vouloir quitter pays.
Oh yo… Oh yo…"

Toujours plus loin autour du monde,
Le vieux cargo poursuit sa ronde.
Le monde est grand… Toujours des ports…
Toujours plus loin… Encore des ports…
Et, dans la soute, pleure un nègre,
Un pauvre nègre, un nègre maigre,
Un nègre maigre dont les os
Semblent vouloir trouer la peau.

"Oh yo… Oh yo…
Monsieur Bon Dieu, c'est pas gentil.
Y'en a maint'nant perdu pays.
Pays à moi, très loin sur l'eau,
Et moi travaille au fond bateau.
Toujours ici comm' dans l'enfer,
Jamais plus voir danser la mer,
Jamais plus voir grand ciel tout bleu
Et pauvre nègre malheureux.
Monsieur Bon Dieu, c'est pas gentil,
Moi pas vouloir quitter pays.
Oh yo… Oh yo…"

Au bout du ciel, sur la mer calme,
Dans la nuit claire, il voit des palmes,
Alors il crie: "C'est mon pays!"
Et dans la mer il a bondi
Et dans la vague chante un nègre,
Un pauvre nègre, un nègre maigre,
Un nègre maigre dont les os
Semblent vouloir trouer la peau.

Oh yo… Oh yo…
Monsieur Bon Dieu, toi bien gentil,
Ramener moi dans mon pays.
Mais viens Bon Dieu… Viens mon secours,
Moi pas pouvoir nager toujours.
Pays trop loin pour arriver
Et pauvre nègre fatigué.
Ça y est… Fini!… Monsieur Bon Dieu!…
Adieu pays… Tout l'monde adieu…
Monsieur Bon Dieu, c'est pas gentil.
Moi pas vouloir quitter pays.
Oh yo… Oh yo…

Le mauvais matelot

Paroles: Raymond Asso. Musique: P. Dreyfus 1936

Dans le port de Marseille,
Y a un joli bateau.
Dans le port de Marseille,
Y a un joli bateau.
Dans l'vent, sur l'eau,
Dans la cale du navire,
Loin du ciel, tout au fond,
Dans la cale du navire,
Y a un mauvais garçon.
Oh oh oh tout près de l'eau oh oh,
La fille du capitaine
Est descendue le voir.
La fille du capitaine
Est descendue le voir.
"Comme il fait noir,
Mon cœur a de la peine.
Dis-moi joli garçon,
Pourquoi, chargé de chaînes,
Es-tu là, tout au fond?
Oh oh oh si près de l'eau oh oh oh"
Je suis fils de la terre.
Mon père est laboureur.
Je suis fils de la terre
Et la mer me fait peur,
Oh oh oui bien peur.
Je suis dans la Marine
Sans l'avoir demandé.
Je suis dans la Marine
Et ne sais pas nager.
Oh oh oh j'ai peur de l'eau oh oh.
Je veux revoir ma mère
Et les beaux champs de blé.
Je veux revoir ma mère
Et les beaux champs de blé
Blonds et dorés.
Faites tomber mes chaînes.
Je vous épouserai.
Faites tomber mes chaînes.
Je vous emmènerai
Oh oh oh bien loin de l'eau oh oh.
Dans la cale du navire,
Le capitaine en pleurs,
Dans la cale du navire,
Le capitaine en pleurs,
Oh quel malheur!
Il m'a volé ma fille,
M'a déchiré le cœur.
Il m'a volé ma fille
Et volé mon honneur,
Oh oh oh, vilain matelot oh oh.
Dans le port de Marseille,
Y a un joli bateau.
Dans le port de Marseille,
Y a un joli bateau
Dansant sur l'eau.
Y a plus de capitaine.
Le capitaine est mort.
Trop grande fut sa peine,
A sauté par-dessus bord.
Oh oh il dort dans l'eau oh oh.

Le métro de Paris

Paroles: Michel Rivgauche. Musique: Claude Léveillée 1960

Des escaliers mécaniques,
Portillons automatiques,
Couloirs de correspondance,
Heures de pointe et d'affluence,
Portières en mosaïque,
Labyrinthe fantastique
Et toujours, en courant,
Des gens qui vont et viennent,
Et encore, en courant,
Les mêmes gens qui reviennent
Et le métro qui flânait sous Paris,
Doucement s'élance et puis s'envole,
S'envole sur les toits de Paris.

Des midinettes qui trottinent,
Des ouvriers qui cheminent,
Des dactylos qui se pressent,
Des militaires qui s'empressent,
Des employés qui piétinent,
Des amoureux qui butinent
Et toujours, en courant,
Des gens qui vont et qui viennent,
Et encore, en courant,
Le mêmes gens qui reviennent
Et le métro qui flânait sous Paris,
Doucement s'élance et puis s'envole,
S'envole sur les toits de Paris.

Des escaliers mécaniques,
Portillons automatiques,
Des bruits de pas qui résonnent
Dans les couloirs monotones,
Basilique fantastique
Dans le faubourg électrique,
Le métro de Paris,
Gigantesque ver luisant
Sur les toits de Paris,
A tissé des fils d'argent
Et, doucement,
Il s'étire sur les toits de Paris
Et glisse, glisse, glisse, glisse, glisse…

Le petit brouillard

Paroles: Jacques Plante. Musique: Francis Laï 1962

Toujours ce sale petit brouillard,
Toujours ce sale petit cafard
Qui vous transperce jusqu'aux os
Et qui se colle à votre peau.

Il me semble le voir encore,
Le soir où son copain du port
Lui apporta le faux passeport
Et son visa pour Buenos Aires.
J'ignore ce qu'il avait fait.
Je n'avais compris qu'une chose:
Que sa dernière chance était
Qu'il prenne ce navire à l'aube
Et quand vint l'heure du départ,
Je reçus son dernier regard
Dans le petit matin blafard,
Déchiré par les sirènes.

Toujours ce sale petit brouillard,
Toujours ce sale petit cafard
Qui nous transperce jusqu'aux os
Et qui se colle à votre peau.

La passerelle était levée
Et c'est quand je l'ai cru sauvé
Que des hommes sont arrivés
Et l'on fait redescendre à terre.
J'ignore ce qu'il avait fait
Mais, pour ne pas me compromettre,
Il passa menottes aux poignets
Sans avoir l'air de me connaître
Et depuis qu'ils l'ont emmené,
Je pense à lui des jours entiers
En regardant les longs courriers
Diminuer et disparaître.

Toujours ce sale petit brouillard,
Toujours ce sale petit cafard,
Toujours ce sale petit brouillard,
Toujours ce sale petit cafard,
Toujours ce sale petit brouillard,
Toujours ce sale petit cafard…

Le petit homme

Paroles: Henri Content. Musique: Marguerite Monnot 1946

Il y avait de tous les jours,
Il y avait le chahut des carrefours
Et puis les gens qui achetaient leurs journaux
Et puis tous ceux qui prenaient le métro,
Il y avait la parade des boulevards,
Les boniments du vieux camelot bavard
Et se mirant dans l'eau sale des ruisseaux,
Le ciel d'avril qui faisait le gros dos.

Il y avait un petit homme
Qui s'en allait à pas comptés.
Il avait l'air bien économe,
Le petit homme…
Avec son vieux veston râpé
Mais il avait une maîtresse
Qui lui coûtait beaucoup d'argent.
Elle lui vendait sa belle jeunesse
Et des caresses
Que le petit homme payait comptant…
Il y avait sa vie des samedis soirs.
Il y avait l'escalier, le couloir.
Il y avait la porte tout au bout
Et puis deux bras attachés à son cou.
Il y avait des fleurs sur le piano.
Il y avait la blancheur des rideaux
Et puis des heures sur le grand divan bleu
Et puis tout ça qui le rendait heureux.

Il y a eu la porte close
Avec un mot passé dessous,
Joli papier bordé de roses
Pour dire des choses
Que l'on comprend du premier coup.
Un petit homme qu'on abandonne
Ne peut rien faire que s'en aller.
Dans la rue froide où tout résonne
Et sans personne
Tout à fait seul, pour mieux pleurer.

Il y avait la vie de tous les jours
Qui continuait sa fanfare de toujours.
Il y avait les valses des phonos
Qui éclataient en sortant des bistrots.
Il y avait un garçon qui chantait.
Il y avait une fille qui riait
Et puis la ronde de l'amour merveilleux
Et le petit homme
Qui pleurait au milieu…

Le petit monsieur triste

Paroles: Raymond Asso. Musique: Marguerite Monnot 1939

Le petit monsieur triste
Qui ne sort que la nuit
A de très gros ennuis
Mais c'est un égoïste:
Il les garde pour lui
Et tous les gros ennuis
Du petit monsieur triste
Le suivent dans la nuit,
Courent derrière lui,
Galopent sur la piste
Du petit monsieur triste
Qui a des tas d'ennuis.

Le petit monsieur triste
A beaucoup de chagrin.
Sa femme aimait Chopin.
Lui n'était pas pianiste
Et le regrettait bien.
Or, sa femme, un matin,
Suivit un grand pianiste
Qui jouait du Chopin
Pour faire du chagrin
Au petit monsieur triste
Qui n'était pas pianiste
Et le regrettait bien.

Alors, mélancolique
Et le cœur tout meurtri,
Il ramena chez lui
Un piano mécanique
Pour calmer ses ennuis
Et puis il revendit
Cette boîte à musique
Qui faisait trop de bruit
Et jouait dans la nuit
Comme une mécanique
Des airs mélancoliques
Qui doublaient ses ennuis.

Le petit monsieur triste
Qui ne sort que la nuit,
Car le sommeil le fuit,
Boit seul, en égoïste,
Pour noyer ses ennuis.
Il boit toute la nuit,
Le petit monsieur triste,
Puis il rentre chez lui
Et, seul, dans son grand lit,
Le petit monsieur triste
Rêve qu'il est pianiste
Et qu'il n'a plus d'ennuis.

Il rêve d'un joli piano
Sur lequel il ferait des gammes,
De belles gammes pour sa femme:
Do Ré Mi Fa Sol La Si Do.
Dodo.

Le prisonnier de la tour

Paroles: Francis Blanche. Musique: Francis Blanche, G. Calvi 1949

Le prisonnier de la Tour
S'est tué ce matin,
Grand-mère.
Nous n'irons pas à la messe demain.
Il s'est jeté de la Tour
En me tendant les mains,
Grand-mère.
Il m'a semblé que j'avais du chagrin.

Si le roi savait ça, Isabelle,
Isabelle, si le roi savait ça,
A la robe de dentelle,
Vous n'auriez plus jamais droit,
Isabelle, si le roi savait ça.

Le prisonnier de la Tour
Était mon seul ami,
Grand-mère.
Nous n'irons pas à la messe aujourd'hui.
Il était mon seul amour,
La raison de ma vie,
Grand-mère
Et ma jeunesse est éteinte avec lui.

Si le roi savait ça, Isabelle,
Isabelle, si le roi savait ça,
A la robe de dentelle,
Vous n'auriez plus jamais droit,
Isabelle, si le roi savait ça.

Le prisonnier de la Tour,
Chaque jour, m'attendait,
Grand-mère.
Nous n'irons plus à la messe, jamais.
C'est un péché que l'amour
Et le monde est mal fait,
Grand-mère.
On a tué mon amant que j'aimais.

Si le roi savait ça, Isabelle,
Isabelle, si le roi savait ça,
A la robe de dentelle,
Vous n'auriez plus jamais droit,
Isabelle, si le roi savait ça.

Le prisonnier de la Tour
N'aura pas de linceul
Et rien
Rien qu'un trou noir où s'engouffrent les feuilles,
Mais moi, j'irai chaque jour
Pleurer sous les tilleuls
Et rien,
Pas même le roi, n'empêchera mon deuil.

Si le roi savait ça, Isabelle,
Il ne pourrait que pleurer avec toi
Car il aimait une belle
Qui n'était pas pour un roi
Et la belle, Isabelle, c'était moi…

Le rendez-vous

Paroles: René Rouzaud. Musique: Francis Laï 1962

Qui se regardaient, les yeux fous.
Ils étaient trois au coin de la rue
Mais l'un n'était pas attendu.
Ils étaient trois qui savaient bien
Que l'un d'eux tenait dans sa main
De quoi faire d'un ciel de mai
Un ciel de deuil à tout jamais.

Un de trop…
En ce court moment
Où un nouveau roman
D'un autre prend la place,
Un de trop…
Qu'un seul bras étendu
Peut laisser étendu
Parmi les gens qui passent.

Ils étaient trois au rendez-vous
Qui se regardaient, les yeux fous.
Ils étaient trois qui savaient bien
Que tout tenait dans une main.

"Comme je l'aimais…
Comme elle m'aimait…
Que de belles heures…"
Songeait celui qui venait du passé.
"Comme je l'aime…
Et comme elle m'aime…
Cela vaut bien qu'on meure…"
Songeait celui qui l'avait remplacé,
Mais elle… Mais elle…
A quoi songeait-elle,
En cet instant où tout peut s'effacer?

Ils étaient trois au rendez-vous
Qui se regardaient, les yeux fous.
Ils étaient trois au coin de la rue,
Mais l'un n'était pas attendu.

Et celui-là savait très bien
Que le passé n'y pouvait rien,
Que l'avenir est le plus fort,
Plus fort que tout et que la mort.

Et soudain… le bras s'est baissé.
Qui pouvait arrêter
Un amour près de naître?
Le bonheur peut encore danser
Et cette vie chanter,
Qui pouvait ne plus être…

Ils étaient deux au rendez-vous
Qui s'en allaient heureux et fous
Vers leur soleil sans voir celui
Qui revenait seul dans sa nuit…

Le roi a fait battre tambour

Musique: Marc Herrand 1946

autres interprètes: Guy Béart (1967)

1. Le roi a fait battre tambour
Pour voir toutes ses dames
Et la première qu'il a vue
Lui a ravi son âme

2. Marquis dis-moi la connais-tu
Qui est cette jolie dame?
Le marquis lui a répondu
Sire roi, c'est ma femme

3. Marquis, tu es plus heureux que moi
D'avoir femme si belle
Si tu voulais me la donner
Je me chargerais d'elle

4. Sire, si vous n'étiez le roi
J'en tirerais vengeance
Mais puisque vous êtes le roi
A votre obéissance.

5. Marquis ne te fâche donc pas
T'auras ta récompense
Je te ferai dans mes armées
Beau maréchal de France

6. Adieu, ma mie, adieu, mon cœur!
Adieu mon espérance
Puisqu'il nous faut servir le roi
Séparons-nous d'ensemble

7. La reine a fait faire un bouquet
De belles fleurs de lys
Et la senteur de ce bouquet
A fait mourir marquise.

Le roi Renaud (Complainte du…)

XVe.

autres interprètes: Yvette Guilbert, Yves Montand (1955), Edith Piaf, Cora Vaucaire, Colette Renard, Armand Mestral, Pierre Bensusan

note: cf. bas de page

Le roi Renaud de guerre vint
tenant ses tripes dans ses mains.
Sa mère était sur le créneau
Qui vit venir son fils Renaud.

– Renaud, Renaud, réjouis-toi!
Ta femme est accouché d'un roi!
– Ni de ma femme ni de mon fils
Je ne saurais me réjouir.

Allez ma mère, partez devant,
Faites-moi faire un beau lit blanc.
Guère de temps n'y resterai:
A la minuit trépasserai.

Mais faites-le moi faire ici-bas
Que l'accouchée n'l'entende pas.
Et quand ce vint sur la minuit,
Le roi Renaud rendit l'esprit.

Il ne fut pas le matin jour
Que les valets pleuraient tous.
Il ne fut temps de déjeuner
Que les servantes ont pleuré.

– Mais dites-moi, mère, m'amie,
Que pleurent nos valets ici?
– Ma fille, en baignant nos chevaux
Ont laissé noyer le plus beau.

– Mais pourquoi, mère m'amie,
Pour un cheval pleurer ainsi?
Quand Renaud reviendra,
Plus beau cheval ramènera.

Et dites-moi, mère m'amie,
Que pleurent nos servantes ici?
– Ma fille, en lavant nos linceuls
Ont laissé aller le plus neuf.

Mais pourquoi, mère m'amie,
Pour un linceul pleurer ainsi?
Quand Renaud reviendra,
Plus beau linceul on brodera.

Mais, dites-moi, mère m'amie,
Que chantent les prêtres ici?
– Ma fille c'est la procession
Qui fait le tour de la maison.

Or, quand ce fut pour relever,
A la messe elle voulut aller,
Et quand arriva le midi,
Elle voulut mettre ses habits.

– Mais dites-moi, mère m'amie,
Quel habit prendrai-je aujourd'hui?
– Prenez le vert, prenez le gris,
Prenez le noir pour mieux choisir.

– Mais dites-moi, mère m'amie,
Qu'est-ce que ce noir-là signifie?
– Femme qui relève d'enfant,
Le noir lui est bien plus séant.

Quand elle fut dans l'église entrée,
un cierge on lui a présenté.
Aperçut en s'agenouillant
La terre fraîche sous son banc.

– Mais dites-moi, mère m'amie,
Pourquoi la terre est rafraîchie?
– Ma fille, ne puis plus vous le cacher,
Renaud est mort et enterré.

– Renaud, Renaud, mon réconfort,
Te voilà donc au rang des morts!
Divin Renaud, mon réconfort,
Te voilà donc au rang des morts!

Puisque le roi Renaud est mort,
Voici les clefs de mon trésor.
Prenez mes bagues et mes joyaux,
Prenez bien soin du fils Renaud.

Terre, ouvre-toi, terre fends-toi,
Que j'aille avec Renaud, mon roi!
Terre s'ouvrit, terre se fendit,
Et ci fut la belle engloutie

Note: Ceci n'est qu'une des très nombreuses versions (environ 60) de cette chanson.

Son origine est assez complexe. Elle est issue de la greffe d'une

chanson du XIIIème siècle qui raconte le retour du comte Renaud sur une

chanson du XVIème (le comte Redor) issue d'une légende scandinave qui a

fait fureur en Europe et engendré de nombreux textes dans divers pays.

L'un de ces textes est "le Comte Redor" en Bretagne qui est sans

doute à l'origine de la fusion (car il y a peut être des versions dérivées).}

Le vagabond

Paroles: Edith Piaf. Musique: Louiguy 1941

J'ai l'air comm' ça d'un' fille de rien
Mais je suis un' personn' très bien.
Je suis princesse d'un château
Où tout est clair, où tout est beau.
Un grand jardin rempli de fleurs.
Dans le ciel bleu, plane mon cœur.
Les fleurs aux arbres s'accrochant
Sont toujours blanches comme au printemps.

Mais un vagabond,
Qui est joli garçon,
Me chante des chansons
Qui donnent le frisson.
Il marche le long des routes
En se moquant du temps.
Il chante pour qui l'écoute,
Les cheveux dans le vent.
C'est un vagabond
Qui est joli garçon.
Il chante des chansons.
La la la la…

Il m'a dit: "Quitte ton château.
Contre mon cœur il fera chaud.
Je te donnerai de l'amour
Et nous nous aimerons toujours."
S'il n'était pas prince d'argent,
Il était mon prince charmant.
Comm' je suis un' jeune fill' très bien,
J'peux pas d'venir un' fill' de rien.

C'est un vagabond
Qui est joli garçon.
Il chante des chansons
Qui donnent le frisson.
Il marche le long des routes
En se moquant du temps.
Il chante pour qui l'écoute,
Les cheveux dans le vent.
C'est un vagabond
Qui est joli garçon.
Il chante des chansons.
La la la la la la la la!

Mais mon histoire n'est pas vraie.
Ce n'est qu'un rêve que j'ai fait
Et quand je me suis réveillée,
L'soleil était sur l'oreiller.
Et chaque soir, quand je m'endors,
Je cherche en vain mon rêve d'or.
Cett' fois je quitt'rai mon château
Pour suivre mon prince si beau.

C'est un vagabond
Qui est joli garçon.
Il chante des chansons
Qui donnent le frisson
Et je me vois sur la route
En me moquant du temps,
Et c'est mon cœur qu'il écoute,
Notre amour dans le vent.
Nous somm's vagabonds.
Nous chantons des chansons.
Moi j'ai des frissons.
La la la la la la la la!

Le vieux piano

Paroles: Henri Contet. Musique: Claude Léveillée 1960

Un piano est mort
Et celle-là l'aimait…
Quand elle était jeune
et quand elle venait se saoûler l' dedans de pathétique
En se frottant au piano nostalgique,
Qu'il était beau, le piano, bon piano, vieux piano des copains.
A l'époque des copains,
Chez Bianco l'argentier,
Vers trois heures du matin
Quand elle buvait son demi d'oubli…
Et seule, maintenant,
Elle pense au vivant
De ce vieux piano mort.
Elle voit, elle entend
Les messes de ses vingt ans
Tomber d'un accord…
Au bar, quand elle boit,
C'est vrai qu'elle revoit
Des mains sur l'ivoire blanc,
Les mains de Bianco,
Des mains qui lui font cadeau
D'un peu du vieux temps
Mais dans son jean,
Un fantôme en blue jean,
Un deuxième et puis vingt
Qui discutent en copains
D'un bistrot démodé
D'un piano démodé.
Elle a crié: "Moi je sais! Moi je sais!"
Elle va raconter
L'histoire enfermée
Dans le vieux piano mort
Et c'est l'aventure
Qui bat la mesure
De plus en plus fort.
Au clair de la vie,
Les mains des amis,
Les yeux des lendemains,
La vie devant nous,
L'amour, et puis tout
Et tout, et plus rien…
Ils sont tous morts
Au milieu d'un accord.
Ils sont morts dans Ravel,
Dans un drôle d'arc-en-ciel.
Un soldat est entré…
Un soldat est entré…
Un piano est mort, et celle-là l'aimait,
Quand elle était jeune
et quand elle venait se saoûler l' dedans de pathétique
En se frottant au piano nostalgique…

Légende

Paroles: Edith Piaf. Musique: Gilbert Bécaud 1955

Il existe, dans les landes,
Le château des Quatre-Vents
Et la fort belle légende
Pour les petits et les grands…
Il paraît, quand minuit sonne,
On entend dans les couloirs
Les bruits de pas qui résonnent
Et des sanglots dans le noir.
J'ai voulu savoir la cause
De tous ces morts sans repos.
On m'a raconté des choses
Qui m'ont fait froid dans le dos…
Dès que minuit a sonné,
Le bois se met à craquer.
Le vent sanglote au dehors.
Le chiens hurlent à la mort.
Alors, parmi tous ces bruits,
Une plainte monte, monte…
Une plainte qui raconte l'histoire d'amour qui suit:

Il y avait 'y a longtemps
Que s'aimaient deux amants
Ne vivant que pour lui,
Respirant que pour elle,
Là, dans ce même lit.
Oh Dieu, qu'elle était belle…
Mais on ne voulut pas de moi.
Je n'étais pas le fils d'un roi.
On fit tout pour m'éloigner d'elle.
Jamais n'ai pu revoir ma belle.
A la fin d'un beau jour,
Elle est morte d'amour.
Dieu n'a jamais permis
De supprimer sa vie.
Elle est morte pour moi.
Moi, je suis mort pour elle.
Il ne le fallait pas, il ne fallait pas.
C'est en vain que j'appelle.
Chaque nuit, je l'entends pleurer,
Seule dans son éternité.
Christine, Christine… je t'aime,
Christine, Christine… je t'aime,
Mais elle ne m'entend pas
Et je ne la vois pas.
Christine!… Christine!… Christine!!!

Et l'irréel disparaît
Aussitôt que l'aube apparaît.
Est-ce un rêve, ou la réalité?
Là, ma légende est terminée…

Les amants

Paroles: Edith Piaf. Musique: Charles Dumont 1961

Quand les amants entendront cette chanson
C'est sûr, ma belle, c'est sûr qu'ils pleureront…

Ils écouteront
Les mots d'amour
Que tu disais
Ils entendront
Ta voix d'amour
Quand tu m'aimais
Quand tu croyais que tu m'aimais
Que je t'aimais, que l'on s'aimait…

Quand les amants entendront cette chanson
C'est sûr, ma belle, c'est sûr qu'ils pleureront…

J'entends toujours… j'entends ton rire
Quand quelquefois je te disais:
"Si un jour…
…tu ne m'aimais plus,
Si un jour…
…on ne s'aimait plus…"
Tu répondais: "C'est impossible!"
Et tu riais… tu riais…
Eh bien, tu vois, tu n'aurais pas dû rire…

Quand les amants entendront cette chanson
C'est sûr, ma belle, c'est sûr qu'ils pleureront…

Ils écouteront
Les mots d'amour
Que tu disais
Ils entendront
Ta voix d'amour
Quand tu m'aimais
Quand tu croyais que tu m'aimais
Que je t'aimais, que l'on s'aimait…

Quand les amants entendront cette chanson
C'est sûr, ma belle, c'est sûr qu'ils pleureront…

Les amants d'un jour

Paroles: Claude Delecluse amp; Michelle Senlis. Musique: Marguerite Monnot 1956

autres interprètes: Simone Langlois, Lucette Raillat

Moi j'essuie les verres
Au fond du café
J'ai bien trop à faire
Pour pouvoir rêver
Mais dans ce décor
Banal à pleurer
Il me semble encore
Les voir arriver…

Ils sont arrivés
Se tenant par la main
L'air émerveillé
De deux chérubins
Portant le soleil
Ils ont demandé
D'une voix tranquille
Un toit pour s'aimer
Au cœur de la ville
Et je me rappelle
Qu'ils ont regardé
D'un air attendri
La chambre d'hôtel
Au papier jauni
Et quand j'ai fermé
La porte sur eux
Y avait tant de soleil
Au fond de leurs yeux
Que ça m'a fait mal,
Que ça m'a fait mal…

Moi, j'essuie les verres
Au fond du café
J'ai bien trop à faire
Pour pouvoir rêver
Mais dans ce décor
Banal à pleurer
C'est corps contre corps
Qu'on les a trouvés…

On les a trouvés
Se tenant par la main
Les yeux fermés
Vers d'autres matins
Remplis de soleil
On les a couchés
Unis et tranquilles
Dans un lit creusé
Au cœur de la ville
Et je me rappelle
Avoir refermé
Dans le petit jour
La chambre d'hôtel
Des amants d'un jour
Mais ils m'ont planté
Tout au fond du cœur
Un goût de leur soleil
Et tant de couleurs
Que ça m'a fait mal,
Que ça m'a fait mal…

Moi j'essuie les verres
Au fond du café
J'ai bien trop à faire
Pour pouvoir rêver
Mais dans ce décor
Banal à pleurer
Y a toujours dehors…
… La chambre à louer…

Les amants de demain

Les amants de demain,
Le cœur ensoleillé,
Les yeux émerveillés,
Iront main dans la main.
Les amants de demain,
Les bras chargés d'amour,
S'aimeront à leur tour
Dès demain…

Les amants de demain
S'aimeront d'un cœur pur,
Bénissant leurs blessures,
Éperdus de s'aimer.
Ils iront vers le feu
Qui dévore les yeux
Et réchauffe leurs mains,
Les amants de demain…

Ils se rencontreront
Autour d'une chanson
Qui les aura vus naître.
Ils seront les plus beaux
Et, sans dire un seul mot,
Sauront se reconnaître…

Les amants de demain,
Le cœur ensoleillé,
Les yeux émerveillés,
Iront main dans la main.
Les amants de demain,
Enfermés dans un cœur,
Bâtiront leur bonheur
Dès demain…

Les amants de demain
S'aimeront sans raison,
Déchirés d'être heureux,
Enchaînés deux par deux.
Ils iront vers le ciel
En cortège éternel
Par le même chemin,
Les amants de demain…

Les amants de Paris

Paroles: Léo Ferré. Musique: Léo Ferré, E. Marnay 1948

Les amants de Paris couchent sur ma chanson.
A Paris, les amants s'aiment à leur façon.
Les refrains que je leur dis,
C'est plus beau que les beaux jours.
Ça fait des tas d'printemps et l'printemps fait l'amour.
Mon couplet s'est perdu
Sur les bords d'un jardin.
On ne me l'a jamais rendu
Et pourtant, je sais bien
Que les amants de Paris m'ont volé mes chansons.
A Paris, les amants ont de drôles de façons…

Les amants de Paris se font à Robinson
Quand on marque des points à coups d'accordéon.
Les amants de Paris vont changer de saison
En traînant par la main mon p'tit brin de chanson.
'y a plein d'or, plein de lilas
Et des yeux pour les voir.
D'habitude c'est comme ça
Que commencement les histoires.
Les amants de Paris se font à Robinson.
A Paris, les amants ont de drôles de façons.

J'ai la chaîne d'amour au bout de mes deux mains.
'y a des millions d'amants et je n'ai qu'un refrain.
On y voit tout autour les gars du monde entier
Qui donneraient bien l'printemps pour venir s'aligner.
Pour eux c'est pas beaucoup
Car des beaux mois de mai,
J'en ai collé partout
Dans leurs calendriers…
Les amants de Paris ont usé mes chansons.
A Paris, les amants s'aiment à leur façon.


Donnez-moi des chansons
Pour qu'on s'aime à Paris…

Les amants de Teruel

Paroles: Jacques Plante. Musique: Mikis Théodorakis 1962

note: du film "Les amants de Teruel"

L'un près de l'autre,
Se tiennent, les amants
Qui se sont retrouvés
Pour cheminer côte à côte.
Retrouvés dans la mort
Puisque la vie n'a pas su les comprendre,
Retrouvés dans l'amour
La haine n'ayant pas pu les atteindre.
Les feuilles, les feuilles tombent
Sur leur lit de noces.
Que la terre soit douce,
Soit douce aux amants de Teruel
Enfin réunis dans l'ombre…

L'un près de l'autre,
Ils dorment maintenant.
Ils dorment, délivrés
De l'appréhension de l'aube.
Se tenant par la main,
Dans l'immobilité de la prière,
Renouant leur serment
Dans la tranquille éternité des pierres,
La nuit leur ouvre ses portes.
Tout rentre dans l'ordre.
Leur étreinte demeure,
Demeure à jamais suspendue
Ainsi qu'une note d'orgue…

Les amants de Venise

Paroles: Jacques Plante. Musique: Marguerite Monnot 1953

Elle lui disait: "On se croirait à Venise
Où les ruisseaux débordaient d'une eau grise…"
Comme il pleuvait… Comme il pleuvait…
Elle lui disait: "On se croirait en gondole,
J'entends ton cœur qui joue sa barcarolle."
Comme il pleuvait… Comme il pleuvait…

Ils étaient là, blottis dans leur roulotte
Avec la nuit et l'orage à la porte.

Elle lui disait: "On se croirait à Venise."
Il répondait: "Mais on est à Venise!"
Comme ils s'aimaient… Comme ils s'aimaient…
Voici les feux scintillant par centaines,
La jolie nuit bariolée de lanternes.
Ferme les yeux…
Tu verras mieux…

Mais on ne voyait qu'un pauvre réverbère
Qui n'éclairait même pas leur misère
Et tout là-bas, au coin de la rue,
Une petite plaque d'un bleu pâli,
Où l'on voyait, écrit dessus:
"Porte d'Italie"…

La-la-la…

Les amants merveilleux

Paroles: Robert Gall. Musique: Florence Véran 1960

Dans la petite rue,
La rue déserte et nue
Qui sent le ciel mouillé,
Le pavé du faubourg,
J'ai vu deux amoureux
Qui m'ont tellement émue,
Deux amants merveilleux,
Émerveillés d'amour.
Ils marchaient lentement
Avec les yeux mi-clos,
Se tenant par la main
Et sans dire un seul mot.
Ils ne m'ont même pas vue
En passant près de moi
Tant leur nuit était belle
Et constellée de joie.

Les amants merveilleux,
L'extase dans les yeux
Marchaient comme s'ils portaient en eux
Un trésor fabuleux,
Presque miraculeux:
Cette immense fortune d'être deux.
On sentait leur amour
Bien plus qu'aucun soleil
Qui semblait illuminer le ciel.
De voir tant de bonheur,
J'en avais presque peur.
Je ne croyais pas une chose pareille.

Les amants merveilleux,
L'extase dans les yeux,
Au plus profond d'eux-mêmes entendaient,
Entendaient une musique,
La musique pathétique
De leur cœur, de leurs cœurs qui battaient.
Oh, comme ils s'embrassaient,
S'embrassaient dans la rue,
La petite rue déserte et nue
Puis ils ont disparu
En marchant lentement
Dans la nuit, effacés par le vent.

Alors, tout éperdue,
J'ai couru, j'ai couru
Vers ton cœur et vers tes bras tendus
Et, contre toi, blottie,
Mon amour, j'ai compris
Que nous étions aussi…
Des amants merveilleux…

Les bleuets d'azur

Paroles: Jacques Larue. Musique: Guy Magenta 1959

autres interprètes: Edith Piaf, Lucienne Delyle (1960), Christian Cardin (1960), Raymond Boisserie

Les bleuets d'azur
Dans les grands blés murs
Nous font des clins d'œil
Au bord du clocher
La pie vient percher
Sa robe de deuil
Seul, le vent du mois d'août
A les yeux si doux
Qu'on en boirait bien
Et l'herbe d'amour
Se fait de velours
Au creux de mes reins

{Refrain:}

Attention, mon gars!
Ce n'est pas toujours
Qu'on fait de l'amour
Avec ces trucs-là…!
Attention, mon gars!
Fais-toi des yeux bleus
Autant que tu veux,
Mais ne gamberge pas…

Dans tes cheveux bruns
Je plonge mes mains
Je vois le soleil
C'est l'instant perdu
Toujours attendu
Mais jamais pareil
Et tandis qu'au ciel
Le silence est tel
Qu'on l'entend crier
Dans tes yeux qui battent
La vie est si bath
Que j'en suis noyée…

{au Refrain}

Pour voir si ça va
Patientons jusqu'à dimanche prochain
Les bleuets d'azur
Dans les grands blés murs
Nous attendront bien
Le vent du mois d'août
Sera bien plus doux
La deuxième fois
Et l'herbe d'amour
Sera là toujours
Quand on reviendra…

Mais, tu vois, mon gars,
J'avais bien raison
De faire attention…
Je gamberge déjà!
Qui peut dire, mon gars,
Si l'on reviendra…
Si l'on reviendra…
Si l'on reviendra…

Si l'on reviendra…

Les blouses blanches

Paroles: Michel Rivgauche. Musique: Marguerite Monnot 1960

Ça fera bientôt trois années,
Trois années qu'elle est internée,
Oui, internée avec les fous…
Avec les fous…

C'est à cause d'eux si elle est là,
Seulement voilà, on ne la croit pas,
Mais un jour ça va éclater: la Vérité!
Alors comme elle en a assez de pleurer,
De toutes ses forces elle se met à crier:
"Mais puisque j'vous dis que j'suis pas folle,
vous m'entendez?!
J'suis pas folle! J'suis pas folle!! J'suis pas folle!!!"

…Et à chaque fois y a les blouses blanches…
Encore et toujours les blouses blanches…
Elles lui disent: "Non, vous n'êtes pas folle!"
…pas folle……pas folle…

Les blouses blanches…
Elle aussi, elle en a eu une blouse blanche,
Ah non! C'était une robe… Une petite robe blanche…
Une petite robe blanche avec des fleurs,
Y avait du soleil tout autour des fleurs,
Et dans sa main à elle, y avait une main:
Une belle main avec des doigts qui chantaient…
Qui chantaient… Qui chantaient…

Ah! Encore les blouses blanches!…

Ça fera bientôt huit années
Huit années qu'elle est internée
Oui, internée avec les fous…
Avec les fous…

Un grand trait sur les huit années
Tout comme si rien n's'était passé
Une nuit elle ira leur voler leurs huit années…
Tiens! V'là la main comme le jour d'la robe blanche…
Mais pourquoi qu'elle a mis toutes ces blouses blanches?
Non! Puisque j'vous dis que j'suis pas folle,
vous m'entendez?
J'suis pas folle! Je suis pas folle!! J'suis pas folle!!!
Vous voyez bien que c'était vrai…
Moi je savais qu'elle reviendrait… la main…
La belle main qui riait… riait… riait…

On s'aimera toujours…
Mon amour… Aha!
Toujours… Aha!
Mon amour… Ahaha!!…
Toujours!… Ahahaha!!!…

Les croix

Paroles: Louis Amade. Musique: Gilbert Bécaud 1952

autres interprètes: Gilbert Bécaud (1953), Edith Piaf (1953), Juliette Gréco (1955), Damia (1956), Claire Clément

Mon Dieu, qu'il y en a des croix sur cette terre
Croix de fer, croix de bois, humbles croix familières
Petites croix d'argent pendues sur des poitrines
Vieilles croix des couvents perdues parmi les ruines

Et moi, pauvre de moi, j'ai ma croix dans la tête
Immense croix de plomb vaste comme l'amour
J'y accroche le vent, j'y retiens la tempête
J'y prolonge le soir et j'y cache le jour

Et moi, pauvre de moi, j'ai ma croix dans la tête
Un mot y est gravé qui ressemble à "souffrir"
Mais ce mot familier que mes lèvres répètent
Est si lourd à porter que j'en pense mourir

Mon Dieu qu'il y en a sur les routes profondes
De silencieuses croix qui veillent sur le monde
Hautes croix du pardon dressées vers les potences
Croix de la déraison ou de la délivrance

Et moi, pauvre de moi, j'ai ma croix dans la tête,
Immense croix de plomb vaste comme l'amour
J'y accroche le vent, j'y retiens la tempête
J'y prolonge le soir et j'y cache le jour

Mais moi, pauvre de moi, j'ai ma croix dans la tête
Un mot y est gravé qui ressemble à "souffrir"
Mais ce mot familier que mes lèvres répètent
Est si lourd à porter que j'en pense mourir

Les deux copains

Y avait une fois deux bons copains
Poil dans la main, rien dans la poche
Mais des tas d'choses dans la caboche
Qui s'en allaient par les chemins
Y avait un p'tit et puis un grand
Le p'tit avait l'intelligence
Le grand il avait la puissance
Dans les coups durs, y s'mettait d'vant
Et tous les deux
Le p'tit et l'grand
Le coeur joyeux allaient chantant
Bras d'ssus bras d'ssous comme des fous

Tralalala, on s'en va
Mais un jour on reviendra
On aura beaucoup bu
Et beaucoup retenu
Rien qu'avec nos souv'nirs
On pourra s'enrichir
Tralalala, on s'en va
Mais un jour on reviendra

Ils eurent soif, ils eurent faim
Crevèrent de froid, firent naufrage
S'remplirent la tête d'un tas d'mirages
S'collèrent des ampoules plein les mains
Ils s'en allaient tout droit d'vant eux
Passant de l'Europe en Afrique
Et puis de là en Amérique
Les v'la un jour rev'nus chez eux
Et tous les deux
Le p'tit et l'grand
Le coeur joyeux allaient chantant
Bras d'ssus bras d'ssous comme des fous

Tralalala, nous voilà
C'est assez roulé comme ça
Approchez, les amis
On a vu du pays
Rien qu'avec nos souv'nirs
On va vous enrichir
Tralalala, nous voilà
C'est assez roulé comme ça

Ils s'croyaient des types merveilleux
Parce qu'ils savaient des tas d'histoires
Mais personne ne voulait les croire
On n'les prenait pas au sérieux
Et, dégoûtés, les deux copains
Froid dans le coeur, rien dans la poche
Mais des tas d'choses dans la caboche
Sont repartis par les chemins
Et tous les deux
Le p'tit et l'grand
Pleurs dans les yeux, s'en vont gueulant
Bras d'ssus bras d'ssous "bah, on s'en fout!"

Tralalala, on s'en va
Ces gens-là n'nous comprennent pas
Y travaillent jusqu'au bout
Pour finir dans un trou
Sans rien à s'raconter
Quand y s'ront d'l'autre côté
Tralalala, on s'en va
V'là notre soleil qui brille là-bas
Tralalala lalalala

Les deux ménétriers (galop macabre)

Paroles: Jean Richepin. Musique: Lucien Durand 1924

autres interprètes: Damia (1927), Edith Piaf (1936), Barbara, Armand Mestral

note: Chanson écrite en 1891, parue en 1899 dans le recueil de Jean Richepin "La bombarde – Contes à chanter".

Sur les noirs chevaux sans mors,
Sans selle et sans étriers,
Par le royaume des morts
Vont deux blancs ménétriers.
Ils vont un galop d'enfer,
Tout en raclant leur crincrin
Avec des archets de fer,
Ayant des cheveux pour crin.
Au fracas des durs sabots,
Au rire des violons,
Les morts sortent des tombeaux.
Dansons et cabriolons!

Et les trépassés joyeux
S'en vont par bonds et soufflant,
Avec une flamme aux yeux,
Rouge dans leurs crânes blancs.
Et les noirs chevaux sans mors,
Sans selle et sans étriers
Font halte et voici qu'aux morts
Parlent les ménétriers:

Le premier dit, d'une voix
Sonnant comme un tympanon:
"Voulez-vous vivre deux fois?
Venez, la Vie est mon nom!"
Et tous, même les plus gueux
Qui de rien n'avaient joui,
Tous, dans un élan fougueux,
Les morts ont répondu: "Oui!"

Alors l'autre, d'une voix
Qui soupirait comme un cor,
Leur dit: "Pour vivre deux fois,
Il vous faut aimer encor!
Aimez donc! Enlacez-vous!
Venez, l'Amour est mon nom!"
Mais tous, même les plus fous,
Les morts ont répondu: "Non!"

Et leurs doigts décharnés,
Montrant leurs cœurs en lambeaux,
Avec des cris de damnés,
Sont rentrés dans leurs tombeaux.
Et les blancs ménétriers
Sur leurs noirs chevaux sans mors,
Sans selle et sans étriers,
Ont laissé dormir les morts.

Les deux rengaines

Paroles: Henri Contet. Musique: H. Bourtayre 1944

Y a un refrain dans la ville,
Un refrain sans domicile.
Et c'est comme un fait exprès,
Un air qui me court après.
Il est fait de deux rengaines
Qui ont mélangé leur peine.
La première a du chagrin
Et la deuxième n'a rien.

C'est un air, Ah! Ah! aussi triste que mon amour.
C'est un air, Ah! Ah! sans pitié qui me tourne autour.
D'un sixième étage,
Un phono s'enrage
A le rabâcher
Et la farandole
Des mêmes paroles
Entre sans frapper.
C'est un air, Ah! Ah! qui se traîne dans les faubourgs.
C'est un air, Ah! Ah! aussi triste que mon amour.

Mais la première rengaine,
Qui avait tant de chagrin,
Un jour, oublia ses peines,
Et ça fait qu'un beau matin,
La chanson était moins triste.
Mon cœur n'en revenait pas
Et mon voisin le pianiste
En a fait une java.

C'est un air, Ah! Ah! qui me donne le mal d'amour.
C'est un air, Ah! Ah! sans pitié qui me tourne autour.
Le piano remplace
Le phono d'en face
Pour le rabâcher
Et la farandole
Tourne, tourne et vole
Comme un vent d'été.
C'est un air, Ah! Ah! qui s'accroche sous l'abat-jour.
C'est un air, Ah! Ah! qui me donne le mal d'amour.

Puis la deuxième rengaine,
Qui n'avait que rien du tout,
Hérita, un jour de veine,
D'un bonheur de quatre sous,
Car le bonheur, ça existe.
C'est du travail à façon,
Alors nous deux, mon pianiste,
On a refait la chanson.

C'est un air, Ah! Ah! aussi beau que mon bel amour.
C'est un air, Ah! Ah! merveilleux qui me tourne autour.
Tous les pianos dansent,
Tous les phonos dansent.
Qu'il fait bon danser,
Et la farandole
Tourne, tourne et vole,
Tourne à tout casser.
C'est un air, Ah! Ah! qui s'envole vers le faubourg.
C'est un air, Ah! Ah! aussi beau que mon bel amour.

Les flon-flons du bal

Paroles: Michel Vaucaire. Musique: Charles Dumont 1960

Les flonflons du bal,
A grands coups de cymbale,
Et l'accordéon
Secouent ma chanson.
Les flonflons du bal
Donnent un festival
En dessous de chez moi,
Tous les soirs du mois.

J'ai beau tourner ma clé,
Ma clé à triple tour,
Ils sont toujours mêlés
A mes histoires d'amour.
Les flonflons du bal,
Le long des murs sales,
Montent par bouffées
Jusqu'à mon grenier.

Les flonflons du bal,
A grands coups de cymbale,
Et l'accordéon
Secouent ma chanson.
Quand j'ai du chagrin,
C'est le même refrain.
Qu'on soit presque mort,
Ils jouent aussi fort.

J'ai bien failli mourir
Le jour où t'es parti
Mais, pour les attendrir,
Mon cœur n'a pas suffi.
Les flonflons du bal,
Ça leur est égal:
Vous pouvez pleurer.
Eux, ils font danser…

Eux, ils vendent la joie.
C'est chacun pour soi.
C'est tant mieux pour eux.
C'est tant pis pour moi…

Les gars qui marchaient

Y avait des gars qui marchaient
Y avait des gars qui chantaient
On n'savait pas où ils allaient
On n'savait pas ce qu'ils chantaient
Mais la cadence de leur pas
Mêlée au rythme des voix
Ca vous flanquait à tour de bras
Un fameux coup dans l'estomac
On n'osait pas s'en mêler
On les r'gardait défiler
Bon sang d'bonsoir que c'était beau
Tous ces hommes sans un drapeau

Salut mon gars, salut, viens
Dis-nous un peu d'où tu viens
Je viens de là où j'ai souffert
Et je m'en vais juste à l'envers
Alors mon gars, dis, allons-y
On a souffert nous aussi
Et si tu veux, on ira voir
Ce que la vie cache dans ses tiroirs
Et tous les gars qui marchaient
Avec tous ceux qui suivaient
Chanson derrière, chanson devant
Ca bourdonnait comme un torrent

Ils ont crevé l'horizon
Pour y planter leur chanson
Ont abattu tous les vieux murs
Et dit "bon Dieu, que l'air est pur"
Profitons-en, tous les copains

On va bâtir à sa place
Vous d'bout les hommes auront le droit
De vivre en paix si ça leur va
Et tous les hommes en cohue
Et en venant ils ont vu
Le ciel du feu qui s'éclairait

Pendant que tous ces gars chantaient

Les gens

Paroles: Michèle Vendôme. Musique: Francis Laï 1963

Comme ils nous regardaient, les gens.
Nous, on ne voyait pas les gens.
Pour nous, ils étaient transparents.
On ignorait les gens.
On était seuls au monde.
Comme ils étaient pressés, les gens,
Mais nous, on flânait en rêvant.
Un soleil éclatant
Inondait notre monde…

Comme ils étaient tristes, les gens
Car ils ne savaient pas, les gens,
Que des fleurs couvraient les pavés,
Que le printemps naissait
En plein cœur de l'automne.

Comme ils étaient surpris, les gens,
Peut-être un peu jaloux, les gens,
Des amants qui disaient "toujours"
Et qui parlaient d'amour
Sans s'occuper des gens.

Comme ils nous regardaient, les gens.
Nous, en ne voyait pas les gens,
On se regardait dans les yeux.
C'était vertigineux.
C'était le grand naufrage.
Ils étaient fascinés, les gens.
Ils n'avaient jamais vu, les gens,
Une telle folie, de tels amants,
De tels indifférents
Aux gens et à leur âge.

Comme ils étaient drôles, les gens.
Comme ils baissaient les yeux, les gens,
Quand, tous deux, on s'est enlacé,
Quand on s'est embrassé
En se disant "Je t'aime".

Comme ils étaient pressés, les gens,
Mais ils se retournaient, les gens,
Pour voir encore ces deux amants
Qui s'aimaient tellement
A faire rêver les gens.

Comme ils nous regardaient, les gens.
Nous on ne voyait pas les gens.
Comme ils étaient pressés, les gens.
Nous on ne voyait pas les gens.
Comme ils se retournaient, les gens
Nous on ne voyait pas les gens…

Les grognards

Paroles: Pierre Delanoë. Musique: Hubert Giraud 1957

Ecoute, peuple de Paris:
Tu n'as pas la fièvre.
Ecoute ces pas qui marchent dans la nuit,
Qui s'approchent de ton rêve.
Tu vois des ombres qui forment une fresque gigantesque accrochée dans ton ciel.
Ecoute, peuple de Paris:
Regarde, peuple de Paris, ces ombres éternelles
Qui défilent en chantant sous ton ciel.

Nous les grognards, les grenadiers,
Sans grenades, sans fusils ni souliers,
Sans ennemis et sans armée,
On s'ennuie dans la nuit du passé.
Nous les grognards, les grenadiers,
Sans grenades, sans fusils, ni souliers,
Ce soir nous allons défiler
Au milieu de vos Champs-Elysées.
Wagram, Iéna, Eylau, Arcole, Marengo… Ca sonne bien.
Quelles jolies batailles.
Tout ce travail,
C'était pas pour rien
Puisque les noms de rues,
Les noms d'avenues
Où vous marchez,
C'est avec le sang
De nos vingt ans
Qu'on les a gravés.
Nous les grognards, les grenadiers,
Sans grenades, sans fusils ni souliers,
Sans ennemis et sans armée,
On s'ennuie dans la nuit du passé.
Nous les grognards, les grenadiers,
On est morts sur des champs étrangers.
On a visité la Russie
Mais jamais nous n'avons vu Paris.
On n'a pas eu le temps
D'avoir un printemps
Qui nous sourit.
Nos pauvres amours
Duraient un jour,
Au revoir et merci.
Roulez, roulez tambours.
Dans le petit jour
On s'en allait.
Au son du clairon
Et du canon,
Notre vie dansait.
Nous les grognards, les grenadiers,
On nous a oubliés, oubliés…
Depuis le temps de nos combats,
Il y a eu tant et tant de soldats
Mais, cette nuit, vous nous verrez
Sans grenades, sans fusils ni souliers,
Défiler au pas cadencé
Au milieu de vos Champs-Elysées
Sans grenades…
Sans fusils…
Ni souliers…
A Paris…

Les hiboux

Paroles: E. Joullot. Musique: P. Dalbret 1936

Il y en a qui viennent au monde veinards.
D'autres, au contraire, toute leur vie sont bignards.
Mon père était, pairaît-il, un baron.
Ma mère était boniche dans sa maison.
L'patron lui ayant fait du boniment
Et, de plus, lui ayant fait un enfant,
Ma pauv'baronne, par la patronne,
Fut balancée en vitesse, et comment!
Pour me nourrir ma mère devint catin
Et moi, depuis, j'suis d'venu un vaurien.

C'est nous qui sommes les hiboux.
Les apaches, les voyous,
Ils en foutent pas un coup.
Dans le jour, nous planquons nos mirettes,
Mais le soir nous sortons nos casquettes.
Nos femmes triment sur l'Sébasto
Pendant qu'nous, chez l'bistrot, dans un coin, bien au chaud,
On fait sa p'tite belote avec des mecs comme nous,
Des coquins, des apaches, des hiboux.

Faut pas s'tromper: nous ne sommes pas bons à tout.
On est des poisses, des copards, et c'est tout.
On n'nous rencontre jamais sur les boulevards,
Seulement le soir, pour chasser leur cafard.
Les gens rupins et blasés, les vicieux,
Avec leurs poules qui nous font les doux yeux,
Viennent dans nos bouges boire du vin rouge
Et en dansant, elles nous appellent… Oh mon Dieu!…
On sent leur chaleur qui frémit dans nos bras,
Alors on serre en leur disant tout bas:

C'est nous qui sommes les hiboux.
Les apaches, les voyous,
Ils en foutent pas un coup.
Dans le jour, nous planquons nos mirettes,
Mais le soir nous sortons nos casquettes.
Nos femmes triment sur l'Sébasto
Pendant qu'nous, chez l'bistrot, dans un coin, bien au chaud,
On fait sa p'tite belote avec des mecs comme nous,
Des coquins, des apaches, des hiboux.

Y'en a qui croient être des hommes affranchis.
Aha! Y m'font marrer avec tous leurs chichis.
Nous, on sait bien que ça finira au grand air,
Le cou serré dans l'truc à m'sieur Débler,
A moins qu'un soir, un mahoutin, un costaud,
Nous r'file un coup d'son surin dans la peau.
Ça finit vite, sans eau bénite.
Nos héritiers qui touchent tous des bigorneaux,
Nous les toquards on claque dans un sale coup.
Oh! Que ce soit là ou ailleurs, on s'en fout!…

C'est nous qui sommes les hiboux.
Les apaches, les voyous,
Il en coûte pas un coup.
Dans le jour, nous planquons nos mirettes,
Mais, le soir, nous sortons nos casquettes.
Ecoutez ça, vous les rupins:
Gare à moi, le coquin, quand chacun fera son chemin.
Si mon père n'avait pas agi comme un voyou,
Moi aussi, j's'rais p't'être un homme comme vous…

Les marins, ça fait des voyages

Paroles: Raymond Asso. Musique: Mitty Goldin 1936

Il m'avait dit seulement "je t'aime"
Et ces mots-là, ça compte tout de même.
On s'est aimé huit jours tout plein
Puis il m'a dit un beau matin:
"V'là que j'm'en vais. N'aie trop d'peine.
J'suis matelot, faut qu'tu comprennes."

"Les marins ça fait des voyages.
On reste jamais pour bien longtemps.
On part joyeux, on revient content.
Des fois; bien sûr; y a les naufrages,
Mais les retours c'est tout plaisir
Et nos amours peuvent pas mourir.
On sait qu'on r'part, on n'a pas l'cœur
De s'faire du mal à son bonheur.
Faut pas pleurer! Aie du courage!
La mer est belle et puis dis-toi
Qu'on n'y peut rien ni toi ni moi
Et qu'les marins, faut qu'ça voyage."

J'l'ai vu partir sur son navire.
Y m'faisait d'loin un beau sourire,
Et d'un seul coup je n'l'ai plus vu
Et puis l'bateau a disparu.
La mer chantait d'une voix câline.
On a parlé comme des copines.

Les marins ça fait des voyages.
Ça reste jamais pour bien longtemps.
S'il revient joyeux, il repart content.
Pour les aimer, faut du courage,
Mais les retours c'est tout plaisir
Et leurs amours peuvent pas mourir.
Le voilà qui part, mon pauvr'bonheur.
Dessus la mer vogue mon cœur
Mais v'là qu'je pense qu'y a des naufrages.
Sois bonne, la mer: ne l'garde pas.
Si tu veux bien, on partagera,
Comme les marins, faut qu'ça voyage.

J'l'ai attendu pendant des s'maines,
Et puis maint'nant c'est plus la peine.
Il m'a fait dire par ses amis
Qu'y r'viendrait plus, qu'c'était fini.
Il m'avait fait cadeau d'une bague.
Je l'ai jetée au creux des vagues.

Les marins ça fait des voyages.
On les espère pendant longtemps.
Y'en a qui r'viennent de temps en temps.
D'autres s'font crocher l'cœur au passage.
Y a plus d'retour, y a plus d'plaisir.
Y a plus d'amour, y a qu'à mourir.
Celui qu'j'aimais, y r'viendra pas
Et puis s'y r'vient, il recommenc'ra,
Car les marins, faut qu'ça voyage.
Ça court toujours vers d'autres bonheurs
Et ça nous laisse avec notre cœur,
Notre cœur fané pour tout partage.

Les mômes de la cloche

Paroles: Decaye. Musique: Vincent Scotto 1936

autres interprètes: Edith Piaf

D'un bout à l'autre de la semaine,
Sur les boulevards, dans les faubourgs,
On les voit traîner par centaines,
Leurs guêtres sales et leurs amours
Dans des chemises de dix jours.
Sous la lumière des réverbères,
Prenant des airs de Pompadour,
Ce sont nos belles ferronnières,
Ce sont nos poupées, nos guignols, nos pantins.
Écoutez dans la nuit,
Elles chantent ce refrain:

"C'est nous les mômes, les mômes de la cloche,
Clochards qui s'en vont sans un rond en poche.
C'est nous les paumées, les purées d'paumées
Qui sommes aimées un soir n'importe où.
Nous avons pourtant
Cœur pas exigeant
Mais personne n'en veut.
Eh ben tant pis pour eux.
Qu'è'qu'ça fout,
On s'en fout!
Nul ne s'y accroche.
Il n'y a pas d'amour
Et l'on sera toujours
Les mômes de la cloche!

Mais comme elles n'ont pas les toilettes
Qu'il faut pour les quartiers rupins,
C'est pas aux Galeries Lafayette
Qu'elles vont faire chaque soir leur turbin.
Le long du canal Saint-Martin,
Au Sébasto, à la chapelle,
On est toujours assez gandin
Pour le monsieur qui vous appelle.
D'l'article populaire, c'est pas du beau joujou.
'y a pas d'poupées en soie
Aux bazars à trente sous.
C'est nous les mômes, les mômes de la cloche,
Clochards qui s'en vont sans un rond en poche.
C'est nous les paumées, les purées d'paumées
Qui sommes aimées un soir n'importe où.
Tout comme nos ribouis,
Nous n'sommes pas vernies.
Jamais l'on ira
Sur la Riviera.
Qu'è'qu'ça fout,
On s'en fout!
Quand l'argent nous fauche,
On va faire quatre jours
Là-bas dans la Tour.
Les mômes de la cloche,
Elles ont vendu toutes leurs caresses.
Elles furent payées tant bien que mal,
Puis un jour, plus rien dans la caisse,
Vont se fiche dans l'canal
Et sans avoir comme un cheval
La pitié des gens de la rue,
On les emmène à l'hôpital.
La foule dit "ce n'est qu'une grue"
Et voilà comment nos poupées, nos pantins,
Lorsqu'elles n'ont plus le sou
S'en vont toutes à Pantin.

C'est nous les mômes, les mômes de la cloche,
Clochards qu s'en vont sans amis, sans proches.
C'est nous les paumées, les purées d'paumées
Qui s'en vont dormir dans l'horrible trou.
Derrière not' convoi
Jamais l'on ne voit
Ni fleurs ni couronnes,
Pas même une personne
Qu'è'qu'ça fout,
On s'en fout!
Quand la mort nous fauche,
C'est not' plus beau jour.
Cloches, sonnez pour
Les mômes de la cloche!

Les mots d'amour

Paroles: Michel Rivgauche. Musique: Charles Dumont 1960

C'est fou c' que j' peux t'aimer,
C' que j' peux t'aimer, des fois,
Des fois, j' voudrais crier
Car j' n'ai jamais aimé,
Jamais aimé comme ça.
Ça, je peux te l'jurer.
Si jamais tu partais,
Partais et me quittais,
Me quittais pour toujours,
C'est sûr que j'en mourrais,
Que j'en mourrais d'amour,
Mon amour, mon amour…

C'est fou c' qu'il me disait
Comme jolis mots d'amour
Et comme il les disait
Mais il ne s'est pas tué
Car, malgré mon amour,
C'est lui qui m'a quittée
Sans dire un mot.
Pourtant des mots,
'y en avait tant,
'y en avait trop…

C'est fou c' que j' peux t'aimer,
C' que j' peux t'aimer, des fois,
Des fois, je voudrais crier
Car j' n'ai jamais aimé,
Jamais aimé comme ça.
Ça, je peux te l'jurer.
Si jamais tu partais,
Partais et me quittais,
Me quittais pour toujours,
C'est sûr que j'en mourrais,
Que j'en mourrais d'amour,
Mon amour, mon amour…

Et voilà qu'aujourd'hui,
Ces mêmes mots d'amour,
C'est moi qui les redis,
C'est moi qui les redis
Avec autant d'amour
A un autre que lui.
Je dis des mots
Parce que des mots,
Il y en a tant
Qu'il y en a trop…

C'est fou c' que j' peux t'aimer,
C' que j' peux t'aimer des fois,
Des fois, j' voudrais crier
Car j' n'ai jamais aimé,
Jamais aimé comme ça.
Ça, je peux te l'jurer.
Si jamais tu partais,
Partais et me quittais,
Me quittais pour toujours,
C'est sûr que j'en mourrais,,
Que j'en mourrais d'amour
Mon amour, mon amour…

Au fond c' n'était pas toi.
Comme ce n'est même pas moi
Qui dit ces mots d'amour
Car chaque jour, ta voix,
Ma voix, ou d'autres voix,
C'est la voix de l'amour
Qui dit des mots,
Encore des mots,
Toujours des mots,
Des mots d'amour…

C'est fou c' que j' peux t'aimer,
C' que j' peux t'aimer, des fois…
Si jamais tu partais,
C'est sûr que j'en mourrais…
C'est fou c' que j' peux t'aimer,
C' que j' peux t'aimer… d'amour…

Les neiges de Finlande

Paroles: Henri Contet, musique: Marguerite Monnot, enr. 2 septembre 1958

Un rêve a fait le tour du monde
Sur les épaules d'un marin
Un rêve a fait le tour du monde
C'était le mien…
Mon rêve a fait de beaux voyages
Et m'en rapporte des cadeaux
Entre les mains de mes nuages
Il met le ciel de Bornéo

Tout ce qu'il dit devient merveilleux
Le monde est plein de bruits d'abeilles
Et je le crois!
Le méchant loup est un archange
Les ogres mangent des oranges
Et je le crois!
Les cendrillons filent la laine
Pour habiller Croque-Mitaine
Et je le crois!
Alors je dors sur des légendes
Et je peux voir de mon grenier
Tomber les neiges de Finlande
Sur les Noëls d'Aubervilliers…

Les prisons du roy

Paroles: Michel Rivgauche. Musique: I.Gordon 1957

Au fond des prisons du roy…
Tout au fond des prisons du roy…
Ils l'ont enfermé dans les prisons du roy,
Aha-a-a-a…
Messire, dites moi,
Pourquoi ont-ils fait ça?
Aha-a-a-a…
Est-il vrai qu'il ne reviendra plus jamais,
Jamais, plus jamais…
Parce qu'il a volé un diamant plein d'éclat
Le plus beau des diamants pour moi?

Au fond des prisons du roy…
Tout au fond des prisons du roy…
Et je m'en souviens il m'avait dit un jour
Aha-a-a-a…
"Tu seras plus riche que les dames de la cour."
Aha-a-a-a…
Est-il vrai que je ne l'entendrai jamais
Jamais, plus jamais…
Parce qu'il a volé un diamant plein d'éclat
Le plus beau des diamants pour moi?

Au fond des prisons du roy…
Tout au fond des prisons du roy…
Messire, dites-moi,
Est-il là pour longtemps?
Aha-a-a-a…
Alors, jetez-moi en prison avec lui
Aha-a-a-a…
Et rien ne nous séparera plus jamais
Jamais, plus jamais…
Car moi j'ai volé, je l'avoue et sans peur,
Oui messire, j'ai volé son cœur…

Au fond des prisons du roy…
O mon amour je viens vers toi!
Tout au fond des prisons du roy…

Les roses blanches

Paroles: Ch.L.Pothier. Musique: Léon Raiter 1925

autres interprètes: Edith Piaf, Tino Rossi, Fred Gouin, Lucienne Delyle, Marie José, Georgette Plana, Nana Mouskouri, Céline Dion

C'était un gamin, un gosse de Paris,
Pour famille il n'avait qu' sa mère
Une pauvre fille aux grands yeux rougis,
Par les chagrins et la misère
Elle aimait les fleurs, les roses surtout,
Et le cher bambin tous les dimanche
Lui apportait de belles roses blanches,
Au lieu d'acheter des joujoux
La câlinant bien tendrement,
Il disait en les lui donnant:

"C'est aujourd'hui dimanche, tiens ma jolie maman
Voici des roses blanches, toi qui les aime tant
Va quand je serai grand, j'achèterai au marchand
Toutes ses roses blanches, pour toi jolie maman"

Au printemps dernier, le destin brutal,
Vint frapper la blonde ouvrière
Elle tomba malade et pour l'hôpital,
Le gamin vit partir sa mère
Un matin d'avril parmi les promeneurs
N'ayant plus un sous dans sa poche
Sur un marché tout tremblant le pauvre mioche,
Furtivement vola des fleurs
La marchande l'ayant surpris,
En baissant la tête, il lui dit:

"C'est aujourd'hui dimanche et j'allais voir maman
J'ai pris ces roses blanches elle les aime tant
Sur son petit lit blanc, là-bas elle m'attend
J'ai pris ces roses blanches, pour ma jolie maman"

La marchande émue, doucement lui dit,
"Emporte-les je te les donne"
Elle l'embrassa et l'enfant partit,
Tout rayonnant qu'on le pardonne
Puis à l'hôpital il vint en courant,
Pour offrir les fleurs à sa mère
Mais en le voyant, une infirmière,
Tout bas lui dit "Tu n'as plus de maman"
Et le gamin s'agenouillant dit,
Devant le petit lit blanc:

"C'est aujourd'hui dimanche, tiens ma jolie maman
Voici des roses blanches, toi qui les aimais tant
Et quand tu t'en iras, au grand jardin là-bas
Toutes ces roses blanches, tu les emporteras"

Les trois cloches

Paroles et Musique: Gilles (Jean Villard) 1946

autres interprètes: Gilles (Jean Villard) + Urfer, Les Classels, Tina Arena

Village au fond de la vallée
Comme égaré, presque ignoré
Voici qu'en la nuit étoilée
Un nouveau-né nous est donné
Jean-François Nicot il se nomme
Il est joufflu, tendre et rosé
A l'église, beau petit homme
Demain tu seras baptisé

Une cloche sonne, sonne
Sa voix, d'écho en écho
Dit au monde qui s'étonne:
"C'est pour Jean-François Nicot
C'est pour accueillir une âme
Une fleur qui s'ouvre au jour
A peine, à peine une flamme
Encore faible qui réclame
Protection, tendresse, amour"

Village au fond de la vallée
Loin des chemins, loin des humains
Voici qu'après dix-neuf années
Cœur en émoi, le Jean-François
Prend pour femme la douce Elise
Blanche comme fleur de pommier
Devant Dieu, dans la vieille église
Ce jour, ils se sont mariés

Toutes les cloches sonnent, sonnent
Leurs voix, d'écho en écho
Merveilleusement couronnent
La noce à François Nicot
"Un seul cœur, une seule âme"
Dit le prêtre, "et pour toujours
Soyez une pure flamme
Qui s'élève et qui proclame
La grandeur de votre amour"

Village au fond de la vallée
Des jours, des nuits, le temps a fui
Voici qu'en la nuit étoilée
Un cœur s'endort, François est mort
Car toute chair est comme l'herbe
Elle est comme la fleur des champs
Epis, fruits mûrs, bouquets et gerbes
Hélas, tout va se desséchant

Une cloche sonne, sonne
Elle chante dans le vent
Obsédante et monotone
Elle redit aux vivants:
"Ne tremblez pas, cœurs fidèles
Dieu vous fera signe un jour
Vous trouverez sous son aile
Avec la vie éternelle
L'éternité de l'amour"

Madeleine qui avait du coeur

Paroles: Raymond Asso. Musique: M. d'Yresne 1936

Elle avait l'âme sereine
Et des anges la candeur.
On l'appelait Madeleine.
Elle avait beaucoup de cœur.

Déjà, le jour de sa naissance,
Il pleuvait, le ciel était bas.
Elle eut une bien triste enfance
Car ses parents ne l'aimaient pas.

Elle priait avec innocence
Comme ayant l'air de s'excuser.
"Mon Dieu pardonnez notre enfance
Et ceux qui nous ont enfantés."

Elle avait l'âme sereine
Et des anges la candeur.
On l'appelait Madeleine.
Elle avait beaucoup de cœur.

En grandissant, cette naïve
Sentit grandir son cœur aussi.
Ce sont des choses qui arrivent.
Un bon cœur n'est jamais petit.

En grandissant cette naïve,
Connut des tas, des tas d'amants.
Ce sont des choses qui arrivent
Quand on a le cœur aussi grand.

D'amour, son âme était pleine.
Elle était toute de candeur.
On l'appelait Madeleine.
Elle avait beaucoup de cœur.

Elle était frêle et docile
Et ne savait rien refuser,
Or elle avait le cœur fragile
Et le cœur s'use à trop aimer.

Elle était frêle et docile
Et ne vivait que pour l'amour,
Or ce grand cœur qu'était fragile
Il s'est arrêté pour toujours.

Sonnez cloches, Ding dong daine.
Nuit du ciel fanent les fleurs.
Elle est morte, Madeleine
D'une maladie de cœur.

Margot coeur gros

Paroles: Michèle Vendôme. Musique: Florence Véran 1963

Pour faire pleurer Margot,
Margot-cœur-tendre, Margot-cœur-gros,
Il suffit d'un refrain,
Air de guitare, pleurs d'arlequin.
L'enfant du Paradis
Vient là pour oublier sa vie.